M. Le Clerc
8 DE l'enseignement HISTORIQUE
réglé les intérêts. Et cependant, et législateurs, et philosophes, et historiens, et orateurs, tous, après s*être d'euxmêmes mis à l'œuvre, ont été docilement à l'école de la Grèce. Toutefois, ils ont marqué leur œuvre d'un cachet vraiment romain, d'un caractère de force, de dignité, de grandeur, tout à fait en rapport avec la sévérité de la république et la majesté de l'empire.
L'histoire de la poésie latine est un peu différente. D'abord, c'est assez tard que les Romains se sont occupés de poésie, et on pourrait presque dire qu'ils ne s'en sont pas avisés seuls. Ils avaient bien autre chose à faire. Nous le disions tout à l'heure, il leur fallait vivre , se constituer, se défendre, conquérir le monde. C'est lorsqu'ils eurent fort avancé cette tâche, soumis l'Italie, abaissé Carthage, pris possession de la Grèce, qu'ils trouvèrent la poésie clans leur butin, pour ainsi dire, avec ces statues que Mummius faisait si soigneusement, si brutalement emballer. Transportée, transplantée à Rome, la poésie y fleurit sous l'influence d'un luxe et d'un loisir tout nouveaux pour les Romains. Horace nous le dit :
Serus enim graecis admovit acumina chartis
Et post punica bella, quietus, quaerere cœpit
Quid Sophocles et Thespis et Eschylus utile ferrent*.
Il se fit alors line révolution singulière, mais qui n'est pas la seule de ce genre dans l'histoire du monde. La civilisation du peuple vaincu subjugua les vainqueurs; les arts de la Grèce prirent possession du farouche, du sauvage Latium :
Graecia capta ferum victorem cepit et artes Intulit agresti Latio... ^,
Rome avait fait de la Grèce une province romaine : par une compensation inattendue, les lettres romaines, la poésie latine, devinrent des provinces de l'imagination grecque.