‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 135 sur 150 · Sommer, VI · texte numérisé non relu

Sommer, VI

2. Je reprends à dessein ce mot de M. F. Lot qui, appliqué au Lancélot propre, parait fort juste et ne l'est point ici.

l68 la QUESTE DEL SAINT GRAAL

Le plan d'ensemble. — Considdrée de cette manière, la Queste apparaît d'une belle et simple ordonnance. Au lieu d'une multitude d'aventures individuelles, laborieusement entrelacées, elle offre trois grands ensembles qu'on pourrait intituler : le Départ, les Epreuves, les Récompenses.

La première partie, prélude magnifique plutôt que début véritable de l'action, c'est l'introduction de la nouvôlle aventure allégorique dans le monde romanesque ; ce sont les annonciations, les préparations, l'attente universelle d'événements miraculeux ; puis l'apparition de Galaad, celle du « saint Vessel » et la « croisade » du Graal ; et c'est la fin des grandeurs mondaines, la dispersion de la Table Ronde et l'irrémédiable douleur d'Artus. (Du commencement à la dislocation i.)

La deuxième partie, ce sont les épreuves que chacun subit isolément sur la voie « âpre et glorieuse », les chutes irrémissibles, les défaillances, les conversions, les triomphes. Gauvain, Lancelot, Perceval, Bohort y donnent la mesure de leur mérite ; Galaad y révèle sa sainteté exemplaire et sa mission divine. A la fin de cette partie tous les personnages sont définis, classés ; les mauvais éliminés du récit et les élus sur le point d'être réunis ^. C'est de beaucoup la plus développée, — elle contient les trois cinquièmes de l'ouvrage — et à juste titre; car c'est elle qui renferme le plus d'enseignements; conçue comme une image réduite de la vie terrestre et de ses tribulations, elle endoctrine par l'exemple, à la manière des récits hagiographiques et des paraboles ^.

La troisième partie expose les récompenses réservées aux élus. La fiction traditionnelle du Graal ne comportait qu'une conclusion, la conquête du Vase par un seul héros. L'auteur l'a transformée, multipliée, diversifiée, pour la mettre d'accord avec son interprétation religieuse et pour y faire participer ses héros inégaux. La troisième partie n'est faite pour ainsi dire que des variations de ce thème final. C'est d'abord la consécration de Galaad,

I. Ch. I de l'éd. Furnivall. Sommer, pp. 1-40. . 2. Sauf une exception, l'apparition d'Hector à la porte de Corbenic, Encore figure-t-il là moins pour lui-même que pour éclairer le rôle de Lancelot, pour lui faire antithèse et pour montrer en lui quelque reste de faiblesse humaine.

3. Furnivall, ch. II, III, IV, V, VI, VII, VIII et les 3 premières pages du ch. IX. Sommer, p. 20-142.

L'KXécUTlON MI II.KAIKI. 169

nouveau Mi^ssio. \ lacjurllr IV-rct-val (ît lioliort ont le privilège (l'assistrr. sui l.i ncî de Salonion. Puis ce sont les trois grandes scènes de r«»ni( <• d»i (Iraal, analogues et pourtant savamment graduées. La première est la r(V*ompense de Lancelot, incomplète comme sa vertu. ;\ demi douteuse entre le rêve et la réalité. La seconde a pour assistants les trois élus, Bohort, Perccval, Galaad. Tous trois y voient le mystère do la Transstibstantiation réalisé. C'est un f^rand mirai le, mais (jui n'<*st |)oint inédit, et dont on a eu des exemples authenti(|ues. De plus il est la récompt^nsc couuuuni* des trois héros et ne fait ])oint de différence entre eux. La troisième litur/;i(» du (iraal est la récomp<-nse particulière et sublime de Cîalaad. IJle répète exactement la seconde mais dans des conditions iuthiimeiit plus idéalisées. C'est dans la cité sainte, où (lalaad est roi ; et les mystères que contemple le héros sont tels (jne mil honuiie no peut les décrire. Il meurt dans cette exaltation. Il n'y a plus de place après cette scène suprême que pour un épilogue indicjuant en quelques lignes le sort de Perceval et de Bohort.

Telle est la composition d'ensemble de la Queste : dominée, dirigée uniquement par l'intention morale. C'est un plan didactique et nullement narratif. Cette préoccupation d'enseignement, cette manière d'enfermer en de larges et symétriques synthèses les jeux complexes de l'imagination et de l'érudition, sont tout à fait caractéristiques de l'esprit de ce temps. On en a noté l'action dans les arts mieux que partout ailleurs. La Queste est ordonnée comme la décoration d'un édifice religieux. Elle ressemble à ces grandes verrières de Chartres dont les multiples médaillons ne font qu'un seul sujet ; dissemblables en apparence, tous les motifs ont au fond la même signification, comme ils ont les mêmes couleurs : ce sont les nuances d'une seule idée ; pour l'esprit comme pour le regard, leur diversité se fond en une riche unité et leur enseignement est harmonieux comme leur lumière.

La narration, le procédé de surprise. — Si préoccupé qu'ait été l'auteur du plan didactique de son livre, il n'en pouvait tout à fait négliger l'agencement narratif. On a vu que son habitude constante d'enchaîner ses développements par leur sens moral plutôt que par leur forme romanesque amenait assez fréquem-

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ment dans le récit une certaine instabilité et incohérence extérieure. C'était l'inconvénient inévitable du système, encore aggravé par l'étonnante variété et hétérogénéité de la « matière romanesque » qu'utilisait notre auteur. Loin de chercher à l'atténuer, il a manifestement tâché d'en tirer parti : il en fait un élément de surprise et d'intérêt.

Jamais, soit qu'il raconte un fait allégorique, une rencontre symbolique, ou même la simple apparition de quelque personne surnaturelle, il ne fait d'emblée un récit expHcite. Systématiquement il présente d'abord les choses sous leur apparence terrestre, qui est généralement inattendue, surprenante, souvent prodigieuse. Veut-il dire, par exemple, qu'après la mort de Galaad Dieu remporta au ciel le saint Graal : il décrit l'étrange apparition d'une Main. Raconte-t-il l'apparition à Perceval du Bon Pasteur, c'est « .i. home revestu de sorpeliz et d'aube en « semblance de prestre... etc. ». Même le miracle de la Tran^ substantiation est présenté de cette manière : les personnes divines sont des (( hommes », des « enfants » survenant miraculeusement. A plus forte raison le sont aussi les événements où un sens mystique est caché sous des symboles tirés de l'ordinaire réalité terrestre. Ce procédé répété sans relâche entretient la curiosité du lecteur, en étonnant d'abord sa raison ; il répand dans le livre un merveilleux assez particulier. Essayons de retrouver l'état d'esprit des lecteurs contemporains de l'auteur. Pour eux ce qui dans la Queste était vraiment fabuleux, ce n'était pas les interventions de personnages surnaturels, le Ciel et l'Enfer se rencontrant constamment sur la terre ; ils étaient habitués à ce merveilleux-là, qui remplissait tous les contes hagiographiques ; et ils en connaissaient tant d'exemples authentiques ou tenus pour tels, que les imitations fictives qu'ils en trouvaient dans la Queste ne pouvaient avoir pour eux qu'un intérêt diminué. Ce qui donnait à ce pieux récit l'attrait tout nouveau des contes fantastiques à la manière bretonne, c'était ce surgissement incessant d'événements que rien en apparence ne faisait prévoir, cette succession de phénomènes discontinus et par là, semblait-il, inexplicables. Rien dans ce monde aventureux ne paraissait obéir à la logique banale de la réalité ; lumières soudaines au fond des chapelles ruinées, processions étranges un

instant (l/'K milles aux carn^fours drs bni» nocturnes, oftin-s divins ;in fond (les palais (l(''scrts, rli.IttMnx vn fétc se dnî^saiit devant !<• voya/^'cm' lasse*, (!n< hantrnunts bnis^jucmcnt ■ h

par un si^nc do croix, nefs qtii s'abîment, tours qui s'ëcrouiiml, l'esprit s*énierveill;\it d(î cette perpr^-tnellc déroute du sens commun.

Im f^losc. I )rn)ute d'ailleurs passa/î[^re, car la Qtttsir n» ( uutant pas pour le seul plaisir du conte, découvre bientôt le sens spirituel de ses récits, et partant leur Ionique cachée. ILlle ne nous plon^^e dans l'incohérence que pour nous en tirer et pour substituer aux apparitions séduisantes de la fable la réalité d'un enseignement ])r()htable. C'est là une des caractéristiques de la Queste les phis originales et par certain côté les plus fâcheuses. Si l'auteur a donné à son ouvrage d'édification la forme du roman, c'est qu'il voulait s'adresser à d'autres lecteurs que des clercs. Mais des clercs seuls pouvaient démêler d'eux-mêmes le sens de tant d'allégories et de symboles accumulés ; et encore leur eût-il fallu autant d'érudition et de subtilité qu'à l'auteur lui-même. Quant aux laïcs, lecteurs ordinaires des romans, il fallait, pour être compris d'eux, leur parler un langage plus familier. L'auteur s'acquitte de cette nécessité en faisant suivre chaque épisode d'une explication détaillée. Régulièrement, après avoir donné à sa narration le tour le plus merveilleux possible, il s'applique à en dégager la plus claire leçon : il met à dissiper les obscurités de sa fiction autant de soin qu'à les assembler. Il analyse les événements, interprète chaque circonstance, explique chaque symbole. C'est une véritable glose du roman, tout à fait analogue à celle que le Moyen Age écrivit en marge des Livres saints.

Mais il y avait là une nouvelle et grave difficulté. A faire suivre ainsi tout épisode romanesque d'un commentaire moral, il risquait de tuer l'intérêt, lassé par la monotonie de ces interruptions du récit : il risquait même de rendre le lecteur rebelle à ses fictions toujours trop expHquées; par crainte de l'obscurité, il courait un danger plus redoutable encore pour un romancier : l'ennui.

Il s'en est certainement rendu compte, car il a cherché à y échapper de deux manières. D'abord en donnant à son commentaire un tour narratif et en l'introduisant dans la contexture

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même du récit. Ce n'est pas l'auteur qui explique aux lecteurs le sens des aventures qu'ils viennent de lire ; ce sont les personnages du roman qui, étonnés de ce qui leur est advenu, se le font expliquer par des sages ; ainsi le commentaire devient, du moins théoriquement, comme une espèce d'épilogue naturel de chaque aventure. Bien plus, mis sous la forme d'une conversation entre un ecclésiastique et un fidèle, il prend facilement le genre de l'éloquence religieuse, et permet à l'auteur de mêler à son récit des essais de sermons. Par ce moyen la glose, au lieu d'être une gêne forcée, devient un motif littéraire intéressant.

Mais un tel procédé n'était heureux qu'à condition de ne pas être repris mécaniquement à chaque occasion ; sans quoi il eût eu les mêmes inconvénients qu'il devait éviter. Aussi l'auteur de la Queste a-t-il eu recours à un second moyen, qui fut la suppression du commentaire le plus souvent possible. Il n'a pas cru devoir toujours tout expliquer. A y bien regarder, on constate qu'il n'y a de gloses que dans la deuxième partie du roman, qui est consacrée aux épreuves. Et elles ne portent que sur les circonstances décisives qui classent les personnages : glose de la recluse montrant en Galaad un nouveau Christ, gloses des ermites expliquant les étapes de la conversion de Lancelot, les épreuves de Perceval, de Bohort, la damnation de Gauvain, etc.. La mise en scène symbolique, les descriptions de Heux, et tous les détails où s'est complu l'érudition mystique de l'auteur, restent en dehors de ces explications. Enfin, dans la troisième partie, aucune glose ne vient plus interrompre le récit. Arrivé à ce point, l'auteur estima sans doute que le sens de son livre était désormais assez clair pour qu'on en comprît sans aide les conclusions. Peut-être aussi eût-il eu quelque scrupule à dévoiler tout à fait la hardiesse de ces derniers épisodes, où il donne une apparence profane à des choses sacrées. Quoi qu'il en soit, félicitons-nous qu'il n'ait pas gâté en pédagogue ce qu'il avait composé en artiste et que les plus beaux de ses contes, la Nef de Salomon, la Divine Liturgie du Graal, la Cité de Sarras, aient gardé quelque poétique mystère.

On ne saurait donc nier que l'auteur de la Queste ait fait preuve, dans le difficile agencement de son livre, d'assez de goût et d'adresse. A-t-il vraiment évité les obstacles qu'il avait reconnus ?

l'exécution LtrtinAUih

Je n'oscniis le soutenir. Il n'a pas atteint la parfaite rlart(!% piiis^iuc la pins( ( m.iîdesse de son livre ne fut bien comprise? ni des rcni.iiiK III <|iii étaient prescpie ses contemporains, ni des ('•rudits Miod.iins De (lire s'il a réussi ;\ éviter l'ennui, c'est affaire à chacun. Au vrai, pour en juger objectivement il faudrait se remettre dans l'état d'esprit des premiers lecteurs, retrouver leurs goûts in|.;énus. Aujourd'inii nous pouvons trouver fastidieuse cetti' ailernancc du conte et de la glose, et cette « kyrielle • d'ermites discoureurs qui font repasser sous nos yeux les aventures des personnages pour en ôter toute l'étrangeté ; nous pouvons fnialement ne plus nous prêter à des fictions dont nous savons trop (piClles vont se résoudre en exemples, et conclure que le catéchisme tue la légende. Mais les hommes du xiii® siècle pensaient-ils de même ? Leurs imaginations moins blasées n'étaient-elles pas plus dociles ? Habitués aux transpositions mystiques, il leur semblait certainement plus naturel qu'à nous que de belles histoires eussent un sens religieux, et elles ne leur en paraissaient pas moins belles : la Bible n'était-elle pas ainsi accommodée ? Et les plus lettrés goûtaient sans doute un plaisir, que nous ne connaissons plus, à la subtile découverte du sens secret des choses.

La description. — Tout, dans la Queste, est subordonné à l'intention morale, et en particulier la description des choses matérielles. Quand il s'agit d'une scène symbolique, l'auteur note avec soin tous les détails qui serviront à l'interprétation morale et néglige le reste. Qu'on se souvienne par exemple de l'épreuve de Perce val : la couleur du cheval-démon, celle des deux nefs, le costume du prêtre, sont précisés ; mais par contre, l'île sauvage, le lion, le serpent, sont seulement indiqués d'un trait schématique; peu importe à l'auteur les particularités de ces choses : il suffit à son intention que ce soient une île sauvage, un Uon, un serpent ^. Dans les passages purement romanesques, c'est-à-dire amenés seulement par la fiction chevaleresque du hvre, ou quand l'événement a par lui-même sa pleine signification, les descrip-

I. Noter aussi l'habileté de la description du miracle de la transsubstantiation, où l'auteur a trouvé moyen de faire un tableau sans entrer dans des détails concrets qui eussent été antiesthétiques : description morale, si on peut dire.

la gUESTE DEL SAINT GKAAL

tions sont plus pauvres encore. Ainsi, dans les récits de combats, pourtant assez nombreux, il n'y a pour ainsi dire pas un trait un peu particulier, caractéristique. C'est partout le même poncif, remarquable surtout dans les combats de Galaad. Comparons par exemple, les batailles du héros contre les Sept du château des Pucelles, contre les Vingt qui avaient attaqué Perceval, et enfin dans le tournoi où il blesse Gauvain.

i) Sommer, VI, 35.

Si lor lesse corre le glaive alongié et fiert le premier si durement qu'il le porte à terre et a poi qu'il ne li a le col brisié. Et li autre le fièrent tôt ensanible sur l'escu, mes de la sele ne le puent remuer. A cel encontrer furent totes lances brisiees et si en ot Galaad abatus.III. de son glaive.

Et il met la main a l'espee et cort sus a cels qui devant lui estoient, et cil ausi a lui. Si comence entre eus la mellee granz et perillose... si le trovent de tel force et de tel vistece qu'ils ne cuident mie qu'il soit bons terriens...

2) Sommer, VI, 63.

Si se fiert entreus le glaive alongié et fiert le premier qu'il encontre si dtirement quHl le porte a terre. Puis met la main a l'espee quant il a le glaive brisié. Si point a mont et a val et fiert les uns et les autres si merveilleusement qu'il n'en ataint nul a droit cop qu'il nel face voler a terre. Si le fet si bien en poi d'ore as grans cous qu'il lor donc et a la vistece dont il est plains qu'il n'i a si hardi qui a cop l'ost atandre, ainz s'en vont fuiant li uns ça et 1; autres la.

3) Sommer, VI, 140.

Si besse le glaive et fiert le cheval des espérons, et fiert le premier qu'il encontre si durement qu'il le fet voler a terre, et li glaives vole en pièces. Et il met la main a l'espee come cil qui bien s'en sot aidier, et se fiert la ou il voit la greignor presse et comence a abatre chevaliers et chevaus...

Même suite de mouvements, même absence, de pittoresque, mêmes expressions : c'est, avec quelques légères ' variantes de style, exactement la même page que l'auteur refait à chaque occasion : description abstraite, théorique, faite pour l'esprit et non pour les yeux, destinée à faire comprendre une idée et non à suggérer des impressions.

La réalité matérielle est absente de ce livre ; les personnages y flottent dans un décor étrange, impossible, et qui ne parle guère à la sensibilité ; les formes et les couleurs s'y dissolvent en abstractions ; à peine si, de temps en temps, quelqu'une, un peu plus consistante, donne un instant l'illusion de la réalité : ainsi la jolie esquisse, d'une antithèse si romantique, de Lancelot errant éploré au miheu de l'allégresse matinale des bois. C'est peut-être le charme le plus singulier de la Queste que l'esprit y soit continuellement suspendu entre l'invraisemblable et l'abstrait.

Mais les choses de l'esprit, les mouvements de l'âme, ont ici toute la précision qui manque aux choses matérielles.

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f.c mmidr (les idi-fs vM U: s<ul <|ui • \i>,Ur vniimcnt et qui soit (Irt ril dans la (Jut'ste. Parce (|iril clun hait l'intc^rôt dans Ici effets de surprise et (|u'il tenait, romnie on l'a vu, h j- *er

SCS scùiK's syndH)li{|nc's de la nianirr»- U: moins compnli» hmoIc, rautc'iM ('tait ament' à doiuur d'abord fi ses prrsonnaf^'es, en face de toutes Kurs aventures, le même ëtonnement (ju'il voulait inspirer à ses lecteurs. Invariablement, aussi bien les sages que les fous, les saints (jue les impies, ils commencent par ne rien compreiulu* î\ce qui leur arrive, et quand ensuite ils ont rencontré riioninic qui doit le leur expli(|uer, ils lui posent docilement les questions (jui permettent à l'auteur de nous déployer les trés^)rs de son l'iudition mystique ^ Cette gaucherie conventionnelle, acceptable quand il s'agit d'un Ciauvain ou d'un Lancelot, oublieux des choses de la religion, ou même du trop naïf Perceval, ne cadre guère avec la sagesse avertie d'un Bohort, moins encore avec la perfection d'un Galaad. Mais à part cette réserve, les sentiments des personnages sont partout détaillés avec justesse et tînement adaptés au caractère fondamental qui leur a été prêté. Que l'on compare, par exemple, les attitudes de Perceval et de Bohort dans la tentation : elles sont minutieusement analysées et différenciées ^.

Mais le chef-d'œuvre psychologique de la Queste, c'est le rôle de Lancelot tout entier, et surtout sa conversion. Après une scène douteuse où il ne sait s'il a vu vérité ou songe, il s'aperçoit que sa réprobation est réelle. Et voici par quels sentiments l'auteur le fait alors passer.

i) D'abord la douleur, le « duel », puis le ressouvenir amer de sa mauvaise vie : a Car tout ades ai demoré en luxure en en la « vilté de ccst monde habité plus que uns autres. » Enfin la gaîté du matin, le chant des oiseaux, qui jadis le réjouissaient, lui font mesurer la différence du bonheur d'autrefois à la déchéance présente ; sa douleur devient du désespoir : « Si ne cuide jamais a venir en tel point ou il poist trover chose qui sa joie li rende ».

2) Aussi se hàte-t-il vers l'église, refuge des désespérés. Son repentir prend la forme religieuse : il « bat sa colpe et crie merci à

1. Voir par exemple à ce sujet l'entretien de Lancelot avec le premier ermite.

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