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Études sur la Pologne

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Charles Dounioi,

La nation polonaise endure les persécutions avec une énergie indomptable ; on dirait que nos oppresseurs, en redoublant de cruauté, veulent se venger sur des populations désarmées des mécomptes humiliants que la Providence prépare à toute domi nation injuste et barbare. La Pologne prie avec ferveur; elle lève au ciel des yeux suppliants, et le Tout-Puissant répand sur elle ses consolations divines en lui donnant la ferme espérance qu'un peuple ami marchera un jour à son secours.

Les sympathies du peuple français, de ce peuple noble et généreux, de ce peuple chevaleresque lou-

jours prêt à verser son sang pour revendiquer les droits des peuples opprimés, semblent se retremper dans les larmes. La France s'inspire des sentiments de la charité évangélique; elle tend une main secourable aux nations malheureuses que les potentats de la terre ne sauraient dépouiller d'un bien plus précieux que les splendeurs de ce monde, de Fauréole de la grandeur morale. La France et la Pologne sont deux sœurs inséparables; la Pologne attend avec foi des destinées meilleures : la France, la main appuyée sur la garde de son épée, a la patience de la force ; elle peut suspendre les arrêts de sa justice vengeresse, et il sera facile à ses aigles d'enlever aux trois puissances spoliatrices la proie sanglante qu'elles déchirent depuis Tannée fatale de 1772.

En France, c'est pour ainsi dire d'instinct qu'on aime la Pologne ; et il nous semble que ces sympathies ne pourraient que puiser des forces nouvelles dans une connaissance plus étendue de notre langue, de noire littérature, de nos mœurs, de notre histoire. On admire la Pologne guerrière *t chevaleresque; on n'apprécie pas suffisamment les titres nombreux qu'elle peut produire au milieu de l'Europe civilisée, dans le domaine des lettres et des

sciences. Il est plus opportun que jamais de travailler à remplir une lacune regrettable ; c'est cette pensée qui nous encourage à réunir dans ce volume des articles publiés il y a vingt-cinq ans dans le Journal général de France et dans le Monde : les derniers événements leur ont rendu l'à-propos qu'ils avaient alors.

Nous avons pris la liberté de joindre à ces travaux une notice sur O'Connell, le glorieux champion de l'Irlande. Il a défendu sa patrie et sa religion. Sa cause est la nôtre, et en rendant hommage à un beau dévoûment qui peut être proposé comme un grand exemple aux nations opprimées, nous ne croyons pas nous être tout à fait éloigné de notre sujet. En outre des faits récents nous ont suggéré quelques considérations sur la situation présente et sur l'avenir de la Pologne.

Nos études sur la littérature polonaise ne dépassent pas le seizième siècle ; mais nous tenons à constater ici que la gloire de nos prosateurs et de nos poètes a brillé encore d'un vif éclat au dix-huitième siècle et jusqu'à nos jours. Notre langue si belle et si pure, et le génie de nos grands écrivains, entretiennent les étincelles de vie chez un peuple que ses ennemis voudraient anéantir. C'est au milieu de nos

désastresqu'ont paru lesNarusaewicz, les Krasicki, les Karpinski, les Dmôchowski, les|Osinski, les Niemcewicz, les Bohdan Zaleski; les noms de Mickiewicz et de Lelewel sont populaires dans l'Europe entière. Les œuvres de ces écrivains illustres sont à la fois la consolation des opprimés et la honte des oppresseurs. Ce qui prouve le mieux la vitalité de la nation polonaise, c'est que ses facultés intellectuelles grandissent au milieu des épreuves les plus terribles. On ne doit pas oublier que la Pologne était dans le plein développement de ses forces matérielles et morales au moment où a eu lieu le partage ; la Prusse, l'Autriche et la Russie ont voulu prévenir par un monstrueux attentat les progrès rapides de ce noble pays» qui aurait occupé une place si honorable parmi les grandes puissances de l'Europe. L'infâme politique de Catherine II et de Frédéric II a été couronnée de succès; mais tout édifice qui a pour base l'iniquité, sera renversé tôt ou tard- Tous les cœurs généreux gémissent sur les malheurs de la Pologne ; et pourtant, malgré les tristesses du présent» on eroU déjà entrevoir l'aurore desjoujrsjneiUeurs. C'est que la conscience univer-

selle se révolte à la pensée qu'une nation qui conserve intact le culte des souvenirs, qu'une nation fidèle jusqu'au martyre à la foi catholique, qu'une nation qui conserve religieusement sa langue, ses usages, ses traditions, soit destinée à disparaître de la carte de l'Europe. Les Polonais sont patients, mais ils veulent montrer à l'Europe qu'ils ne sont pas morts ; de temps en temps ils se lèvent, et en attendant qifil leur soit donné de verser leur sang sur de nouveaux champs de bataille, ils tombent comme des martyrs.

Tout récemment, aux yeux de l'Europe étonnée et honteuse de son inaction, la Pologne a donné un exemple éclatant de cet héroïsme chrétien qu'on croyait éteint dans les cœurs. Quel sublime spectacle ! Un peuple, jadis le boulevard de la chrétienté, un peuple qui a triomphé des légions innombrables des infidèles se précipitant avec rage sur une poignée de braves, oppose aujourd'hui une patience admirable aux insultes d'un impitoyable ennemi. Désarmé et la poitrine découverte, il dit à ses bourreaux : « Pointez vos canons, nous ne craignons pas « la mort ; vous êtes les maîtres de nos corps, mais « vous n'êtes pas les maîtres de nos coeurs, qu'em-

« brase l'amour sacré de Jésus et delà patrie. Tuez- « nous, et nos âmes inondées des lumières de la foi « monteront au ciel, et c'est du ciel que nous im- « plorerons pour vous la miséricorde divine, et pour « la Pologne, la liberté de sa foi et l'indépendance « de son territoire.

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