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et de bien bonne heure ' pour le poêle qui se l'était à luimême adressée, et pour celui qu'il nous faut toujours lui associer Ils ont eu véritablement le privilège d'apprendre à toutes les générations, non pas précisément à lire mais à sentir et à penser ; ils ont, s'il est permis de détourner à un usage profane une sainte parole, illuminé de leur pure lumière toute intelligence venant en ce monde. Leurs vers appris des 1 enfance, et gardés comme en dépôt, revenaient! par intervalles charmer d'un souvenir de poésie les prosaï^ ques travaux de lâge mûr, et, à l'âge où tout s'oublie, la mémoire défaillante se ranimait pour les redire encore, pour s en enclianter une dernière fois.
Comme on boit d'un vin vieux qui rajeunit les sens^
N'était-ce là qu'une superstition de collège ? Ceux-là ne le croiront pas, qui auront pénétré par l'étude dans le secret de la perfection infinie dont ils ont marqué leurs œuvres, œuvres courtes et pleines de sens, où les idées sont SI justes et les sentimenls si vrais. Horace n'a rien prescrit aux autres, dans son Art poétique, qu'il n'eût auparavant pratique, et Virgile avec lui. Chez eux, même respect de la angue, même souci de l'enrichir par des emprunts discret^ même art à tirer parti des mots, à les renouveler par k place, par le voisinage par d'adroites alliances, même sobriété dans le choix des détails, même harmonie dans Ja disposition de l'ensemble; une hardiesse contenue,
maVrien'^""' '^"' ^°'- ™' ^^^' P"'^"» '^«^ «"''^^^e^ de l'état de gram-
Dummodo non pereat totidem olfecisse lucernas Quot stabint pueri, quum totus decolor esset Fiaccus et hœreret nigro fuligo Maroni
POÉSIE LATINE. l — 1\
VIRGILE ET HORACE
une parure modeste, une variété sans bigarrure et sans désordre, une régularité qui se cache sous un air d'aisance et d'abandon, une précision, exempte de sécheresse, qui ne marque pas si scrupuleusement les contours, qu'elle n'y laisse, à dessein, un peu de ce vague qui favorise la rêverie, quelque chose d'inachevé qu'aime k compléter Timagination. Tous ces mérites, et ce ne sont pas les seuls, leur sont communs, quelque diflerence que mettent entre eux leur humeur, le tour de leur génie, le caractère des genres auxquels ils se sont appliqués.
Une telle perfection, ils ne la tenaient pas tout entière des Grecs qui, venus les premiers, avaient dû enlever les grâces naïves, négligées, familières, le libre et abondant naturel de Tinspiration spontanée, ne laissant à leurs successeurs d'autre gloire que celle de choisir parmi leurs inventions, de les ordonner, de les polir, de les revêtir de formes d'un travail plus rafliné, qui leur donnât h Rome une originalité nouvelle, et chez ces nations, issues de Rome, et initiées par elle, souvent par elle seule, aux lettres antiques, une seconde vie. Je vous répèle prosaïquement ce qui a été dit par un très-ingénieux critique, en vers, que son amitié m'a rendus propres.
La muse des Latins, c'est de la Grèce encore : Son miel est pris des fleurs que l'autre fît écîore. N'ayant pas eu du ciel, par des dons aussi beaux, Grappes en plein soleil, vendange à pleins coteaux. Cette muse, moins prompte et plus industrieuse, Travailla le nectar dan^ sa fraude pieuse, Le scella dans l'amphore, et là, sans plus l'ouvrir, Jusque sous neuf consuls lui permit de mûrir. Le nectar, condensant ses vertus enfermées, A propos redoubla de douceurs consommées. Prit une saveur propre, un goût délicieux, Digne en tout du festin des pontifes des dieux. Et ceux qui du Taygète absents ou d'Érymanthe, Ne peuvent, thyrse en main et couronnés d'acanthe, En pas harmonieux, dès l'aube, y vendanger. Se rabattent plus bas, à ce prochain verger, Où le maître leur sert la liqueur enrichie
VIRGILE ET HORACE
Dans sa coupe facile et toujours rafraîchie.
Si nos deux poètes redisaient les Grecs, ils le faisaient assurément avec plus de liberté que les autres écrivains de leur temps, à en juger par les accès de bonne et de mauvaise humeur que donnait à Horace le sot bétail ^ des imitateurs. Ils ne parlent Tun et l'autre que d'échapper à cette servile compagnie, que d'éviter le sentier battu où elle se presse, que d'aller chercher loin d'elle quelque désert qu'ils se représentent sous des images déjà merveilleusement exprimées par Lucrèce *,- et il y a quelques années heureusement rassemblées dans des vers que j'emprunterai encore, pour varier cette dissertation, à la muse, hélas î éteinte et oubliée, d'un ancien ami.
Retraite impénétrable et sainte.
Où l'on ne voit, de toutes parts, Ni la trace de l'homme empreinte, Ni le sillon poudreux des chars; Monts inconnus, forêts sauvages.
Fleuves sans nom, secrets rivages, Remplis d'un silence éternel; Source limpide et solitaire Où l'oiseau seul se désaltère En quittant les plaines du ciel*.
Ecartons cette poésie et cherchons à nous rendre compte de l'originalité dont se piquent Virgile et Horace. Ils la mettent à introduire dans la littérature latine quelque chose qu'on ne se soit pas encore avisé d'emprunter aux Grecs, comme la pastorale, les préceptes ruraux de Tbéocrite et
1. C. A. Sainte Beuve, Pensées d'août, 1837, page 181 et suiv. Je ne crois pas m'acquitter pour tout ce que la charmante épitre dont j'ai cité quelques vers m'adressait de si flatteur sur mes leçons à la Sorbonne, en rappelant ici, comme il e^t naturel, le cours de poésie latine ouvert au Collège de France, en 1855, par M. Sainte-Beuve, et l'excellent volume, par lequel, en 1857, il a dédommngé les amis des lettres antiques de sa trop prompte interruption : Étude sur Virgile^ suiiie d'une Étude sur Quintus de Simjrne.