‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 11 sur 150 · XVI LA TRADITION MANUSCRITE · texte numérisé non relu

XVI LA TRADITION MANUSCRITE

Au fo suivant (f^ 257) commence la Mort Artur ordinaire, où se retrouve textuellement, à sa place, le passage ci-dessus.

Ces trois manuscrits, à notre avis, montrent simplement que certains copistes, ayant lu la Queste ordinaire et la Mort Artur ordinaire, se sont avisés, comme H.-O. Sommer et autres, que le début de l'un pourrait être mis à la fin de l'autre. Ainsi s'est formé cet épilogue de la Queste, qui, avec bien d'autres remaniements, a passé dans le Tristan en prose, mais qui reste exceptionnel dans la tradition de la Queste.

Enfin, dans les dernières pages de la Queste, V et Ad intercalent quelques petits développements, notamment la description d'un tournoi où Galaad, avec Perce val, fait merveille. Ces enjolivements assez maladroits et sans intérêt montrent une fois de plus combien est artificielle la distinction des copistes d'avec les auteurs, inventeurs ou remanieurs. Dans les romans en prose, très nombreuses sont les copies qui, par quelque endroit, sont des remaniements.

Classement des manuscrits.

Le passage de la Queste qui permet le mieux de comparer les manuscrits entre eux et d'en reconnaître les familles est sans doute l'épisode de la Nef de Salomon. Ce sont en effet des pages subtiles, délicates, où les moindres altérations de forme faussent visiblement le sens. En outre, ce passage présente l'avantage de figurer aussi dans VEstoire du Graal, et c'est là, comme on verra, un élément très précieux de comparaison.

Voici les quelques constatations que permet la collation du mythe de la Nef, mot à mot, dans tous les manuscrits ci-dessus.

I. Tous nos manuscrits de la Queste proviennent d'une même copie, déjà altérée. En effet :

lo Tous présentent, dans le récit de la mort d'Abel, la phrase suivante (avec des variantes de détail sans intérêt ici) :

« Einsi reçu Abel la mort par la main de son desloial frère en cel leu meismes ou il ot esté conceus le jor del venredi par cet tesmoing meismes. »

Ces quatre derniers mots n'ont ici aucun sens. En outre les

DK r,A QfJKSTE DFÎ. SAINT (,U^AL XVII

mots (» le joi (ici vtniodi » ne scnihUr»! s<* t.ipporter qu'an \« « ot fst«^ (oiKtiis •>, et. en fait, dans !<• contrxtr, la ronrrptiMii il'Abrl a mmiI«' étt^ datt^e jusqu'ici. Or on sait (jirAlwl est un«* li^uri' (In Christ ; si sa ronrrplidîi rst plarr^r un vendr<*di. r'rht ovidcnunent vu souvenir du VVndri*di-Saint, vt pour cju'rllr soit tommi' iino preniii^r** offrande de la Victim*-. M.iis à plus foit«raison faut il tpie la mort d'Alnl, préfif^uration de celle du Christ, ait lieu aussi un vrnchedi : la (Jutste va d'ailleurs gloser là-d« «lans les phrases suivantes. Le texte est donc ici altéré. Si l'on se repx)rte i\ Vlistoire, tout s'ëclaire : il manque à la Queute une phrase essentirllc (pie voici :

« ... en cel lou meismes ou il ot este conceus. /:/ tout ausi conte il fu conchetis ni jour de venrcdi, si comme la vraie hoche le met avant, aniresi fu il mort al jour du venrcdi par celui teamoin^ meismes, » (mss. Roy. ig c.xii <'t 1^. \. 2455. éd. Sommer, I, 120 et Hucher II, 46^).

L'archétype commun des mss. de la Queste avait évidemment ici commis la faute usuelle de confondre les deux mots conceus puis les deux mots venrcdi.

2° La comparaison de la Queste avec YEstoire donne encore à penser qu'en un autre endroit le texte de la Queste, dans tous nos mss., est très vraisemblablement tronqué.

La Queste écrit :

«... et il li fist son dcsloial talent mener a ce qu'il li fist coillir dou fruit mortel de l'arbre et de l'arbre meismes un rainsel avec le fruit... ^) et YEstoire (Hucher, II. 454) :

« .. il li fist son talent desloyal mener a cou que il li fist quellir le fruit mortel de l'arbre qui li avoit esté desfendus de lu bouce a son Creator. Et quant ele Veut quelli, si dist la vraie estoire que ele quelli et esracha d'icel arbre meismes un rainsel avec le fruit...

Des tournures aussi elliptiques que celle de la Queste (le fruit mortel de Varhre) ne sont point dans les habitudes de l'auteur de ce passage. En outre, dans la Queste une seule phrase, de construction embarrassée et incorrecte, rassemble non seulement les circonstances traditionnelles du péché originel, mais encore l'innovation essentielle au récit, à savoir la prise d'un rameau de l'Arbre de la Science. Dans V Estoire. au contraire, une phrase

Albert Pauphilet. ii

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