‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 56 sur 513 · Eleg. V, XIV, 52. — 2. llov. Od, TH. xxx · texte numérisé non relu

Eleg. V, XIV, 52. — 2. llov. Od, TH. xxx

ECOLES LITTÉRAIRES

lui a été donné, à lui et au petit nombre de ses vrais émules, de représenter seuls, comme je le disais tout à l'heure, la poésie d'un grand siècle littéraire.

Ovide lui-même, dont les vers semblaient la langue naturelle, n'a pas eu de moindres scupules. On sait que, partant pour Texil, il voulut, ainsi que Virgile et peut-être à son imitation, supprimer, ne les pouvant corriger, ses Métamorphoses. Il les brûla de sa main, mais d'indiscrètes copies, qui s'en étaient répandues, les conservèrent, contrariété à laquelle il lui fallut bien se résigner. Je ne suppose pas qu'il ait eu connaissance de ces copies et je le crois plus sincère que ne le fut Lulli, lorsque, dans une maladie, il sacrifia chrétiennement aux religieuses instances de son confesseur le manuscrit d'une partition dont il avait un double. Ecoutez en quels termes ce charmant Ovide permet à ses Métamorphoses de vivre, tout imparfaites qu'elles sont, ou du moins qu'il les juge.

Ce poème, comme beaucoup de mes écrits, je l'avais, en

partant, livré aux flammes, plein de tristesse soit pnr

ressentiment contre les Muses, causes de ma disgrâce, soit parce que mon œuvre ne me semblait qu'une ébauche informe. Si elle n'a pas péri tout entière, si elle existe encore, c'est, je pense, que quelque copie l'avait reproduite. Qu'elle vive, je le demande maintenant, et qu'amusant les loisirs du public, elb; s'emploie avec zèle à le faire souvenir de moi. Mais, pour qu'on en supporte la lecture, il faut qu'on sache que le poète n'y a pas mis la dernière main; qu'elle a été enlevée de l'enclume à peine forgée, que le poli de la lime lui a manqué. Aussi ce n'est pomt la g'oire, c'est l'indulgence que je sollicite ; ce sera me louer, ô lecteur! autant que je le souhaite, que de ne me point rejeter. Encore une prière : place en tête de mon livre, si tu juges à propos de les transcrire, ces six vers que je t'envoie.

« 0 vous, qui que vous soyez, aux mains de qui tombera ce volume orphelin, donnez-lui pour le moins asile dans cetts Rome, restée voire séjour! Rappelez-vous pour lui être plus favorable, qu'il n'a pas été publié par son auteur, qu'on i'a comme sauvé de mon bûcher funèbre. Tout ce qu'un travail interrompu y a laissé de fautes, songez que, si le sort l'eût per> mis, je les eusse corrigées, d

Haec ego discedens, sicut bene multa meorum Ipse mea posui mœstus in igné manu....

DU SIÈCLE d'auguste. ^'^'^

Vei quod cram Mu^as, ut crimina nostra, perof s,

Vel QUod adhuc crescens et rude carmen erat. Qui qrniam non sunt penitus sublata, sed exstant,

Pluribus exemplis scripta fuisse reor.

Nunc precor, ut vivant; et, non ignava, legentum

Otia délectent, admoneantquemei.

Non tamen illa legi poterunt patienter ab ullo, ^ l^îelmt his summam si quis abesse manum. Ablatum mediis apus est incudibus illud,

Defuit et scriptis ullima hma meis.

Et veniam pro laude peto : laudatus abunde,

INoi fastiditus si tibi lector ero.

Hos quoque sex versus in prima fronte hbelh,

S orseponendos esse putabis, habe .

Orba parente suo quicum^ue volunima tangis,

His saltem vestra detur in urbe locus.

Quoque magis faveas, non sunt h^c édita ab ipso,

Sed quasi de domini funere rapta sm.

Ouidquid in his igUur vith rude carmen habebit,

Emendaturus, si licuisset, eram .

Tes noêtes si peu indulgents pour eux-mêmes, ont eu toute oLsUimeM de leur supériorité, et Us se son ;pU u^^ à la constater, en se séparant non n.oms par a dilïéience de leurs allures que par celle de leurs écrits, de la foule des autres poètes. II y avait alors k Rome, c'es par eux que nous le savons, une littérature toute iradit nnelle, tout officielle, qui vivait commodemen d Ueux communs de l'imitation, qui reproduisait sans relâche les mêmes genres et les mêmes sujets, qui s exerçait -^^ tout assidûment à la louange du prince, V^^' fj^^^^ qu'elle de tant de panégyriques toujours les mêmes , littérature médiocre, copiste, obséquieuse, bruyante impor- \L, qui fatiguait le pouvoir, mais en était P- egee; n possession de tous les honneurs, grands et pet ts, qu on décernait aux lettres; dictée dans les écoles, étalée chez Tes libraires, applaudie sur les théâtres et aux lecto d'apparat, couronnée dans le temple, conservée dans la bibliothèque d'Apollon Palatin. Nos poètes 1 honoraient fort, comme tout le monde ; mais ils se gardaient de s y

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