Sat., II
ET DE LA SATIRE LATINE
Mais à qui me provoque, je crie qu'il aurait mieux fait de ne se point attaquer à moi; bientôt il en pleurera, devenu tristement célèbre, chansonné par toute la ville.
Ille Qui me commorit (melius non tangere clamo) Flebit, et insignis tota cantabitur urbe '.
Sans doute aussi il était animé aux vers satiriques par la pensée de faire pour la société la guerre au vice, guerre vertueuse que Damasippe lui reproche d'abandonner par timidité:
Penses-tu, par hasard, à désarmer l'envie, en renonçant à la vertu ? ^
Invidiam placare paras virtule relicta ^.
Mais ce qui surtout l'invite k contempler et à décrire le îjpectacle des vices et des ridicules, c'est l'envie louable de s'en garder et d'en préserver les autres. Il tenait cette disposition de son éducation première : son père l'éloignait du vice par l'exemple des vicieux, l'invitait à l'honnêteté par l'exemple des gens honnêtes. Il a continué cette éducation morale, « travaillant sans cesse à son âme, » comme dit Mme de Sévigné, et dans ses moments de loisir a mis en vers ses observations, ses réflexions; de là ses satires et aussi ses èpîlres, productions nées d'une inspiration commune qui, à ce point de vue, se confondent.
Il faut, à ce sujet, l'entendre lui-même :
Si parfois je m'exprime avec trop de liberté, si je m'égaye plus qu'il ne convient, il faut me l'accorder, me le passer. Je tiens cette habitude de mon excellent père, de remarquer, pour les fuir, les mauvais exemples. Quand il m'exhortait à vivre avec économie, frugalité, content de ce qu'il m'avait lui-même amassé: Ne vois-tu pas, me disait-il, comme I3 fils d'Albius a de la peine à vivre, quelle est la détresse de Barrus, grande leçon pour ceux qui seraient tentés de dissiper leur patrimoine? Pour me détourner de siles et mercenaires amours, il me disait: Prends garde de ressembler à Sectanius. Pour me faire