‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 33 sur 150 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

ZO la QUESTE DEL SAINT GRAAL

grands mystères est annoncée par un vent brûlant qui emplit le château : plusieurs des assistants se pâment. Puis Josèphes, fils de Joseph d'Arimathie, apparaît en vêtement épiscopal, apporté du ciel par des anges. Il est placé auprès de la Table d'argent sur laquelle est le Graal (l'auteur a omis de dire que la Table et le Graal étaient déjà là).

L'évêque Josèphes s'approche de la Table d'argent et s'agenouille « devant l'autel ». Puis se déroule une procession d'anges : deux portent des cierges, le troisième porte une « touaille » de vermeil samit, et le quatrième une lance qui saigne dans une boîte qu'il tient en l'autre main. La procession s'achève auprès de la Table d'argent. Les cierges sont posés sur la Table, le voile de samit à côté du Graal, et la Lance tenue toute droite au-dessus du Graal, de manière que le sang qui en découle tombe dans le vase. Après quelques instants, l'évêque Josèphes écarte un peu la Lance, et couvre le Graal avec le voile de samit. Alors commence proprement l'office du Graal. Josèphes « fist semblant « qu'il entrast el sacrement de la messe ». Au moment de l'élévation de l'hostie, le mystère de la Transsubstantiation devient visible, comme en la présence de Lancelot. Une figure d'enfant, au visage rouge et « embrasé come feu » descend du ciel et se confond avec le pain liturgique. Après avoir longtemps tenu cette merveilleuse hostie, Josèphes la remet dans le saint Graal, et continue la messe. Lorsqu'il a donné le baiser de paix, il disparaît, et c'est Jésus lui-même, sortant du Graal, qui donne la communion aux fidèles. (C'est à ce moment que se trouve l'explication, relatée plus haut, de la nature matérielle du Graal.) Dans la suite, une mention est faite de la Lance, dont le sang appliqué par Galaad guérit le roi Méhaigné. Enfin Galaad, reparlant plus tard de ces scènes avec ses deux compagnons, ajoute ce dernier trait qu'il y avait alors devant lui grande foule d'anges et abondance de choses spirituelles.

7° A Corbenic, Jésus en personne a annoncé à Galaad qu'il verrait plus clairement encore, à Sarras, les mystères du Graal et que le saint vaisseau allait quitter pour toujours le royaume de Logres. Dans la nef qui les conduit vers cette cité, les trois chevaliers élus ont la surprise de retrouver la Table d'argent, avec le Graal couvert d'un samit vermeil. Quand ils arrivent à

QU'rST-CE QVn TA OllftTK DIT r.HWl 21

Sarras, ils transportf^nt au pal. us « rsjMTitil •* la lablc <i ar^fnt, mais il n'est point fait mention du (ira.il. I*ar contn*. flans la prison où Ks fait jeter le roi du pays, fis retrouvent le draal (|ui Jos repaît (Uî sa griVc. ICnlin, ((uantl (ialaad devemi roi h son tour, fait faire \me arche d'or au-dessus de la Table d'argent, cotte arche abrite le (iraal, sans (ju'on sache <|uand ni < omnient le saint vaisseau est venu h\. C'est h\, devant ce tabernacle, que Galaad fait désormais ses dévotions, et c'est là que se déroule la (1( inii^re cërémonie du Graal ^

8° Un jour Ks trois compagnons voient devant le Graal un évoque ;^ genoux, entouré d'anges, (pii bientôt commence à célébrer la messe « de la glorieuse mère Dieu ". Au moment de la consécration, Galaad, invité à regarder dans le saint (iraal, s'écrie qu'il voit clairement les suprêmes merveilles, et demande à mourir en cet instant sublime. Aussitôt l'évêquc prend l'hostie sur la table et la donne à (^daad. Galaad revient alors vers ses deux compagnons, les baise et meurt. Une main apparaît et emporte le saint Graal au ciel pour toujours.

Le premier trait qui frappe dans tous ces récits, c'est le caractère exclusivement chrétien du Graal. Des ecclésiastiques annoncent sa venue ; des lieux consacrés au culte l'abritent ; des personnages célestes l'entourent ; six cierges brillent auprès de lui comme sur les autels. Peu à peu il fmit par être identifié avec le plus vénéré des objets liturgiques, le calice de la messe. Même les scènes où semble persister quelque ressouvenir de paganisme, comme les festins du Graal, sont en réalité des prodiges purement chrétiens. A la cour d'Artus, au château de Corbenic, le Graal couvre les tables de mets qui satisfont tous les désirs, mais en même temps les convives sont « enluminé de la grâce del saint esperit ». Ce festin n'est point purement matériel et la satisfaction des convives ressemble singuhèrement à celle que procurent à Lancelot ou à Galaad la communion ou la compagnie d'un corps saint. Interprétons-le « en esprit », comme l'auteur a pris soin de nous y in\dter expressément par cette phrase : u la viande del saint Graal qui est repessement « a l'ameetsostenementdelcors.Iceste viande est la dolce viande...

Page 1