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;i celle enquête : « Demandons-nous, écrit-il dans Bon plus récenl ouvrage, si L'heure n esl pas venue de faire une revision sérieuse des beautés, des images, des symboles, des sentiments, donl nous usons encore pour amplifier en nous le spectacle du monde. >> El pour notre pari nous apercevons clairemenl le bénéfice qu on peul attendre d'un tel examen. En effet, quand <>n veul désigner uneœuvreen se détachant d'elle, se bornanl à faire Le tour des remparts extérieurs par crainte de porter atteinte à son intégrité, il arrive qu'on se heurte à une
étiquette, et que ! on s'en contente; lira que Mœter-
linck esl un mystique : Le mol dispensera de toute explication, d'autant que Le mysticisme esl l'affirmation de L'insaisissable, l'amour de l'ininteUigible. Or il esl bien vrai que L'œuvre «le Maeterlinck esl mystique : elle comprend tous les mysticismes de l'histoire; curieuse el érudite inlassablement, elle va de la sérénité d'un Marc-Aurèle au tragique inceste d'Anabella : elle gravi! les sommets où Plolin ferme les yeux du corps dans I éblouissemenl de la pure lumière intelligible, el elle va visiter dans les salons, jusque dans les bouges de nos cartomancières on de nos chiromanciennes le reste «le ce qui fui la race auguste des pythonissès el des sorcières ; elle s'arrache aux abîmes de Ruysbroeck l'admirable el à 1 enthousiasme sacré de \o\ alis, pour \ anter le vertige de l'automobile ou retrouver le jugement de Dieu dans les méthodes trop pratiques de nos maîtres d'armes.
Lue telle vue n «-n serait pas moins tout à l'ail superficielle. Dans L'uniformité d'un mol elle noierai! la diversité des aspects que revêt, de La Princesse Waleine ,in Temple enseveli, I œuvre de Maurice Maeterlinck, elle
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méconnaîtrait la capacité qu'il a de se renouveler en se maintenant à sa propre hauteur ; surtout elle laisserait échapper la vie intime de l'œuvre elle-même et de l'écrivain, la force qui les pousse l'une et l'autre vers une lumière plus pure, vers une vertu plus efficace.
Pour nous, l'idée générale du mysticisme ne devrait être qu'un point de départ. Nous avons à rechercher comment, au sein du mysticisme même, la pensée de Maeterlinck s'est transformée, à tracer la courbe qu'elle a suivie. Et puisque ce n'est certes pas diminuer son originalité que de poser à son propos un problème d'un intérêt universel, nous nous demanderons si le spectacle de cette évolution ne peut nous éclairer sur cette question : quelle forme dans l'état actuel de nos connaissances et de nos aspirations l'idée du mysticisme peut-elle prendre chez un esprit probe pour qui l'imagination d'aucun miracle et le charme d'aucun mystère ne sauraient prévaloir sur le souci scrupuleux de la vérité !J
Qu'est-ce donc que le mysticisme? C'est une disposition à interpréter la vie dans un sens grave et profond, à tirer de nos moindres actes un retentissement flans les profondeurs de l'âme, à chercher pour les événements les plus communs un prolongement de grandeur et de beauté dans l'inconnu. C'est le désir du sublime. Le cours du monde et son horizon banal ne nous contentent pas : ds nous semblent disproportionnés à nous-mêmes : il y a en nous une faculté qui préexiste à son objet, qui pour le trouver est prête à parcourir l'univers fout entier, au besoin à en reculer les limites. Tel est l'état générateur de l'âme mystique ; un personnage (VAtj/araine et Sélyselle le décrit d'un mot charmant et
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qui n'esl peut-être pas sans ironie : « Il n'y a rien de plus beau qu'une clé, tanl qu'on ne Bail pas ce qu'elle ouvre, o
Nous allons donc essayer l'une après l'autre toutes les serrures. La Nature est devant nous, nous répétons les vers de Baudelaire :
La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles. L'homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l'observent avec des regards familiers.
C'est dans ces forêts de symboles que se déroule le théâtre de Maeterlinck ; seulement les regards de la Nature sur les hommes y sont chargés de vagues menaces et d'indicibles terreurs. Ouvre/ La Princesse Maleine : sur le saule pleureur le hibou darde un œil fixe, le jet d'eau sanglote et brusquement se lait, les Peux follets courent la campagne, jusqu'à la nuit suprême où L'orage déchaîne tous ses épouvanlemenls sur la princesse abandonnée : le chien hurle à la porte verrouillée, tandis qu'à la fenêtre brusquement ouverte, le fou ricane et montre du doigt quelque chose de noir qui arrive. les béguines fdent le linceul, le cygne tombe avec un cri funèbre. Toutes les choses conspirent à multiplier les angoisses de la créature qu'on écrase, et c'est pourquoi Iljalmar s'écrie : « J'aime mieux être au milieu des hommes. »
La rencontre de la nature et de l'homme est pourtant inévitable: c'est la mort. La fatalité de la morl suffit pour faire entrer L'infini dans l'existence lapins étroite et la plusmesquine. Elle met une clarté au front de ceux qui ont le pressentiment de leur fin prochaine, de ces avertis qui sont « presque de l'autre coté de la vie ». Elle
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donne la lumière au regard éteint des aveugles : ils font trembler les autres parée qu'avec des yeux qui ne voient pas ils pénètrent l'invisible secret des destinées. Est -il une émotion plus poignante que celle qui naît et qui grandit dans Intérieur, au spectacle de cette famille recueillie sous la lampe du soir? sur elle plane un deuil que nous savons et qu'elle ignore encore, dont personne n'ose se faire le messager : « Ils ont fermé les portes, et les fenêtres ont des barreaux de fer... ils ont prévu tout ce qu'on peut prévoir... ils croient que rien n'arrive parce qu'ils ont fermé la porte, et ils ne savent pas qu'il arrive toujours quelque chose dans les âmes et que le monde ne finit pas aux portes des maisons ». Mais le plus grave mystère, c'est celui qui met un homme en présence d'un autre homme. L'infini est entre une âme et une âme ; il y a des malheureux dont c'est la destinée d'éloigner de soi la vérité qui vient à eux et qui leur parle. « Je ne mens jamais, dit Mélisande à Pelléas. je ne mens qu'à ton frère. » La sublimité du sacrifice où s'unissent Prinzivalle et Monna Vanna ne trouve point de porte pour se faire reconnaître et comprendre de Guido Colonna. Par dessus les paroles, une seule chose peut fondre les âmes, le silence : (( Les âmes se pèsent dans le silence, comme l'or et l'argent se pèsent dans l'eau pure, et les paroles que nous prononçons n'ont de sens que grâce au silence où elles baignent. » Encore il y a-t-il un silence passif où s'éteint toute vie spirituelle, le silence de Siegfried au second acte du Crépuscule des dieux lorsqu'il s'arrête, ayant bu le philtre de l'oubli, devant Brunehilde et qu'il ne reconnaît plus celle par qui sa destinée s'est accomplie. Mais il y a aussi le silence de
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Tristan à la lin du premier acte lorsque le philtre de l'amour lui a communiqué le don de \oir Yseull en la regardant, el «le lire dans ses veux la révélation de l'amour qui esl désormais Leur être commun.
Enfin dans le silence une autre vois Be fera peut-être en l cm lie à nous, la \<>i\ de notre propre Dieu, que nous n'avons pas la force d'écouter. « Il y a quelque chose d'imperméable entre nous cl noire âme... Il y a — est-il encore écrit dans le recueil du Trésor 'les Humilies — une part delà vie, cl c'esl la meilleure, la plus pure et la plus grande, qui ne se mêle pas à la vie ordinaire. » Nous ne \i\ons noire vie ordinaire, nous n'y donnons toutes nos heures cl tontes nos forces qu'afin de n'être pasobligésd'apereevoiiTinlini qui nous domine, l'étranger qui nous lait peur, cl qui esl nous : « D'où vienl donc, demande Maeterlinck, la timidité du divin dans nos âmes? » Osons nous retirer en nousmêmes, osons nous recueillir: si nous ne pouvons la comprendre, osons sentir au moins la présence de la puissance mystérieuse où réside toute la grandeur terrible du destin. Là. par delà les paroles, les gestes et les actes, esl noire véritable réalité. Par elle nous sommes en communion avec la nature ; pour elle se multiplient les symboles «le deuil ou de joie, le vol angoissant, des oiseaux de unit ou la blancheur des colombes au soleil, le craquement des pierres disjointes dans L'épaisseur de la vieille tour/ ou l'éclat de l'eau qui rit. Par elle les hommes sont capables enfin de s'unir dans L'essence même de L'amoUr : « Non- nous aimons au-dessus de nous-mêmes, dit Méléandre d'Aglavaine. » D'elle émane une vertu mystique, sans rapport avec noire conduite de tons les jours, avec le masque que la
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société nous a donné et le rôle qu'elle nous fait jouer. mais qui a ses racines au plus profond de notre être : « Un homme aura commis tous les crimes réputés les plus vils sans que le plus grand de ces crimes altère un seul instant le souffle de fraîcheur et de pureté immatérielle qui entoure sa présence : au lieu que l'approche d'un martyr ou d'un sage pourra couvrir notre âme d'épaisses et insupportables ténèbres. »
Ainsi nous avons interprété dans le sens de notre disposition profonde la nature, et les hommes, et notre âme. Nous nous sommes élevés jusqu'à la « morale mystique », telle que Maeterlinck l'expose dans le Trésor des Humbles. Cependant si c'était là le dernier mot de sa pensée, si le mysticisme se bornait à incliner nos fronts et nos pensées devant la force surnaturelle qui apporte le bonheur à l'un et envoie l'autre à la mort, on pourrait encore se demander s'il est légitime de compter Maeterlinck parmi les moralistes de ce temps. Pour notre part, si nous parlons de lui à cette place, c'est qu'à l'Essai sur la Morale mystique a succédé l'admirable recueil : Sagesse et Destinée. De l'un à l'autre que s'est-il donc passé ? c'est que l'homme en face de soi ne peut demeurer ce qu'il était en face de la nature. La nature, qui nous est étrangère, peut nous être hostile; rien ne fléchira la rigueur dont elle est l'interprète, puisqu'elle en ignore la raison; elle nous écrase parce qu'elle fait de nous une chose, comme elle-même est une chose: c'est à sa servitude qu'elle nous asservit. De là l'horreur presque physique qui est répandue à travers le théâtre de Maeterlinck et qui en caractérise le tragique. Mais la puissance qui est en nous ne peut être sans coin-
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mu ne mesure avec nous ; c'est nous qui la qualifions, m un rapport étroit avec nos propres qualités : « Jeanrie d'Arc entend les saintes, el Macbeth les sorcières, el c'est toujours La même voix. » Dus lors nous n'aurons plus le droit de nous abandonner à notre destin, comme s'il ne manquait aucun anneau à la chaîne immuable de nos revers ou de nos triomphes, de nos deuils on de nos félicités. Nous avons prise sur celle puissance
qu i- domine el qui nous régil : « Nous ne sortons
jamais de l'inconscience : mais nous pouvons améliorer sans cesse la qualité de l'inconscience qui nous baigne. » Esl-ce assez dire encore ? Si mie fois, suivant des roules encore indirectes ou obscures, nous avon- pu infléchir par la vertu de noire effort et dans le sens de noire raison la loi sous laquelle nous nous croyions contraints de nous courber, comme sous la fatalité des clioses, n'est-ce point qu'en la volonté consciente de l'homme il y a aussi la source d'une puissance définitive ? « Soyez certain, dit celle fois Maeterlinck, que l'acquisition d'une parcelle de votre conscience importe mille fois plus, au bout du compte, que le don de votre inconscience lout entière. >) l ne première victoire nous ouvre un horizon illimité : nous ne voulons plus désormais qu'il subsiste de voile entre nous et la meilleure partie de nous-mêmes; nous avons le pouvoir de nous reconquérir complètement, nous illuminons à la clarté de noire intelligence la région profonde où esl la racine de noire être intime, nous y reconnaissons le sanctuaire de la vérité morale : « Le plus déchu des hommes a toujours une sorte de lieu sacré, une sorte de retraite dans son âme où il retrouve un peu d'eau pure
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et on il puise la force nécessaire pour continuer de vivre. »
Il nous appartient donc de gravir le chemin cpii mène à l'Acropole du sage. De cette hauteur le cours des choses nous apparaîtra sous son aspect véritable : « L'événement en soi. c'est l'eau pure que nous verse la fortune, et il n'a d'ordinaire par lui-même ni saveur, ni couleur, ni parfum. Il devient beau ou triste, doux ou amer, mortel ou vivifiant, selon la qualité de l'âme qui le recueille. Il arrive sans cesse à ceux qui nous entourenl mille et mille aventures qui semblent toutes chargées de germes d'héroïsme, et rien d'héroïque ne s'élève après que l'aventure s'est dissipée. Mais Jésus-Christ rencontre sur sa route une troupe d'enfants, une femme adultère ou la Samaritaine, et l'humanité monte trois fois de suite à la hauteur de Dieu. » Dans l'événement nous n aurons plus à chercher anxieusement le secret d'une volonté mystérieuse qui a prononcé sur nous un arrêt irrévocable, qui soudain nous emporte et nous écrase. Nous sommes au-dessus des événements, non parce que nous les empêchons de s'accomplir, mais parce que nous leur imposons de s'approfondir en nous pour nous rendre meilleurs : « Si l'on vous a trahi, ce n'est pas la trahison qui importe, c'est le pardon qu'elle a fait naître dans votre âme, et la nature plus ou moins générale. plus ou moins élevée, plus ou moins réfléchie de ce pardon qui tournera votre âme vers le côté paisible et plus clair du destin où vous verrez mieux que si on vous était resté fidèle. Mais si la trahison n'a pas accru la simplicité, la confiance plus haute, l'étendue de 1 amour, on vous aura trahi bien inutilement, et vous pourrez dire qu'il n'est rien arrivé. » Nous ne nous peu-
chons plus sur La vie, pour attendre et pour épier l'issue du drame où * * 1 1 « * nous a engagé; un seul dénouement nous importe, el qui dépend de nous : « Il esl sage, celui en (|in une déception ou une trahison ne descendt'iil que pour purifier La sagesse davantage. Il esl sage, celui en qui le mal Lui-même esl obligé d'alimenter Le bûcher de L'amour. »
Plus que La cruauté des hommes el des choses, il esl difficile de supporter leur indifférence. A certains monicnls il semble que la vie se relire de nous, comme la mer s esl retirée de Ravenne ou d'Aigues-Mortes, abandonnant à la monotonie aride de La plaine la place ou jouait le tumulte des (lois. G'esl à ces moments qu'au foyer intérieur La flamme acquiert un éclat inattendu, une extraordinaire puissance de rayonnement. I n Beethoven devient sourd à la voix des vivants, aux bruits de la nature : dans son âme chante un concerl d'une richesse, <l nue variété, d un pathétique inépuisable el déconcertant. Pareillement dans l'existence étroite, mesquine, moralement solitaire, d'une Emily Brontë — à qui Mary Duclaux, el après elle Maeterlinck, oui consacré des pages si pénétrantes — moule L'hymne de la passion orageuse : celle qui n'aima personne cl (pie personne n aima, comprend, comme il n'a jamais été compris, l'oubli tout entier de soi dans autrui, la substitution des joies, des douleurs, des êtres mêmes par 1 amour.
La dernière épreuve de noire sagesse, c esl la félicité elle-même. Saurons-nous demeurer au-dessus <\<^ succès el des joies qu il appartient aux circonstances ou aux personnes de non- apporter, qu'il appartiendrait aux personnes ou aux circonstances de nous enlever? « \u
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sein d'un bonheur sans orage la partie fixe e1 stable de toute félicité se trouve uniquemenl dans cette force qui, tout au fond de noire conscience, pourrait nous rendre heureux au sein du malheur même. Vous ne pouvez vous dire heureux que lorsque le bonheur \ous a aidé à gravir des hauteurs d'où vous pouvez le perdre de vue, sans perdre en même temps noire désir de vivre. » Kl de là ces profondes maximes, où esl toute la victoire de la sagesse sur la destinée : « Etre heureux, c'est avoir dépassé l'inquiétude du bonheur... 11 faut accumuler en soi les causes de bonheur les pins simples... Le sage apprend à animer et à aimer la substance silencieuse de la vie. »
Nous voici donc au sommet. Nous avons suivi l'appel qui. sans fin. venait d'une clarté supérieure ; nous sommes récompensés de notre courage, non par la diversité seulement des horizons aperçus, mais par la signification nouvelle que prend désormais l'effort même de notre ascension. Ce qui nous attirait au départ, e était le mystère des nuages tour à tour dorés comme l'espérance, ou noirs comme le malheur. Or. atteindre la région des nuages, c'est voir qu'ils sont éclairés seulement d'un reflet et parce qu'ils résistent au soleil : c'est vouloir la pure lumière, celle qui ne connaît plus de matière opaque et que rien n'est capable d'obscurcir. Le sublime de l'imagination, qui écrasé noire être fragile sous l'infini tle la montagne ou de la mer, qui évoque par dessus nos amours et nos joies la terreur de la mort comme un roc qui surplombe et menace, s efface maintenant devanl le sublime de la raison. Pour la raison, en effet, il ne peut y avoir dualité entre notre àme ordinaire et l'âme profonde qui serait notre Philosophie morale. kj
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vérité inconsciente ; l'impénétrabilité n'a de sens que dans le monde des corps, el l'unité vivante esl la marque de l'esprit. La raison déchire le voile qu'un
mysticisme encore matérialiste avait jeté sur notre destinée effective. Nous ne sommes plus un individu, préoccupé uniquement «le l'événement qui n'intéresse que lui. interrogeant avec anxiété les choses où il projette le reflet agrandi de ses espérances el de ses craintes également puériles. Nous sommes une pensée capable de comprendre dans ses lois immuables le cours de l'univers, capable de le dominerpar sa volonté d'amour el de justice ; nous sommes l'infinie puissance de la liberté spirituelle: « On ne se livre au destin, écrit rauleur de La Princesse Maleine, àePelléasetde Mélisande, que lorsqu'on l'ail le mal... La puissance du destin se limite en tous ceux <|iii deviennent meilleurs que le destin lui-même. » Sur ceux-là l'indifférence de la nature ou la haine des hommes n'ont plus de prise: ils sont à eux-mêmes leur propre bonheur. ils réalisent dans l'exemple cl dans l'enseignement de leur vie la destinée qu'il appartient à l'homme de se créer, indépendamment de toute condition qui serait extérieure ou étrangère à la qualité intime de son âme. « La plupart de nos \ ies se passent loin du sang, des cris et des épées : el les larmes des hommes soûl devenues silencieuses, invisibles e1 spirituelles. » Mais, il ne dépend pas du destin que nous ne puissions comprendre la beauté de ces larmes, que nous n acquérions la certitude du bonheur qui est l'intelligence même de la sagesse : « Faut-il donc toujours que IOn nous avertisse et ne pouvons-nous tomber à genoux que si quelqu'un esl là pour nous dire que
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Dieu passe ?Si vous avez aimé profondément, personne n a dû vous faire remarquer que votre âme étail
quelque chose il ;mssi grand que les mondes, que les astres, les Meurs, les vagues de la nuit el celles de la nier n élaienl pas solitaires, que rien ne finissait et iiut1 tout commençait au seuil des apparences : et que les lèvres mêmes que vous baisiez appartenaient à un être bien plus haut, bien plus beau, bien plus pur que celui que vos bras enlaçaient. Vous avez vu alors ce qu'on ne voit pas dans la vie sans ivresse. Mais ne peut-on pas vivre comme si l'on aimait toujours? Les héros et les saints n'ont pas lait autre chose... Nous vivons Ions dans le sublime. Dans quoi donc voulezvous que nous vivions? Il n'y a pas d'autre lieu de la vie. Ce qui nous manque, ce ne sont pas les occasions île vivre dans le ciel, c'est l'attention et le recueillement : el c'est un peu d ivresse d'âme. Si vous n'avez qu'une petite chambre, croyez-vous que Dieu ne soit pas là aussi : el qu'il soit impossible d'y mener une vie un peu haute? Si vous vous plaigniez d'être seul. que rien ne vous arrive, que personne ne vous aime, que vous n'aimiez personne, croyez-vous que les mots ne trompent pas ? qu'il soit possible d'être seul, que l'amour soit une chose que l'on sait, une chose que Ion voit : et que les événements se pèsent comme l'or et l'argent des rançons ? Est-ce qu'une pensée vivante
— qu'elle soit allière ou pauvre, peu importe, dès qu'elle vient de votre âme elle est grande pour vous :
— est-ce qu'un haut désir ou simplement un moment d'attention solennelle à la vie. ne peuvent pas entrer dans une petite chambre ? Et si vous n'aimez pas ou qu'on ne vous aime pas. et que pourtant vous puissiez
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voir avec une certaine force que mille choses son! belles, que l'âme esl grande el que la vie esl grave presque indicible ment, n'est-ce |>;is aussi beau que si l'on nous aimai I ou que si vous aimiez? >»
<)u ne se lasserai! pas de citer ces pages <>u toute l'œuvre de Maeterlinck se concentre H se juge ellemême. Si la pensée du philosophe, àla suivre jusque dans ses manifestations les plus récentes, n'esl pas à l'abri de toute oscillation, du moins nous avons ici une
clarté définitive el qui, comme il cl 1 1 lui-même d'i
de ses héroïnes, éteinl autour d'elle tout ce qui n esl pas vrai. V.ussi pourrai-je no faire qu'une allusion au dernier Essai du Temple enseveli: Maeterlinck j parlede l 1 venir comme d'une chose qu'il esl incompréhensible que nous ne connaissions pas. il déplore « l'infirmité singulière, la limitation curieuse de noire intelligence Or si la prévision exacte de l'avenir était seulement concevable sans contradiction, si la chaîne des temps futurs poux ail se dérouler à nos yeux comme nous apercevons d'une hauteur la totalité d'une ville, ne faudrait-il pas dire alors qu'il n'y a point de destinée spirituelle pour l'humanité, que nous vivons tout entiers dans ce règne de I" matière dont ce même Temple enseveli redoute et veut écarter l'envahissement? Mais, je n'ai pas à insister, c'esl Maeterlinck luimême qui a posé la question : Quel esl le sage .' a Est-ce Tirésias ? Il connaît l'avenir, mais il ignore que la boulé et le pardon dominent l'avenir? » C'esl Maeterlinck encore qui, dans un article du 10 juillet i ()(>•>. à l'heure où l'Angleterre désespérait de conserver son roi. affirmait que la raison active et conquérante de
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1 homme esl en puissance de modifier les routes du destin, de les obliger à un détour « pour éviter la Fente imperceplible mais infranchissable où veille en ce moment le petit jet de flamme. »
Il serait donc injuste de se laisser prendre à quelques déclarations isolées, et de confondre le mysticisme de M. Maeterlinck avec le mysticisme passif qui s'incline et qui s'abandonne devant le secret des forces obscures et aveugles. C'est un mysticisme tout spirituel, qui repose sur l'action et sur la liberté ; c'est aussi, c'est par là-même, pour le caractériser par une alliance de mots qui lui était en quelque sorte réservée, un mysticisme démocratique. Comprenons bien en effet que l'on calomnie notre époque lorsqu'on attribue à des préoccupations étroites, à des préjugés utilitaires la décadence des religions. Ce qui fait tomber d'une inévitable chute les dogmes matériels et les Eglises matériellement constituées, c est le progrès, c'est l'éclaircissement de notre idée humaine de la justice. Nous ne voulons plus du jugement de Dieu, parce que si Dieu prononce par le glaive, il est trop évidemment inférieur, devant la conscience, à l'homme qui décide par l'esprit : « Nous ne sommes véritablement justes que du jour où nous sommes réduits à chercher en nous seuls le modèle de la justice. » Le Crépuscule <les Dieux, qui esl l'avènement de l'humanité morale, s'appelle de son nom propre le Crépuscule des idoles, et le sage les voit disparaître sans les pleurer, les idoles jadis redoutées, avec leurs rites et leurs magies, leurs chants de liturgie et leurs paroles de sorcellerie, avec leurs guerres de sectes et leurs sacrifices de sang. De la justice meilleure, qui les a condamnées, surgira le
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règne de respril : « De l'immoralité même du hasard doit naître une morale plus pure, [ci comme partout,
plus I homme se seul abandonné, plus il retrouve la force propre à l'homme. »
Quelle sera donc ici la force propre de l'homme, sinon I attachement à la vérité pour la vérité, la volonté de l'amour pour l'amour, le Dieu intérieur à loul être spirituel, celui qui ne saurai! être fasciné par l'or des couronnes, les offrandes «les prêtres, les charmes des devins cl des astrologues? « Vous n'êtes ni sag ni justes si vous cherchez dans la sagesse <■! dans la justice autre chose que la sagesse el la justice même. » Or. si la démocratie esl la civilisation de L'humanité devenue accessible à tous les hommes, les élevanl dans un efforl commun à une hauteur commune, nous n axons pas le droit de la limitera la satisfaction i\<'> misères les plus lamentables, à la réparation des iniquités les plus criantes ; nous devons lui donner pour hase la sagesse et la justice dans toute la profondeur de leur sens humain . « Aller au plus pressé n'est pas toujours le parti le plus sage : mieux vaudrait souvent aller toul de suite au plus haut. »
^ oilà pourquoi « il est utile de parler du bonheur aux malheureux. Ils s'imaginent volontiers (pie le bonheur est une chose extraordinaire. » Mais, a d'ordinaire ce qui nous manque ce n'est pas le bonheur, c'esl la science du bonheur... Il faut que tout homme trouve pour lui-même une possibilité particulière de vie supérieure dans l'humble et inévitable réalité quotidienne. Il n'y a pas de but plus noble à notre vie. » Voilà pourquoi celui cpu. par la force de la pensée et de la poésie, esl en pouvoir de convaincre la foule des hommes qu'ils