‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 343 sur 513 · Mil. glor., II, II, 5b sqq · texte numérisé non relu

Mil. glor., II, II, 5b sqq

ANCIENNE COMEDIE LATINE

vers, d'assez mauvais goût, qui feraient peu d'honneur, en effet, au caractère de Plante, si peut-être, au lieu d'une plaisanterie contre un confrère opprimé, il n'était permis d'y voir une réclamation discrète en sa faveur. Quoi qu'il en soit de ces interprétations, ils nous transportent vivement à Tépoque où la disgrâce de Névius devait fournir aux poètes ses contemporains le sujet d'assez tristes réflexions sur les franchises plus restreintes à Rome qu'à Athènes de l'art comique.

/ Quelque chose cependant de la liberté, non pas politique, mais littéraire de l'Ancienne comédie, anima les pièces de Plante. La situation du poëte comique n'était pas chez les anciens la même que chez nous. Il n'y avait pas alors des théâtres spéciaux pour chaque classe de spectateurs, mais bien un seul et même théâtre pour toutes. Il fallait que le poëte comique fît à toutes à la fois leur part, à peu près comme quand notre Molière, malgré les réclamations de Boileau, alliait à Térence Tabarin. De là le ton si mêlé des pièces d'Aristophane; de là aussi le mélange qu'offrent les pièces de Plaute. A qui s'adresse ce dernier? Aux sénateurs de l'orchestre, aux chevaliers des premiers gradins, à la foule confuse, remuante, grossière de VxiU lima cavea^ dont on peut prendre une idée dans les réclamations si concordantes de Térence et d'Horace * contre sa constante brutalité. Gomment contenir ce paradis du théâtre antique, le forcer à l'attention, au silence, lui faire prendre en patience le sérieux, le noble, le délicat? Par de la gaieté, et une gaieté à la portée du plus grand nombre, qui provoque à tout prix, quoi qu'en puissent penser les gens d'un goût difficile, souriant, aux belles places, d'assez mauvaise grâce, les francs éclats du rire. Gela produit, chez Plaute, ce qui n'est pas sans rapport avec ce qui se voit chez Aristophane, l'intervention perpétuelle du poëte dans son œuvre, non-seulement par ses prologues, ses épilogues, ses cantica, espèces de parabases latines, mais par

1. Terent. Hecyr. , Prol. T, 11; Hor. Epist., II, i, 182 sqq. Voyez, dans notre t. I, p. 19 et suivantes.

PLAUTE ET TÉRENCE

mille traits de dialogue où il parle pour son propre compte ; <:es ini'ractions volont:ùres et perpétuelles aux lois de la vraisemblance dramatique ; ce masque qu'il lève k tout instant pour montrer son visage; les quolibets, les lazzis, nue lui passait encore très-volontiers Gicéron, trouvant, •iprès tout, en lui le modèle de la bonne plaisanterie, ]ocmidi gmus.,,. elcgans, urbanum, ingeniosum, f^ceiiim^ mais pour lesquels Horace, dans une société que des habitudes de cour rendaient nécessairement plus délicate, était loin d'avoir la même indulgence*. Toute cette partie des œuvres de Plaute, depuis ce temps très-maltraitée par la critique, était, dans l'origine, comme la rançon, fort bien accueillie, de choses plus graves, plus élevées, plus hnes, adressées à cette partie sérieuse et distinguée du public que plus tard charma Térence, mais qu'il charma seule.

Térence, en effet, étranger à ces concessions, dont sans doute n'eût pu s'accommoder son génie plus réservé, plus discret, fut exclusivement le poëte de la bonne compagme ; il passa môme, et ne s'en défendit guère », pour être aide

1 T)p nfî 1 '^q. — 2. De arte po€t . , lld* . „„ r. .

V ?erent /imiTron^, Prol. Tl-^^Udelph., Prol. 15-21. Cf. Suet. Vi^t' rS ; VTc Ad. AU., VII, 3; Q.intilian /nsf. orat X, i, etc. l 'idée de cate illustre cr.Uaboration a été quelquefois admise sans aucun doute par les modernes. Montaigne particulièrement dit a ce S Tns ses £.-^r7Ù, liv. I, chap. 39 : « Si la perfection du bien miler pouvoit aoporter quelque gloire sor-table à un grand personnage cer aineraent Se ipion et L^lius n eussent pas résigne 1 l^onneur de ?euî corné "es et toutes les mignardises et dolices du angage latin à fn serf africairi • car que cet ouvrage soit leur, sa beauté et son exce re'nc" le mTnlienî as,e\, et Térence radvoue J^^-ême et me feroiton déplaisir de me destoger de cette créance... .« Boileau n est pas moins explicite lorsqu'il écrit à Molière :

Celui qui sut vaincre Numance, Qui mit Carthage sous sa loi.

Jadis, sous le nom de Térence, Sut-il mieux badiner que toi?

D'autre part, Diderot, dans un excellent morceau sur Térence, inséré t III,p 391 (éd. de 1804) des Fan>«e's h'/ieratm, publiées par Suard et Arnauld, réduit à peu de chose la part des illustres amis du poète dans ses compositions : « Nous ne savons pas ce qu il dut a Ménandre , mais si nous nous imaginons qu'il dut à Lélius et a Scipion quelque chose de plus que ces conseils qu'un auteur peut recevoir d un homme du monde sur un tour de phrase inélégant, une expression peu noble,

ANCIENNE COMÉDIE LATINE

par elle. Jamais il n'eut le tort, que d'autres lui eussent pardonnt^, de blesser, eu quoi que ce fût, le goût ni la raison ; mais il lui arriva de manquer le succès, et quelquesuns d8 ses chefs-d'œuvre, mal^Té ce souffle de la faveur patricienne qui leur arrivait des premiers rangs, allèrent misérablement c'cliouer, dans les profondeurs du théâtre, contre ce grossier public, à qui ses pièces, d'un artifice si fin, d'une expression si pure, ne disaient rien, qui quelquefois ne les laissait point achever, demandant, à grands cris, les danseurs de corde, les boxeurs, les bûtes féroces*. Montaigne, si épris de Térence, comme tant d'autres beaux et grands esprits modernes', a écrit dans ses Essais^ : « .... J'esiime que les anciens avoient encores plus à se plaindre de ceulx qui appanoient Plante à Térence : celtuyci sent bien mieulx son gentilhomme.... » Ainsi, sans doute, pensaient à Rome ces critiques de haut lieu dont Térence flattait la délicatesse raffinée; un Cicéron, qui le célébrait en ces termes :

Toi aussi, Térence, qui seul par la pureté de ton style as su rendre, exprimer Ménandre, le produire devant le peuple romain, poëte dont les vers sont pleins d'agrément et de douceur.

Tu quoque, qui solus lecto sermone, Terenti, Gonversum expressumque lalina voce Menandrum In medio populi sedatis vocibus efl'ers ; Quidquid corne loquens ac omnia dulcia dicensV

un César, qui, répliquant, on peut le croire, aux vers de

un vers peu nombreux, une scène trop longue, c'est l'effet de celte pauvreté basse et jalouse, qui cherche à se dérober à elle-même sa petitesse et son indigence, en distribuant à plusieurs la riche.^se d'un seul. "

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