‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 34 sur 150 · X. Sommer, VI · texte numérisé non relu

X. Sommer, VI

22 la QUESTE DEL SAINT GRAAL

« dont il (Dieu) sostint si longement le pueple Israhel el désert ^. j» Ce passage accuse la ressemblance de ces festins merveilleux avec les antiques largesses divines que la religion commémore. Et il n'est point indifférent que de toute l'histoire primitive du Graal l'un des deux faits que rappelle la Queste soit justement la répétition du miracle de la multiplication des pains. Ce passage montre aussi le caractère à la fois spirituel et matériel des festins du Graal. Il est d'ailleurs de tradition dans les récits hagiographiques que les délectations de l'âme suffisent aux nécessités corporelles de la vie : la Légende dorée est pleine de saints qui trouvent dans des joies toutes spirituelles leur subsistance. Dans la Queste même, Perceval n'est-il pas guéri d'une blessure et apaisé de tous désirs par la présence de Dieu ? « Onques puis que vos venites devant moi, dit-il à l'apparition, « ne senti mal ne dolor. . si sai de voir, se vos demoriezci toz dis « o moi, je n'auroie ja ne fain ne soif ^ «

Ainsi le caractère purement religieux du Graal n'est altéré par aucune réminiscence disparate de paganisme. C'est forcer les textes que de vouloir en découvrir ici. Mais qu'est-ce alors que le Graal dans la Queste ? Les grandes scènes de Corbenic et surtout de Sarras peuvent donner à penser que le Graal est, sous l'apparence particulière d'une relique, la représentation typique du Calice de la messe, et qu'en son sens profond, le mystère du Graal n'est autre que celui même de l'Eucharistie. Il est certain que malgré plusieurs précautions de forme de l'auteur (« et semblait qu'il fust el sacrement de la messe... » « lors fîst Josephes semblant qu'il entrast el sacrement de la « messe »), plus le roman approche de sa conclusion, plus les cérémonies du Graal ressemblent à celles de l'Église, et plus le Graal se confond avec le Calice liturgique. A Sarras, à la fin, ce n'est même plus un semblant de messe qui se célèbre à l'aide du Graal, c'est un office authentique et déterminé, la messe de la « glorieuse mère Dieu )>. Pourtant il est bien des traits de ces scènes, si profondément religieuses qu'elles soient, qui s'accordent mal avec la liturgie orthodoxe. Ainsi quand l'évêque Josephes célèbre l'office à Corbenic, il prend une hostie dans le saint

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