Études sur la réforme à Montpellier
L'œuvre est déjà connue dans son ensemble, utilisée, même publiée ; mais la découverte du manuscrit original autographe nécessite cette édition définitive. — Attribution certaine de l'ouvrage à Jean Philippi, président à la Cour des Aides de Montpellier. — Biographie de l'auteur. — Genèse de l'œuvre, avec ses cinq périodes et ses remaniements. — Le manuscrit ; ses copies et analyses; Véditionde 1880. — Avantages de la présente édition. — Méthode qu'on y a suivie.
En rééditant, d'une manière qu'on peut légitimement considérer comme définitive, ce récit d'un témoin sur les luttes religieuses du XVIe siècle à Montpellier et même dans le Languedoc, je ne saurais avoir la prétention d'en révéler la substance. L'œuvre a été plus d'une fois utilisée : elle le fut par son auteur pour une autre chronique avant d'être terminée1; d'Aigrefeuille s'en servit en 1737; Léon Ménard en 1759 la résumait longuement, tout en l'arrêtant à l'année
1 Voir, dans le présent volume : Chronique du Petit Thalamus, Notice> Soc. Arch. de Montpellier. 1
1590 1 ; d'autres ont reproduit son travail de condensation2, sans en remarquer le procédé 3, pourtant avoué par lui dans son Avertissement. En 1880 enfin, M. Léon Gaudin, sous les auspices de la Société des Bibliophiles de Montpellier, donnait une édition du texte contenu dans la copie des Bénédictins de Languedoc 4.
On savait aussi, d'autre part, que le manuscrit original et une copie exécutée sur l'ordre de François Bosquet, évéque de Montpellier au XVIIe siècle, avaient figuré, reliés en un même volume , dans la bibliothèque de Gharles-Joachim Colbert de Croissy, successeur de ce prélat. C'est ce que constate le Catalogue dressé en 1740. c'est-à-dire deux ans après la mort de Colbert, en vue de l'aliénation de sa bibliothèque 5. En 1742 encore, le volume se trouvait entre les mains du libraire Cazanove, de Toulouse, acquéreur de la collection ; mais, dix-sept ans après, Ménard, qui fournit ce détail, ajoutait : «On ignore en quelles mains il a pu passer depuis » (i. Personne n'en a dit là-dessus davantage.
Or, si le destin du volume pendant soixante-trois ans me demeure inconnu aussi, je suis en mesure cependant aujourd'hui d'affirmer qu'en l'an XIII il fut acquis pour la Biblio-
1 Histoire de la (//terre civile en Languedoc par un Anonyme, formant la quatrième des Pièces fugitives pour servir à l'histoire de France, t. Ier, liait. II, pp. 2-34; Paris, Chaubert, 1759.
"2 Dans les collections de Mémoires sur Vhistoire de France : Petitot, t. XXXIV, pp. 341-399; Buchon (Panthéon Littéraire), t. XIV, pp. 353- 374 ; Michaud et Poujoulat, t. VIII, pp. 623-641.
3 D'où le jugement porté par Buchon (Op. cit., p. xx) sur ces « mémoires qui sont une espèce de journal assez sec ».
4 Mémoires de Jean Philippi touchant les choses advenues pour le faict de la religion à Montpellier et dans le Bas-Languedoc ( 1560-1600 ). — Montpellier, J. Martel, 1880, in-8° de vn-287 pages.
•"• Le savant éditeur de 1880, dans sa préface, et M. Emile Bonnet (Les Œuvres de l'historien montpellièrain Pierre Serres dans Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, 2e série, t. II, p. 407, note 2) ayant rapporté la mention de ce Catalogue, je renvoie à leurs indications.
,; Avertissement, p. 2.
thèque Impériale *, car j'ai eu la bonne fortune de le reconnaître dans le fonds français de notre grand dépôt national 2. Tel est le «fait nouveau» contre lequel ne saurait prévaloir aucune des circonstances énumérées plus haut. En effet, une comparaison minutieuse du manuscrit original et autographe de Jean Philippi avec le texte publié en 1880 3 m'a convaincu du profit et de l'intérêt très réels qui existent à publier la présente édition.
Auparavant il convient de dire ce que j'ai réussi à établir quant à l'attribution de l'œuvre, sa valeur documentaire, sa genèse et ses péripéties.
Le P. Lelong est le premier qui ait mentionné 4 l'ouvrage ; le chanoine montpelliérain Charles d'Aigrefeuille le premier qui l'ait utilisé. Il en vit le manuscrit original 5. Mais, parce
I C'est ce qu'indique une note marginale au commencement du volume, c'est-à-dire sur la copie, laquelle précède l'original : « Ce manuscrit a été aoquis pour la Bibliothèque Impériale dans le cours du mois de germinal an XIII. — L. P. de J. ». Par malheur, les registres d'entrées ou de comptes ne commençant qu'en l'année 1828, je n'ai pu obtenir d'autre indication de provenance.
"2 II est ainsi rubrique dans le nouveau Catalogue : « 11781. Histoire de la guerre civile faicte en Languedoc pour le faict de la religion (1560- 1598).
» Deux exemplaires. — Cf. P. Lelong, Bibl. hist., t. I, n° 5824.
» XVIe-XVIIe siècles. Papier, 257 feuillets, 290 sur 125 millimètres. Rel. veau rac. (Supplément français, 98,7) ».
On me permettra de compléter ces indications par quelques autres :
Le volume mesure 0m,307 sur 0m,20. Sa reliure racine est à dos de maroquin rouge au chiffre de Louis XVIII et portant le titre : Histoire de la R. P. R. de Languedoc.
II contient 266 ff. dont 257 foliotés et 9 blancs. La copie de Bosquet occupe les fos 1-158; l'original, les fos 159-257.
3 Déjà M. J. Roman (Histoire de Languedoc , éd. Privât, t. XI, p. 701, n. 2) avait constaté qu'il existe « quelque différence de peu d'importance entre la citation de ces mémoires telle que la font les Bénédictins » et l'édition de 1880.
4 Sous le n° 5824.
5 Histoire de la Ville de Montpellier, t. Ier, Préface.
qu'il s'est également servi d'uneautre chronique locale, qu'on trouvera plus loin, et que de celle-ci comme de celui-là il dit tantôt : « leur manuscrit [des huguenots] » L tantôt : « on marque))2, à qui ne possède pas les textes il serait plus que malaisé de distinguer. L'expression : «mon manuscrit», qu'il emploie plus fréquemment3, ne précise pas mieux, car on sait que c'était là le manuscrit de son évêque Golhert.
A ce même historien revient le mérite d'avoir, sur une comparaison d'écriture, très judicieusement attribué l'ouvrage à Jean Philippi, président à la Cour des Aides de Montpellier4. Au contraire, Ménard, en résumant une copie5, Dora Vaissete. qui travaillait sur une autre0, se contentèrent de dire de l'auteur le premier: «un anonyme»7, le second: « l'Anonyme de Montpellier». L'une ou l'autre opinion était adoptée sans autre preuve, et, tout en introduisant dans le titre le nom de Philippi, l'éditeur de t880 ne cacha point dans la Préface, sa répugnance à cet égard 8.
La découverte du manuscrit original a pour premier effet de dissiper toute équivoque. Non point que l'œuvre n'y conserve intrinsèquement ce cachet voulu d'anonymat qui avait prêté à l'incertitude. Mais deux annotations marginales, de la main de l'auteur, non relevées par d'Aigrefeuille, valent une signature. Les voici :
* T. Ier, p. 279.
3 T. I"'-, pp. 280, 281, 282, 283, etc.
4 T. I1'1', Préface.
■' Il le (lit lui-même. C'est cette copie que vise Fevret de Fontette sous le n° 5824, tandis que le P. Lelong entendait parler de l'original. Cf. le n° 19324 de Fevret de Fontette.
e Celle copie-là existe à la Bibliothèque Nationale, fonds de Languedoc (Bénédictins), t. 93, f°s 1-95, et, je le rappelle, a servi pour l'édition de 1880.
7 Pourtant, au t. IV (p. 274) de son Histoire de la ville de Nismes, paru en 175:!, Ménard avait d'abord adopté l'attribution de d'Aigrefeuille.
« Cette opinion a été accentuée encore par M. Emile Bonnet (Les Œuvres de l'historien montpelliérain Pierre Serres, dans Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 2e série, t. II, p. 406).
En regard des événements d'avril 1577 : «En ce temps je vins chez led. seigneur [de Montmorency] pour surintendant de la justice et me des requêtes pour le Roy » l.
En regard de ceux du printemps de 1586 : «En ce temps je me retiray»2.
Ce rôle convient à Jean Philippi, qui ailleurs 3 en a rendu un témoignage formel.
La famille Philippi paraît originaire de Montagnac 4 : les testaments de Jean témoignent qu'il y avait des biens, des parents proches 5, qu'il gardait au lieu de l'affection. Son père, Eustache, forma la branche montpelliéraine , éteinte dans les mâles à sa troisième génération. Les listes de Rignac font cet Eustache général à la Cour des Aides dès 1524 6. En 1551 il fut premier consul de la ville7, ayant déjà résigné son
1 Ms., f» 247 v°.
2 Ms., f°251 v°.
3 Dans ses Mémoires, dont il sera question plus loin.
4 Montagnac, chef-lieu de canton (Hérault). Son représentant actuel au Conseil général porte précisément le nom de Philippy.
5 La branche de Montagnac eut pour tige N. Philippi, frère d'Eustache. De sa femme, Marguerite Reynard, il eut :
1° Antoine, seigneur de Saint-Martin en 1577, de Reynard en 1598. Cet Antoine eut au moins deux fils : Pierre, seigneur du Cambon en 1602, et François, seigneur dé Reynard en 1602.
2° Gabriel, marchand de Montagnac, cpii épousa successivement 1° Jeanne Violet, dont il eut : Antoine, Pierre, Moïse, Etienne et Marie ; 2° Firmine Garauf, dont il avait, en 1577, Jeanne, femme de Jacques Renard, marchand de Frontignan.
3° Pierre, prieur de Cambous et cellerier de Saint-Guilhem-le-Désert.
Tout ceci résulte des deux testaments de Jean, dont il sera question p. 17, et de celui de Gabriel (Minutes de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1577-1578, f° 114, 17 mai 1577).
Un peu plus tard, le 11 janvier 1618, on voit Etienne et Philippe de Philippi, religieux de Saint-Guilhem-le-Désert, transiger sur l'office de cellerier de ce monastère. (Arch. de l'Hérault, G, not. du Chap. cathédral : Fages, reg. de 1618-1619, f» 17).
6 D'Aigrefeuille, 1. Ier, p. 597.
7 Le Petit Thalamus de Montpellier, éd. de 1840, p. 516.
office à l'un de ses fils, Jean. Celui-ci devait être l'aîné, car on voit Guillaume pourvu de cette dotation des cadets, un bénéfice ecclésiastique recherché. En l'espèce, c'était une place de chanoine à l'église cathédrale de Montpellier1. Des deux filles qui complétaient la famille, Jeanne épousa Arnaud Pascal, alors juge au Petit-Scel de Montpellier2, Marguerite devint la femme du seigneur de Montirat3.
Jean, qui seul nous intéresse ici, était né vers 1517 *. C'est à l'Université de Droit de Montpellier qu'il prit ses grades : le 11 janvier 1539 son baccalauréat de droit civil5; à une date indéterminée son doctorat0. Dès 1546 il est qualifié docteur, professeur à l'Université de Droit et assesseur des Consuls 7 : une heureuse préparation à la charge que lui transmit son père8 , très probablement en vue d'un établissement hono-
1 L. Guiraud, Le Procès de Guillaume Pellicier, p. 76 ; Paris, Picard, 1907, in-8°.
2 Arch. raun. de Montpellier, GG, 315, f° 15.
3 Voir p. 17 testaments de Jean Philippi.
4 Philippi semble fournir lui-même cette date dans la seconde édition de ses Juris responsa, imprimée à Montpellier chez Jean Gillet en 1(303, lorsqu'il se dit en 1602 dans la 85e année de son âge; mais, comme il ajoute être dans la 53e de son mariage et que son contrat est de 1548, on voit que tout dépend des mois.
5 « Anno Dominini millesimo quingentesimo trigesimo octavo a Nativitate et die undecima januarii, ego subsignatus fui promotus ad gradum baccalaureatus juris civilis, ad presentationem domini Francisci Lasseti alias de Belarga, doctoris nostre Universitatis, durante rectoriatu Reverendi domini Secundini Bonali, canonici ecclesie chatedralis (sic) Sancti Pétri Montispessulane et rectoris aime predicte Universitatis, juramento per me prestito in talibus prestari solito. In quorum fîdem et testimoniun. hic me subscripsi. — I. Philippus. » (Arch de l'Hérault, G, IV, 70).
6 Le passage, d'une vingtaine de lignes, écrit et signé de la main de Philippi, que d'Aigrefeuille (t. I1'1', Préface) dit avoir vu sur le Livre des Docteurs, était certainement la mention de son doctorat. Ce volume est ou semble aujourd'hui perdu.
7 Arch. mun. de Montpellier, CC, 94, fos 17 et 82 v°.
8 Les tables de Rignac (D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 597) portent que ce fut en 1548. De la note 4 ci-dessus on pourrait déduire 1547, mais sous la même réserve. Toujours est-il que, lors de son contrat de mariage, il possédait déjà l'office de général.
rable. Catherine de Bucelli, avec laquelle son contrat de mariage fut dressé le 18 octobre 1548 *, était fille de feu Antoine, seigneur de la Mosson, et de Jeanne de Sarratz, la sœur du prévôt de la Cathédrale : double ascendance de gentilshommes. Elle reçut 2.500 livres de dot.
La Réforme compta au nombre de ses adhérents Jean Philippi, son frère Guillaume, déféré pour hérésie au Parlement de Toulouse dès 1551 2, sa sœur Jeanne, mariée par le ministre Chassanion3, leur cousin Gabriel4. Même le général Philippi en embrassa chaudement les idées, les préjugés et les rancunes ; mais le plus souvent il en déplora les violences de fait et jusqu'à celles de langage. Au milieu des discordes de la cité, il ne joua de rôle que pour les apaiser5 ou saluer la conciliation 6.
Bien plus volontiers il se renfermait dans ses devoirs professionnels. Une profonde connaissance du droit, une expérience vite acquise dans les matières soumises à la Cour des Aides lui inspirèrent la pensée de définir les attributions exactes de cette Cour de justice, puis de recueillir les plus caractéristiques de ses arrêts pour en fixer la jurisprudence. 11 publia donc les remarquables ouvrages des Edits et Ordonnances du Roy concernant l'autorité et lurisdiction des Cours des Aydes de France, sous le nom de celle de Montpellier, etc. 7, et des Iaris Responsa 8, l'un et l'autre loués des hommes cora-
1 Arch. dép. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Dardé Coste, ann. 1548- 1549, f° 91.
"2 L. Guiraud, Le Procès de Guillaume Pellirier, p. 76.
3 Voir p. 8, note 2.
4 Testament de Gabriel Philippi (Voir p. 7, note 5).
5 Telle sa participation à l'assemblée du 30 mai 1562 (Ms., f° 182).
6 Le 27 juin 1563, Philippi était député avec Antoine Saporta pour aller saluer le maréchal de Vieilleville, commissaire pour la pacification (Délib. du Conseil de Ville de ce jour).
1 Lugduni, Theob. Par/anus, 1561, in-f°. — Le seul exemplaire connu de cette édition se trouve à la Bibliothèque de la Ville de Montpellier.
8 Je n'ai pu trouver d'exemplaire de la première édition, mais son existence est attestée dans le privilège du roi pour la seconde.
pétents et si consultés que de son vivant il devra les réimprimer. Son corps le délégua à Périgueux ' et en Cour -, afin de défendre l'intégrité du ressort de Montpellier. J'ai trouvé aussi qu'il suppléa son frère comme procureur du Roi à la Cour des Aides en 1555 3 et en 1564 '*. ce qui peut être considéré comme une faveur accordée à son mérite. Sans doute son loyalisme n'était pas fait pour nuire à ses intérêts. Mais, lorsqu'on voit Philippi préoccupé de donner toujours l'exemple de l'obéissance aux lois, même à celles dont il souffre, on lui sent, avant tout, l'âme d'un jurisconsulte.
Quand donc, par l'édit du "25 septembre 1568, il fut mis en demeure d'opter entre le culte réformé et son office de magistrat, c'est l'amour de la carrière et non le profit de la place qui me parait avoir dicté sa résolution. Il fut certainement du nombre de ceux qu'il dépeint en éprouver « doleur, tristesse etmescontentement», mais qui, «tant officiers que aultres, se remirent et réduisirent a la religion et église catholique et romaine»5. Si le cahier des abjurations alors dressé ,; n'a pu être retrouvé, la continuité de la présence de Jean Philippi à la Cour des Aides, attestée par les registres de celle-ci. et surtout sa participation à l'arrêt du 17 décembre 1 r>68 7. exécutoire de l'édit du 25 septembre, ne laissent aucun doute à cet égard. Une autre preuve se déduirait du soudain cliange-
1 II y employa du 13 juillet 1555 au 23 janvier suivant, soit 195 jours, pour lesquels il fut taxé, à raison de 4 livres tournois par jour, à 780 livres, plus 315 livres 3 sols 6 deniers tournois de frais (Arch. de l'Hérault, B, Cour des Aides : reg. de requêtes, délégations, affaires de 1555 à 1(315, 17 mars 1557 (a. st.).
- Ibid., 9 novembre 1557.
:; Ibid., taxation du 22 juin 1563.
'' Ibid., taxation du 4 mai 1 .">; »4 , mandement du 13 octobre 1504.
5 Ms., f° 22ô v°.
,; Ce registre est ainsi rubrique dans l'Inventaire des litres du Chapitre Cathédral deMonlpellier par Joffre (Arch. de l'Hérault, G, V, 2, p. 871) : (i Cayer de huid feuilletz papier contenant proffessions de plusieurs huguenotz en la religion catholique, apostolique et romaine, des années 1569 à \'ù2, signées par iceux ».
7 Arch. de l'Hérault, B, Cour des Aides, arrêts, f° 19 vu.
ment de son langage : (des ennemis », désormais, sous sa plume, ce ne sont plus les catholiques, mais les protestants, lesquels naguère étaient les « fidèles ».
A une telle abjuration quelque chose d'essentiel manquait, et Philippi semble dévoiler son état d'âme d'alors, quand il écrit cette réflexion en marge de son analyse de r ed.it signé à Saint-Germain, en août 1570 : « 0 quel changement despuis l'edict de vnbre 1568 » • ! 11 voyait, en effet, ceux qui avaient préféré l'exil, le combat, la révolte remis dans leurs biens ou leurs offices. Regretta-t-il un sacrifice qui le laissait seul catholique au milieu des siens? Espéra-t-il réussir à pacifier les esprits, unir les cœurs et, dans sa ville, dans sa province, à réaliser le rêve de ce chancelier de l'Hôpital qu'il avait eu plus d'une fois l'occasion d'approcher-? Toujours est-il que l'entrée en scène dans les affaires publiques du président3 Philippi date de l'Union.
Tout le monde sait qu'on appela ainsi le système politique imposé, autant qu'il le put, au Languedoc par son gouverneur Henri de Montmorency -Dam ville, sur le terrain d'une réciproque liberté religieuse et du partage des fonctions publiques. Noble programme, qui, d'ailleurs, ne résista pas à l'expérience. De cette Union quels furent les vrais artisans? On ne se tromperait pas beaucoup, je le crois, cà mettre parmi eux en très bon rang notre Philippi. Damville le connaissait depuis dix ans au moins : à leur premier contact, cet élégant jeune homme, le descendant d'une race illustre, «chevalier de grande réputation aux armes, combien n'eut passé vingt cinq ans », avait reçu « humainement», et semble avoir dès
1 Ms., f° 232.
- Non seulement dans sa mission à la Cour (Voir p. 10, note 2), mais lors du voyage de Charles IX à Montpellier en 1564. Philippi, à ce moment, en fait grand éloge et relève sa tolérance (Ms., f° 209 v°).
:î II portait alors ce titre-, ayant acquis l'office de quatrième président. Je dis: quatrième, d'après lui-même (Ms., f° 237) ; mais un acte officiel dit à tort : troisième Le Petit Thalamus de Montpellier, éd. de 1840, p. 558). Le 30 octobre 1572, il prend déjà le titre de président (Arch. de l'Hérault, B, Cour des Aides, Requêtes, délégations, affaires de 1555 à 1615).
lors conquis le magistrat, encore modeste général, que son mérite personnel plaçait aux côtés d'un premier président aux Comptes et de deux gentilshommes, dans la délégation chargée de saluer à Narbonne le nouveau gouverneur du Languedoc *. Quelques jours après, on se retrouvait à Montpellier pour la première entrée, et peut-être Philippi fut-il appelé à concourir à son éclat2. Depuis, les occasions s'étaient réitérées 3. Plus significatifs encore furent les incidents suivants.
L'accord de Millau avec les protestants avait été précédé à Montpellier d'un petit coup-d'état, destiné à le préparer. A part les deux moments de crise violente qui y correspondent à la première et à la seconde guerre de religion, les élections consulaires étaient restées catholiques *. Cette année-là, Montmorency, substituant son choix à la coutume immémoriale, nomma, dès le 27 février 1574, les six magistrats de la cité, et, parmi eux, deux ou trois réformés plus ou moins déguisés. Pour le premier rang, Jean Philippi était l'une des personnalités présentées; son refus, pour lequel il allégua les devoirs de sa charge, seul l'en écarta5. Il n'eut pas les mêmes motifs pour décliner une délégation à Lyon, afin de baiser la main au nouveau souverain Henri 111°. Là, il put constater l'accueil assez froid fait à Damville, et le peu d'espoir à mettre sur les dispositions du Roi. Aussi, lorsque le gouverneur du Languedoc, ayant consommé avec les protestants une alliance qui résultait «de la conferance de long temps entre-
' Ms., f° 205v.
- Il pourrait bien, en effet, n'avoir pas été étranger à la composition des inscriptions employées à l'entrée de Damville en 1563.
H Comme exemple, en voici une. En novembre 1572, Jean Philippi se rendit a Beaucaire avec un de ses collègues en députation vers Damville (Arch. de l'Hérault, B, Cour des Aides, Requêtes, délégations, affaires de 1555 à 1615, aux 30 octobre et 5 décembre 1572.
4 Voir dans le présent volume : Chronique du Petit Thalamus.
5 Commission de Damville, en date du 27 février 1574, insérée dans le registre des élections consulaires, et publiée dans l'édition du Petit Thalamus de Montpellier, pp. 557 et suivantes.
6 Ms., f° 239 v°.
prinse avec ceulx de la religion, a l'effectde lapaix»L nomma un Conseil de Ville mi-parti, on vit, exemple de grande portée, quoique assez étrange, siéger des deux côtés de cette assemblée les frères Philippi : Jean, redevenu catholique; Guillaume, l'ex-chanoine, maintenant protestant -.
L'Union dura vingt-huit mois au plus. Pendant ce régime, Montmorency, ayant fait de Montpellier sa résidence ordinaire, avait pu apprécier toujours davantage le magistrat. Or de tous deux les illusions étaient tombées brusquement par le coup d'audace des protestants, qui, manqué à Béziers, venait de réussir à Montpellier 3. Le premier de ses effets avait été de mettre en fuite les cours de justice. A Philippi, « réfugié de Montpellier a cause des troubles » 4, le maréchal proposa de devenir son conseil, et le président accepta5. Il fut agréé par le Roi le 29 novembre 1577 fi. La charge
1 Ms. f° 238 v°.
2 Areh. mun. de Montpellier, BB, délib. du Conseil de Ville. — Jean était revenu au catholicisme en 1568 ; Guillaume, procureur à la Cour des Aides, l'avait dès longtemps abjuré.
C'est faute d'avoir su distinguer entre les frères et leur conduite dans les deux partis que M. J. Roman s'est étonné du choix fait en 1577 du président Jean Philippi (Histoire de Languedoc, éd. Privât, t. XI, p. 653, note 2) et de sa présence comme délégué catholique à la conférence de Mazères (Ibid., p. 674, note 3). Conséquemment la table qui accompagne cet ouvrage rapporte les actions de Guillaume et celles de Jean à un personnage unique, qui est le président.
3 Sur cette affaire voir spécialement : L. Guiraud, Un incident des guerres de religion à Béziers an xvie siècle dans Bulletin de la Société archéologique de Béziers, 3e série, t. VIII, 2e livraison, pp. 167 et suiv.).
4 Selon l'expression qu'il emploie dans ses Mémoires.
5 C'était le 8 avril 1577 (Histoire de Languedoc, éd. Privât, t. XII c. 1212).
6 D. Vaissete a rapporté (Histoire de Languedoc, éd. Privât, t. XI, p. 641) la nomination par le Roi de Jean de Sade à ce poste. C'est informé du choix déjà fait par Montmorency que le souverain fit répondre à ce dernier : « Pour le regard du personnaige qu'il désire avoir pour l'assister de conseil, Sa Majesté advisera d'en choisir quelc'un qu'elle congnoistra propre pour cest effet, et ce pendant elle trouve bon que le président Philippy continue ceste charge près de luy, en vertu de la commission qui puy en a esté ey devant envoyée » (Ibid., t. XII, c. 1259).
de surintendant pour la justice en Languedoc fut bientôt jointe à la première et confirmée de même par lettres closes d'Henri III, en date du 19 octobre 1579 L Ainsi attaché à la personne du Maréchal2, Philippi fut neuf fois, c'est-à-dire constamment, commissaire royal aux Etats de Languedoc 3. Par là et ses fonctions ordinaires il se trouvait mêlé à toutes les affaires de la province, essuya la rancune des protestants brouillés avec Damville4, assista à la conférence de Mazères 5. (Juel motif, les premiers mois de 1586, détermina sa retraite, il ne l'a point spécifié6. A mon sens, il put en exister deux : la blessure faite à son loyalisme par la désobéissance formelle du Maréchal aux ordres de la Cour7; le désir de rejoindre son frère, qu'on voit malade à tester le 6 août de cette même année8. Il «se retira» donc, et il revint à Montpellier, pacifié sous la force, reprendre simplement ses fonctions à la
I II en a inséré dans ses Mémoires le texte, que Serres a publié dans Abrégé de la vie de quelques hommes illustres, etc., éd. de 1719, p. 28 ; rééd. de 1873, p. 34.
- Voici comment il figure dans le rôle de frais des Etats de Languedoc pour 1585 :
« Monsieur Me Jehan Philippi, présidant en la Court des Aydes a Montpellier, qui est employé ordinairement près la personne de Monseigneur le duc de Montmorency pour le faict de la justice et pour respondre aulx requestes que luy sont présentées, estant contrainct d'estre tousjours a sa suitte, pour reson de quoy lui convient fere pleusieurs despences, pour lesquelles recognoistre aucunement, luy ont ordonné la somme de trois cens escus ». — En 1580, on trouve le même article, mais seulement avec cenl écus. C'est, d'ailleurs, l'année de la retraite de Philippi.
?< Inventaire sommaire des Archives départementales : Haute-Garonne, série C, Etats de Languedoc, pp. 84, 86, 87, 88, 91, 93, 94, 95 et 727.
4 Lors de la prise de Montagnac par les protestants en 1578, ils l'y firent prisonnier (Léon Ménard, Histoire de Nismes, t. V, Preuves, p. 142, due. du 5 avril 1578).
5 (( In omnibus nie présente », dit-il dans ses Mémoires. — Cf. Histoire de Languedoc, éd. Privât, t. XII, ce. 1309 et suivantes.
II Voir sa note à ce sujet, ci-dessus, p. 7.
7 Ms., f° 251 v°.
8 Guillaume fit Jean son héritier (Minutes de Jean Rodil, étude Blain, reg.de 1585-1586, f° 402).
Cour des Aides jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans. En 1592, il transmit cette charge à son fils Louis *.
Les douze années que dura encore sa vie, furent le noble couronnement de sa carrière laborieuse, probe, honorée. On n'avait jamais vainement recours à sa science du droit, à son expérience des hommes et des choses, à son esprit de conciliation ni à sa bienfaisance. Qu'il s'agisse de réorganiser renseignement, de régler des différends-, de créer un budget à l'Aumône générale des catholiques en 1596 3, «M. le président Philippi le vieulx » * tient le premier rang. Aussi on manifeste pour lui respect et sympathie. C'est avec une fierté émue que Casaubon fait l'éloge de son vénérable auditeur, aprœsidis Philippi, illius optimi et doctissimi senis » 5. Chez lui Julius Pacius, les Consuls et l'Université de Droit se réunissent pour traiter °. Les Consuls vont en corps assister aux funérailles de sa femme 7.
Car vivre si longtemps, c'est être exposé à vieillir presque seul. Philippi éprouva les deuils de cœur, même les imprévus, ayant perdu successivement ses frère8 et sœurs'1, son
1 Les tables de Rignac donnent la date de 1592 (D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 598). Or le registre de cette année fait défaut dans la série des Trésoriers de France. Mais la rubrique générale y marque : au f° 385, les provisions de Louis Philippi ; au f° 70, la nomination de Convers comme intendant de la justice auprès de Montmorency.
2 Délib. du Conseil de Ville du 18 août 1598.
3 Le président Philippi s'y inscrivit aussitôt après l'évêque Subjet et le Collège Saint-Ruf pour une allocation mensuelle (Arch. des Hospices de Montpellier, E, I, p. 8).
4 On le distinguait ainsi de son fils, très influent dans le parti calviniste.
5 Lettre du 24 février 1597 au président du Fresne-Canaye (A. Germain, Isaac Casaubon à Montpellier, p. 22).
0 L. Guiraud, Julius Pacius en Languedoc, dans Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, 2e série, t. IV, p. 324.
7 Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de comptabilité de 1001, au 8 décembre.
8 On a vu plus haut (p. 14, note 8) que Guillaume testa le 0 août 1580. Le 4 novembre 1587, Jean acquittait un de ses legs (Minutes de Jean Portai, étude Blain, reg. de 1580-1587, f° 029 v°).
9 Testaments de Philippi (Voir p. 17j.
beau-frère, Louis de Bucelli *, et aussi deux filles : Marguerite2 et Catherine3, qu'il avait mariée à Charles Bernard de Miramont et gardée près de lui 4, enfin la compagne aimée de toute sa vie 5. Il ne lui resta que son fils Louis et Marie de Miramont, sa petite-fille6.
Plus que jamais il se réfugiait dans l'étude, la lecture, le labeur intellectuel et ses riches souvenirs. Pour ce motif, sans doute, on le voit préférer à sa vaste maison près Sainte-Anne 7 un jardin fleuri avec une sorte d'oratoire ou de studium, situé en face de la cathédrale ruinée de Saint- Pierre8. Là, d'une main bien tremblante 9,il travaillait en paix
1 II mourut en 1580 (Annexes de Jean Rodil, étude Blain, de 1574- 1590, fos 59-68.
2 Baptisée le 14 avril 1563 (Arch. mun. de Montpellier, GG, 314, f° 62 v°).
3 Testaments de Philippi (Voir p. 17).
4 La fiancée reçut 4.000 livres de dot et deux robes nuptiales de soie, plus la maison du Palais qui avait été à Guillaume Philippi, et que le ménage devait habiter (contrat du 1er avril et quittance du 26 juillet 1595 aux minutes de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1593-1595, fos 491 et 569 ; quittance du 22 avril 1595 aux minutes de Jean Portai, étude Blain, reg. de 1595-1596, f° 66 v°).
5 Leur union avait duré cinquante-trois ans, et, par une touchante pensée, il a indiqué cela avec ses titres dans la légende de son portrait, placé en tête des Juris responsa de 1603.
6 Testament du 7 janvier 1602 (Voir p. 17).
7 Sa maison, rue de Saint-Firmin au Palais, faisant coin, confrontait la rue et une ruelle non passante, où elle avait sortie (Arch. mun. de Montpellier, CC, compoix du sixain Sainte-Anne, année 1600 veau jaune, f° 350). L'immeuble passa à Beaulac (Ibid., année 1600 veau, f° 448), à Bosquat (Ibid., année 1738, f° 406). Comme tel, il porte le n° 323 du sixain dans le Guide de Flandio de la Combe en 1788, et aujourd'hui le n° 1 de la rue du Petit-Scel.
8 Le 23 novembre 1592, c'est-à-dire au moment où il résignait son office, le président Philippi passait prix-fait pour, dans ce jardin, « rebastir la voile a mode de chappelle ». On voit que, dessus, il y avait une chambre et autour, dehors, des bancs pour sièges et des banquettes pour les fleurs (Minutes de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1590-1592, f° 555 v°), — C'est dans ce jardin qu'il rédigea le testament du 26 février 1598 (Voir p. 17).
9 Cette infirmité, déjà visible à son manuscrit, dont la fin est d'une autre main, est très sensible à la signature du contrat de mariage de
à ses œuvres : la réimpression de ses traités de droit1, l'achèvement et surtout la révision de Y Histoire des troubles de Languedoc et des Mémoires, car une évolution, et celle-ci sincère, désintéressée, s'était produite dans ses intimes convictions religieuses. A cet égard, ses deux testaments, du 26 février 15982 et du 7 janvier 1602 3, sont identiques : un catholicisme très franc s'y affirme aussi bien qu'une tolérance éclairée. Les pauvres des deux cultes se partageront ses aumô-' nés matérielles, et il leur sacrifie ses vêtements et ses livres. Mais lui-même invoque humblement l'intercession de la Vierge Marie et des saints et saintes du paradis. Ses obsèques, toutes simples, seront célébrées selon le rit catholique romain. Il peut donc aller reposer dans le couvent ruiné des Frères-Prêcheurs hors la ville, le corps de même que l'àme communiant avec ceux de ses ancêtres dans l'ancienne foi retrouvée.
C'est le 23 février 1604, vers l'âge de 87 ans, qu'il fut enseveli selon ses désirs 4. Il laissait le souvenir le plus honorable 5 et de précieux ouvrages, que cette courte biographie aidera à mieux étudier.
Le manuscrit que j'ai eu la bonne fortune de retrouver, n'offre pas simplement l'avantage, comme tous les originaux,
Marie Hue, fille de sa servante (Minutes d'Antoine Comte, étude Cornier, reg. de 1603, f° 87 v°, acte du 4 février 1603).
1 Les Edits et Ordonnances en 1597, les Juris Responsa en 1603, tous deux chez Jean Gillet, l'imprimeur établi nouvellement à Montpellier.
"2 Annexes d'Antoine Comte, étude Cornier, vol. de 1591-1597, fos 187-189.
3 Voir Documents, au 7 janvier 1602.
4 « Le 23 jour du moys de feubrier a esté enterré monsieur mre Jean de Philipi, presiden en la Cour des Aydes, et fut enterré a l'église du covent des frères Prêcheur» (Arch. mun. de Montpellier, GG, 4, p. 112).
5 Je ne parlerai pas des éloges que lui ont décernés les historiens locaux et qui sont le témoignage d'une élite. Mais un « Advertissement » de procédure nous rapporte ce qui était d'opinion courante plus de soixante ans après sa mort : « Messire Iean de Philippi, très digne Président en la Cour des Aydes de Montpellier, connu par ses œuvres » (Arch. des Hospices de Montpellier, R, 29, imprimé de 4 ff. papier).
Soc. Arch. de Montpellier. 2
de fournir un texte d'une exactitude irréprochable. Il porte, de plus, la marque évidente des changements que l'auteur fut amené à faire subir à son œuvre, et devient ainsi, en beaucoup d'endroits, un document tout à fait inédit, plus sincère, plus personnel, plus fortement empreint des passions du moment. Quand j'en aurai distingué les périodes, il sera aisé de mesurer la portée du service que peut rendre l'édition présente au regard de celle de 1880. Car, à trois siècles de distance, uniquement préoccupé, ainsi que nous le sommes tous, de faire surgir des documents la vérité, il n'y a pas de motifs pour dissimuler des événements ou des personnages. Et, en outre, il importe à la critique historique d'être informée non seulement quant au nom et à la vie d'un témoin qui raconte, soin que je viens de remplir, mais encore quant à ses opinions, à ses préjugés, surtout lorsqu'ils varièrent, à ses timidités aussi et à ses lacunes, autre tâche qui m'incombe maintenant.
L'œuvre de Jean Philippi n'est tout à fait ni une chronique ni une histoire : papier, écriture, manière et langage y attestent cinq périodes de rédaction et trois de remaniements. D'où la nécessité d'y regarder de fort près.
I. — La première période avait reçu pour titre : Histoire de la religion reformée de Languedoc, et son début, qui forme préface, se lie à ce titre, sans toutefois y répondre, les origines véritables et déjà anciennes du protestantisme dans la ville ou la région n'y étant nullement racontées. Mais l'auteur annonce aussitôt son intention de s'en tenir aux faits, et l'on constate aisément que, parmi ces faits, il ne s'attache pas cà ceux d'ordre ecclésiastique. Dissensions, prises d'armes, ruines et combats, publication d'édits, efforts de pacification : voilà ce qui l'intéresse. Il se montre, dans cette période qui va de 1560 à 1564, et occupe près de la moitié de l'œuvre totale d, surtout le citoyen et le magistrat qu'attristent les
1 Du f° 159 au f° 210 et quelques lignes du 211, soit exactement 104 pages sur 198; mais les lignes et l'écriture sont plus serrées dans la seconde moitié.
excès d'un peuple déchaîné, mais aussi l'adepte déclaré du culte calviniste, heureux de ses progrès, du succès de ses armes, du résultat finalement obtenu. Philippi, n'ayant pas quitté Montpellier, y a tout vu de ses yeux, il le raconte donc avec abondance de détails et se maintient exact, sincère, modéré d'expressions, comme il en annonçait au commencement la résolution. Il n'en va point tout à fait de même pour les incidents qui se réfèrent aux autres villes. Là, le « rapport d'aultruy» n'ayant pas été aussi «fidèle» souvent qu'il le croyait et à son insu l'influençant, le terme de «papistes » lui échappera à propos de Garcassonne. D'ailleurs, le langage acquiert une croissante âpreté dans le récit des événements qui préparèrent la guerre suivante.
II. — La deuxième période est différenciée à l'œil par une écriture uniformément moins ferme. Partant du début de 1567, elle va jusqu'à la fin de 1508 *, répond à la deuxième guerre de religion et aboutit donc à l'abjuration de Philippi. Il lui a donné pour titre : Seconds troubles advenus en ce royaulme. Pour une cause que j'indiquerai plus loin, deux au moins des pages supprimées, qui en narraient le préambule, ont disparu complètement-. Celles qui ont subsisté, pèchent par omission, Philippi n'ayant pas jugé à propos, par exemple, de nous révéler les noms des protestants, «voire des principaulx », emprisonnés à la suite de l'affaire du 4 mai 1567, ayant passé sous silence la sanglante Michelade de Nimes, et tu le meurtre de prêtres et d'habitants lors de la seconde reddition de Saint-Pierre de Montpellier. Il charge fortement les catholiques. Revenant sur son premier récit, il y ajoute des manchettes suggestives 3 ; il transforme ses expressions : « les catholiques » sont « les ennemis », « les ymages sont « les ydoles ». Par là le contraste se prépare plus frappant.
1 Du f° 211 auf° 226.
2 Celles qui se trouvaient entre les fos 210 et 211. Entre les 212 et 213 on voit encore la trace du feuillet corrélatif enlevé par l'auteur.
:i En voici un exemple : « Dévotions extraordinaires des catholiques pour exciter tumultes » (f° 104 v° .
III. — Embrassant de 1569 à 1572 », c'est-à-dire la troisième guerre, cette période de rédaction se distingue matériellement par le format plus petit du papier et par une écriture qui s'altère progressivement. Le changement de mentalité de l'auteur n'est pas moins sensible et s'explique : Philippi s'est « réduit» au catholicisme. Les protestants, « les fidèles » de jadis, maintenant sont « les ennemis», quand il s'agit de faits d'armes, et, dans la vie civile, « ceulx de la religion ». La Saint-Barthélémy le frappera moins que ses préparatifs, et, en constatant que le Languedoc y échappa, il ajoute : « jacoit, ez trobles precedens, y eussent esté faictz en plusieurs lieux respectivement d'indignités grandes contre les catholiques». Gela est vrai, mais il ne l'avait point, alors, tout rapporté. Aujourd'hui il relève fortement les violences des réformés à Nimes en 1569, où succomba Saint-André, jadis sévère aux protestants de Montpellier, leur tentative pour prendre cette dernière ville par trahison la même année et les déprédations de leur armée de reitres2.
IV. — C'est aux quatrième et cinquième guerres que répond la quatrième phase de mise au net, laquelle en comporte, ce semble, deux de rédaction. Elle va de 1572 k 15773, une époque dans la vie de Philippi, devenu président, lié avec Damville, dont il note la venue en Languedoc '*. D'abord. — on est près de la Saint-Barthélémy, — il se montre ardent catholique, en oublie encore les résolutions de sa préface, parlant des «huguenots» comme il le faisait jadis des ((papistes ». Il décrit l'entrée de l'évêque Subjet, se réjouit de voir la ville échappée au danger d'un complot protestant. Ensuite les
1 Du f° 227 au f° 234 v°.
- En manchette, il appuie fortement : « Passage et, riblerie de l'armée de ceulx de la religion par le pais de Languedoc » (f° 230 v°).
:! Du f° 234 v° au f° 247 v°.
4 « Monsieur Damville en Languedoc » (manchette du f° 235 à laquelle il a ajouté : « d'où il ne bogea despuis ceste année 1572 jusques au mois de juillet et 23 dud. 1594, qu'il partist de Pezenas pour aller devers le Roy et de son mandement »).
négociations et le régime de l'Union lui inspirent plus de modération : il reprend les termes « civilz et modestes » de « ceulx de la religion ».
L'écriture de cette période tranche vivement : elle s'est raffermie, s'est faite menue, et voilà qui tout de suite date l'opération si radicale d'une révision complète du manuscrit dans un sens catholique. Le procédé a porté :
1° Sur les termes. — Partout, sauf omission et les manchettes exceptées, Philippi a remplacé « les fidèles » par « ceulx de la religion », et intercalé « prétendue » dans « religion... reformée ». Il a fait aussi disparaître les expressions : « ydoles », « vrais chrétiens ».
2° Sur le récit. — Au détriment de l'information, ont disparu nombre de passages qui contenaient des faits ou des jugements d'allure tendancieuse et ceux qui dévoilaient les actes de quelques personnalités, telles que le seigneur de La Mosson, Louis de Bucelli, beau-frère de l'auteur et premier consul de la ville en 1573-1574. La portée d'autres passages a été atténuée ou transformée par la substitution d'un nouveau texte. Tout naturellement le titre, qui répondra désormais à un ensemble si différent, a été changé. Il est devenu : Histoire de la guerre civile faicte en Languedoc pour le faict de la religion. Dans la présente édition, je me suis efforcé de rendre sensible pareille transformation du texte, et il faut bien en déduire que ce vernis catholique, mis sur une œuvre conçue dans un esprit protestant, lui donne un aspect de modérantisme capable de tromper, à l'insu de l'auteur, dans les deux sens à la fois.
C'est, à mon avis, une circonstance extérieure qui a déterminé l'opération de révision. On verra plus loin i les preuves que j'en apporte. Ici je me contente de cette conclusion : l'ouvrage de Philippi lui a servi de base pour la chronique municipale dite Petit Thalamus de 1560 à 1574; et j'en déduis que l'auteur a été amené, en vue de la rédaction de celle-ci, à revenir sur tout son manuscrit et à l'amender selon l'esprit du moment.
1 Chronique du Petit Thalamus.
V. — Quand il le reprit pour retracer la période de 1577 à 1600 !, l'heure de la vieillesse et des deuils avait sonné. Péniblement, d'une écriture tremblée, qui s'altère bientôt davantage2, d'une vue affaiblie, qui ne lui permet plus de maintenir la rectitude des lignes 3, enfin avec le secours d'une main étrangère 4, Philippi termine l'œuvre qui aura occupé quarante ans son esprit. Gomment la contexture de cette dernière partie ne porterait-elle point des traces de décadence? Il est regrettable donc que la personnalité de Montmorency y grandisse au point de dépasser tout le reste et parfois de le fausser. Gela était assez naturel de la part d'un homme que nous avons vu attaché neuf ans au service du Maréchal et vivant dans son intimité, pour lequel alors, dans un horizon élargi, s'estompaient les scènes montpelliéraines. Mais, avec moins de préventions chez Philippi, nous aurions certainement appris davantage sur le siège de 1577, sur l'exécution de Senglar, sur l'entreprise de La Bernardière et autres incidents significatifs. Peut-être quant à ces derniers faut-il accuser seulement le manque de vigueur de l'annaliste, se contentant désormais de transcrire, en courts alinéas chronologiques, la série de ses notes et de ses souvenirs5 et comptant, pour l'achever, sur une mise au net6, qui n'a pas eu lieu.
1 Du f° 247 v° au f° 257, in fine.
2 Déjà, dans la période précédente, à partir du f° 239, il y avait une altération d'écriture et une reprise de copie, qui peuvent distinguer les deux temps dont j'ai parlé.
3 Depuis le f° 253.
« Au f° 256.
5 Au f° 254 Philippi écrit : « En ceste saison, fault mettre la mort de Monsr le maral de Joyeuse père, que... »
» Et l'establissement de la Court de Parlement a Beziers, que... » De même, au f° 255 v° : » Icy fault mettre en son temps la course que feit Mons1- de Ventadour avec armée devers Tholose, ou il prind Castanet près Tholose, et ravagea toutz les environs, Mr de Joieuse estant dedans ».
6 Intention attestée aussi bien par la note précédente que par de telles mentions :
« Tout ce rayé que s'ensuit est bon et fault mettre » (f° 178 v°). » Ce croisé est bon » (note marginale du f° 193). » Tout ce rayé fault mettre » (f° 214 v°). » Tout ce rayé est bon » (f° 220 v°).
Alors aussi Philippi adopta la division par années et retendit par addition à tout le manuscrit.
A une œuvre ainsi découpée, remaniée et comme disséminée au long d'une vie, il est inévitable que l'unité d'esprit, de caractère, de rédaction fasse défaut. On en jugera par les trois pages du manuscrit reproduites dans cette édition :
La planche I donne le verso du feuillet 169, spécimen de la première rédaction, des manchettes et des corrections postérieures.
La planche II figure le recto du feuillet 211, par lequel on pourra juger de l'ancienne rédaction telle que je l'ai rétablie.
La planche III représente le verso du feuillet 247, correspondant à la rédaction des dernières années ; c'est également celui qui fournit la preuve d'identification de l'auteur.
Tout ceci étant donné, l'hésitation était naturelle sur le titre à adopter. L'éditeur de 1880 avait emprunté le sien à une copie. L'original en a porté de successifs et partiels. M' attachant surtout à faire reparaître la rédaction primitive, spontanée, toute sincère et contemporaine, il m'a semblé convenable de conserver ceux que l'auteur avait mis à quelquesunes des parties, puis de désigner leur ensemble par le titre : Histoire des troubles de Languedoc. Emprunté pour le fond à Philippi, qui, sur le verso de la dernière page de ses cahiers, avait écrit : Histoire des premiers trobles de Languedoc, et y a ensuite ajouté : et aultres suyvantz, c'est bien également celui qui répond le mieux à la pensée maîtresse et constante de l'œuvre.
* * * En ordonnant de vendre ses livres au profit des pauvres, Philippi avait néanmoins laissé à son fils la faculté d*en garder ceux qu'il voudrait, et il avait prohibé tout inventaire {. Je n'ai donc pu trouver mention de son manuscrit. Cependant il est permis de penser que ses parents se le seront transmis. Il serait ainsi passé des mains de Louis, son fils,
1 Testament du 7 janvier 1602 (Voir Documents, à cette date).
décédé le 29 mars 1634, à celles de Pierre Pascal, son neveu, héritier par substitution du nom et des armes des Philippi. En mourant, le 12 janvier 1643, Pascal laissa deux filles : Françoise, qui épousa Jean de Beauxhostes ; Anne, femme de Jean de Saporta *. Et ceci conduit au temps de l'évêque Bosquet (1655-1676). On conçoit que ce dernier se soit préoccupé de faire exécuter une copie qui tiendrait compte uniquement des modifications opérées par Philippi, lesquelles toutes étaient dans un sens catholique. Golbert posséda les deux versions : original et transcription, en un volume, celui même que j'ai retrouvé2.
Pour la copie des Bénédictins, elle répond à un système mixte, et qui me parait particulièrement déplorable, car, y ayant rétabli à peu près constamment le terme de « fidèles » appliqué aux protestants, de même que certains passages primitifs, ils ont néanmoins omis la plupart des autres. De là ce caractère hybride qui, à propos de l'édition de 1880, a pu faire hésiter quelques personnes sur les idées confessionnelles de l'auteur.
Ne connaissant pointée qu'est devenue la copie d'Aubais, je ne puis me prononcer sur le système qu'on y avait suivi ; peut-être n'était-ce que le travail de condensation publié par Ménard.
J'ai peu d'observations à ajouter. Elles portent principalement sur la forme.
Du fait des corrections opérées par Philippi et des erreurs successives des copistes, il existera beaucoup de différences entre l'édition de 1880, qui en fut la résultante, et la réédition faite aujourd'hui. J'en indiquerai plusieurs exemples caractéristiques.
De trop nombreuses fautes de lecture avaient défiguré cer-
1 Annotations de la copie du testament de Philippi et « Advertissement » pour procès, imprimé de 4 ff. papier (Arch. des Hospices de Montpellier, B, 29).
2 Voir p. 5.
tains noms propres d ou en avaient fait imaginer 2. D'autres portaient sur les dates, sur des mots d'aspect analogue, mais bien divers de signification 3 ; il en était résulté parfois de graves ou comiques contre-sens4. A la rigueur, un esprit averti les redresse de lui-même ; ce qui le trompait forcément, c'est que beaucoup de membres de phrases, en général des indications de dates ou de lieux, avaient été transférés de la fin d'une phrase au début de la suivante, et vice versa.
D'une façon générale, le texte, de plus en plus et fâcheusement modernisé, recouvrera ici : des termes seuls justes pour l'époque, tels que narrative = narration, innuméràble = innombrable, illec = là, etc., etc.; ces mots désuets, que pleurait La Bruyère : jouxte, emmy, etc. ; ceux de terroir, à l'aide desquels Montaigne complétait le français ; l'orthographe enfin de l'auteur, souvent chancelante ou irrégulière5, mais aussi rappelant plus d'une fois l'homme épris d'humanisme.
Même toutes choses ainsi remises sous leur vrai aspect, je n'ai point la prétention de poser Philippi en écrivain. Son style est celui de la moyenne des contemporains, particulièrement des provinciaux. La phrase est longue à perdre haleine, lourde des faits trop nombreux qu'elle porte, enchevêtrée dans leurs circonstances. Incidentes en cascade y heurtent adjectifs verbaux en parenthèses successives. Il faut bien un peu de réflexion pour trouver le sens distributif, mais on s'émerveille, en définitive, de le saisir sans erreur.
1 Le contrôleur Marion était devenu Marcou (p. 40); la maison de Botonet, celle de Bossonel (p. 136) ; le capitaine Aston l, capitaine Lescput (p. 186); le baron de Faugeres, celui de Tamevlel (p. 203), ce qui avait donné lieu à des notes rectificatives; Berberie, Beziers (p. 229).
"2 C'est ainsi que la boutique nove de l'apothicaire Catalan était devenue : la boutique Noyer (p. 179) ; et que l'invasion d'Aniane avait donné naissance au lieu hypothétique de Limascon (p. 255).
3 De bonne ou de basse condition ; chaire ou cloche ; matière ou manière, etc.
4 Une republique en Languedoc pour une guerre publique (p. 35); le Pont Juvenal donné pour gouvernail à une plaine (p. 93).
5 11 écrira par exemple : Joyeuse et Joieuse ; midi, mydi, midy ; etc.
Je reconnais y avoir quelque peu aidé par une ponctuation rationnelle, qui fera ressortir l'emploi fréquent des ablatifs absolus et celui des incidentes initiales, une habitude prise du latin.
11 ne me reste plus qu'à indiquer de quelle façon il a été procédé pour cette édition.
Le texte est invariablement le primitif, celui du premier jet, où des crochets enserrent soit les parties totalement supprimées, soit celles que Philippi a changées par souci de transformation ou simplement de perfectionnement. Dans le cas de remplacement ou d'addition, le texte nouveau correspondant est donné au bas de la page. Aussi toute remarque qu'a pu avoir à faire l'éditeur a été signée de ses initiales, afin de ne pas prêter à équivoque. Mais il en a usé très sobrement, s'abstenant de tout commentaire explicatif ou rectificatif des faits rapportés, car ce commentaire viendra plus utilement à sa place dans l'histoire à laquelle ce volume de Chroniques et Documents sert de preuves. L'index commun permettra de le rapprocher du texte de Philippi. Quant aux lapsus, ils ont été corrigés dans le texte et indiqués en note en italique.
Pour aider à l'intelligence et au synchronisme des événements, les années ont été placées en manchette. Si elles n'ont pas été mises en vedette, comme le faisait vers la fin Philippi, c'est qu'un tel procédé a paru un non sens, surtout quant à la première guerre, dans l'économie générale de l'œuvre. En effet, antérieurement à 1565, l'année civile commençait à Montpellier le 25 mars ; après cette date, l'année consulaire y demeura fixée. D'autre part, la Réforme mettait alors le commencement des années à la Nativité, plus tard elle n'accepta point le calendrier grégorien, ce qui brouilla encore la concordance. Quel système donc adopter? Or de ces variations il faut tenir compte en lisant Philippi. Le procédé adopté, sans introduire d'anomalie dans l'œuvre, guidera à coup sûr, en ramenant tout au style actuel.
Mais, dans le même but de clarté, cette édition distingue
une préface et neuf parties: soit le récit sur l'établissement du protestantisme, et celui des huit guerres de religion. Les quelques titres mis par l'auteur ont été conservés; ceux imposés par l'éditeur sont entre crochets. Chaque division est précédée d'un sommaire dans les mêmes conditions. J'ai voulu ainsi fournir, en une œuvre qui fourmille de renseignements sur Montpellier et la région, un premier élément d'utilisation, que complétera Y Index général
Les mêmes procédés, qu'il soit dit une fois pour toutes, seront employés pour les chroniques suivantes.
[préface]
[Manifestation subite, en 1560, du culte réformé. — Appellations injurieuses à éviter : huguenots et papistes. — Restriction du récit à Montpellier et lieux voisins dans le Languedoc]
La Religion ' reformée [de l'Evangille], des longtemps maintenue en la ville de Genève et [plus grand] partie d'Allemagne, reprovant la messe"2 et aultres plusieurs articles de la doctrine de l'église3 romaine, [que]4 le vulgaire francois appelloit Luthererie et ceulx qui l'ensuivoint Luthériens, de [m"] Martin Luther, qui jadis en Alleçne et des l'an 1517 avoit commencé la puhlier, non obstant les punilions [et persécutions] grandes faictes au royaulme de France contre les sectateurs d'icel'.e religion 5, se manifesta tout a coup tellement aud. royaulme, bonnes villes et bourgades d'icelluy l'an 1560 et soubz le règne [de] ° Francois, second de ce nom, que librement, tant en public que privé et sans punition, ceste doctrine y estoit preschée et annoncée avec l'administration des sacrements selon icelle, par les prescheurs et anunciateurs de lad. religion, [q']7 on appelloit ministres, et les imitateurs de lad. Religion fidelles ou evangelistes, [lesquelz et par opprobre] 8 en France [l'on commencea], délaissé ce mot de luthériens, [l'on commença nommer hugue-
1 prétendue
- la confession
A catholique
'' Une première correction portait : laquelle religion (L. G.).
5 comme hérétiques
6 du roy
7 qu'entre eulx
8 en Allemagne protestans et
naulx *, pour ce q'au commencement ilz faisoint leurs assemblées de nuit et a cachetés, sans que proprement l'on seeut l'origine de ce vocable usurpé au pais de France, mesmes en la ville de Tours. Auquel lieu jadis soloit estre oy la nuit un esprit fantastique ou lutin, que le commun appelloit le roy Hugon ; et de ce ilz appelleront lesdits [evangelistes]- huguenaulx 3, [lesquelz, a la pareille, nommoint ceulx qui tenoint la messe et aultre obéissance de l'église romaine]4 papistes, du pape, ou Gregoriaulx, [de]5 Grégoire, premier instituteur [des] ° cérémonies de la messe. Lesquelz neantmoins se disoint catholiques [de l'église catholique et universelle]. Et ainsi estoit divisée la religion et de fait et de nous en ce royaulme. Desquels [nous estoit force d'] 7 user pour la différence des ungs aux aultres. Nous prendrons toutesfois les plus [modestes et] civilz [délaissés les opproprieulx ; et si lairrons passer oultre, pareilhement, les mérites et créances desd. religions, comme choses notoires, et] 8 les evenementz en cest endroit escheus ez aultres provinces de ced. roiaulme, touchant seulement les l'a i t z de la ville de Montpelier et lieux prochains, de ce pays de LangduC, tant pour l'avoir veu [que fidelleinent] 9 entendu par rapport fidèle d'aultruy.
1 car ainsi estoint ilz grandement différente de l'opinion de Lhuter au principal, adherantz aung leur grand ministre de Genève, nommé me Jehan Calvin, d'ailheurs homme de grandz lettres, l'on commencea les nommer calvinistes et huguenotz,
2 de lad. religion :1 huguenotz
4 lesquelz appres furent dictz, comme verrons, de la novelle religion et ilz par mesdisance appelloint les catholiques
5 du pape
G d'aulcunes des
7 combien nous faille
8 de catholiques et fidelles. — de la religion novelle — d'ung costé parlant a la vérité, de l'aultre obéissant aux editz du roy prohibitifs d'user de ce mot huguenot par opprobre, passant oultre aussi