Epist., II, I
4 LES ANCIENS POETES LATINS
diverses productions dont se composa la poésie, si poésie il y eut, de ce premier âge.
Horace, qu'on a à tout instant occasion de citer en pareille matière, car l'histoire fort exacte de Ja poésie latine se trouve comme dispersée çà et là dans ses vers, Horace s'est moqué de certains littérateurs archéologues de son temps, qui, dans leur superstition pour le passé, appelaient des poëmes dictés, sur le mont Albain, par les Muses elles-mêmes, les lois des douze tables, les traités des rois avec Gabies, avec les Sabins, les livres des Pontifes, les recueils des anciens devins :
Sic fautor veterum ut tabulas peccare vêtantes, Quas bis quinquo viri sanxerunt, fœilera reumm Cum Gabiis vel cum rigidis œquata Sabinis, Po.itificum Libres, annosa vohimina vatum, Dictitet Albaiio Musas in monte locutas '.
Le critique qui aujourd'hui veut dresser la liste des productions poétiques de Rome naissante, est forcée de faire quelque chose d'à peu près semblable. Qu'y comprendrons-nous, en effet? Le compte n'est pas bien long:
Des prières d'un caractère rustique et guerrier, à l'usage de certains collèges de prêtres, sorte de litanies, dont le texte consacré, invariable, mais de bonne heure inintelligible, s'est perpétué jusqu'aux derniers jours de l'em-
-^ire ;
Des oracles rédigés au nom des dieux, sous les inspirations de la politique et rédigés après coup, plus récents, pour la plupart, que les événements qu'ils sont censés avoir annoncés ;
D'autres oracles, mais tout humains, ceux de l'expérience, de la sagesse, répandant, sous forme gnomique, les règles du ménage des champs, les maximes de la vie honnête et raisonnable ; et vitx monstrata via est, dit encore fort bien Horace**
1 Epist., II, I, 23.