Art poétique, III
LIVIUS ANDRONICUS ET NÉVIUS
Au temps de Névius l'art était plus simple ; il n'y avait pas même de théUre, mais des échafauds temporairement élevés dans le Cirque, et qu entouraient des spectateurs debout: spectateurs plus dociles, dans leur naïve ignorance, aux impressions, nouvelles pour eux, d'un art dramatique, bien nouveau lui-même, que le public blasé des jeux de Pompée. Stanles plaudehant in re ftcta, dit Gicéron* du ^rand effet produit par le combat d'amilié d'Oreste et de Pvlade dans une scène de Pacuvius. L'émotion d'un tel auditoire dut être vive, elle se mêlait de patriotisme, quand Névius, le premier, il est permis de le croire, l'attribution d'un R''oulus à Livius Andionicus n'étant rien moins qu'établie % quand Névius, dis-je, le disciple encore inexpérimenté des Grecs, eut l'idée hardie de transporter les formes si récemment empruntées de leur tragédie a des sujets domestiques, à des faits de l'his'oire romaine, domestica faclaK On ne peut vraiment douter, quoi qu'il y ait eu à ce sujet bien des disputes*, et M. Berchem, entre autres, ne doute pa^, que Névias n'ail traité sérieusement non pas dans une fabula togata, mais dans ce genre de drame tragique, ou approchant de la tragédie, qu on appelait fabula prœtexta, le sujet indiqué par ce titre : Allmonium Rémi et Romuli, La nourriture, L éducation de Rèmus et de Romulus. Dans les développements de cette pièce avait nécessairement sa place la louve tant célébrée depuis par l'épopée^ et par l'histoire, et, selon un récit lé-endaire, que rapporte Donat% pendant une représentation au moment même ou il t3tait question de la merveilleuse nourrice des enfants d'Ilia, un loup avait tout a coup paru sur la scène, incident qui avait donné heu, pensait-
1 D^ Amie VII. Cf. de Fin. 11,24; V, 22.
l: Se^^ fn Vlr.^ J^n,, IV, 37. Voyez ch. Magnin, Ongtnes du theâ- (rc moderne. Introduction, p. 325.