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ENNIUS

si magnifiquement de lui-même. Les vers d'Ennius, par leur antique rudesse, n'en paraissaient que plus propres à consacrer les vertus des anciens âges; et, au temps de la suprême élégance, Hcace, malgré ses sévérités pour la vieille poésie latine, disait encore :

Non, Annibal en fuite et rejeté hors de l'Italie malgré tant de menaces; Carthage elle-même, l'impie Carthage livrée aux llammes, tout cela parle moins haut pour la gloire du grand homme qui rapporta de TAfrique son glorieux surnom, que les muses de Calahre.

.... non celeres fugae, Rejectasque retrorsuni Hannibalis minae, Non incendia Carlhaginis impies, Ejus, qui domita nomen ab Africa Lucratus rediit, clarius indicant Laudes, quam Galabrae Piérides *.

Il est remarquable qu'Ennius ait été suivi dans cette voie, étrangère à la satire, par l'inventeur proprement dit du genre, Lucilius. Nous l'apprenons encore d'Horace, dont l'histoire de la poésie latine doit invoquer si souvent la témoignage. On se rappelle la jolie scène où Horace s'est représenté consultant, sur les méchantes affaires que peut lui attirer son métier de satirique, le jurisconsulte Trébatius. Le prudent vieillard cherche à le détourner vers Toffice moins hasardeux et plus profilable de panégyriste du prince. Que s'il n'a pas la coniiance de célébrer, en poëte épique, les grands actes de son règne, il j)eut au moins, d'un ton plus humble, célébrer ses vertus, comme a lait au sujet de Scipion, de Scipiou Émilien sans doute, le sage Lucilius :

ttamen et justum poteras et dicere fortem, ScipiaJjm ut sapiens Lucilius *....

Arrivons, dans les Satires d'Ennius, à ce que nous n'y fvvons pas encore rencontré, à la satire. Elle apparaît, mais ne fait qu'apparaître, dans la mention, sans fragment

1 Od. \Y, vir, 15. —1. Sat. Il, i, 33.

aucun, d'une pièce où le poëte avait fait disputer ensemble deux personnages allégoriques, la Mort et la Vie *.

Ennius a devancé les satiriques, ses successeurs, dans l'emploi d'autres ornements encore, propres à varier agréablement la continuité didactique du discours moral. C'est ainsi qu'il a, avec Lucilius, donné à Horace l'exemple, si heureusement suivi, d'y mêler quelques apologues. Parmi les fragments ripportés par conjecture k ses Satires, il y en a un* duquel on a pu conclure ^, avec vraisemblance, qu'il avait, soit après soit avant Babrius*, mis en vers cette antique fable du Pêcheur joueur de flûte, par laquelle Cyrus répondit aux propositions tardives de soumission des Lmiens et des Éoliens^. La fable ésopique, l'Alouette et ses petits avec le maître d'un champ ^, contée, avant le charmant récit de notre la Fontaine, par Faerne"', par Avienus*, l'avait été, bien auparavant, par Ennius, qui en égaya une de ses Satires. Aulu-Gelle % qui l'a reproduite d'après Ennius, et dans l'élégance archaïque duquel M. Vahlen a cru entrevoir quelques vestiges des expressions et même des vers du modèle, disjecti membra poetœ, nous a conservé la moralité par laquelle concluait le vieux satirique :

Ret'ens ceci comme une preuve qu'il ne faut point compter sur ses amis pour ce qu'on peut faire soi-même.

Hoc erit tibi argumentum semper in promptu situm : Ne quid expectes amicos, quod tute agere possies.

Parmi les heureux ornements de la satire dont Ennius a été l'introducteur, je ne compte pas cette allittération, si

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