‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 54 sur 72 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

•>.,)() I \ PHILOSOPHIE MORALE \l \ l \ BIÈCL1

esl violée. Croyez vous donc que ce -« » 1 1 1 ces pauvres gens <|in résoudront le problème P Nous usons la force pour conserver à tous le droii de radoter à leur aise1. >> Il v ;i mieux à faire, d'après le jeune philosophe, en attendanl l'heure où tous auronl pari à la lumière.

Renan conservera-t-il cel idéalP II écril V Avenir de la Science pendant 1rs deux derniers mois de i848 et les quatre <>u cinq premiers mois de [84p,. Presque aussitôt après, il est chargé par M. Victor Le Clerc de diverses recherches dans les bibliothèques d'Italie. « Ce voyage, <]ui dura Lui mois, dit-il, eul sur mon esprit la plus grande influence. Le côté de l'art, jusquelà presque fermé pour moi, m'apparut radieux el consolateur... I ne sortede vent tiède détendit ma rigueur; presque toutes mes illusions de iS'jS tombèrent, comme impossibles. Je \ is les fatale- nécessités de la société humaine ; je me résignai à un étal de la création où beaucoup de mal sert de condition à un peu de bien, où une imperceptible quantité d'arôme s'extrait <l un énorme caput mortuum de matière gâchée. Je me réconciliai à quelques égards avec la réalité*, o

Dès [849, les sentiments démocratiques de Renan sont bien malades. Us ne sont pas encore mort-. \u commencemenl de [85i, Renan célèbre encore, dans son article sur Luigi Tosti, ce qui a « trouvé sa formule définitive en [789 ». « Ce qui fut proclamé cette année-là, déclare-t-il, ce fut l'avènemenl de l'humanité à la conscience, ce fui l'acte de majorité de l'espril

i / [venir de I" Science, p. •>:cj, 3 1 o . 356. •2. Ibid., préface. [>. m.

LA MORALE ET LA POLITIQUE DE RENAN ''.'il

humain prenant possession de sa souveraineté1. » Une blessure cruelle devait cire faite, quelques mois plus tard, à cet enthousiasme. Renan vit, le 2 décembre, le peuple « accueillir d'un air narquois les signes de deuil des bons citoyens" ». C'en fut fait de cet optimisme qui l'avait porté à croire que les foules pouvaient avoir accès à la raison et à la conscience. Le critique allait apercevoir peu à peu ce qu'il devait appeler « le virus caché dans le système social créé par l'esprit français3 ». Ce virus, c'est, pour Renan, la Déclaration des Droits qui a l'ail de l'individu le centre de tout el qui, en supprimant les subordinations naturelles, a réduit, ce même individu à « un être viager et sans liens moraux ». Grâce à elle, le citoyen idéal naît enfant trouvé et meurt célibataire, « égoïste qui s'arrange pour avoir le moins de devoirs possible4 ». Que parle-l-on, avec ce matérialisme, d'élever, d'ennoblir la conscience humaine? « Il s'agit seulement de contenter le grand nombre, d'assurer à tous une sorte de bonheur vulgaire et bien relatif assurément, car l'âme noble aurait en aversion un pareil bonheur et se mettrait en révolte contre la société qui prétendrait le procurer. » La démocratie est ainsi amenée, non par accident, mais en vertu de son principe, à «. méconnaître les droits de l'idée, la primauté de l'esprit ». « On supprime l'humanité, si l'on n'admet que des classes entières doivent vivre de la gloire et de la jouissance des autres ". »

Page 1