‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 53 sur 72 · Ibid., p. 323, 3a · texte numérisé non relu

Ibid., p. 323, 3a

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que l'humanité entière sera cultivée1. » Ce n'esl pas l'affranchissemeni de tous que le penseur désire, c'est par-dessus loul L'éducation de tous. Car il s'agit ici, min jus des individus pour eux-mêmes, mais de L'épanouissement de I esprit qui sommeille dans I humanité cl qui a besoin <l individus pour - éveiller en eux.

De ce point de vue, il n \ a pas à parler de droit pour les individus: il n \ en a que pour la société, chargée de manifester L'intelligence, o Le droit, c'est Le progrès de L'humanité; il un a pas de droit contre ce progrès, et, réciproquement, Le progrès >ullil pour tout légitimer. Tout ce qui sert à avancer Dieu est permis... Je vais jusqu'à dire que, si jamais L'esclavage a pu être nécessaire à L'existence de la société, l'esclavage a été Légitime ; car alors le> esclaves ont été les esclaves de l'humanité, esclaves de l'œuvre di- \ ine 2. »

Mais, n'y a-t-il pas une contradiction entre celte philosophie qui nie les droits et le rêve démocratique auquel elle s'allie? Renan, à celte époque, ne le pense pas. D'abord, il contemple le grand t'ait qui remplit la fin du xvme siècle, et il répète que le fait est le critérium du droit. La Résolution française ne se serait pas accomplie, si elle n'avait pas été légitime. Elle marque un moment capital dans 1 universel devenir. «C'est le moment correspondant à celui où l'en fant, conduit jusque-là par des instincts spontanés, le caprice et la volonté Av^ autres, se pose en personne libre, morale et responsable de ses acte-... La vraie

i. L'Avenir de In Science, \< 364.

:>. Ib'nl ., |>. 38i . 379.

histoire de France commence à 8q ; tout ce qui précède csl la Lente préparation de 89 et n'a d'intérêt qu'à ce prix1. » Ce n'est pas tout. Le mouvement révolutionnaire a communiqué au\ âmes un prodigieux ébranlement. On ne croit plus aux théories aristocratiques : cl du moment qu'on n'y croit plus, elles n'ont plus de valeur vivante. Enfin, les foules sont là qui réclament. Contre l'invasion des brutes il faut sauver L'humanité. Que faire ? « Garder sévèrement les brutes et les assommer quand elles se ruent ? — Non ! Il faut en faire des hommes, il faut Leur donner part aux délices de l'idéal, il faut les élever, les ennoblir, les rendre dignes de la liberté '. »

La démocratie est donc, à ce moment-là, l'idéal poli tique et social de Renan. Mais il faut bien remarquer qu'elle n'est, pour lui, qu'un idéal. Elle ne sera réalisable que le jour où la culture sera générale. « Jusquelà. il sera aussi vain et dangereux de prêcher la liberté que d'aller, par respect pour le droit des ours et des lions, ouvrir les barreaux d'une ménagerie. )) Le suffrage universel ne sera légitime que du moment où tous auront celte part d'intelligence sans laquelle on ne mérite pas le nom d'homme ; et si, avant ce temps, il doit être conservé, c'est uniquement comme pouvant servir puissamment à l'avancer. « La stupidité n'a pas le droit de gouverner le monde... Qu'un commissaire de police s'introduise dans une salle où quelques têtes faibles et vides échauffent réciproquement leurs passions instinctives, nous jetons les hauts cris, la liberté

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