‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 193 sur 513 · Hor. Sat. I, x, 54 s^q · texte numérisé non relu

Hor. Sat. I, x, 54 s^q

2 Sat. lib. IX, fragm. XV, apud ISon. v. Poesii, \oyez 1 excellent recueil de M. E. F. Coipet, Paris, 1845, p. 84. 3. De Sat, rer. I, 118, 122.

ExNNlUS.

il pas orgueilleusement couronné lui-même? Properce semble le dire dans ce passage où il renonce, avec une aimable modestie, à la couronne épique, pour en rechercher une plus humble :

Ennius hirsuta cingat sua dicta corona.

Mi folia ex hedera porrige, Bacche, tua*.

Hirsuta^ en parlant des feuilles du laurier, ne manque point de propriété descriptive; mais peut-être aussi que sous cette propriété se cache la censure d'une rudesse de versification et de style, dont commençait à s'offenser un goût plus délicat; peut- être que le vers de Properce est, par ce. trait détourné, le précurseur du vers plus franc d'Ovide :

Sumpserit Annales, nihil est hirsutius illis '.

Mais si, pour les principaux ouvriers de la perfection poétique du siècle d'Auguste, l'auteur des Annales semble le représentant d'un art encore grossier, il reste grand par le génie. Ainsi en pensent et Virgile qui lui fait, non sans quelque ingratitude, tant d'heureux emprunts dont il pare son Enéide; et Horace qui lui demande l'exemple de cette poésie dont l'esprit indestructible subsiste encore, alors même que sa forme métrique est rompue*; et Properce, qui, ambitieux des grandes compositions, des grands sujets, incapable cepeudant d'y atteindre et forcé de descendre à de plus modestes, aux choses folâtres et amoureuses, exprime son abandon du genre traité dans les Annales par une image où leur auteur est élevé bien haut. Il s'approchait, dit-il, quand Apollon l'en a prudemment écarté, de cette fontaine , à laquelle autrefois le père de la poésie latine, Ennius, avait si largement étanché sa soif.

Parvaque tam magnis admoram fontibus ora, Unde pater sitiehs Ennius ante bibit*.

1. Eleg. IV, I, 61. -2. Trist. II, 259. J. Sat. I , IV, GO. — 4. Elcg. III, m, 5.

LES ANCIENS POETES LATINS

Vient à son tour Ovide, qui résume ingénieusement en deux mots ces témoignantes unanimes d'admiration, avec les réserves qui les réduisent :

Ennius ingénie maximus, arte rudis*.

Cet art d'Ennius qu*un progrès constant de pureté, d'élégance, de noblesse avait rendu à la fin si imparfait, était d'ailleurs loin de nuire à ses Annales dans l'estime d'un certain parti littéraire contre lequel Horace a dû réclamer ^. Il y avait alors à Rome, C3 qui s'est rencontré quelquefois ailleurs, des gens d'un goût superbe, que la satiété bien prompte d'une perfection de date bien récente cependant, peut-être aussi une disposition malveillaLte à l'égard des talents nouveaux qui l'avaient produite, ramenaient, avec une préférence exclusive, aux monuments poétiques les plus surannés. Ils avaient Virgile, et ils ne voulaient lire qu'EnniuF,

Ennius est lectus salvo tibi, Roma, Marone,

comme le disait encore Maitial', réclamant lui-même, en son temps, contre la partialité de celte admiration rétrospective.

A travers ces vicissitudes de la langue et du goût qui vieiUissent les œuvres de l'esprit et, par aventure, les rajeunissent, les Annales d'Ennius demeuraient comme une sorte de monument consacré. Dès l'origine, on en avait fait, dans les écoles des premiers grammairiens latins, dans celle, par exemple, de Q. Vargunleius, des leitures publiques*. Quelques siècles plus tard, sous les Antonins, un intéressant récit d'Aulu-Gelle' nous les montre encore récitées au sein d'un auditoire attentif et charmé. Le ibéteur Antonius Julianus a reçu k sa campagne de Pouzzoles de jeunes amis des lettres, parmi lesquels se trouve lo

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