‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 52 sur 150 · Cil qui tous dis le guerroie. » Cf. Sommer, VI · texte numérisé non relu

Cil qui tous dis le guerroie. » Cf. Sommer, VI

rr TABLEAU 1)1! I.A VIH CUUfiTlfLSSU 47

toute la vie spirituelle niintiK^r h un combat dont 1«-h avonturcf contées dans lu Qucsie ifpic'srntcnt les divcrM.-s phases.

L'idc'c que l'ilmc et ses (pi-dit/s natives ï^ont un d<'-pôt diviu dont l'hoinnic ost responsablt* est cxpiiinér* plusieurs foin, notamment dans la confession de Lanrolot, où le prêtre le compare au mauvais « serjunt » de l'itvanf'ile *. I^s avertiss<-ments divins, tantôt doux et tantAt menaçants, sont l'objet de maint récit : c'est Gauvain, qu'un religieux soudiiinemcnt inspire traite de « serjant malves et desloiaus » et à qui un autre religieux démontre en vain la nécessité de la pénitence. C'est Lancclot, qui n'abandonne la vie pécheresse que sous les cuups répétés de mésaventures pleines de sens et de paroles célestes plus claires encore. En face des interventions divines, les efforts du diable sont souvent rappelés dans la ÇiteaU. Pcrccval, Bohort, dans leurs épreuves, entendent tour à tour les conseils du Ciel et de l'Enfer : autour d'eux se dcrouU' une double et contradictoire fantasmagorie. L'histoire de 1 ermite martyrisé, dont Lancelot veille le corps, est un exemple de l'acharnement du démon, une preuve que la lutte reste toujours douteuse jusqu'à la mort. Enfin le récit des derniers moments de Galaad nous montre que la plus grande gràçe que Dieu puisse fain^ à un saint est de le retirer de la vie en un instant où les ultimes embûches du Mahn ne soient plus à craindre.

Le trait commun de tous ces récits, on le voit, c'est l'emploi du vocabulaire militaire, c'est l'assimilation constante du chrétien au soldat. Les moments de la vie humaine sont représentés comme les phases d'un combat. Ce n'est pas seulement là un procédé de style, une reprise de la vieille métaphore de Job : « Militia est vita hominis super terram * », si copieu.senient paraphrasée dans toute la littérature chrétienne. En réalité, cette antique figure répond exactement à l'idée que l'auteur de la Quesie se fait de la vie morale. Dieu et Satan entraînent l'homme dans leur guerre étemelle et l'homme peut, à son choix,

I. ■ Totes ces choses te presta N. S. por ce que tu fusses ses chevaliers et ses serjanz : « ne il nés te dona mie por ce que totes ces choses fussent en toi peries mes escreues et t amendées... ■ Cf. aussi la prière de Perceval (Sommer, 69) : « Biaus dous sires ensi me t doignier vos que je puisse deffendre m'ame qui est vostre querele et vostre drois « iretages contre celui qui a tort la velt avoir... »

a. Job VII, I.

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être le « serjant » de Dieu ou de Satan. Ainsi Perceval, dans la prière qu'il fait à la veille de l'épreuve, demande à Dieu d'être « si corne li bons champions et li seurs qui deffent bien la « querele son seignor contre celui qui a tort l'apele ^ ». De la même manière s'expriment tour à tour Lancelot et l'ermite qui le confesse. « Je ai servi toute ma vie son anemi et l'ai guerroie « par mon pechié, » dit Lancelot ^ ; et l'ermite lui répète un peu plus tard : « Tu as esté li malves soudoiers qui se part de son « seignor si tost come il a ses soudées receues et vet aidier son « anemi ^ ». Et à chaque instant les héros de la Queste sont appelés les chevaliers de Jésus-Christ. La même idée se retrouve dans cette expression « les armes Nostre Seignor » ou « les armes « des évangiles » dont se sert fréquemment la Queste pour désignera costume de l'officiant. La messe est donc pour lui un symbole du combat de Dieu contre Satan *.

Cette conception miUtaire de la vie humaine a produit dans l'esprit chrétien des conséquences diverses que la Queste montre bien. D'abord elle engage les hommes à rechercher leur salut de la même manière qu'on conduit une guerre, à appliquer à la vie morale une espèce de tactique. Dans les récits de guerre spirituelle de la Queste, il est une expression qui revient à chaque instant, c'est 1' « engin » de l'Ennemi, c'est-à-dire sa ruse et son habileté à tromper, à « décevoir ». Sans doute l'auteur de la Queste voulait-il, par ces expressions très simples, indiquer le progrès insensible du mal dans la conscience et l'embuscade perpétuelle du péché derrière les penchants naturels de l'homme. La guerre contre un pareil ennemi, c'est avant tout affaire de vigilance et de précaution. Bien souvent le commencement du péché n'est qu'un manque d'attention et comme la défaillance d'une sentinelle. Ainsi Lancelot oublia un instant que la beauté des femmes est un piège diabolique et le premier trait dont l'Ennemi le frappa lui vint de la reine Guenièvre. Ainsi encore Perceval, pour avoir oublié une fois les dangers de la

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