F. Lot, op. cit., chap. ii
164 la QUESTE DEL SAINt GRAAL
A partir de ce point, les aventures de Galaad ne sont plus datées avec précision : suivons-les cependant.
10) Après avoir chevauché « mainte j ornée » il arrive au Chastel as Pu celés et en termine les aventures le même jour. Il part le lendemain.
11) Puis Galaad « chevauche tant par ses jomees » qu'il arrive à la Forêt Gaste, où il rencontre Perceval et Lancelot et les renverse tous deux. Sans rien ajouter au texte et en donnant aux expressions « mainte j ornée », « par ses j ornées », le sens le plus restreint, on peut conclure de ce qui précède que cette rencontre se produit au moins trois semaines après la Pentecôte.
IL — Quittons maintenant Galaad pour Perceval.
i) Le soir de leur rencontre, Perceval, se séparant de Lancelot, couche chez une recluse. Ses entretiens avec elle remplissent la journée suivante, soit, depuis la rencontre de Galaad : I jour.
2) Le lendemain, chevauchée jusqu'à l'abbaye où est le roi Mordrain, soit encore i jour.
3) Il y couche, voit le lendemain matin le roi Mordrain et repart. Le même jour il est attaqué par 20 hommes armés et sauvé par Galaad qu'après diverses péripéties il doit encore renoncer à suivre. Ci : i jour.
4) Au cours de la nuit suivante commence la tentation de Perceval. Chevauchée fantastique ; Perceval, le matin se retrouve dans l'île sauvage ; combat du Lion et du Serpent ; la nuit vient, le héros s'endort auprès du Lion, i jour.
5) Le lendemain, arrivées successives de la nef blanche, puis de la nef noire ; le démon-femme ; défaillance de Perceval ; délivré par le signe de la croix, il passe le reste de la journée en prières, i jour.
6) Le jour suivant, retour de la nef blanche, explication de l'aventure, départ de Perceval sur la nef où Bohort doit le rejoindre, i jour.
En somme, les aventures de Perceval remplissent exactement six jours ; en y ajoutant les trois semaines au moins d'aventures de Galaad antérieures à leur rencontre, on trouve qu'au moment où Perceval s'embarque il s'est écoulé un minimum de quatre semaines environ depuis la Pentecôte.
L'RXJtCUlION LIIILKAIKI-. 10^
III Voyons maintenant \r journal dr Moliort.
i) Il sr lin i en (|u^.te, connnr les autn-s. U- mardi dr la Prntcc(Siv. * ; nMîcontrr, le mt^nu* jour, \\\\ rvVi^uwx i\\\ï lui imiK)sc une
ri^glr de vie a.S(V»ti(lllC.
2) Lv hiidcinain : confession «'t connnunion dr Mohrirt ; d<*part. vision dn IVlican ; Hohort est lu'lK'rK<5 chez la dame deshéritt^e. Soit i joui.
3) Après une iniit pleine de son^çes, Uohort combat contre Priadan, puis s'en va, chevauche en forêt et est hébergé par une veuve. I jour.
4) Le Imdeinain, t-pisode de la tentation fie Hohort, rencontre de Lyonel. de la pucelle enlevée qu'il délivre. Lu faux moine, les diables-feinnies. Boliort va passer la nuit dans inie abbavo blanche, i jour.
5) Bohort apprend de l'abbé la signification de ses aventures ; puis part, et arrive le soir chez une veuve, i jour.
6) Le lendemain, rencontre de Lyonel, scène de massacre arrêtée par l'intervention divine au moment où Bohort allait frapper son frère.
La voix divine lui enjoint de partir sans délai vers la mer où Perceval l'attend. Bohort saute à cheval, court tout le jour, arrive le soir à une abbaye ; il y est à peine couché que la voix divine le réveille et le jette encore, en pleine nuit, sur la route de la mer. Il est si pressé qu'il saute par une brèche du mur plutôt que de se faire ouvrir la porte. Précipitation inutile et peine perdue. Bohort pouvait tranquillement achever son somme, et faire même une retraite en la bonne abbaye. Car la voix divine s'est trompée, et Perceval ne l'attend point au rivage. Il n'y a que cinq jours que Bohort a quitté le Chastel Vagan et les compagnons de la Table Ronde ; et nous ne sommes qu'au soir
I. Ce point de départ, à première vue, semble prêter à la discussion. Le récit des aventures de Bohort commence en effet par cette mention assez singulière : « Quant B. se fu partis de Lancelot si corne li contes a devisé... » ; certains manuscrits portent « de ses compaignons et de L. » et l'on pourrait d'abord se demander si l'auteur se réfère au départ général de la Table Ronde ou à quelque épisode omis par les mss. Mais le contexte ne laisse aucun doute : la première rencontre que fait Bohort après cette phrase est celle d'un religieux qui lui expose le sens de la quête et la nécessité de la commencer par mie bonne confession, sur quoi Bohort lui demande de le confesser ; preuve que c'est bien le début de sa quête, sa première aventure depuis le départ de Camaalot.
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du premier dimanche après la Pentecôte. Cependant que Bohort se hâte vers la rive déserte, Galaad dort dans l'abbaye où il vient de conquérir son Écu merveilleux. Demain il armera chevalier Mélyant ; et des jours et des jours passeront avant qu'il prenne le château des Pucelles, et d'autres jours encore avant qu'il rencontre Perceval dans cette joute qui est comme une borne milHaire plantée au croisement de leurs destinées. Et il faudra encore six jours ensuite à Perceval pour sortir de l'îlot de la Tentation... En vérité Bohort pouvait tranquillement achever son somme, car la jolie nef de Perceval, si vite qu'elle vole sur les eaux avec ses voiles de soie, ne passera que dans trois semaines.
Ce n'est pas une inadvertance unique. En continuant de relever les journées des héros, on trouverait que Perceval et Bohort sont à peine réunis sur la nef qu'ils sont rejoints par Galaad ^. Depuis qu'on l'a perdu de vue, Galaad a erré « mainte j ornée », terminé « mainte aventure..., dont li contes ne fet mie mencion, por ce que « trop i eust a fere, s'il volsist chascune dire par soi » ; il a chevauché «grant pièce ))par la Forêt Gasteet le royaume de Logres, «en « toz les leuz ou il oi parler qu'il eust aventure ». Et pourtant il y a quatre ou cinq jours, tout au plus, que Perceval l'a quitté ^! Si l'on s'attache aux aventures de Lancelot, on y retrouve les mêmes erreurs, les mêmes contradictions. En somme toutes les fois que des personnages de la Queste se rencontrent, c'est au mépris de la chronologie,
Qu'est-ce à dire ? Conclurons-nous à l'inhabileté de l'auteur, à une inattention absurde ? Mais il a donné, par ailleurs, trop de preuves de talent pour qu'une telle opinion paraisse probable. De plus, la façon dont il divise la vie de chacun de ses personnages, pris à part, ne choque jamais la vraisemblance : les matins, les soirs, les jours, les nuits se succèdent dans son livre en une alternance soigneuse et à chaque journée ne sont affectés que des événements qui y peuvent tenir. On a pu le constater dans nos décomptes. Nul doute que, s'il y eût vraiment tenu, il n'eût trouvé dans la souplesse et la plasticité de son sujet, si peu
1. Perceval dit avoir été averti par le prud'homme, dans l'île, « qu'il ne demoreroit mie granment que je vos auroie en ma compaignie ».
2. Depuis le moment où Galaad l'a sauvé des vingt hommes armés ; sa tentation commence la nuit suivante, et ne dure que trois jours, comme on a vu ci-dessus.