‹ Études sur la PologneChapitre 5 sur 11 · CORDONNIER · texte numérisé non relu

CORDONNIER

KILINSKI

le cordonnier (1794).

Dans l'insurrection nationale de 1794, une sainte indignation armait tous les bras; le cœur d'un peuple entier battait aux mots sacrés d'honneur et de patrie. Au milieu de cet élan sublime surgirent des hommes d'élite, dont le souvenir vivra aussi longtemps que celui de la Pologne. Kosciuszko, dont le nom est populaire dans toute l'Europe, fut la première illustration de cette grande et belle révolution. Une gloire plus modeste réclame une place près de la sienne; nous voulons parler de Kilinski, né à Posen en 1760. Il embrassa la profession de cordonnier, et se rendit à Varsovie pour y faire son apprentissage ; ses affaires prospérèrent, et la révolution de 1794 le trouva à la tête d'un établissement considérable et propriétaire de deux

maisons à Varsovie. Sa probité, son bon sens et un patriotisme à toute épreuve lui avaient concilié tous les cœurs, et les bourgeois de Varsovie le nommèrent, à l'unanimité, membre du conseil municipal.

Kilinski frémissait de bonté el de colère à la vue du joug qui pesait alors sur la Pologne. Igelstrom, digne satellite de l'infâme Catherine, dictait la loi à Varsovie. La fermentation était générale, et une étincelle devait suffire pour allumer un vaste incendie : les Russes ayant pris la résolution hardie de licencier les restes de l'ancienne armée polonaise, cette mesure provoqua un soulèvement général.

La nouvelle des événements de Cracovie et les premiers succès de Kosciuszko se répandit à Varsovie au milieu de la joie générale. Igelstrom, entendant l'orage gronder sur sa tête, crut le détourner en développant une grande énergie ; des mesures violentes ne firent au contraire que précipiter l'explosion. La garnison polonaise, forte de 24,000 hommes, fut réduite à 1,700. Les patriotes furent jetés dans les cachots, et tout fut préparé pour un grand attentat, qui devait consolider à Varsovie la domination moscovite. Le fête de Pâques

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approchait, et Igelstrom voulait profiter du moment où les offices divins appelleraient aux églises la population tout entière, pour s'emparer de vive force de l'arsenal gardé par les débris de l'armée polonaise; des canons, cachés dans le voisinage de chaque église, devaient être braqués contre leurs portes à un signal convenu, et le peuple ainsi contenu n'aurait pu courir à la défense de l'arsenal. Le secret de cet infâme projet ayant bientôt trans- • piré, le peuple frémit d'horreur et d'indignation, et les patriotes, la plupart licenciés de l'armée, ne songèrent plus qu'aux moyens de détourner le coup fatal qui menaçait Varsovie, Les conjurés, voulant avant tout s'assurer de la coopération du peuple de Varsovie, jetèrent les yeux sur Kilinski, idole de la bourgeoisie, et leur confiance ne pouvait être mieux placée.

Kilinski brûlait depuis longtemps du désir de venger sa patrie opprimée, et il avait donné plus d'une fois des preuves d'un patriotisme ardent qui allait jusqu'à l'imprudence. Les chefs de l'insurrection à Cracovie avaient envoyé secrètement au oonseil municipal de Varsovie un manifeste qui faisait un appel au patriotisme des habitants de la

capitale ; ce manifeste fut lu à haute voix dans le conseil. A la lecture d'un acte aussi important, la crainte et la défiance étouffèrent les sympathies du cœur, et personne n'osait élever la voix : Kilinskî seul prit la parole, et déclara qu'on devait à l'instant même répondre à l'appel de Kosciuszko. Les timides collègues de Kilinski taxèrent d'imprudence son généreux élan; mais le secret de cette scène fut cependant religieusement gardé ; au milieu de la corruption organisée par la Russie, ce fait témoigne de la p* obité de la bourgeoisie polonaise.

Igelslrom cherchait à contreminer le vrai complot par des conspirations factices, et Kilinski, en tombant dans le piège, faillit devenir la victime de son courage. Il reçut les ouvertures d'une conspiration simulée, et, assistant à une séance secrète, il n'hésita pas à promettre son appui. Le lendemain, un officier russe lui commanda de se rendre auprès d'Igelstrom, et Kilinski n'eut que le temps de se munir d'un poignard. Igelstrom l'apostrophe en termes injurieux, et lui rappelle dans tous les détails ce qu'il a fait et dit la veille. Dans une position aussi critique, Kilinski ne se déconcerte pas ; il avoue avoir trempé dans le complot ; mais il dé-

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cJare-en même temps ne l'avoir fait que par ordre de l'ambassadeur lui-même. Le Russe étonné lui demande l'explication de cette énigme, et Kilinski lui rappelle que trois jours auparavant il a enjoint au conseil municipal de rechercher les conspirateurs, en le rendant responsable de touB les désordres qui pourraient survenir. « En ma qualité de membre du conseil municipal, continue Kilinski, j'ai pensé que le meilleur moyen de déjouer les complots était de conspirer moi-môme. » ïgelstrom tomba dans ses propres filets, et accabla Kilinski de politesses. Nous donnerons ici un extrait des Mémoires de KHinski, qui se rapporte à la scène dont nous venons de parier:

« Ami lecteur! je t'avoue que la joie de lui avoir « échappé au moyen d'une si ingénieuse excuse, « m'a produit une bien douce surprise, et il me « semblait que je revenais miraculeusement à la J'étais déjà résolu de le frapper de mon « poignard, et de m'ôler la vie ensuite ; mais le bon « Dieu nous sauva tous les deux de la mort, en me « conservant encore pour lui présenter un jour mes « amis qu'il avait le désir de connaître, et pour lui « apprendre ce que peut un cordonnier polo nais, dont

« le corps et l'âme n'ont rien qui lui soit inférieur. « Mais combien n'avons-nous pas de despotes, con- « tinua-t-il, qui, persistant dans leur aveuglement « et dans leur orgueil, semblent ignorer toujours « qu'ils peuvent être vaincus par l'homme du néant. « Et pourquoi? parce qu'il est leur égal corps et

« âme Or, nous verrons ci-après comment il

« fuyait devant moi, cordonnier de Varsovie, car il « aurait indubitablement tremblé en ma présence « devant la vertu que j'avais dans mon cœur. »

Trois jours avant l'explosion, arrivèrent dans la maison de Kilinski plusieurs officiers polonais, les plus actifs de la conjuration. Cinq de ces officiers lui étaient personnellement connus, savoir : le capitaine d'artillerie Linowski, le porte-enseigne Laskowski, le lieutenant d'infanterie Suchorzewski, le lieutenant des carabiniers Kicki, et le colonel Wengierski. Kilinski se rend avec les conspirateurs dans une maison attenant au couvent des Jésuites, et monte avec eux dans une petite chambre au troisième. « Citoyen, lui dit alors un des conjurés, « notre intention est de prévenir les massacres « médités par nos oppresseurs, et d'épargner à la « capitale la honte d'être plus longtemps immobile

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« spectatrice de la lutte qui s'engage pour la dé- « fensede nos droits les plus sacrés; voici les or- « dres infâmes qu'un commandant dévoué aux « Russes vient de nous transmettre : il est question « de fixer un jour pour le massacre de nos conci- « loyens. Est-ce des enfants delà Pologne qu'ils « espèrent obtenir un criminel appui pour un pareil « sacrilège? Plutôt mourir que de prêter nos bras au « meurtre delà patrie! Citoyen! nous sommes sûrs « que vous partagez nos sentiments; mais c'est un « concours plus actif que nous vous demandons. « Votre ascendant sur le peuple est immense, les « distinctions honorables dont il vous a revêtu en « sont le témoignage. Promettez-nous de vous « placer à sa tête à l'heure du danger; il ne nous « manque qu'un mot d'ordre de votre part. Secours ! « secours ! citoyen, la patrie vous le demande avec « nous !» A la suite de cette ouverture, on lui découvre le plan de l'insurrection, les mesures prises, le jour marqué, les signaux convenus. Le cœur de Kilinski battait vivement au récit de cette communication ; son enthousiasme était au comble; il aurait voulu parler, mais son émotion était trop forte. On lui fait alors prêter serment; un des conjurés

tient un crueifi*, gage de Aa foi ; un autre un poignard destiné à punir le parjure ; un troisième déroule à, sas yeux une liste de cinquante mille oonjurés» et Kilinski, d'un ton solennel, prononce les pafotes suivantes : i..

■ &f Je j#*re , à Dieu, à l'univers, à la nation, au com- ^rnanflanfc suprême de notre force armée, Kos- <^,crusï)<iOv d'être toujours le défenseur fidèle- de ma « pallie, .fo v4er à toute heure à son seoours, d'o- <c Jaêir avv^ ordrps supérieurs, de nefaire aucun tort M; À jn^ convoyons dans la prochake dévolution*

etde m pas p&rinettce que les autres lour en Jas- « s^nt; î(fe gapdet religieusement 1» secret de la « conjuration* et deme la dénoncer jamais au poua v<jir. Je^ngagie euoùtre à ifaire- fwrticipar tous « mes amis < Ma* ■ présente asso dation ; h préparer « tous les moyens possibles poue faive s réussir l'in- « surreotion, à venger sur rennern^ les unalheurs u dont un des nôtres pourrait tomber » victiii»e ; en « cas de trahison de ma partie consens >à>®ubir la « peine la plus infamante. Ainsi, Dieu 1 ) «seisoit en « aide^ et le martyre de aanfils. H i ^

l<es conjurés i&t séf^rèvenl > pour « prendre toutes les mesures nécessaires» au succès de l'insurrection

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qui devait éclater le surlendemain, c'est-à-dire le jeudi saint, 17 avril 1794.

« Ma mission, dit Kilinski dans ses Mémoires, ne « fut pas une chose peu embarrassante pour un « pauvre diable comme moi. On ne m'avait chargé, « ni plus ni moins, que de commander eu chef la « population de Varsovie. Belle besogne pour un « homme étranger à toute tactique militaire! Tou- « tefois}e me suis convaincu depuis que ce n'est « pas la tactique seule qui fait triompher; que soute- « nir le contraire est un mensonge; un grand nom- « bre de ceux qni chez nous possédaient la tactique « se cachèrent, et nous autres, gens sans tactique, « nous figurâmes franchement sur la scène. Or, je « n'ai fait moi-même que suivre l'exemple de ce « fr^re, cordonnier de Rome, qui, sans autre ins- « traction que celle relative à la confection du sou- « lier, sut cependant donner de la tablature aux « ennemis de son pauvre pays. Par conséquent je « me déterminai, quoiqu'il arrivât, à prendre le « commandement en chef. »

Kilinski mit dans ses intérêts tous les chefs des jurandes, et en moins de quarante-huit heures toutes les classes ouvrière* étaient prêtes pour le combat ;

ce n'est que la veille du grand mouvement, à onze heures dù soir, qu'il parvint à terminer toutes ses dispositions.

Une seule circonstance l'inquiétai t. Le régiment des hulans, dits royaux, n'avait pas trempé dans le complot. Minuit sonnait, et Kilinski, épuisé de fatigue, retournait chez lui dans un fiacre, portant une provision de cartouches destinées aux conjurés rassemblés dans sa maison ; il tremblait de ne pas trouver un moment pour entraîner dans le complot les hulans royaux, lorsque tout à coup il aperçoit une patrouille de ce corps, ayant à sa tête un officier. Kilinski n'hésite pas un seul instant, descend de voilure et prie l'officier de lui accorder une minute d'entretien. L'officier, après avoir longtemps refusé, cède enfin et consent à une courte entrevue. « Monsieur, lui dit Kilinski, vous êtes un défenseur u de la patrie, un soldat polonais, veuillez me dire « s'il est parvenu à votre connaissance que demain << les Moscovites doivent nous ravir notre arsenal, « désarmer nos troupes, nous massacrer tous, ré- « duire notre cité en cendres. Or, je vous annonce « que nous, peuple, nous sommes déterminés à dé- « fendre à toute outrance notre arsenal et nos

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« soldats ! Toute la garnison est d'intelligence « avec nous ; il ne manque que vous autres, Mes- « sieurs. J'ignore si vous en savez, quelque chose ; « mais je vous conjure, au nom de tous les citoyens, « de ne pas nous refuser voire concours à l'heure « du combat. - Veuillez me dire, Monsieur, ré- « pondit l'officier étonné, qui vous êtes, et quelle « est votre demeure. Dans les circonstances pré- « sentes, c'est une information qu'on ne saurait « prendre trop tôt. » Kilinski, craignant une surprise, donna un nom et une demeure supposés.

L'officier, satisfait de ce renseignement, lui pressa amicalement la main, et prit Dieu à témoin qu'il allait courir aux casernes pour prévenir ses compagnons d'armes. «Oui, mon cher compatriote , « continua-t-il, notre honte est à.son comble. Il est « vrai que le roi nous a fait renouveler notre ser- « ment ; mais s'ensoit-il que nous devions souf- « frir d'être désarmés par les Moscovites ? Nous « sommes prévenus de cette horrible mesure, et « nous ne l'attendions qu'en frémissant. Soyez sûr « de notre appui; les hnlans royaux ne seront pas « les derniers au jour de la vengeance. » Kilinski lui découvrit alors le plan de la révolution, et lui

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assigna la part que sou régiment devait y prendre. Il eut ainsi l'honneur devoir assuré la coopération d'an corps dont les dispositions étaient douteuses.

Le 17 avril, à quatre heures du malin, Kilinski commence le mouvement; il fait distribuer les cartouches , arme les deux cents ouvriers qu'il avait cachés dans sa maison, en détaché une partie pour s'emparer des églises et sonner le tocsin, et avec l'autre partie il marche au eoratoat. Toute la population court aux armes : Kilinski parcourt la ville, anime les habitants par sa présence et leur donne l'exemple du dévoûment et

du courage ' V ' "

Il déploya dans celte journée une . activité et une capacité militaire peu commune; il donnailtous les ordres, assignait à ehaeun le postequ'il devait occuper; et le palais d'fgelslrom fut, selon sa disposition, investi parles tailleurs elles cordonniers seuls. Les Russes isolés tombent sous le fer d'un peuple furieux. Kilinski, combattant comme un simple soldat, abat deux officiers russes d'un coup de sabre. Notre héros, se multipliant partout, pointait luimôme les canons; enfin, après treize heures d'un

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combat sanglant, à cinq heures du soir, les Polonais triomphèrent partout, et Ton peut dire que Kilinski fut le principal auteur de la défaite éclatante des Russes et qu'il s'est couvert dans celte journée d'une gloire immortelle.

Le peuple victorieux nomma un gouvernement provisoire, composé des patriotes les plus purs et les plus dévoués, pour agir au nom du généralissime Kosciuszko; Kilinski fut appelé à faire partie de ce gouvefnement, et, élevé à ce poste éroinent, il sut rendre à sa pairie de nouveaux et nombreux ser-

vices. Varsovie, menacée ne attaque prochaine des Eusses et des Prussiens, demandait à être forliftée précipitamment, et le trésor n'était pasà môme de pourvoir à oetle dépenser Kjliuski reçut du gouveroement provisoire une mission importante qu'il était seuloajfoabMereroplir avec succès; ilfitun appel énergique au patriotisme de tous les habitants, et, à sa voix, ewttiue de tout le peuple, des milliers d'ouvrieiis accompagnés de leurs familles coururent aux remparts pour travailler gratuitement aux fortifications de la ville-i h» Hr ., ,.»., » ,

Un enthousiasme général confondait toutes les classes et' tous les âges; femmes, enfants, vieillards

apportaient à l'euvi le seçowr* de leurs bras pour la défense du pays; ces jours de fatigue étaient des jours de fête, et la population tout entière, couverte de sueur, la bêche et la brouette en main, ranimait ses forces au bruit des chants patriotiques retentissant de toutes parts. Grand et sublime spectacle qui aurait d û désarmer la haine de nos lâches spoliateurs, si une pensée d'humanité avait pu trouver accès dans leurs cœurs !

Le courage, le noble dévouaient de la nation tout entière échouèrent contre les efforts combinés des Russes et des Prussiens; àJUajciejovice, malgré des prodiges de valeur et après une lutte acharnée, les Polonais eurent le dessous. Kosciuszko lutta vainement contre le nombre, il succomba; mais il succomba comme un héros, et ce n'est que couvert de blessures et baigné dans son sang qu'il tomba entre les mains de l'ennemi. Wawrzeoki. successeur de Kosciuszko, voulant opérer une diversion sur les derrières de l'armée prussienne qui assiégeait Varsovie, expédia Kiiinski à Poseu avec la mission d'y provoquer une insurrection. Kiiinski aeeepta avec joie cette mission; mais au moment d'arriver à Posen, il apprit la prise de Praga et le massacre de

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ses habitants par les ordres du cruel et barbare Souwaroff; cette nouvelle le força de renoncer' à ses projets. Il se réfugia à Posen, mais son asile fut découvert, et Kilinski fut fait prisonnier par les Prussiens. Ici commencent pour lui des souffrances que nous essayerions en vain de décrire : Kilinski les supporta avec la résignation d'un martyr. Les Russes ayant demandé aux Prussiens de leur livrer Kilinski, celui-ci leur fut envoyé sous une forte escorte de hussards. Il fut traité pendant tout le trajet de la manière la plus indigne. Le général prussien Moilendorf, dont la vile et lâche conduite mérite toutes les flétrissures de l'histoire, lui demandant un jour pourquoi, lui roturier, il avait osé saisir, de sa main salie par une lanière, une arme attribut exclusif de la noblesse :

«Général, lui répondit Kilinski, permettez-moi « de saisir cette lanière et je vous montrerai la « manière dont je m'en sers; je vous jure que « la main d'un cordonnier munie d'une lanière « vous saura rosser aussi bien que celle d'un noble ft armée d'un sabre, et je suis sûr que si nous en ve- « nions là, vous ne reprendriez plus le chemin de « Berlin. »

A peine livré aux Russes, J&Hinski fut transporté à Saint-Pétersbourg avec cinq autres des principaux auteurs de la dernière révolution ; enfermé avee ses nobles compagnons d'infortune dans les casemates de Ctonstadt, cachot horrible, il subit bientôt un interrogatoire. Repnin, digne ministre de Catherine» re présenta à la porte du cachot de Kilinski : « - Scélérat, lui cria-t-il en l'abordant, c'est toi qui as « fait des bottes à cet homme que voici, » montrant du doigt un officier russe à ses côtés. « Je n'ai ja- « mais fait de bottes à cet officier-là ni à ses pa- « reils, répondît gravement Kilinski. — Mensonge! « —Si vous le voulez absolument, soif : mais sachez « qu'aucun des Russes à qui j'en ai fait à Varsovie « n'a survécu jusqu'ici. — Pourquoi as -tu fait pen- « dre les grands seigneurs? — Ce n'est pas moi, « c'est le bourreau qui les a fait pendre ! — Et quel « était leur crime? — Ils avaient trahi leur patrie. « — As-tu massacré les Russes? — Je n'ai voulu « que les chasser de chez nous, ils y étaient des « hôtes incommodes. — Cinq cents coups de knout « pour ce crime! — Ce serait un indigne châti- « ment, les Moscovites n'en ont jamais subi de paie reil en Pologne. » Ici, le ministre furieux de tant

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