Epist. I, X, 22 sqq
ÉCOLES LITTÉRAIRES
manières villageoises, ses vers si élégamment, si harmonieusement rustiques. Ainsi avait été accueilli à la cour non moins somptueuse, non moins corrompue, non moins ennuyée des Ptolémées, le modèle de Virgile, Théo(îrite. Tous deux furent les introducteurs de la poésie pastorale à sa véritable époque : lorsque ses rudes et grossières chansons, quittant les Arcadies, où elles prennent naissance et charment, pendant des siècles, les obscurs loisirs des bergers, se traduisent en langage plus poli pour Tamusemenl des vi les, blasées par l'abus de toutes les recherches, ramenées à force d'ennui au goût de la simplicité primitive ; lorsque la description de la nature sensil)le, ressource de la poésie qui s'épuise, remplace dans ses tableaux la figure de Thorame, auparavant son principal et presque son seul objet, que Facteur s'efface et disparaît pour ne laisser voir que le théâtre.
Ajoutons qu'un intérêt de circonstance s'attachait à ces poèmes où Virgile plaignait le sort des habitants de la campagne chassés par les vétérans, le sort de la campagne elle-même condamnée, par ces dépossessions violentes, par les longues dévastations de la guerre civile, à la stérilité. On a cru, non sans vraisemblance, que Virgile, dans ses Géorgiques, suivaut les instructions de Mécène, tua Mœcenas haud molliajussa, avait voulu seconder, autant qu'il était permis à un poète, les intentions réparatrices de la politique d'Auguste ; c'est un dessein qu'on ne peut méconnaître à cette même époque dans certaines odes d'Horace, dirigées contre un nouveau genre de ravages, ceux des villas qui se multiplient, qui s'étendent, chassant devant elles les cultivateurs, étoutfant la culture sous leurs bosquets et leurs parterres*. La sympathie publique dut répondre à ces efforts de la poésie pour réhabiliter, ramener les vertus laborieuses de l'antique Italie, des vieux Sabins, de TKtrurie, de cette cité, à son origine pastorale et agricole, qui y avait puisé sa force, trouvé les premiers éléments de sa future grandeur.
1; Hor. , Od., U, XV, xviirj III, i, vi; Epist., I, i.
DU SIÈCLE d'auguste. 151
Hanc olim veleres vitam coluere Sabini ; Hanc Remus et frater ; sic fortis Etruria crevit Scilicet et rerum facta est pulcherrima Roma*.
Rome, c'est sous des titres divers le perpétuel, le véritable sujet de la muse nationale de Virgile. Dans la maturité de son âge, il rassemble toutes ses forces pour l'honorer par une épopée, noble et dilficile entreprise, si légèrement, si vainement tentée depuis Névius et Ennius jusqu'à lui, dans tant de compositions de caractère ou mythologique ou historique dont presque lui seul se souvient. Mais lequel des deux genres épiques doit-il traiter de préférence? La mythologie ? Elle est devenue une redite insupportable contre laquelle personne ne s'est plus déclaré que lui.
ippo rapides?
Quis aut Euryslhea durum
Aut illaudati nescit Busiridis aras?
Cui non dictns Hylas puer, et Latonia Delos, Hippodameque, humeroque Pelops insignis eburno, Acor equis*?
Fera-t-il d^ l'histoire en vers? L'histoire est bien voisine, bien réelle, bien ennemie de la fiction, bien prosaïque, et d'ailleurs les historiens sont déjà venus. Son œuvre sera à la fois mythologique et historique, elle suivra les deux directions entre lesquelles s'est partagée jusqu'ici
l'épopée latine.
Virgile se place au sein de fables contemporaines de la guerre de Troie, et de là il s'ouvre de hardies perspectives dans l'avenir; il voit de loin les Latins, les Albains, les Romains, Romanos rerum dominos gentemque togatam^,