‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 98 sur 513 · Dialogues des Morts, dial. xlix · texte numérisé non relu

Dialogues des Morts, dial. xlix

COUP d'œIL général 'sur HORACE ET SES ŒUVRES

(Cours de 1844-1845, leçon d'ouverture)

Messieurs,

J'ai fait déjà plus d'un cours sur Horace et je dois dire d'abord comment j'ai encore à en parler. De là la ne'cessité d'un résumé et d'un programme, que je voudrais complets, que vous souhaiterez courts, et qu'il m'a paru convenable d'écrire, pour qu'ils eussent plus de chances d'être l'un et l'autre.

Amené par le sujet général que je traite depuis quelques années dans cette chaire, l'histoire de la poésie latine, à ses deux plus illustres représentants, à Virgile premièrement, et, après lui, à Horace, j'ai dû remarquer, avec les caractères qui leur sont communs, et qui les montrent contemporains autant par le génie, par le goût, par les procédés de l'art, que par la date, la différence fondamentale qui les sépare.

Virgile et Horace, ces chefs reconnus, ces rois de la pensée poétique de leur temps, se sont partagé les deux directions que suit toute poésie.

H y a des poètes qui sortent d'eux-«aêmes, se répandent au dehors, se confondent avec ce qu'ils peignent, la nature

COUP d'oeil général

et la société. C'est ce qu'a fait Virgile, tout en laissant paraître la sensibilité, la tristesse mélancolique de son âme ; c'est ce qu'il a fait dans les petites scènes de ses Églogues, dans les tableaux de ses Géorgiqucs, dans les récits de son Enéide : l'épopée, le drame, le poëme didactique et descriptif sont les formes principales de cette poésie où s'absorbe en quelque sorte la personnalité du poète.

La poésie n'est pas toujours aussi désintéressée. Il y a des poètes qui se renferment en eux-mêmes, ne sortent pas d'eux-mêmes, se prennent eux-mêmes pour leur sujet, y ramènent toutes les choses du dehors; tel est Horace : soit qu'il célèbre les souvenirs de gloire et de vertu de la république, ou les grandeurs de l'empire, les beautés et les charmes de la nature sensible, l'amour et les plaisirs, le bonheur des jouissances faciles et modérées, les avantages d'une condition médiocre, soit qu'il se rie des vices et des ridicules de ses contemporains, soit qu'il enseigne les règles d'une conduite rai onnable et les principes du goût, il ne fait jamais qu'exprimer ses sentiments propres, intimes, sous quelques-unes des formes qui appartiennent k cette poésie personnelle, celle de l'ode, de la satire, de Tépître. Il ne lui manque pour les avoir essayées toutes que d'avoir fait des épigrammes, des élégies, et il existe certains témoignages S de peu d'autorité il est vrai, desquels on pourrait s'appuyer pour l'adjoindre à h liste des poètes

élégiaques.

Ce qui donc a dû me frapper, lorsque, arrivé, d'époque en époque, au siècle d'Auguste, j'ai passé de Virgile a Horace, c'est non-seulement leur identité à certains égards, l'élévation du génie, la perfection du goût et de l'art, non-seulement les différences que mettent entre eux la variété des genres où ils se sont exercés, et les tons divers qu'ils y ont pris, mais cette différence de direction générale qui a fait d'Horace un poète égoïste, en prenant ce mot dans un sens inoffensif, car jamais égoïsme ne fut plus aimable.

Cela posé, que devais-je chercher avant tout dans ce re-

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