Excerpt. ex hist. Prise, rhet, ap. Bysarit. script
2. Jornand. De reb. get., Voy. Fauriel, ibid, p. 7, i33, o^i. 3 Egin. Vit^ Car, magn., 29.
DE LA POÉSIE ÉPIQUE CHEZ LES ROMAINS AU TEMPS DE CÉSAR ET D'aUGUSTE
(Cours de 1853-1854, legon d'ouverture •
Messieurs,
D'après Tordre nouveau qui régit l'enseignement donné dans les facultés des lettres, c'est désormais un devoir pour le professeur appelé à y traiter de la poésie latine d'en embrasser l'histoire entière en trois années, de telle sorte que la première et la troisième étant consacrées à ce qui a précédé, à ce qui a suivi le siècle d'Auguste, ce soit ^\x sièch d^ Auguste que se trouve réservé le cours intermédiaire. Nous commençons aujourd'hui ce cours • nous abordons le sujet qui lui a été invariablement assi^ ^ne, et dont je puis seulement déterminer les limites J'ai le dessein de les étendre un peu d'une part, de les
l. Par une nouvelle dérogation à l'ordre chronologique de ces 1pîs d ouverture (voy. p. 76) et ayant de même égard à I'analo%e à lenlite des matières, 'introduis iri «nnc loc ...,,^2.^. v .7 x , ^^.^' ^
cons «^„.v..v^»^^,wj. y. ,o; ei uyani ue même égard à l'analo'^ie à
den ,te des matières, j'introduis ici, sous les numéros X et xH eux
discours sur la poésie épique chez les Romains et sur V Enéide sujets
fois Time '' '""'' ^'"'' ^'"^' enseignement, j'ai dû être plus l'ic
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restreindre de l'autre, et je vous dois d'abord l'explication des motifs qni m'engagent à cette double modération.
Le siècle d'Auguste^ c'est là une expression générale qui, entendue dans un sens littéraire, représente surtout le dernier progrès de la poésie latine vers l'inspiration libre et originale, vers l'art savant de la composition, vers la vérité exquise du sentiment, la justesse parfaite de la pensée, vers la beauté achevée de la forme, en tout ce qui concerne la pureté, l'élégance, la noblesse, l'harmonie du style, les charmes variés du rhylhme. Auguste a eu l'heureuse fortune d'y attacher son nom ; mais il est vrai de dire qu'avant lui cela était fort avancé, et que cela n'a pas du'^é autant que lui. Aussi, dans le prochain cours, quand nous aurons à suivre chez les poètes latins des derniers âges la décadence progressive du goût, nous devrons revenir en arrière pour en marquer les premiers commencements au temps même de Virgile et d'Hora3e, dans les ouvrages de leurs successeurs immédiats. Properce et Ovide. De même, dans le présent cours, il serait bien dif ficile d'arriver à une complète intelligence de la perfection poétique de Virgile ou d'Horace, si, revenant aussi en arrière, nous n'en cherchions le germe prêt à éclore dans les ouvrages de leurs prédécesseurs immédiats, Lucrèce et Catulle. Voilà pourquoi, m' écartant de la lettre du programme pour me conformer, je pense, k son esprit, j'ai annoncé l'histoire de la poésie latine, non pas seulement au temps d'Auguste, mais au temps de César et d'Auguste.
Si j'ajoute ainsi à un sujet déjà bien vaste, c'est que je ne crois pas à propos de lui conserver toute son étendue. Comment les leçons d'une année pourraient-elles sulfîre à l'étude, à l'étude sérieuse des œuvres de nature si diverse, que rappellent à toutes les mémoires les noms de Virgile, d'Horace, de Tibulle, de Properce, d'Ovide, et, en même temps, au taLleau de tout ce travail littéraire qui les a produites, qu'elles ont effacé, supprimé, dont elles sont restées à jamais la seule expression ? Ce serait véri^
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tablement appauvrir une matières! riche que de la dissiper en généralités, naturellement peu nouvelles en un si vieux sujet, par là peu instructives, peu intéressantes. Il vaut mieux, parmi les genres qui se développèrent alors avec tant d'éclat, en choisir un où nous puissions à loisir étudier, sous une de ses formes principales, le génie poétique de Tépoque entière.
Mais quel genre choisir parmi tous ceux qui y sollicitent notre curiosité, qui y attirent notre intérêt ? Plusieurs raisons m'ont déoidé pour le genre épique. Il me sera ainsi plus facile de rattacher les leçons antérieures aux nouvelles, de les continuer, de les compléter ; je pourrai aussi toucher, sur plus de points, à l'histoire générale de cette grande époque, dont je m'abstiens discrètement d'exposer Tensemble.
Lorsque Tannée dernière j'ai eu à rechercher quels avaient été les produits spontanés de Timagination des Romains dans les siècles de leurs vertus publiques et de leur impuissance, de leur stérilité littéraire, j'ai dû m'occuper de l'hypothèse fameuse qui leur suppose alors cette poésie épique, dont n'a manqué aucun peuple à ses débuts, et que cependant, il a bien fallu le reconnaître, par une exception étrange, ils n'ont pas trouvée tout seuls, bien que dès longtemps ils en possédassent la matière dans la légende de leurs origines fabuleuses et dans les merveilles de leur histoire.
Lorsque ensuite j'en suis venu à l'éducation tardive que reçurent pour les arts de l'esprit, de la Grèce vaincue, les Romains victorieux, parmi les productions nées les premières de cette discipline, j'ai rencontré tout d'abord des compositions de genre épique, les unes, simples traductions, comme cette Odyssée de Livius Andronicus qu'Horace enfant écrivait encore sous la die ée du brutal Ormlius ; les autres, où les formes de l'épopée grecque étaient appliquées à des faits domestiques ; celle où Né vius, le soldat de la première guerre punique, a raconté, encore en vers saturniens, cette guerre qu'il avait vue et qu'il avait faite ; celle où Ennius, l'introducteur de l'hexa-
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mètre, a enfermé, dans un cadre plus vaste, toute la suite des destinées romaines, jusqu'à ces guerres où il avait lui-même mis la main, lui le brave- centurion de Fulvius Nobilior, du vieux Galon, du premier Africain : œuvres vraiment vénérables, bien rudes encore sans doute, mais auxquelles l'inspiration n'a pas plus manqué que le patriotisme, et qu'il y avait plaisir à reconstruire avec leurs débris pour y contempler les antécédents lointains de
Y Enéide,
Comment de Livius Andronicus, de Névius et d'Ennius, l'épopée romaine est-elle arrivée à Virgile ? Je n'ai pu le dire, obligé, par l'ordre des faits, de suivre Ennius, et les poètes de son école, dans d'autres carrières, notamment dans celle du théâtre. Le sujet que j'ai choisi me permet de réparer cette omission, ou , pour parler plus justement, il me le commande, il m'y oblige.
La critique a chez nous, comme d'autres choses, ses vicissitudes. Il fut un temps où elle ne voulait s'occuper que des grands monuments littéraires, les appréciant, les jugeant d'une manière tout absolue, sans s'inquiéter de leurs relations avec les productions de même nature, sinon de même valeur, qui avaient pu les précéder ou les suivre, du lieu, du temps, des circonstances qui les avaient produites, de ce qui en était le cadre naturel, de ce qui devait surtout en éclairer le véritable caractère. Plus tard, d'après d'illustres exemples partis de cette faculté même, on s'appliqua universellement à les replacer dans le mouvement littéraire, dans le courant social qui les avaient amenés ; ils devinrent les faits principaux d'une histoire dont aucun fait ne paraissait à négliger. Aujourd'hui, par une réaction a laquelle il était facile de s'attendre, on semble vouloir les rendre à leur premier isolement, vouloir les mettre en présence seulement des lois générales de l'art, les dégageant de tout ce travail historique qui ne semble plus que l'objet d'une curiosité savante, permiso à l'érudit dans son cabinet plutôt qu'au professeur dans sa chaire. Je ne part'ige pas tout à fait, je l'avouerai, cette nouvelle manière de voir, et ce qui lui semble une sorte de
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luxe, fait, selon moi, bien souvent partie, et partie importante, du nécessaire.
^ Pour se borner à ce qui doit être surtout cette année l'objet de notre attention, à VÉnèide, est-on quitte envers ce chef-d'œuvre lorsque, layant considéré en lui-même, on y a fait la part des beautés d'ordre universel, des beautés de composition, de sentiment, de pensée, d'expression, par lesquels il a toujours charmé et charmera toujours les esprits véritablement touchés de la haute poésie ? Ne fautil pas encore chercher à pénétrer le secret des mérites plus particuliers par lesquels, après de longs et infructueux efforts pour concilier l'imitation d'Homère et l'originalité latine, la fable grecque et la fable ausonienne, le merveilleux épique et les réalités de l'histoire, celte divine Éncidey comme on Tappelle, a enfin répondu pleinement à la pensée romaine, s'est établie comme Tépopée définitive de ,Rome?
Pour cela, il faut de nécessité faire ce que j'ai déjà fait remonter de Virgile jusqu'à Névius et Ennius, jusqu'à Livius Andronicus; il faut faire ce que je n'ai pu faire encore et ce qui sera le commencement de ce nouveau cours, descendre de ces fondateurs de l'art jusqu'à Virgile, par la double voie qu'ils ont ouverte et où ont marché en quelque sorte parallèlement leurs successeurs, celle des poèmes plus particulièrement historiques, celle des poèmes plus particulièrement mythologiques.
^ Cette distinction n'est point arbitraire ; je l'emprunte à l'antiquité latine elle-même ; je ia rencontre à chaque instant chez les poètes de Rome, quand parlant de leur vocation, de leur ambition littéraire, ils expriment ou le désir ou le regret de l'épopée, cette grande œuvre permise a SI peu de génies privilégiés.
Rappelez- vous en quels termes Horace décline l'honneur d'être le chantre épique de la gloire d'Agrippa, renvoyant, dit-i., à un plus capable, à Varius. Il ne manque pas d'opposer à ce beau sujet qu'il recevrait de l'histoire contemporaine ceux qu'il pourrait demander encore à la Fable, s'il osait se risquer dans l'épopée,
AU TEMPS DE CÉSAR ET d'aUGUSTE.
C'est à Varius, à l'aigle de la poésie m(jonienne, qu'il appartient de célébrer dans ses vers ton courage, tes victoires, tout ce qu'ont fait sous toi, portés par des vaisseaux ou des coursiers rapides, les soldats de Rome.
Moi! traiter de tels sujets, ou l'implacable colère du fils de Pelée, les longues navigations du perfide Ulysse, les crimes de
gloire de César et la tienne par mon peu de génie.
Qui parlera dignement de Mars avec sa tunique d'acier, de Alérion noirci par la poudre de Troie, du fils de Tydée, que l'aide de Pallas élève presque au niveau des dieux ?
Je ne chante que les festins, ou, tout au plus, ces^combats où les vierges folâtres menacent les jeunes garçons de leurs ongles prudemment émoussés. Voilà mes sujets, à moi, que mon cœur soit libre ou qu'il se renllamme, dans son ordinaire inconstance, pour quelque nouvel objet.
Scriberis Vario fortis',etc.
Que de passages analogues, établissant de même le partage de l'épopée lomaine entre la fable et l'histoire, un pourrait emprunter aux poètes latins ! Ovide seul en fournirait plus d'un.
Dans ses Amours'^y il se reproche de s'être donné des rivaux en rendant celle qu'il aime trop célèbre par ses vers. Ne pouvait-il trouver d'autres sujets, et Thèbes, et Troie, ou bien encore les hauts faits de César ? Mais quoi ! Corinne seule a pu exciter son génie :
Quum Thebœ, quum Troja forent, quum Cassaris acta, Ingenium movit sola Gorinna meum.
Dans ses Tristes^, il se fait un reproche plus grave. Il s'accuse de s'être imprudemment compromis par des sujets trop folâtres, trop libres, lorsque s'offrait à lui l'inépuisable matière et des imitateurs de l'épopée grecque et des panégyristes épiques de Rome et du prince. Ce n'est pas sans quelque ironie qu'il regrette d'avoir négligé ce double lieu commun. Il faut l'entendre encore ;