HISTOIRE DE LA RELIGION REFORMÉE DE LANGUEDOC
L1560 Introduction à Montpellier de Jean de la Chasse, ministre de Genève. — Prédication calviniste occulte, ensuite publique à V Ecole-Mage, puis à l'église Saint-Matthieu. — Etonnement des ecclésiastiques et des magistrats. — Prédication catholique. — Retraite de l'évéque et du juge-mage à la Cathédrale Saint- Pierre. — Arrivée en Languedoc du comte de Villars et cessation du culte réformé. — Saint- André, envoyé gouverneur à Montpellier, y fait proclamer les ordres du roi. — Sortie des catholiques de Saint-Pierre. — Entrée de Villars le 16 novembre. — Cérémonies et procédures — Expédition de Villars aux Cévennes.
— Arrivée des commissaires du Parlement de Toulouse. — Mort de François II et avènement de Charles IX. — Procédures suspendues.
1561 Reprise en secret du culte réformé. — Chant public des psaumes
par des enfants, qui cesse lors des Etats de 1 56 1 . — Rentrée des ministres et culte dans les maisons. — Les catholiques affectent de célébrer avec éclat leur fête traditionnelle de VAscension ou Charité. — Emulation dans la prédication. — Dissensions et troubles. — Assemblée des princes à Paris et colloque de Poissy.
— Saisie, le 24 septembre, de l'église N.-D. des Tables, où l'on fait désormais le prêche. — Récit du colloque de Poissy. — Inutile tentative pour établir à Réziers le culte réformé. — Troubles à Montpellier : les espossettes. — Siège de Saint-Pierre, sa capitulation. — Massacre d'ecclésiastiques et de laïques et pillage de la Cathédrale. — Dévastation des autres églises et des couvents. ■ — Cessation du culte catholique. — Mêmes excès aux environs. —
— Députation au roi et à Joyeuse. — Sur édit, restitution de N.-D. des Tables. — Transaction pour les églises entre les chanoines et les réformés. — Continuation des excès populaires à Montpellier pin- les calvinistes. — Excès catholiques à Carcassonne et à Villeneuve-lez- Avignon.
1562 I'' comte de Crussol, envoyé dans le Midi pour le pacifier, fait
publier de nouveau Védit de restitution des églises, que les calvi-
nistes évacuent. — La messe étant remise à Nimes, Pierre Vir.et vient prêcher à Montpellier. — Publication de Védit de janvier i 56 i et prêche au fossé. — - Ses effets à Toulouse, à Narbonne, à Carcassonne, à Castelnaudary. — Fête de Pâques à Montpellier; phénomène météorologique. — Publication de la déclaration du 6 mars sur Védit de janvier. — Venue de Crussol et Joyeuse à Montpellier : conférence du Clergé et du Consistoire, messe dite des Comtes. — Inconvénients d'avoir laissé gouverner le peuple, sous couleur de religion.]
Et pour commencement de ce petit discours, comme ladite religion [des fidèles] ' fut instituée en plusieurs lieux de Langdoc, [comme] a Nismes, Uzes, Aiguesmortes, Castres d'Albigeois, de mesmes advint en la cité de Montpelier, ville de telle authorité qu'on scait [asses], ou, par la faveur d'aulcuns jeunes hommes de maison de toutz estatz tenantz la main a ceste besoigne, fut envoyé quérir de Genève et introduit en lad. ville de Montpelier, l'esté dud. an 1560, au mois de juillet, ung ministre et predicant de lad. religion, nommé Me Jehan de la Chasse. Lequel ayant occultement presché et enseigné quelques jours pour crainte de la justice et petit nombre encores [desd. fidelles] -, accreut et augmenta leur nombre tellement en peu de temps, tant des gentz de la ville de toutz sexes et estatz que des lieux circum voisins, qu'ilz commencèrent se monstrer ouvertement, faisantz prescher et administrer les sacrementz de jour et publiquement en lieux assignés, comme au commencement en l'escolle de la gramaire, dicte l'Escolle Mage, [et] :i en l'église Saint Mathieu, par eulx saisie pour leur temple, que les catholiques appelloint * église.
Sur quoy ne fault taire l'estonement des gentz eclesiastiques, desquelz tant séculiers que religieulx y avoit grand nombre en lad. ville, de laquelle e toit evesque [me]5 Guillaume Pellissier, homme de grand[s] lettres ; et tout ainsi des gentz de la justice, [le premier desquelz estoit Me Pierre de la Coste, juge mage] (î. Mais d'y provoir
1 novelle
2 d'auditeurs
3 que appres
4 appellent
5 messire
,; estant lhors juge. — Ces mots ont été effacés ensuite (L. G.)
1560 par rigueur n'estoit possible sans exciter en la ville une sédition mémorable et mutination de grand conséquence, causant la multitude desd. [fidèles]1, portantz armes offensibles et par troppes tant de jour que de nuit, spécialement pour la garde dud. ministre et lbors qu'il alloit prescher. Par quoy, par plusieurs délibérations, fut arresté dissimuler le tout et en advertir le Roy et ses lieutenans aud. pais, et, d'aultre costé, faire prescber toutz les jours par les aultres eglizes, pour conserver le demeurant du peuple en sa religion [première] 2.
Neantmoins messieurs de l'église catbedrale de Saint Pierre, considerantz que c'estoit a eulx comme premiers du clergé et prebstrise q'on en voloit principalement, ainsi q'appres advint, ayantz leur église ricbe en reliquieres et meubles et leur chapitre de grand revenu, commencèrent fermer leurs portes et mettre garnison dans Saint Pierre, lieu par soy beau grand édifice et fort et aussi beau monceau de pierre de taille qu'on sceut en ce royaulme appres le Palais d'Avignon. Aussi estoit ce ouvrage de pape Urbain cinqme. Et ainsi n'y entroit personne sans [respecter] 3 qui c'estoit, encores ce fut pour aller a la messe et au [presche] 4, [ou, pour aller, failloit passer]5 parle fort, estantz les portes de l'église fermées. Dans lequel lieu, ainsi muni et gardé nuit et jour, se retirèrent lesd. Evesque [et]0 le Juge mage7, pour crainte desd. [fidèles]8, et sy teindrent enfermés bien long temps, comme sera dit.
Ce pendant, lesd. [fidèles] 9 augmentoint toutz jours, faisantz toutz leurs actes en liberté, quelques injonctions et commandementz q'au contrere leur fussent faictz par fois réitérées, tant par proclamations publiques que 10 par les officiers en persone ; et n'es-
1 de la religion
2 anciene
3 aviser
4 sermon
5 faisant passer les gentz « le
7 de la ville, nommé m'' Pierre de la Coste
8 huguenotz
11 de la religion 10 mot répété deux fois (L. G.)
1560 toit on sans grand dangier de sédition pour la diversité des religions, les ungs des habitant/ suyvantz le ministre, les aultres allantz en [ la messe, dont entre eulx, mesmes ceulx du populere, moins discret/, s'ensuyvoint maintz pelitz reproches, commencementz de plus grand noyse, que Dieu ne permit toutesfois.
Et en ce trouble demeura lad. ville, q' auparavant ne soloit estre qu'en tout plaisir et contentement, despuis led. mois de juillet jusques au mois d'octobre ensuyvant, que, les Estatz dupais de Langdoc mandés en la ville de Beaucaire, Mr le conte de Yillars, messire Honorât de Savoye, chevalier de l'Ordre, lieutenant gênerai du Roy aud. pais, arriva pour tenir lesd. Estatz. Et, a son arrivée, pour provoir ausd. trobles, adinena avec soy deux compagnies de gentz a cheval et feit lever les legionaircs dud. pais. A raison de quoy et pour éviter plus grand inconvénient, cessèrent lesdits [fidèles] - aud. pais [leur religion], et mesmes le ministre de Montpelier avec les principaulx de ses fauteurs deslogerent de lad. ville, sans q'aulcung pour lhors fut reserché en rien de ce fait, fors que le ministre d'Aiguesmorles, homme desia ancien, surprins, fut pendu et estranglé :f, et le governeur capitaine4 dud. lieu prins par authorilé dud. sieur conte de Villars.
Cependant et que les Estatz se tenoint aud. Beaucaire et faite la levée desd. legionaires, furent mises grosses garnisons ez villes desd. [fidèles] 5 et logés et [desfraiés] les gensdarmes chez [les fidèles, qu'on nommoit huguenaulx] °, seulement et par eulx desfraiés a la foule de plusieurs. Entre aultres aud. Montpelier feu t. envoyé ung capitaine nommé" S1 André, de la maison de Mondragon lez Avignon, en tiltre de governeur, avec trois enseignes de gentz de pied. Lequel, environ [la fin]8 dud. octobre venu a lad. ville, prind les clefz des portes, et icelles feit murer sauf deux, celle
- de la religion 3 Ms. : estrangé.
'' nu in nié d'Aisse 5 de la religion c eulx
7 le seig1' de
8 le xv
Soc. Arch. de Montpellier. 3
1560 de Saint Gilles et la Sonerie, ezquelles furent mises gardes, et en la Loge ung corps de garde tant jour que nuit, et au demeurant establi guet comme en une ville de frontière ; appres dressées poternes tant en la Loge que ez deux entrées de la ville elles armes des habitantz de lad. ville mises au povoir dud. governeur L
Le dud. octobre, au devant la maison consulere, y estantz les Consulz en robbes roges avec infinie multitude de peuple, illec assemblé a ces fins tant a voix de trompe que son de la grand cloche, par commandement dud. seigr de S1 André, fut leue et a voix haulte publiée une lettre missive du Roy, dressante aux Consulz et habitantz de lad. ville, faisant mention en somme des cboses passées en lad. ville, les exhortant par fin [s'en]- voloir retirer, avec commination aucontrere d'encorir 1' [3] indignation [dud. seigr] tant en public que particulier. Appres la lecture de laquelle lettre, du contenu en icelle faicte summaire remonstrance verbale aux assistant/ par led. seig'' de Saint André et premier Consul, q'estoit le seigr de Possan, Guillaume de Chaulme, le peuple, levant la main et criant : Vive le Roy, declaira consentir et voloir estre telz que mandé leur estoit.
[Pour lbors de l'arrivée dud. seigr de Saint André sortirent de Saint Pierre les susd. evesque et juge mage, et la garnison ostée dud. lieu.]
Quelques jours appres, led. seig'" conte de Villars, lieutenant du Roy, appres avoir proveu aux alferes ez villes de Nismes et aullres lieux voisins, vint aud. Montpelier ung sabmedi xvi de novembre, ou il fut honorablement receu par toutz les estatz de lad. ville, comme est acostumé faire.
Le mardi ensuivant, \i\ dud. mois, par son commandement fut indicte et commandée feste en lad. ville et célébrée grand procession générale, y assistant/ du corps de la ville l'Evesque, la Court des Aydes, veslue de robbes roges, ensemb'e toutz les aultres officiers de lad. ville, Consulz et innumerable multitude de peuple,
1 Al'arrivée duquel sortirent il'' S1 Pierre lesd. Evesque cl Juge mage, et dudil lieu fut levée la garnison.
- d'eux en 3 son
HISTOIRE DES TROUBLES DE LANGUEDOC Wo
1560 sans la suite de la noblesse et aultres en grand nombre de la compagnie d'iccelluy seigr conte de Villars. Avant laquelle procession fut solemnemenl dicte la messe en l'église Saint Pierre, ou led. seigr conte avec la noblesse tenoit le quartier dextre du cueur et lad. Court des Aides le senestre. Et y fut presché et fait un sermon selon la manière subjecte.
Appres, faisant la procession, l'on s'arresta devant la maison de la Ville et illec, au parvis et petit couvert, assis led. seig' coule, fut par son mandement faicte une asses longue barengue au peuple par led. Juge mage, en laquelle, discorant les choses advenues en lad. ville pour le fait de lad. religion et troubles que s'en povoinl ensuire, ilconclud par admonition au peuple de demeurer paisibles et loyaulx subjectz du Roy, a quoy led. peuple monstra son consentement, levant la main et criant : Vive le Roy !
Ce fait, led. seig1- feit faire certaines procédures de justice contre ceul.x q'on pretendoit cbefz desd. [lideles] * et avoir esmeus ces trobles. Et, pour ce qu'ils s'estoint absentés, les feit proclamera trois briefs jours, sans aultre mal leur faire que des frais de lad. gendarmerie.
De Montpellier icelluy Lieutenant de Roy, avec la gendarmerie tant a cheval que pied, s'en monta vers le pais des Sevenes et villes d'Anduze et Allez, ou avoint aussi esté faictes plusieurs assemblées en armes par lesd. [fidèles]5; et, led. pais pacifié et rasées quelques maisons de gentilzhommes chefz desd. [lideles] :!, les persones s'estantz absentées, led. seig1" vint passer le surplus de l'y ver au chasteau de Vaulvcrt, près Aiguesmorles et non gueres loing des villes de Montpelier et Nismes.
En mesme leins furent aud. pais envoyés par la Court de Parlement de Tholoze ung président et deux conseillers avec le Procureur gênerai du Roy pour procéder criminelement contre les coulpables de tout red. pais bas, ensuyvant les informations q'en avoint esté faictes par les officiels du Roy dud. pais. Lesquelz dictz commisseres, passanlz par Montpelier, allèrent faire leur séjour et resi-
1 huguenotz - de la religion 3 huffuenotz
1560 clence en la ville de Beaucaire. Toutes lesquelles procédures n'estoint faictes contre lesd. [fidèles]1 simplement pour avoir oy les prêches et doctrine des ministres, mais pour, a ces fins, avoir fait assemblées en armes, contre les commandementz de la justice, et, soubz prétexte de la religion, avoir t'ait corps de république, creantz conseil, q'on appelle le Goncistoire et ceulx qui assistoint surveillantz, et, en oultre, levée de gentz de guerre et imposition de deniers, capitnes et enseignes de guerre, ainsi q'on presupposoit. Sur quoy et des nons des persones mis en peine pour ces faitz, nous en rapportons aux actes et papiers de la justice, pour lliors [sur ce]. Et cuydoit on q' en fin y eut eue quelque grande [persécution]"2, ne feut le trespas du Roy, q' advint en sa jeunesse de xvi a xvn ans et le second an de son règne, en la ville d'Orléans, ou les Estatz generaulx de ced. royaulme estoint assemblez pour3 donner règlement [au royaulme] et spécialement ordre aux trobles excitez pour le faict de la religion.
Audit Erancois roy, deuxième de ce non, decedé, comme dit est, le cinqme de décembre aud. an 1560, succéda son frère Charles dit IXe de ce non, en bas aage d'environ dix ans et demy, par lequel changement de règne soubdain, ainsi q'est acostumé, fut fait aussi changement et mutation d'opinions, car, recullés du gouvernement du royaulme le cardal de Lorrene et le duc de Guise, son frère, et en leurs places mis messire Anthoine de Borbon, duc de Vendosme, et roy de Navarre par dame Jehane d'Allebret, sa femme, parent plus proche du sang royal, et estably lieutenant gênerai du Roy par tout le royaulme, fut la cause desd. [fidèles] et de lad. 4 religion oyée, [receue] et traictée plus doulcement. Et de fait furent parle roy a toutz ses juges et officiers envoyées lettres missives pour surceoir a toutes procédures et poursuites faictes contre lesd. [fidèles] 5 exceptés ceulx qui auroint conspiré contre la royalle maiesté.
1 de la religion
- punition
4 novelle
5 de la religion
1561 Dont fut levée la garnison de Montpelier, et revint chacun des absentz el fuitifz pour lad. religion chez soy, et y cessèrent ces tumultes, non qu'il y eut ministres precheantz au pais ny assemhlées pour le fait de la religion q'on sceut jusques au caresmes ensuyvant 1561, que [la] i religion [desd. fidèles]- commencea renaistre et se remettre aud. Montpelier, [non qu'il y eut] 3 presches ou administration des sacrementz que bien fort secrètement en maisons privées. Mais furent institués quelques jeunes enfans, lesquelz, comme si d'eux mesmes venoint *, sur le soir en quelque nombre s'assembloint soubz le couvert et parvis du Consulat, et illec. aux chandelles allumées, chantoint de pseaulmes de David en francois, et appres l'ung d'eux faisoit des prières et oraisons publiques en mesme langue, jouxte la forme de [la]5 religion [des fidèles]. Esquelz actes peu a peu s'assembloint tant de gentzde toutz estatz et sexes que merveilhes, chantant/, avec lesd. jeunes enfans. Dont les gentz de la justice et les Consulz, voyantz ceste manière de faire, en la coinpaignie mesmes de messire Pierre de Bordic, seig1' de Vil!eve, governeur de lad. ville, lhors des prières susd. se y seroint transportez soventesfois pour les en destorner tant par admonitions que commandementz, sans en ce toutesfois rien avancer. Ains toutz les soirs croissoit le nombre desd. priantz, et aultre remède n'y eut eu que user de force, que n'eut esté pourtant sans dangier plus grand. Par quoy, laissa l'on les choses en cest estât.
Et ce pendant vint certaine assemblée des Estatz extraordinaires du pais de Langdoc, mandés en lad. ville de Montpellier au x\vp de mars aud. [an], ezquelz Estatz présida pour le roy monseig1- le viconte de Joyeuse en Yiverois, nagueres par la cession du seigr conte de Villars proveu de Testât de lieutenant gênerai du roy aud. pais. Pour la venue duquel seigr et Estatz cessèrent ces prières publiques estre faictes et durant le temps que led. seig' de Joyeuse, appres lesd. Estatz, se tint en lad. ville, que fut jusques a Pasques ensuyvantz.
1 lad.
2 novelle
3 sans
4 Ms. : venoit.
s lad.
1561 Dont, appres son déspartement, les ministres de l'année précédente, scavoir mes Jehan de la Chasse et Claude1 Formy, enfantzde Montpelier, furent réintroduit/ ; et commencea l'on a prescher ez maisons privées et de jour, portes ouvertes, el y administrer les sacrementz, non obstantz plusieurs cries, proclamations par authorité de la justice faictes au contrere; mais estoint ces assemblées paisibles et sans armes.
Ce pendant a Paris, Tholoze, Provence, ou [telles]3 assemblées [des lideles] estoint faictes, le menu peuple contrere a leur religion leur coroit sus, faisant de soymesmes, sans authorité du magistrat, plusieurs prinses, bateries et meurtres [d'iceulx fidèles], singulièrement des ministres, ce que n'advint a Montpelier; mais seulement s'y esleverent quelquuns du peuple des catholiques, faisantz quelques bravades, portantzdes pains benistz [q'on appelloit] ez églises. Et premièrement ung dinienche, quatriesme de may, les laboreurs des terres et avec eulx quelques aultres du menu peuple, en nombre de xu a xvrc persones, sans armes toutesfois. s'assemblèrent, merchantz de reng par la ville avec enseigne, trompetes et taborins. El apportèrent de grandz gasteaulx [q'on nommoit] 4 pains benistz a la grand messe de l'église Saint Pierre.
Le dimenche ensuyvant, xi dud. mois, a l'imitation des hommes, les femmes des laboreurs et gentz de bas estât d'icelle ville tirent de chacun cartier de ville, comme de laSonerie, du Palais, laVaulfere et Carmes, leurs pains benictz et de mesmes, ayantz faict le tour de la ville avec haulxbois et taborins, une desd. femmes portant une enseigne ou bannière d'église au poing, et les jeunes tilles allantz premières, le poil descouvert et pendant, apportèrent lesd. pains benistz, garnis de diverses fleurs, comme estoit la costume, a lad. grand messe de Saint Pierre.
Lesquelles choses [les fidèles] 5 entendoint bien estre faites par [leur] émulation, car auparavant n'avoil l'on acostumé ainsi le faire,
1 Philippi avait d'abord écrit : « François «, songeant probablement à Maupeau : mais, currente calamo, il a corrigé : « Claude » (L. G.).
2 Natif
:i pareilles
5 cculx de la religion
lo(U combien chasque mestier en feit quelquefois. Mais, cella cessant, n'y eut aultre tumulte en lad. ville, en laquelle vivoit on en grand peine, y estantz deux religions ensuyvies, chacune par infinité de peuple, car les deux ministres preschantz, d'ungcosté, avoint beaucoup de suite et d'auditeurs ; d'aultre, en chacune des églises S1 Pierre, Nostre Dame et Saint Fermin y avoit prescheurs des plus suffisant/ q'on avoit peu trover, toutz les dimenches et festes, avec grandissime auditoire. Oultre, les festes, quelles que fussent, les catholiques chomoint et ne faisoint rien, tenantz leurs ovroirs et botiques closes ; au contrere, les [fidèles]1 cesd. jours trevailloint ouvertement, sauf les dimenches, que ung chacun honoroit. Dans une mesme maison les - pères ou les maris, femmes et enfans estoint entre eulx de diverse religion, les ungs allantz a l'église de la messe, les aultresoyr le ministre. Davantage ceulx du peuple des catholiques les festes volantz danser publiquement ez rues, selon les costumes, les [fidèles] 3, le trovantz maulvois,.les empeschoint. Dont et pour aultres dissentions yssues de la diversité des religions, s'ensuivoint plusieurs noyses et querelles privées jusques a meurtres, a quoy, pour éviter sédition, la justice n'ozoit mettre la main ; el aultre remède de la part du roy l'on ne voioit venir, pour la communaulté de pareilz troubles estantz presque par tout le royaulme.
Pour aulquelsproveoir fut, au mois dejuilet aud. an, faite assemblée des princes et gentz du Conseil privé en la Court de Parlement a Paris et, despuis, aultre des prelatz de France, a Poissi lez Saint Germain en Laye, au mois d'aoust, auquel colloque desd. prelatz fut sigé par tout le royaulme a toutz les subieetz du roy eulx trover librement qui voldroit, pour y fere les reinonstrances. Et de ce en furent publiées lettres a Montpellier le vi d'aoust.
Mais, attendant la resolution du colloque desd. prelatz et concilie national, fut par le Roy fait edit de ce q'avoit esté arresté en l'assemblée des Princes au Parlement a Paris, eticelluy publié a Montpellier un sabmedi 30 dud. aoust. Contenant led. edit plusieurs pointz touchant la religion, entre aultres plus principaulx, que led. seig1' [roy] prohiboit toutes assemblées publiques avec armes ou
1 huguenotz
2 M s. : le
3 aultres
1561 sans armes, et aussi les privées ezquelles l'on prescheroit ou administreroit les sacrementz aultrement cpie n'estoit ordonné par l'église catholique, ensuivye par les roys de France despuis la foy par eulx receue. Pour lequel edit ne cessèrent les [tîdelles] l continuer leurs actions, non obstantz aullres particulières prohibitions que, par authorité de la justice, leur fussent faictes, car disoint ilz ne contrevenir a l'edit, pour ce que par icelluy n'estoit porté faire selon l'église rommaine, mais l'église catholique généralement, laquelle, de mesmes la primitive, ilz disoint ensuivre. Et, au contrere, l'on leur opposoit que l'edit portoit sa glose, car y avoit l'eglize catholique ensuivie parles roys de France, qu'estoil tacitement la rommaine. Et pour lhors demeura ce double a vuider.
Le xxiv de vnbre aud. an 1561, fut saisie par [les fidèles] - l'église Nostre Dame de Tables, qu'ilz appellerent despuis le temple de la Loge, pour ce qu'est pies la Loge, qu'est une belle maison publique, laquelle ancienement estoit la retraicte des merchantz, avec ung grand pavé eslevé au devant, qu'estoil le Change jadis. [Et ne nommoint les fidèles les editices églises mais temples, selon le propre vocable latin.] Et fut led. temple saisi comme, le matin dud. jour, q'estoit ung mecredi, les prebstres, a l'acostumée, ovroint les portes pour dire les premières messes pour le peuple qui alloit au trevail. Furent la aulcuns desd. [fidèles] :! ace commis, qui saisirent les clefz dud. temple sans user d'aultre rigueur. Ains, venu a ce bruit le premier consul, me Jaques David, docteur ez droitz, seigr de Montferrier, avec aultres consulz et la famille de justice ordinaire, de laquelle le premier consul île ladite ville avoit charge connue \iguier et consul, et assistant/ aulcuns notables personages, furent les meubles et reliqueres de ladite église inventariés et mis au trezor de la maison de la ville. Et ced. jour mesmes fut fait en lad. église le premier prêche [desd. fidèles] l par Me Claude Formy, F ung des ministres, sans que pour lhors [lesd. fidèles] 5 demolis-
1 ceulx de la novele religion
2 lesd. de la religion
3 huguenotz
1 desd. di' la religion
5 ilz
1561 sent aulcunement les aultels ny les images dud. temple. Et continua l'on y prescher toutz les jours, et deux fois les dimanches, au sou de la grand cloche, paisiblement et sans controverse, augmentantz toutz jours le nombre desd. [fidèles] '.
Nous lairrons faire mention de ce qu'en mesmes saison esloit fait a Poissi au colloque des prelatz et concile national de France, ou se t roverent six cardinalz : c'est celluy de Tornon, de Lorraine, Borbon, Chastillon, Arminbac et Guise, cinquante cinq arcevesques ou evesques, imxx ou cent théologiens, religieulx ou aultres ; et, de l'aultre bande, ensuyvant la permission du Roy, [les fidèles]2 des plus principaulx de France avec leurs ministres, tant ordinaires de France qu'est rangiers du pais de Genève et Suisse et plus anciens cl doctes, [pour faire leste], desquelz les premiers et disputantz estoint : Pierre Martir, ylalien, Théodore de Beze, Marc Laurat, francois, et aultres persones de grand doctrine illec venus soubz sauf conduit. Avec lesquelz personages des deux religions fut led. concilie commencé aud. Poissi le neuf1' du susdit mois de \n'"'\ en présence du roy séant en maiesté, combien fut jeune d'aage, a cousté de la royne sa mère, Madame Catherine de Medicis, du roy de Navarre, son plus proche et chef du Conseil de France, et aultres princes et grandz seigneurs et infinie multitude d'officiers de Paris, gentz de lettres de tout le royaulme.
A laquelle assemblée furent les premiers introduitz el ois les ministres de [la]3 religion [des fidèles], accompagnés de \\ a xxv depputés de leurs églises de France, pour lesquelz parla et porta la parolle le susnommé de Beze, homme fort docte et très éloquent, discorant tout au long les articles de [la]4 religion [desd. fidelles], selon les mérites d'icelle. Au confrère, pour l'église gallicane des catholiques et clergé de France, fut prié parler et respondre aud. de Beze Monseigr Charles, cardinal de Lorrene, arcevesque de Reims, frère de Monsr le duc de Guise, aagé d'environ 35 ans, homme de scavoir et éloquence fort rares pour le temps, considéré son estât, dignité et
1 de la religion
- de ceulx de la novelle religion
:i lad.
4 leur
-t- LA REFORME A MONTPELLIER
Kitll lieu de son extraction. Dont feit il sa responce par devant le roy et telle assemblée que devant, le xvn dud. vnbre, respondant a tout le discours et dire dud. de Beze aullant eloqucnteinent qu'estoil possible.
Et a la vérité des Escriptnres ne les trovoit on fort differentz en substance, comme les discours des harengues de toulz deux tesmoignent, lesquelles, pour leur longueur, n'avons escriptes, joint que cella apartient aux croniques universelles du royaulme, et davantage qu'elles ont esté publiées et rédigées par escript et imprimées de chasque part avec les actes dud. Concilie national et colloque de Poissi. Laissé donc ce fait *, revenant au particulier de Languedoc2.
Durant ce temps, a Beziers, aulcuns [fidèles]3, s'estantz assemblés et ayantz ministre, voleurent se manifester et publier, comme a Montpelier ; mais, pour leur petit nombre, n'y peurent parvenir. Ains, ayantz [pour adversaires] 4 les principaulx delà ville, [lesquelz firent venir en icelle] 5 Monsieur de Joyeuse, lieutenant du Roy, avec force6, fui le ministre saisi sans plus estre veu. Et ainsi cessa lad. religion aud. Beziers pour l'heure.
A Montpellier commencèrent les troubles plus que auparavant, car Messieurs de Saint Pierre, par congé de Monsieur de Joyeuse, ainsi q'on disoit, mirent garnison dans leur fort et icelluy munirent de ce q'appertenoit a la guerre. Dont [les fidèles]7, irrités et prevoiantz par ce lieu leur povoir estre fait dommage, commencèrent aussi s'armer de leur part et faire la nuit guet en armes, et aulcuns d'eux de basse condition prendre telle audace qu'ilz, de beau jour, a troppes alloint par la ville avec armes et gros basions, frappant/, d'ieeulx les prebstres et religieux tant qu'ils en trovoint. Et ces bastons nommoint espossetes, dont vint en proverbe l'espossette de Montpelier. Et, la nuit durant, n'oyoit on que coups d'arquebozades
1 de quoy nous remettrons a l'histoire particulière sur ce dressée.
- nu
:| desd. de la religion
1 au contraire
5 s'y transporta
'■ el
: ceulx de la religion
1561 par la ville, sans aultres excès que, soubz prétexte de religion, ce populaire faisoit tant aux champs qu'en la ville, bien troblée a cause de ce et desnuée de l'Evesque, de Governeur, de Juge mage, qui s'estoint absentes. Et creurent tellement ces tumultes que lesd. [fidèles]1 commencèrent ouvertement faire la guerre contre ceulx de Saint Pierre, leur tirantz grandz coups d'arquebozades et les aultres contre eulx -.
Le dimenche xix d'octobre, commencèrent [les fidèles]3 assiéger led. Saint Pierre, tant des murailles de la ville voisines que des maisons du Palais et Sainte Croix prochaines dud. lieu et posées en lieu hault, pour batre aux crene aulx dud. Saint Pierre. Et ce jour furent faitz quelques meurtres d'ung costé et d'aultre. Le soir et nuit venant, les [fidèles] l bruslerent la grand porte duPlain du Prcbvost q'on appelloit. Et, ce fait, saisirent les maisons dud. Prcbvost, archediacre mage et greniers joignantz le fort, pour, de ces lieux, par sappe ou aultrement, faire bresche a couvert aud. fort. Durant ledfeu et approche, les assiégés sonoint la grosse cloche en toquesain, pour esmovoir le peuple de la ville a leur ayde, q'estoit piteuse chose d'oyr. Mais ame ne bogea, tant estoné l'on estoit, joint que lesd. [fidèles]5 estoinl aussi la plus part de la ville et en nombre vu ou vmcc persones et parmy eulx force estrangiers, illec conduitz tant par l'espérance dugaing et pillage du trezor y estant que aultrement. Ceulx dud. Saint Pierre avoint led. dimenche mis une ensegne sur une des tours q' a voit fort animés lesd. [fidèles]6, laquelle ensegne toutesfois les Consulz et aultres notables persones avoint moyené faire lever. Led. dimenche appresdisner encores l'on preschoit aud. Saint Pierre quant lesd. [fidèles]7 vindrent l'environner, dont plusieurs chanoines et aultres de la ville n'ozerent sortir, craignant? d'estre offensés, par quoy arresterent céans a leur grand
1 de la religion
2 et
3 lesd. de la religion
4 assiegeantz
5 de la religion
6 assiégeant/.
1561 inconvénient. Aussi dans led. lieu pour [se fortifier?] < avoint tnutz les prebstres et religieux apportés leurs reliquaires, et plusieurs des habitant/ des meubles.... -.
Le lundy x\ dud. mois, de matin, les chanoines estantz dans led. Saint Pierre firent entendre a quelques de leurs amis de la ville que pour Dieu l'on les secoreut. Par quoy incontinent plusieurs des notables persones des catholiques, voire [des fidèles] 3 de leurs amis, considéré qu'il y avoit céans beaucoup d'honesles persones et grand trezor et le dangier et scandale qu'en porroit advenir, si la force y passoil, y accoreurent en diligence, entre aultres me François de Chefdebien, gênerai des finances, le seigneur de Laverune lez Montpelier et aultres, de toutes les deux religions, présent m" Jehan Perdrier, procureur du roy au governement. Lesquelz, pour capituler l'accord, moyenerent faire sortir du fort a seurté deux des principaulx de l'église y estantz : c'est un archediacre nommé de Manso et le secretain, nommé Alquier. Entre lesquelz en somme et les chefz desd. [fidèles] * estoit le tout appointé par le moyen des susd. gentz de bien moyeneurs de l'appointement, scavoir est que les chanoines et habituez de lad. église y demeureroint sans armes et munitions, faisantz leur service acostumé; les soldats et gentz de guerre sortiroint avec leurs armes, et seroint mis hors la ville a leur volunté; et que certaines pièces de faulconeus, que lesd. chanoines avoint mises dans leur fort, seroint mises en l'hostel et maison delà ville.
Et, comme estoit l'on a mettre a exécution cest appointement, et que les capitaines [des fidèles] 5 avoint0 desia fait escarter une grand partie de leurs gentz des environs dud. Saint Pierre, pour plus librement et seulement faire sortir ceulx de dedans, par grandissime inconvénient ou permission de Dieu, quelcung de la garnison de Saint Pierre deslachea quelque pistolet a feu et occist ung des habitant? [du nombre des fidèles] 7. Pour lequel coup fait bruit en la
1 seurté
- Ici un mot fortement bâtonné (L. G.).
5 de la religion
6 M s. avoit.
7 de dehors