‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 55 sur 513 · Ovid., Trist. IV, X · texte numérisé non relu

Ovid., Trist. IV, X

ÉCOLES LITTÉRAIRES

Je poëte le plus élégant, dit-il, que son temps ait produit après la mort de Lucrèce et de Gatalle : Quem, post Lucretii Catullique mortem, multo elegantissimum poetam noslram tulisse œlalem vere vicleor posse contendereK Or ce poëte, ainsi célébré, et par un bon juge, sans le témoignage unique de Cornélius Népos, nous ne saurions pas même qu il a vécu. Le siècle d'Auguste a compté bien des célébrités pareilles, auxquelles il nous faut croire également sur parole. Et, pour ne pas les rappeler toutes, ce qui serait infini, pour nous borner, parmi tant de grands auteurs oubliés, à ceux dont l'oubli est demeuré le plus illustre, que savons-nous des élégies de Gallus, des comédies de Fundanius, des tragédies de Pollion et de Varius, rivales de la Médée d'Ovide, des épopées du même Varius! et de Rabirius, et de Cornélius Sévérus, et de Pedo Albinovanus, des poëmes didactiques ou descriptifs de Macer, qu'en savons-nous, que le peu qu'en ont dit un rhéteur comme Sénèquele père, un critique comme Quintilien, un historien comme Veileius Paterculus , Virgile, Horace, Ovide, qui^ les traitaient d'égaux et quelquefois de mieux que cela? Ces poètes, qui pourtant ont charmé leur temps, dont les vers, selon l'expression latine, volaient sur les lèvres des mortels, n'ont laissé après eux, comme le vulgaire, que ces espèces d'épilaphes.

Le temps, qui a traité avec rigueur quelques-uns d'entre eux, a fait, on doit le croire, justice au plus grand nombre. Le temps, a-t-on dit, ne respecte point ce qui se fait sans lui, et vous avez appris d'Horace, ce grand maître dans un art, connu avant lui du seul Catulle et assez généralement ignoré de ses contemporains, dans l'art professé depuis par Boileau, de faire difficilement des vers faciles; vous savez par ses chagrines ou malignes confidences, bien des fois répétées, qu'on se piquait alors à Rome d'inspiration soudaine, de composition précipitée, qu'on redoutait, qu'on dédaignait le lent travail de la lime, qu'on eût rougi de corriger, peut-être de relire, qu'on se fût cru sacrilège

l. Corn. Nep. in. T. Pomp. Attico, cap. \n.

DU SIÈCLE D'AUGUSTE

en revenant sur des vers dictés apparemment par Apollon. De là des surprises d'un jour, des succès sans lendemain, de brillantes, mais périssables ébauches dont s'amusait un moment l'oisiveté romaine et puis qu'elle abandonnait, faites pour durer ce que duraient ces couronnes des festins que nous peint Properce, se séchant sur. le front des convives et parsemant de leurs débris les coupes encore pleines.

Ac veluti folia arentes liquere corollas. Quai passim calathis strata natare vides*.

Parmi tous ces versificateurs qui s'arrêtaient amoureusement aux premiers caprices de leur esprit, qui se complaisaient dans leur négligence, qui confondaient avec l'art les procédés expéditifs du métier, se rencontrèrent quelques poètes, d'un génie plus patient et plus sévère, qui, les yeux attachés sur le modèle idéal de la beauté, prétendirent à l'exprimer dans des œuvres plus durables que l'airain, comme ils le disaient eux-mêmes avec une confiance que les siècles n'ont pas démentie :

Exegi monumentum aère perennius *.

L'un d'eux, détachant sa main mourante du monument qu'il avait voulu élever à son pays et à son siècle et qu'un patriotique enthousiasme avait proclamé d'avance plus grand que l'Iliade, chef-d'œuvre inachevé auquel il pouvait dire, comme à son Marcellus : Si qua fata aspera rumpas,,,, léguait à ses amis le soin, non pas de le donner au public qui l'attendait, mais de le détruire, le jugeant trop loin encore de cette perfection, l'objet de sa constante poursuite depuis tant d'années, et par laquelle seule il lui semblait que méritaient de vivre les productions de l'esprit. Ce testament, cassé par Auguste, et dans les formes, c'est-à-dire en beaux vers, me seu ble un des titres de Virgile; il témoigne, presque aussi hautement que ses chefs-d'œuvre, de son respect pour l'art, de la grandeur de sa vocation, de son courageux et puissant labeur; il explique comment il

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