Trist.j II, 471 sqq. : Sunt aliis scriptœy etc
LA POESIE DIDACTIQUE
chiffre le plus fort, il faut les lancer sur la table; dans quel ordre, les ramassant, il faut les remettre à son adversaire ' ;
Gomment on doit faire avancer en ligne droite ses soldats colorés, prendre garde qu'ils se hasardent entre deux ennemis et périssent dans la rencontre, les soutenir à propos, les retirer au besoin, assurer par un prudent concours leur retraite ;
Ovide avait lui-même plus d'une fois décrit ce jeu stratégique dans rAî't cl aimer ^ où ces sortes de divertissements jouent leur rôle *.
Comment, sur le damier, où sont disposées trois à trois de petites pierres polies, on fait arriver jusqu'au fond, sans interruption dans leur marche, les pièces de son jeu.
Enfin, pour achever ce détail, ils ont enseigné tous ces jeux où nous perdons le bien le plus précieux, no're temps.
L'énumération de toutes ces compositions didactiques si peu sérieuses n'est point terminée.
1. Ainsi est entendu par Burmann ce passage très-obscur. Selon son interprétation, ces poètes didactiques auraient donné une de ces leçons malhonnêtes que [«romel, dans le Joueur de Kegnard, M. Tou- Ubas, le professeur de trictra: r
En suivant mes leçons, on court peu de hasard. Je sais, quand il le faut, par un peu d'artifice, Du son injurieux corriger la malice; Je sais, dans un trictrac, (juand il faut un sonnez, Glisser des dés heureux ou chargés ou pipés; Et quand mon plein est fait, gardant mes avantages, J'en substitue aussi d'autres prudents et sages, Qui, n'oiïrant à mon gré que des as à tous coups, Me font en un instant enliler douze trous.
2 De arte amandi, II, 207 ; UI, 357. — Cf Senec, Epist., 117; De tranquillitate animij 14; Martial., Epigr., VII, 71; xiv, 20; Plin., Hist. nat.. XXXVI, 2G, etc. — Les vers d'Ovide rappellent ceux de Delille sur les échecs, dans l Homme des cJiamps.
Plus loin, dans ses calculs gravement enfoncé,
Un couple sérieux qu'avec fureur possède
L'amour du jeu rêveur qu'inventa Palamède,
Sur des carres égaux, différents de couleur, * .
Combattant sans danger, mais non pas sans chaleur,
Par cent détours savants condui: à la victoire
Ses bataillons d'ébcne et ses soldats d'ivoire.
CHEZ LES ROMAINS
Un autre dit les formes diverses de la balle et comment on la lance, un autre Fart de la nage, un autre celui du cerceau. ^
Il en est qui ont appris à composer les couleurs de son visage.
Ovide n'était pas non plus tout à fait innocent k cet é^ard, lui qui avait écrit ses Medicamina faciei (nous en avons'quelque chose), et qui en avait parlé si magnifiquement :
J'ai moi-même traité des préparations q;ui entretiennent votre beauté dans un livre bien petit, sans doute, mais de grande importance \
Mais il est temps de clore avec lui cette longue revue :
Tel a écrit le code de l'hospitalité, des repas ; tel a traité de rargile dont se fait la poterie, de la pâte la plus propre à conserver le vin frais.
On s'égaye volontiers par de telles compositions aux jours fumeux de décembre, et jamais elles n^ont causé la perte de personne.
Ces vers sont vraiment caractéristiques; ils révèlent à quels excès descriptifs était arrivée, dès le temps d'Auguste, chez les Romains comme chez les Grecs, comme chez nous, la poésie didactique. Lk aussi, après avoir ,^ d'abord dans des poëmes gnomiques, ensuite dans des poèmes philosophiques et scientifiques, tantôt recueilli avec un art naïf, pour l'éducation d'une société naissante, les notions éparses de l'expérience, tantôt initié plus régulièrement une société plus polie aux systèmes des penseurs et des savants, le genre didactique aboutissait inévitablement à l'ingénieux et élégant mensonge de leçons sans disciples, simples thèmes de style et de versification pour des talents désœuvrés, frivoles et froids amusements d'une curiosité blasée.