‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 206 sur 513 · Epist. I, I 2. — 2. De Animay c. xxxiii · texte numérisé non relu

Epist. I, I 2. — 2. De Animay c. xxxiii

ENNIUS

apparaître la figure d'Homère, à l'éternelle jeunesse, versant des larmes amères et lui dévoilant les secrets de la nature.

Unde sibi exortam semper florentis Homeri Commémorât speciem lacrumas effundere salsas Cœpisse et rerum naturam expandere dictis.

Les beaux vers de Lucrèce nous font assister à cette scène mémorable ; ils évoquent devant nous le fantôme éploré d'Homère ; nous comprenons de quel accent l'ombre vénérable expliquait la loi qui avait présidé aux diverses existences mortelles de son âme. C'est ainsi que, d'après un. parallèle auquel adhère M. Vahlen, toute proportion gardée d'ailleurs entre le génie brut et inégal d'Ennius et la perfection de Virgile, Anchise, au sixième livre de \'Énéide\ expose le système stoïcien de cette âme universelle, aliment de la nature entière et source commune des âmes.

M. Vahlen remarque, avec raison, le rapport frappant de ces paroles de Lucrèce :

An pecudes alias divinitus insinuetse,

et de quelques vers d'Ennius, que leur caractère moins épique que didactique avait fait renvoyer jusque-là à T^'picharme auquel ils n'ont pu appartenir. VÈpicharme était écrit en vers trochaïques, et ce sont des hexamètres ; leur place est où les a mis M. Vahlen et où ils resteront : par le mètre dans les Annales, par le sens dans cet endroit du premier livre de ce poëme où Homère parle en pythagoririen :

La race parée de plumes engendre des œufs, non une âme : l'âme vient plus tard, par une disposition divine, habiter le corps des jeunes oiseaux.

Ova parire solet genu' pennis condecoratum, Non animam : et post inde venit divinitu' pullis Ipsa anima*.

2! w'Jr.^D^Htig. latina, V. 59, éd. 0. Muller; Diomed.I; Priscian.

LES ANCIENS POETES LATINS

Ce que la terre a donné, le corps, elle le reprend, et ne souffre aucune perte.

Terraque corpus Quae dédit ipsa capit neque dispendi facit liilum*.

Il y a encore un fragment du premier livre des Annales dont M. Vahlen, d'accord en cela avec Golumna, retrouve la trace dans le passage de Lucrèce et que, par cette raison, il place non loin des autres, le rapportant de même an début du poëme, où il est en effet naturel qu'Ennius se soit permis cette annonça orgueilleuse de la gloire éclatante assurée, au loin, à ses vers chez les peuples de la terre :

Latos per populos terrasque pocmata nostra Clara cbicbunt^.

Quelque chose de ces paroles mêmes a passé dans les beaux vers où Lucrèce couronne d*un laurier éternel, d'un éclat qui éblouit sans lin les nations de l'Italie, le grand initiateur de la poésie latine :

Ennius ut noster cecinit qui primus amœno Detulit ex Helicone pereiini fronde cororiam, Per gentes Itah.s hominum quai clara clueret.

Faut-il croire qu'après tant de développements Ennius avait encore allongé sa préface poéti jue d'une nouvelle invocation, non plus cette fois aux Muses, raais aux dieux auteurs et prolecteurs des Romains, à Vénus, à Minerve, à Mars, à Romuliis? Faut-il, en conséquence, rapprocher et grouper, pour en former cette invocation, tous les vers ou fragments de vers des Annales qui semblent s'adresser à ces divinités? Merula l'a fait, mais d'après Galpurnius Pison, et il est presque inutile de dire qu'il n'a pas été suivi en cela par M. Vahlen.

Remarquons qu'Ennius dont, même sans cette addition, le début était encore bien long, ne s'est point piqué, tout imitateur d'Homère qu'il était, de reproduire la simplicité, la rapidité des débuts homériques. 11 n'a pas cru devoir, non

1. Varr.ïDi'd. V, GO, 111; IX, .Vi. — 2. Piob. Institut, gramm. I.

ENNIUS

plus, comme le chantre de l'Iliade et de l'Odyssée, se jeter d'abord au milieu de son sujet, pour revenir ensuite, par des récits rétroactifs, sur les faits antérieurs. Ennius était, avec plus de génie poétique, ce qu'avait été Névius, un poète annahste ; comme ton devancier, comme leurs contemporains, les rédacteurs d'annales, pères de l'histoire romaine, il devait suivre l'ordre des temps et remonter jusqu'au point de départ commun, la fable consacrée de l'origme troyenne de Rome, la légende d'Énée et de Romulus.

Peut-être avons-nous le vers même qui marquait, dans les Annales, ce point de départ :

Quand succomba le vieux Priam sous le Mars pélasgique.

Quum veter occubuit Priamus sub Marte Pelasgo'.

Dans d'autres vers, d'autres hémistiches, dans certains témoignages, on croit distinguer la trace de ce qui est raconté et annoncj dans YÈnèide, les voyages d'Énée, son arrivée et son établissement en Italie, les destinées de sa race, mais avec quelques différences : rien n'y a trait au séjour d'Énée à (Jarthage, près de Didon ; il ne s'y trouve nulle mention de cette suite de rois Albains, issus d'Enée, que Virgile, dit-on 2, avait voulu prendre pour sujet de ses premiers vers, qu'il se contenta de rappeler par une rapide et élégante énumération dans son grand pcëme ' et par lesquels, de concert avec Tite-Live*, il nous conduit jusqu'à Romulus. On arrivait à Romulus plus directement, plus rapidement chez Ennius qui, comme Névius, faisait d'Ilia, cette vestale séduite par le dieu Mars, cette mère du fondateur de Rome, la fille même d'Énée. Nous le savons par Servius'; mais, comme le remarque M. Vahlen, cela ressort de fragments même d'Ennius^ qui seront rappelés

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