‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 58 sur 513 · Eleg., I, vn · texte numérisé non relu

Eleg., I, vn

DU SIECLE D AUGUSTE

habitudes d'imitation routinière de l'école des Ponticus. Je réponds qu'un des plus grands charmes de la poésie de Virgile, c'est précisément l'intervention lyrique et élégiaque du poëte dans des ouvrages où elle n'était guère attendue, ces éclats soudains qui révèlent son âme simple et candide, ses affections tendres et mélancoliques. Je réponds encore que ces ouvrages ne sont pas si exclusivement littéraires qu'on s'imagine, et que Virgile y a fait une large part aux sentiments, aux goûts de ses contemporains. Quoi ! même dans les Églogues ? Et qu'importaient aux héritiers de la guerre civile, hommes de sang et de rapine, perdus de luxe, perdus de débauche, des tableaux pris de la vie des champs ? Beaucoup assurément , beaucoup plus qu'ils n'eussent fait même au vieux Gaton, bien qu'il cultivât la terre et qu'il écrivît sur l'agronomie, ou peut-être à cause de cela. Gaton, comme les Gurius, les Fabricius, les Gincinnatus, ses devanciers, c'était un sublime paysan, qui ne voyait dans la nature champêtre que les produits qu'il lui arrachait. Pour qu'elle devînt un objet d'intérêt poétique, il fallait, ce qui ne tarda pas d'arriver, que les raffinements de la civilisation eussent par degrés éloigné d'elle, qu'on la regrettât, qu'on la redemandât, qu'on en recherchât l'apparence ou l'image. Il y avait longtemps qu'il en était ainsi chez les grands et les riches de Rome quand Horace leur disait :

Vous chassez la nature, mais elle revient malgré vous; elle triomphe à votre insu de vos injustes dédains. N'élevez-vous pas des forêts parmi vos colonnades? Ne voulez-vous pas des maisons d'où votre œil puisse s'égarer au loin dans de vastes campagnes?»

Nempe inter varias nutritur sylva columnas, Laudaturque domus longos quse prospicit agros. Naturam expellas furca^ tamen usque recurret, Et mala perrumpet furtim fastidia victrix*.

On comprend qu'une telle société ait accueilli avec fcveur cet homme qui lui venait du bourg d'Andes avec ses

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