‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 319 sur 513 · Zonar. Uist. YIII · texte numérisé non relu

Zonar. Uist. YIII

AT nus

cette manière rappeler le .premier et faire prei^sentir le troisième. L'hommage presque collectif (le titre JEneadœ l'indique) qu'il a rendu à toutes ces générations de héros, devance de loin ceux qu'ils devaient recevoir de l'éloquence dans les traités philosophiques de Cicéron*, delà poésie dans les vers de Virgile S de l'histoire dans les récits de Tite-Live^ Encadrons dans ces récits, d'un intérêt si dramatique, les rares fragments du drame perdu et restituons ainsi, non pî^s le drame lui-même, mais l'esprit patriotique et religieux qui l'animait, les nobles émotions qu'il éveillait dans les âmes.

En 415, les consuls T. Manlius Torquatus et P. Décius Mus font la guerre aux Latins. Les auspices pris par Décms ne sont point favorables et il s'en souvient dans le combat quand il voit l'aile qu'il commande plier.

Dans ce trouble, le consul Décius appelle à haute voix M Valérius. «Il nous faut ici, s'écrie-t-il, ô Valérius, le secours des dieux. Ne tarde donc point, pontife public du peuple romain de prononcer avant moi les paroles par lesquelles je vais me dévouer pour nos légions. » Le pontife lui fait prendre une robe prétexte et prescrit que, la tête voilée, la main élevée sous sa robe vers son menton, les pieds sur un javelot, il dise : a Janus, Jupiter, Mars, père des Romains, Quirinus. Bellone, Lares dieux novensiles, di jux indigètes, divinités qui disposez de nous et de nos ennemis, vous aussi, dieux mânes, je vous prie, vous implore; je vous demanie cette grâce, que vous favorisiez de la torce et de la victoire le peuple romain des Quirites; qu'aux ennemis du peuple romain des Quirites vous envoyiez la terreur laluite, la mort. Gomme je l'ai déjà déclaré, je renouvelle l'acte par lequel je dévoue aux dieux mânes et à la terre, pour la république desQuirites, pour l'armée, les légions, les auxiliaires du peuple romani, avec ma personne, les légions et les auxiliaires des ennemis. >

Cette formule répétée, Décius monte à cheval revêtu de ses armes, et par-dessus portant sa toge dont un pan ramené en avant lui ceint le corps, lui enveloppe la tête, selon l'usage des Gabiens, armatus et incinctas more Ga-

\ ^J ^'vr* ^L}^'^ ^"''^^- ^' 37 ; Paradox. 1, 2. 2. yEn. VI, 824. - 3. Hist. V1II,'9 ; X, 27, 28, 29.

ANCIENNE TRAGÉDIE LATINE

6mo* : il se précipite au milieu de la mêlée; il semble aux deux armées, dont les regards* le suivent, un être plus qu'humain envoyé du ciel pour conjurer la colère des dieux, pour transporter d'un parti à l'autre le fléau de la défaite ; partout où il se porte les ennemis fuient, et les Romains, l'esprit libre de toute crainte superstitieuse, combattent avec ardeur; il tombe enfin percé de coups.

Tel est, en substance, le premier des récits de Tite- Live : les choses se passent absolument de même dans le second où sont retracés les faits dont Attius avait tiré sa tragédie. L'un nous a donné le caractère général, la couleur do l'événement, quelque chose de la mise en scène. Dans l'analyse de l'autre se succéderont- des détails où plusieurs fra^^ments de la pièce d'Atlius pourront trouver

leur place.

L'hi-torien racoatant la ^'uerre soutenue, en 457, par les Romains contre quatre peuples à la fois, les Gaulois, les Samniles, les Étrusques, les Ombriens, ne néglige pas de raconter que, dans une première affaire, les armées étant prêtes à en venir aux mains, une biche chassée des montagnes par un loup chercha un asile dans les rangs des Gaulois qui li tuèrent, tandis que le loup traversa paisiblement les ranirs des Romains. Alors, ajoute-t-il, un des soldats co:nmis à la garde des enseignes s'écria : « Là vont passer la fuite et le carnage, où vous voyez gisant à terre l'animal consacré à Diane; mais nous, le loup de r^Iars vainqueur et s^ns atteinte doit nous faire souvenir et du Dieu protecteur de notre race martiale, et de son fils notre fondateur. » Dans la pièce d'Atlius c'était sans doute Décius qui, au récit de l'aventure, s'écriait :

1 Celte exfiression consacrée se rencontre encore ailleurs chez Tite-Live {Hist. V, 46 ; X, 7). Virgile, pcële antiquaire, ne l'a pas oubliée en parlant (/En. VII, 612) du consul qui ouvre le temple de Janus :

Ips^ Quirinali trabea, cinctuque Gabino Insignes, reserat stridentia limina consul ;

etServ=u5 là ainsi expliquée: « Tog;i sic in tergum rejecta, ut ima p'^s lacinia a tergo revocaia humerum cingat, simul caput tegat et amblat. »»

ATTIUS

Je te prie, je t'invoque, Dieu snint, toujours victorieux, fais que ces prodiges tournent à l'avantage de ma patrie.

Te sancte venerans precibus. invicte, invoco, Portenta ut populo patriae verruncent bene *.

Plus loin, Ti'e-Live marque entre les deux généraux romains, Fabius et Décius, une ditïérence de caractère. Fabius en qi;i semble s'annoncer, à un siècle de distance, le fameux temporiseur, traîne en longueur afin de se ménager un avantage sur les Samnites et les Gaulois, pleins d'ardeur au début, mais qui se lassent vite. Décius est plus impatient, et par trop de hâte compromet le succès de la guerre. On a cru retrouver l'expression de ce désaccord entre les deux généraux dans les passages suivants :

J'ai plus d'âge et d'expérience. — Je l'avoue, mais souvent d'un brave a fait un lâche l'attente qui glaçait son espoir.

Quod periti sunius in vita atque usu callemus magis. .... Fateor, sedsaepe ignavit fortem in spe expectatio*.

Si, comme nous, les Romains, au temps de la pureté classique, ontregntlé quelque chose du vieux langage, la vivacité de cet ignavit pour ignavum fecit a pu leur sembler regrettable.

Dans un passage fort altéré, fort tourmenté par les critiques, il semble que Fabius disait à Décius :

Conduis au combat contre les Gaulois tes soldats pour venger, par le sang des ennemis, le sang romain qu'ils ont répandu.

Vim Gallicam obduc contra in acie exercitum Reparatum hosliâ fusum sanguen sanguine*.

Décius marche donc aux Gaulois qui, de leur côté, courent aux Romains. Leur approche tumultueuse, vive-

1. Dccius. fragm. IV; Non. v. Verruncent. 0. Ribbeck, p. 237, 350.

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