‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 124 sur 513 · Ovid., Ex Vont. ^ IV, xvi · texte numérisé non relu

Ovid., Ex Vont. ^ IV, xvi

LA PO SJE DIDACTIQUE

la table, avait pu, en face de Caton, imiter avec convenance et intérêt la Gastronomie d'Arcliestrate, éjcrire ses Pliagetica. De même Ovide, au sein de ce loisir sensuel que le pouvoir absolu faisait aux Romains, ces anciens cultivateurs, ces politiques, ces guerriers, devenus hommes de plaisir et coureurs d'aventures galantes, Ovide écrivait aussi, sous la dictée du public, son Art craimer, ses Rtmcdes d'amour. Eu dehors de ces productions animées d'une vie véritable, on ne rencontre plus que Tocuvre morte d'un art industrieux qui s'applique assez inditléremment à toutes choses, leur demande sans fin le sujet d'élégantes, d'agréables, mais froides descriptions. C'est pour décrire qu'Ovide traite de la pêche, Gratins de la chasse, Macer des abeilles, des oiseaux, des venins de certains animaux et de leurs remèdes, des plantes médicinales ; Pedo Albinovanus, qu'Ovide appelle sidereus^, peut-être de l'astronomie; Manilius de l'astrologie ; plus tard, Golumelle, trompé par un regret de Virgile, des jardins, et un autre contemporain de Sénèque, qui était en même temps son ami, son correspondant, Lucilius, de l'Etna, que Virgile semblait avoir sui'lisamment décrit, et dont devaient s'occuper tant de poêles après lui.

Omne genus rerum doctae cecinere sorores, Il n'est rien que n'aient chanté les doctes sœurs,

s'écriait Manilius, ce qui peut s'interpréter ainsi : « 11 n'est rien que nous n'ayons décrit. » Le même Manilius rappelait avec enthousiasme les productions descriptives de Gratins et de Macer:

Tel chante les oiseaux au plumage bigarré, la guerre portée chez les bêtes sauvages; tel les serpents venimeux, les plantes malfaisantes, les simples qui rendent la vie.

Ecce alius pictas volucres et bella ferarum, llle venenatos angues, hic nata per herbas

l. Ex Pont., IV, XVI, 6.

CHEZ LES ROMAINS

Fata refert, vitamque sua radiée ferentes*.

Nous avons quelques-uns de ces ouvrages, sauvés par certains mérites de composition et de style, qui ne sont pas indignes d'attention et d'estime; mais combien le temps nous en a ravi ou épargné d'autres, fruits de cette intempérance descriptive qui fe déclara dès le temps d'Ovide et dont Ovide s'est fait l'historien dans quelques ver?, qu'on croirait vraiment contemporains de l'école d'Oppien ou de celle de Deliile !

Delille, dans son Homme des champs, qui n'est point * celui de A'irgile, qui n'habite point une ferme, mais un château, qui y vit au sein d'un loisir seigneurial, peint les jeux de la veillée, les cartes, le billard, le trictrac, les dames, les échecs, tout cela curieusement, avec une dextérité de style et de versification a laquelle nous sommes devenus fort insensibles, mais qui charmait alors. Ghaque époque a ses modes, n.ême en littérature. Il n'y avait pas longtemps que le jésuite Ceruiti avait fait tout un poëme sur les échecs, et défini ainsi, je crois, la marche des pions, dans un vers fort admiré :

Ils avancent de front et frappent de côté.

Eh bien I au tempç d'Ovide, qui avait vu Virgile et avait entendu Horace, il se trouvait déjà des poètes, et en grand nombre, qui abusaient absolument du même talent de versifier et de celui de déciire. Ovide cite leurs traités poétitiques sur les arts les plus futiles, pour se justifier luimême d'avoir écrit l'Art d'aimer^.

D'autres ont enseigné dans leurs vers les règles des jeux de hasard, de ces jeux auxquels ne pardonnait guère la sévérité de nos aïeux. Ils ont dit quelle est la valeur des dés, par quel mouvement du cornet on peut composer le coup divers de Vénus, éviter le coup fatal du chien ;

Combien de points portent les tessères; comment, à l'appel du

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