Ve orat.,Ul. Cf. iUiaban. Maur., de an. gramm
LIVIUS ANDRONICUS ET NEVIUS
celui qui nous est fourui par une lettre de Pollion à Cicéron*. Il récrit, en Tan de Rome 710, de la province espagnole où il commande, et il s'y égayé aux dépens de son questeur Balbus, grand partisan et imitateur ridicule de César, qui, dans des jeux donnés par lui à Gadès, avait fait jouer une pièce dont il était le héros, ému jusqu'aux larmes, dit le malicieux narrateur, par le souvenir de ses hauts faits : et quidem, quum ageretur, flevit, memoria rerum gestarum commotus.
Le passage est naturel de ce drame, où Névius paraît avoir célébré la gloire récente de Marcellus, au poëme où, par une autre innovation, ouvrant la carrière de l'épopée latine , s'inspirant d'événements récents eux-mêmes, il entreprit de raconter la première guerre punique ; à sa Guerre punique, comme il disait, Bellum punicum: c'est le titre qu'il donna à son œuvre ; M. Berchem l'établit par un relevé complet, un rapprochement attentif des témoignages*. On est conduit de l'un à l'autre ouvrage même par l'ordre chronologique, puisque, au rapport de Cicéron', que j'ai déjà cité, Névius fit de la composition du poëme la joie de sa vieillesse, peut-être même la consolation de son exil. On aime à penser que l'achevant sur cette terre d'Afrique où s'en était préparée la matière, il a trouvé l'inspiration poétique aux lieux où s'était signalée son ardeur guerrière.
Livius Andronicus, par sa traduction de VOdyssée, avait appris aux Romains, qui, chose étrange et même unique, après cinq siècles d'existence, l'ignoraient encore, ce que c'était que la poésie épique. Névius, tout aussitôt, avec cette originalité d'esprit qui l'appelait à être autre chose qu'un simple traducteur des Grecs, en fit, ce qu'il avait voulu faire de la comédie, ce qu'il avait fait de la tragédie, le cadre d'une œuvre romaine et d'un intérêt présent : présent par le souvenir, toujours vivant, d'une longue et pénible guerre, glorieusement terminée ; présent aussi, et plus encore, par les épreuves de cette guerre renouvelée et s'avançant, elle-même, parmi bien des disgrâces, vers un