‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 207 sur 513 · Priscian. IIL · texte numérisé non relu

Priscian. IIL

2. Donat. Vit. Virgil. vni; Serv. inBucol. VI, 3. Cf. Propert. Eleg. m, m, 8.

3. ALn. VI, 760; cf. I, 271 sqq. — 4. Ilist. I, 3. 5. In jEn. I. IVS; VI, 778.

G. Fiagm. xxxiv, xxxvi, xxxix dans le recueil de M. Vahlen,

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tout à l'heure; dans l'un, Ilia traite de sœur la fille d'une Eurydice que certaines traditions * donnent pour femme à Énée; dans d'autres, elle invoque comme la mère de son père, genetrix patri nostri, Vénus qui, elle-même, l'appelle sa petite-fille, dia nepos.

Rien de plus national chez les Romains que l'aventure d'Ilia, qui les rattachait par leur fondateur au dieu Mars; rien de plus célébré par leurs poètes. Virgile y est revenu par deux fois, dans des discours prophétiques prêtés à Jupiter et k Anclîise'; Tibulle l'a fait prédire parla Sibylle'; Ovide s'est complu à la raconter en plus d'un passage de ses Fastes''. On se souvient du trait d'Horace* sur l'humeur trop conjugale du second époux d'Ilia, qui, chez lui, est le Tibre même, et chez Ovide% seulement l'Anio. Tous ces tableaux, toutes ces allusions se rapportaient non-seulement à la tradition reçue, mais au récit où Ennius l'avait le premier mise en œuvre, sans doute avec une gravité tout homérique, à laquelle Virgile seul n'était point infidèle, et que les autres, frappés davantage du côté folâtro de l'aventure, altèrent un peu par les grâces mêmes de leur poésie. Nous avons du récit d'Ennius un passage de quelque étendue, où Ilia raconte à sa sœur, la fille d'Eurydice, un songe qui contient l'annonce de sa destinée. L'auteur du traité De la Divination'^ nous a conservé ce songe, dans son texte même, parmi beaucoup d'autres, fictions des poètes ou visions réelles, que cite Quintus en faveur de la science qui prétend, par diverses voies, atteindre à la connaissance de l'avenir. Une se trouve là que pour le besoin de l'argumentation philosophique; mais la critique littéraire est heureuse de pouvoir y admirer, sous une forme antique et rude, un des plus beaux songes qu'ait racontés

la poésie.

Les songes sont de leur nature incohérents et obscurs.

1. Pausan. X, 26. — 2. jEn. I, 273 ; VI, 777. - 3. Eleg. II, v, 53.

4. Fast. Il, 3S3; III, i. Cf. Trist. II, 259 sqq. Voyez encore Stat. Silv. I, II, 242, etc.

5. Od. I, II, 13 sqq. — 6. Âmor,, III, vi, 45 sqq. 7. Cic. De Divin. I, 20.

ENNIUS

Mais quand Tart imite cette incohérence et cette obscurité, il y marque certains rapports avec le passé ou avec l'avenir, une certaine suite significative, qui ne doit être ni trop apparente, on verrait trop la main du poète, ni trop absente, l'intérêt ferait défaut : on aurait ce qu'Horace* appelle de vaines images, vaux spccies, des songes de malade, œgri somnia. Les Grecs sont des modèles en cela comme en tout. Dans leur tragédie, que conduit la fatalité, se manifestant par la présence et l'intervention des dieux, par des apparitions, des oracles, des présages, enfin des songes, les songes abondent. Or ils oilrent toujours, sous leurs voiles confus et ténébreux, cette demi- clarté, à la lueur effrayante, que Tart doit ajouter discrètement à la nature. Telles sont 3hez Eschyle, chez Sophocle, chez Euripide, ces visions d'AtossaS de Clytcmnestre», d'Iphigénie*, auxquelles ne peuvent que s'égaler, pour la vérité et l'effet tngique, celles que M. de Chateaubriand a si in^îénieusement rapprochées et commentées", le songe d'Énée^ et le songe d'Athalie"^. Ajoutons à cette galerie le songe d'Ilia, où Ennius s'est montré le digne élève des Grecs, le digne précurseur de Virgile. « C'est une fiction, dit fort bien Cicéron, et on y reconnaît cependant le caractère des sono-es. » Ila^c, etiam si ficta suntapoeta, non absunt tamen a œnsuetudine somniorum. Il en a, en effet, le désordre, le mystère, l'émotion haletante; il offre en mêm'e temps un sens frappant, mais pas plus indiqué qu'il ne faut. Ilia y est avertie de ce qui l'attend, assez pour que le lecteur saisisse le rapport entre l'annonce et l'événement, pas assez pour que la vestale comprenne entièrement et que sa pudeur soit profanée d'avance par une vue trop distincte ^de 'avenir. Celte réserve est jleine de charme et d'art, d'un art dont Ovide, dans le même sujet, avec toute son élégance et ses grâces, est bien loin, lui qui appelle, justement h bien des égards, le vieux poète arte rudis,

1. Do arte voet. 7. - 2. Pcrs. v. 18Ô, cdlt. de Boissonade 3. CJwcph.y. 518. Electr. v. 414. - 4. Iplugeii. Tauru-"^. 4Î. 5. Génie du christianisme^ 1. V, c. II. ~ 6. J^n. 11, iod. 7. AtJialie. Act. II, se. 5.

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Quand sa vieille compagne, réveillée à ses cris, est accourue, toute tremblante, une lampe à la main, llia lui dit, avec larmes et dans l'elîroi d'un songe : 0 fille de cette Eurydice, que mon père a aimée, la force, la vie abandonnent en ce moment tout mon corps. Il me semblait tout à Theure qu'un homme, beau de visage, m'entraînait parmi d'agréables saules, sur un rivage et dans des lieux inconnus : puis, je croyais, ô ma sœur, m'en revenir seule, à pas lents, et te chercher, et ne pouvoir retrouver mes esprits ni ma roule, car nul sentier ne s'offrait à mes pas. Alors, j'entends mon père qui s'adresse à moi et me dit : « 0 ma fille, il te faut d'abord supporter bien des peines ; mais du fleuve renaîtra ta fortune. » A ces mots, ma sœur, jI me quitte tout à coup, et sans se laisser voir à mes regards, comme le souhaitait mon cœur, tandis que, tout en larmes, je tends ks mains vers l'azur du ciel et l'appelle d'une voix tendre et caressante. C'est en ce moment que hors de moi, le cœur palpitant, le sommeil m'a abandonnée.

Excita cum tremulis anus attulit arlubu' lumen, Talia commémorât lacrumans, exterrita somno: Eurudica prognatn, pater quam noster amavit, Vires vitaque corpu' meumnunc deserit omne. Nam me visus homo pulcher per amœna salicta Et ripas mptare locosque novos : ita sola Postilla, germana soror, errare videbar, Tardaque vestigare, et quœrere te, neque posso Corde capessere : semita nulla pcdem stabilibat. Exin conipullare pater me voce videtur His verbis : « 0 gnata, tibi sunt ante ferendas iErumnae, post ex fluvio fortuna resistet. » Hœc efl'atu' pater, germana, reponte recessit, Nec se dédit in conspectum corde cunitus, Quamquam multa manus ad cœli caerula templa Tendebam lacrumans et blanda voce vocabam. Vix aegro cum corde meo me somnu' reliquit.

On aimerait pouvoir continuer autrement que par la suite apparente de quelques fragments : de celui où la malheureuse llia s'adresse pathétiquement au Tibre dans les saintes eaux duquel elle va être précipitée par ordre du tyran d'Albe, Amulius* :

Te que, pater Tiberine, tuo cum flumine sancto^;

1. Le frère d'ilia peut-être, dans la tradition suivie par Ennius, selon une conjecture que rapporte M. Vahlen, Quast. Ennian. p. xxxi.

2. \'acrot). Saturn. VL i. Cf. Serv. in Jin. VIII, 72; Porphyr. in Hor. Od. I, n, 18.

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de ceux où, réclamant les droits de la parenté, elle appelle à son aide la déesse née des flots amers, à qui son père a dû le jour :

Te, sale nata, precor. Venu', te genetrix patri' nostri, Ut me de cœlo visas cognata parumper';

où Vénus, déplorant ses cruelles épreuves, la rassure au moins sur le surt de ses jeunes enfants :

llia dia nepos quas œrumnas tetulisti*;

Cetera quos peperisti Ne cures*.

Ici, M. Vahlen place un conseil des dieux que d'autres ont préféré reporter à la fin du livre. Quelque disposition qu'on adopte, le sujet de la délibération reste le même; il s*agit ou de décider dès sa naissance, ou d'accomplir après ba mort, l'apothéose du fondateur de Rome. La grande jcène introduite par Ennius nous est en quelque sorte rendue quelquefois avec les expressions mêmes du vieux pcëte, par ses successeurs du siècle d'Auguste.

Chez Ovide, dans ses Métamorphoses \ Mars somme Jupiter de tenir la parole qu'il lui a donnée d'élever Romulus aux honneurs du ciel :

Tu m'as dit autrefois, dans l'assemblée des dieux, car je m'en souviens et je conserve gravées dans ma mémoire tes saintes piroles : Il sera le seul que tu élèveras aux célestes demeures. Tu l'as dit, Jupiter : que ta parole s'accomplisse.

Tu mihi concilie quondam prsesente deorum, Nam memoro, memorique animo pia verba notavi, Unus erit quem tu toiles in stderacœli.^ Dixisti : rata sit verborum summa tuorum.

Dans les Fastes'^, même rappel de la promesse de Jupiter, et en des termes à peu près pareils :

Unus erit quem ta toiles in cxrula cœli. Tu mihi dixisti : sint rata dicta Jovis.

1. Non. v. Parumper. — 2. Festus; Charisius; Non. v. Nepos. 3. Serv. in Mn. IX, 656. — 4. XIV, 805 sqq. — 5. II, 487.

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Or ces termes, nous le savons par une citation plus ancienne que l'allusion d'Ovide, par une citation de Varron*, sont précisément ceux qu'Ennius avait prêtés à Jupiter, et cela, comme le conjecture avec une grande vraisemblance M. Vahlen, dans une assemblée de l'Olympe antérieure à celle où Mars s'en autorise et les rappelle.

Quand, dans une des plus belles odes d'Horace*, Junon charme l'assemblée des dieux en sacrifiant à Mars, qui vient de réclamer l'apothéose de Romulus, .ses longs ressentiments, à celte condition toutefois que Rome, par piété, ne rétablira point Troie à jamais détruite; et même, quand, dans Y Enéide^, Junon, se soumettant enfin aux ordres formels de Jupiter, stipule aussi pour condition de son consentement à la victoire, à l'établissement, à l'apothéose d'Énée, la dispersion, la disparition des Troyens dans le peuple latin, dont ils prendront le nom, on peut croire qu'il y a encore là un souvenir de la scène d'Ennius, et que ce n*est pas sans raison que M. Vahlen, comme d'autres éditeurs d'Ennius, y a rapporté ce vers qui donne la parole à Junon :

Respondit Juno Saturnia sancta dearum*.

Ajoutons que c'est aussi par une conjecture assez vraisemblable qu'ont trouvé place ici, avec quelques détails sur la salle du conseil, à ce qu'il semble, cœnacula maxima cœli^,,.. (lectis) bipatenlibus^.., ces vers de caractère technique, qui sont comme l'appel nominal des douze grands dieux :

Juno, Vesta, Minerva, Ceres, Diana, Venus, Mars, Mercurius, Jovi', Neptunus, Vulcanus, ApoUo'.

Nous le savons par Servius^, les traits dont Ennius avait peint l'enfance merveilleuse des lils d'Ilia ont passé, non

1. De ling. latina, VII, 6, éd. 0. Muller. — 2. III, m, 16 sqq. 3. XII, 791 sqq. — 4. Serv. in jEii. IV, 57G, etc.

5. Tertullian. Adv, Valent, c. vu ; Scliol. Veion. in Ji«. XI.

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