DEUXIÈME PARTIE
(suite) ÉTUDES SUR LES ANCIENS POETES LATINS.
ENNIUS
^Tnîbr'; fs«2^'n'''^-I'.' 7';'?'"*' ■" "'f'' J"''" *«5"''' P- *"• 379; octobre, décembre I8b2, p. «>b5, 755, mai i«o3, p. 298; août, septembre 1«C4, p. 1*70,
Tbagigorum romanorlm beliqui^. liecensuit Otto Ribbeck. Linsiœ sumptibus et formisB.G. Teubneii. 1852, in-8 de 442 pages.
Ennian.£ POEsis REUQui^. Hccensuit Johannes Vahlen. Lipsiae. sumrtibus et lormis B. G. Teubneii 1854, in-8 de 238 pages.
Quand la critique a épuisé la riche matière oflerte a ses études par les époques dites classiques, où la justesse des idées, la vérité des sentiments s'allient, dans quelques grands monuments, à la beauté achevée de la forme, sa cunosi:,é se porte naturellement soit sur les œuvres où
fOÉSlE LATINE. H — 1
i ^ i 11 ^' "\ \ > -L^J -± \j (} ij
LES ATICIENS POETES LATINS
s'est altérée par degrés cette perfection, soit sur celles où elle s'est progressivement préparée. Depuis quelques années, le nombre est grand des travaux consacrés à rassembler, à restaurer, k expliquer ce qui reste des premiers essais de l'imagination romaine. Dans le nombre, les moins importants ne sont certainement pas ceux par lesquels MM. 0. Ribbeck et J. Vahlen ont récemment en trepris, après bien d'autres, il est vrai, mais avec plus de sévérité pour l'établissement des textes, plus de réserve pour leur interprétation, de nous rendre, autant que la chose est possible, l'un, les auteurs tragiques qui, de Livius Andronicus à Varius et à Ovide ont occupé la scène latine ; l'autre, cet Ennius, l'un des plus glorieux fondateurs, non-seulement de la tragédie des Romains, mais de leur comédie, de leur satire, de leur poésie didactique, de leur épopée. Avant de rechercher par quels mérites les deux nouveaux recueils se distinguent de ceux qui les avaient précédés, il n'est pas hors de propos de s'occuper des poètes qu'ils doivent nous faire mieux connaître et do rappeler quel a été le rôle de ces poètes dans le premier développement des lettres latines. Ce sera le sujet particulier de cet article.
Pendant les cinq premiers siècles de son existence, Rome, cité agricole, politique, guerrière, s'inquiéta peu de poésie. Klle avait bien autre chose à faire. Il lui fallait cultiver ses champs et, dans les intervalles du travail, vaquer sur le forum au soin des mille procès engagés entre les petits propriétaires obérés et leurs riches et exigeants créanciers. Il lui fallait, à travers la mobilité des formes politiques et la constante dissension des ordres, se constituer péniblement au dedans. 11 lui fallait s'étendre au dehors par la conquête, gagner, pied à pied, avec une opiniâtreté infatigable, dans des guerres sans ces^e renaissantes, les extrémités méridionales de l'Italie, d'où elle chaî-sait Pyrrhus; pénétrer en Corse, en Sar»JaigDe,dansla Sicile, cil elle rencontrait les Carthaginois, qu'elle en chassait encore, les suivant jusque sur les rivages de l'Afrique.
Voilà à quoi furent occupés les cinq premiers siècles de
Rome , et si complètement qu'il ne lui resta plus de temps pour les arts de l'esprit, la littérature, la poésie. Le temps lui manqua-t-il seul ? On peut penser qu'il lui manqua encore de certaines inclinations, de certaines dispositions poétiques. Les Grecs, à cette époque, celle des guerres médiques, de la guerre du Péloponnèse et de tant de guerres civiles, étaient eux-mêmes bien occupés ; et cependant, grâce à leur heureux génie, au sein de tout ce mouvement social se produisit le plus beau mouvement littéraire dont l'histoire ait conservé le souvenir. Rien de semblable n'eut heu chez les Romains des premiers à^es^ gens pratiques, tout entiers à l'action, absorbés dans l'accomplissement des devoirs sérieux de la vie.
L'auteur du Rrulus, Cicéron, y découvre à peine, non pas des orateurs, mais quelques hommes naturellement éloquents. Nous qui y cherchons des poètes, nous n'en trouvons point, hormis un peut-être, le même que Cicéron est tenté d'appeler orateur*, Appius Glaudius Cœcns, qui opina si énergiquement, si fièrement dans le sénat contre Pyrrhus % et que l'on sait, en outre, avoir composé une sorte de poème gnomique, à l'imitation, ou du moins dans le goût des vers dorés de Pythagore'.
Mais c'est là une exception. Les poêles alors n'avaient point de nom. Leur œuvre, simple travail de rédaction, était collective et anonyme. On les appelait des scribes, scnbr-fi'^, et ce qu'ils écrivaient ^cripturaK Ces appellations modestes indiquent bien le rôle, très-modeste aussi, de la poésie à cette époque.
^ Quel était leur instrument poétique ? Un vers qui mérite à peine ce nom, celui qu'Horace appelle horridus numerus saturnius\ Jusqu'au temps d'Ennius, il suffît aux