Son combat contre Priadan le Xoir
7. A Lyoncl, il demande j^ardon à genoux d'un acte qui pourtant était d'inspiration divine ; il se laisse jeter à terre, fouler aux pieds d'un cheval, sans se défendre autrement^ qu'en criant mercn. .
132 la QUESTE DEL SAINT GRAAL
après cinq années d'épreuves, il les résume en ces simples traits : il n'a pas couché quatre fois dans un lit et a été fort souvent en péril de mort ^. Bohort est là tout entier. Sa vertu appliquée, exacte jusqu'à la dureté, lui mérite enfin de compter parmi ceux qui « en mortel vie sont devenu esperiteus » et de partager les récompenses suprêmes : il gagne le paradis à la sueur de son front ^.
Perceval. — Tout autre est la sainteté de Perceval. La virginité du corps et de l'âme, l'ingénuité, et jusqu'au bord du péché un air d'enfantine candeur, voilà ce qu'elle oppose au consciencieux effort de Bohort. Perceval n'est ni réfléchi, ni prudent : il affronte les aventures sans en soupçonner le sens symbolique ^ ; il s'engage dans la quête sans rien savoir du Graal. Dans l'adversité, il se désespère sans mesure *. Emporté par son ardeur juvénile, il s'attaque au chevaUer de Dieu ^ ; il n'aperçoit pas les embûches que lui tend le Démon ^. La double fantasmagorie des avertissements célestes et des séductions de l'enfer ne le met pas en garde : à la première attaque de l'Ennemi il se laisse prendre comme un enfant.
Mais sa foi est parfaite ' et son dévouement à Dieu absolu ; il n'a aucune attache terrestre. Il donne à peine un regret à la mort de sa mère et il ne reconnaît pas sa sœur. Il se confie corps et âme au Créateur : ses prières sont des modèles exquis d'abandon et de confiance, où le souvenir des paraboles pastorales répand une naïve douceur. Comme ses erreurs sont sans malice, ses repentirs sont sans arrière-pensées, impétueux et abondants en larmes comme des chagrins d'enfant ^. Peut-il n'être pas pardonné ? « Ha, Perceval ! toz jors seras tu nices ! ^ ». Sa simpli-
^ I. Sommer, VI, 187.
2, On voit qu'il n'est pas tout à fait exact de ne voir en Bohort que le « figurant indispensable pour compléter le nombre trinitaire mystique » (F. Lot, op. cit., p. 191).
3. Cf. l'aventure du perron, que P. tente « pour faire comme Gauvain » après le refi.s et la prédiction inquiétante de Lancelot, plus perspicace.
«^ 4. Cf. la poursuite vaine de Galaad, ou P. demande à un valet de le tuer.