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LA POÉSIE SATIRIQUE ET DE LA SATIRE LATINE

Cette histoire nous promet un double intérêt; c'est l'histoire même des mœurs et du goût d#s Romains.

Il y a eu à Rome un moment où l'antique austérité, l'jintique simplicité commencèrent à s'altérer, où les esprits s'adoucirent, se polirent quelque peu au contact de la Grèce. Cette double révolution, morale et littéraire est marquée en traits fort vifs dans les satires de Lucilius, ou du moins dans ce qui en reste, et qui permet d'en reconstruire, d'en restituer quelque chose.

Un siècle plus tard, sous l'influence du régime monar- •hiqufl introduit par César et par Auguste, les Romains plus contenus parèrent leurs vices d'élégance et arrivèrent, dans leur manière de sentir, de penser, de s'exprimer, à ce qu'il y a de plus délicat. Or les satires d'Horace, et ses épttres qu'on n'en peut guère distinguer, ces chefs-d'œuvre d'une philosophie si pratique, si aimable, si spirituellement enjouée, offrent tout ensemble et le tableau de cette corruption élégante et Texpression de cette délicatesse.

Vinrent ensuite, et bientôt, avec les saturnales dissolues et sanglantes de la tyrannie, les monstrueux développements de la bassesse et de la dépravation romaine, et, par contre-coup, dans les réclamations, éloquentes quelquefois jusqu'au sublime, d'une philosophie généreuse ou d'une honnêteté indignée, quelque chose d'excessif, de forcé, de déclamatoire, qui ne pouvait pas plus manquer aux satires de Perse et de Juvénal qu'aux tragédies contemporaines de Sénèque.

A ces causes générales d'intérêt s'en ajoutera, pour nous, une plus particulière. Ce genre si intimement lié, dans son développement, à l'histoire morale et à l'histoire littéraire de Rome, est précisément celui dont les Romains ont cru pouvoir, par exception, se dire les inventeurs. En tout le reste, ils sont, de leur propre aveu les disciples des Grecs. Ici ils n'ont, pensent-ils, point de modèles.

^ Cette prétention est-elle fondée? et dans quelle mesure Test-elle? C'est là une question qui se présente d'abord et dont il faut avant tout s'occuper. Il suffit, je crois, pour la

DE LA POESIE SATIRIQUE

résoudre d'une distinction très-simple entre la poésie satirique et la satire proprement dite.

JL,a poésie satirique n'est pas romaine d'origine, elle est aussi vieille que le monde et, à aucune époque, n*a pu manquer. Elle relève de plusieurs dispositions de la nature humaine qui en font un genre nécessaire et universel :

De la malignité qui nous porte à rire de nos semblables et à les censurer;

Du sentiment de la justice, qui nous fait souhaiter que ce qui échappe à la répression des lois, ce qu'épargne quelquefois le blâme de la société, ce qui surprend même se^ complaisances, ses suffrages^ ne reste pas sans punition;

D'un désir d'amélioration morale qui nous fait chercher, pour nous et pour les autres, dans le spectacle du mal, une sorte d'enseignement détourné du bien.

Ainsi la poésie satirique existe nécessairement, et universellement à ce triple litre : comme satisfaction donnée aux penchants malins de notre nature, comme châtiment infligé au vice et au ridicule, comme leçon morale.

De ces trois inspirations de la poésie satirique les plus hautes sont assurément celles qui se rapportent à la vengeance de la vertu, du bon sens et du goût, et surtout à l'enseignement de la morah. C'est même par ce dernier caractère que la poésie satirique peut être, grand honneur pour ellel rattachée à la poésie didactique.

Ainsi l'avait comprise Horace, sous son point de vue le plus élevé.

Sans doute, il n'était pas exempt de cette malignité qui pousse aux vers satiriques, qui y cherche un plaisir :

Mon plaisir, à moi, c'est d'enfermer des paroles dans la mesure d'un vers, à la façon de Lucilius.

Me pedibus delectat claudere verba Lucili ritu'.

C'était son plaisir et aussi sa défense contre ses ennemis :

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