‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 211 sur 513 · Cic. Tusc. I, 12 ; Serv. in jEn. VI · texte numérisé non relu

Cic. Tusc. I, 12 ; Serv. in jEn. VI

3. Non. II. Cf. Ovid. Metam. XIV, 820 sqq ; A. Gell. Noct. ait. XIII, 22.

LES ANCIENS POETES LATINS

Olli respondet suavis sonus Egeriaï *.

devait s'en effacer progressivement devant les réalités de l'histoire. Il y reparaissait, je pense, de temps à autre, comme pour mémoire, par déférence pour les habitudes de l'épopée, et vers la fin sans doute en disparaissait complètement. Quelques fragments, quelques témoignages permettent de constater dans l'œuvre d'Ennius ses rares réapparitions.

I II y en avait une en pleine histoire, dans le VP livre où était racontée la guerre de Pyrrhus. Un vers transcrit de ce livre par Macrobe ^ y faisait intervenir Jupiter, par des expressions empruntées d'Homère et qu'a renouvelées Virgile^ :

Tum cum corde suo divum pater atque hominum rex Effatur.

C'étair, je m'imagine, une sorte de réminiscence épique, assez semblable à crlle de Pétrarque, dans son Africa, lorsqu'au VIP livre, après un long oubli du merveilleux, il fait tout à coup assister Mars à la bataille de Zama :

Ex œlhere Mavors Miratur taies terris superesse magistros Militiœ.

Deux indications de Servius * qu'on peut rapporter l'une et l'autre, avec M. Vahlen, au VHP livre, celui où Ennius traitait le sujet contemporain de la seconde guerre punique, nous révèlent encore le retour momentané parmi des événements si récents, si présents, du merveilleux épique. Selon le scoliaste de Virgile, dans les Annales, comme plus tard dans l'Enéide^ Jupiter promettait aux Romains la ruine de Garlhage et Junon elle-même leur devenait favorable. C'est ce qu'exprime ce vers tiré par M. Vahlen, avec grande vraisemblance, de la prose de Servius :

Romanis Juno cœpit placata favere.

1. Varr. de Ling. Lat. ex II Ann. — 2. Saturn. VI, t. 3. .€n. X. 250. — 4. In jEn. I, 20, 281.

ENNIUS

Avec ces indications de Servius s'aci^orJent, dans la poétique analyse donnée des Annales par Properce, lorsqu'il interdit à sa muse folâtre les graves sujets de l'histoire, des vers où il fait chanter à Ennius le désastre de Cannes, les dieux fléchis et changés par de pieuses prières, les Lares, protecteurs de Rome, chassant, loin de ce saint domicile, Annibal :

Pugnamque sinistram Cannensem, et versos ad pia vota deos, Annibalemque Lares Romana sede fugantes*.

Ennins en acceptant, et du sentiment public et du langage officiel de la religieuse Rome, cette intervention divine admise plus tard non-seulement par la poésie, mais même par l'histoire*, l'avait sans doute marquée plus discrètement que, depuis, Silius Italicus, lorsque par un procédé puérilement artificiel, faisant mouvoir dans des récits presque traduits de Polybe et de Tite-Live les machines poétiques d'Homère et de Virgile, il représenta, entre autres inventions de ce genre, Vénus commandant aux amours d'amollir, dans les délices de Capoue, l'armée carthaginoise'. Un poêle annaliste, composant en présence d'événements auxquels lui-même, comme soldat de Rome, avait mis la main, était naturellement garanti de pareilles erreurs de goiÀt. Ennius l'était en outre par une élévation de génie qui faisait de lui, malgré la différence des genres, un vrai disciple de la grande épopée grecque, et comme il avait la confiance de le dire et invitait à le répéter, un second Homère. Le merveilhux des Annales, naturellement bien plus restreint, bien plus sobre que celui d'une Iliade, d une Odyssée, devait garder quelque chose de sa grandeur, el même, selon Toccabion, de sa grâce. Virgile, quand il a peint dans des vers, retenus par toutes les mémoires, le sourire dont Jupiter rassérène le ciel et les tempêtes, n'a guère etTacé le vieux poëte, personnifiant ces tempêtes, auxquelles une des plus anciennes inscriptions latines nous

I. Eleg. III, III, 9.-2. Flor. II, 6; Plutarcli. Vit. Fdb. Max, xviii. 3. Voyez plus haut, p. 23, et, dans notre tome I, p. 210.

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apprend qu'un Scipion avait, assez peu d'années auparavant, élevé un temple, dédit tempestatibus sedem merito^; les personnifiant, dis-je, comme l'y autorisait le culte public et les faisant sourire elles-mêmes avec Jupiter :

Jupiter hic risit, tempestatesque sereroe Riserunt omncs risu Jovis omnipotentis*.

On est autorisé à croire que le poëte philosophe, lointain prédécesseur de Lucrèce par son poëme d'upichanne, avait dans son œuvre épique, comme quelquefois dans res tragédies, donné à la fable un tour philosophique. Ici je suis heureux de pouvoir ajouter aux fra^^raents définitivement rassemblés dans le recueil de M. Vahlen quelques mots d'Ennius qui montrent de quel ton, en souvenir d'Homère et des notions de la philosophie, il parlait de Jupiter, de ce signe de sa tête, par lequel s'opérait, disait-il, le partage des destinées. Ils ont été cités par Gicéron au début, assez récemment découvert'', de son traité du Destin, de Fato :

Fatum esse nutuni Jovis o. m., placitumque deorum immortalium fides est philosophorum et vulgi communis.... quz fata^ Ennius inquit, deum rcx nutu partitur suo,,..

Aux retours, probablement assez clair-semés du merveilleux épique dans des récits de choses appartenant à l'histoire, correspondaient, de temps à autre, quelques suppléments d'invocation comme chez Homère *, comme chez Virgile ^ Tel était ce début du X' livre, resté, malgré

1. Voy. en dernier lieu, Corpus inscript. Lat. Berolin. 1862, Fr. Ritschl, p. 33, tab. XXXVIII: Th. Mommsen, p. 18. Cf. Ovid. Fast,

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