‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 53 sur 150 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

4. Remarquer à ce propos qu'Honorius Augustodunensis consacre tout un chapitre, intitulé De armis sacerdoHs, à montrer la ressemblance qu'il y a entre le chevalier et le prêtre. {Gemma animae, 1.)

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l)()iiiu' clu'^rc et du vin, faillit être pris par un dc'-mon luxurieux. I.a (Irfcnso contrr de si subtiles attaques, c'est une exacte pieté, ce sont les niiiHitiruses et continuelles praticpies de la d(''Votion. ICIles sont fré(|iienunent décrites dans la Questc. ( 'rst (l'abord la priO^re, dont les héros usent d'autant plus (ju'ils s<jnt plus saints. Percevai sur la roche sauva^je passe une grande partie de ses jours et de ses nuits en oraisons. Lancehjt, aprùs sa conversion, fait aussi de trc^s longues prières rpiand un assaut de rKnntiiii est il redouter. Ce sont aussi les devoirs religieux tels que tout catéchisme les définit : l'assistance aux ofïices et surtout la confession fréciuento. Telle page de la Qucste est une véritable amplification sur les bienfaits de la confession ; telle autre est un exemple de confession, (|ui peut servir aussi bien au confesseur qu'au pénitent. L'importance de la confession dans la lutte contre l'Ennemi est telle que pour expliquer la réprobation qui pèse sur tel ou tel pécheur, le romancier se contente d'indiciuer qu'ils ne s'étaient pas confessés depuis longtemps ou qu'ils l'avaient mal fait '. Inversement, les bons se signalent par le cas qu'ils font do la confession. C'est ausbi le seul sacrement dont l'auteur explique comment il doit être piatiqué - : La Queste apparaît parfois, dans ses scènes capitales, comme un roman eucharistique : en réalité la confession y tient une place moins éminente, mais plus large, que la communion et y est l'objet de plus de commentaires apologétiques. Sans doute est-ce ià une preuve des préoccupations d'instruction pratique de l'auteur.

Aux sacrements s'ajoutent, comme moyens de lutte, certaines pratiques religieuses, parfois un peu extérieures, pour lesquelles le moyen âge avait une prédilection bien connue. C'est le signe de la croix, qui met en fuite les démons (épisode de Percevai tenté par le démon), c'est surtout le jeûne, les privations, tous les procédés de l'ascétisme. Lancelot, Bohort vivent de pain, d'herbe, d'eau, portent le cilice. Galaad, vertu parfaite, ignore la fatigue et le repos.

Cette piété énergique, docile et un peu terre à terre, c'est proprement la vertu humaine, c'est la part de l'homme dans le

1. C'est la seule précision qui soit donnée, par exemple, sur Gauvain.

2. « Vraie confession de bouche et repentance de cœur et amendement de vne. » Albert Pauphilet. a

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grand combat. Dieu y a sa part aussi. Comme Satan il intervient auprès de ses champions. Tandis que l'homme besogne, les Puissances spirituelles l'environnent et, pour le confondre ou pour l'aider, se jettent dans sa lutte. Aussi à tout moment le surnaturel se mêle-t-il aux actions humaines. Un démon a-t-il tenté Perceval, aussitôt un personnage divin vient le mettre en garde et le réconforter. Tour à tour Josephes, le premier' évêque, des anges armés, Jésus, lui apparaissent et rendent de plus en plus incertaine la frontière des deux mondes, le réel et l'invisible. Dans cette guerre de Dieu, le miracle est habituel et le surnaturel est normal.

Ainsi la distinction du possible et de l'impossible est abolie : dans le drame de la vie chrétienne la volonté divine et les ruses du démon peuvent susciter tant de personnes et de choses qui échappent aux lois de la logique que ces lois mêmes semblent se dissoudre et sont comme si elles n'étaient pas. Ce qu'on appelle le réel n'est plus que la forme variable que prennent les choses spirituelles. La Queste est remplie d'irréalité. Navires sans équipages, qui transportent les héros aux lieux précis où ils doivent aller, champions aux prouesses impossibles, néophytes qui, pendant des mois, vivent de la grâce de Dieu, hommes et choses qui échappent pendant des siècles à l'universelle fragihté, c'est la part de Dieu dans l'histoire de l'homme.

En même temps qu'il décrit la bataille, l'auteur ne manque pas d'indiquer l'enjeu pour lequel on se bat. Sur le sort des vaincus il a gardé un silence presque absolu et assez remarquable. Il semble qu'il ait répugné à arrêter son esprit et celui de ses lecteurs sur l'idée de la damnation irrémédiable. Hormis quelques comparses, à peine entrevus, on n'y voit point de pécheur dont la perte soit définitive. Ceux même qui paraissent les plus endurcis sont écartés, mais après qu'on leur a rappelé plus d'une fois l'mfinie patience de Dieu. Au-dessus des difficultés et des dangers de la lutte, il a voulu faire planer la douceur, l'indulgence et la possibihté constante de l'espérance. On a déjà vy d'autres exemples de la mansuétude de l'auteur de la Queste : il semble bien qu'elle soit une des caractéristiques de son esprit.

Sur les récompenses des élus, la Queste abonde en indications précises. Dès la vie terrestre ils sont plus proches de Dieu que

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les aiitifS hommes ; sans doute, cominc tout fiU d'Adam, iU doivent sul)ir les assauts du Tentateur, mais ils jwjnt aid6i : des vol()nt<5s partit ulièns de la Providmee leur îK^nt consacrées ; maint phénomène survient pour eux ou ne prend de sens que par rapport à eux. Plus d'une fois il s<'mh!e <juc l'univers ait été organisé ou se mochfie pour faire briller leur mérite, iLssurcr leur salut. Ils jouissent de la (ompa;<nie des saints, morts et vifs, sont environnés de personnes et de choses chères à Dieu : autour d'eux se forme comme un monde nouveau, une sorte de cité de Dieu, un reflet de la Jérusalem céleste. Ce n'est encore là que l'accessoire. Dès le début du livre la pure spiritualité du but poursuivi est indiquée avec art. Quand le Vase merveilleux a disparu, ce n'est pas pour le con(iuérir, le posséder, que les chevaliers d'Art us jurent de partir en quête ; aucun d'eux n'exprime l'espoir de devenir roi du Graal — ce qui pourtant était la tradition — . Ce qu'ils veulent, c'est seulement « voir plus apertement » le Graal, en « savoir la vérité ». Contempler et comprendre, voilà donc le plus haut but de la vie chrétienne, la béatitude suprême réservée aux âmes parfaites. Il est à peine besoin de souligner le bel intellectualisme d'une pareille conception : il ennoblit singuhèrement le pragmatisme parfois un peu puéril et un peu pharisien de la morale de la Queste. Cette piété minutieuse, toutes ces recettes de sainteté empruntent leur valeur à l'idéal qu'elles servent à atteindre. Car ce n'est pas une formule vaine que ce vœu des chevaliers de la Table Ronde : contempler et comprendre. De là sont sorties les grandes scènes de Corbenic et de Sarras, où les trois élus, après une initiation progressive, obtiennent la claire vision et l'intelligence des grands secrets. D'abord l'élu n'a que des révélations particulières : il aperçoit mieux le vrai sens de la vie, qui est l'imitation de Jésus (cf. la nef de Salomon) ; il comprend mieux certains mystères de la foi (l'épisode de la verrière traversée). Puis c'est l'essence même de la foi qui se découvre à lui. La mort n'est que le dernier progrès vers Dieu. Tel est le sens de cette fin de la Queste, où, dans la répétition de scènes presque identiques, se marque une si subtile gradation des joies de la sainteté. A Corbenic, Jésus dit aux trois héros : « Il covient que vos « voiez partie de mes repostailles et de mes secrez ^. » Après la

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