Les Conversions
Impossibilité d'en dresser une statistique. — Caractères généraux des cas relevés. — Calvinistes passés au catholicisme : parmi les gentilshommes, dont certains magistrats, Pierre de Bonnail, les
1 Gariel, Epitome rerum in Occitanïa etc., p. 20. — C'étaient George Seharpe et Laurent Coudin (Arch. de l'Hérault, C, Trésoriers de France, reg. de 1619, fos 87 v°, 88 et 89). Le premier, au moins, bientôt déclaré catholique.
2 Délib. du Conseil de Ville du 20 juillet 1020. :; Délib. du Conseil de Ville de ce jour.
* Ainsi se réalisait une prédiction du 15 novembre 1561 par le cardinal de Châtillon, que rapporte le nonce apostolique Prospère» di Santa Croce : « Ma dice che il popolo, vedendo la riformatione ei buon viver del Clero.,, si ritrarra a poco a poco » (Aymon, t. I"', p. 11..
Durant de Valcourtois, les David, des Manni, de la Roche, Saint- Ravy, d'Albenas, d'Estève; dans lu magistrature, les de Rozel, le président d' Anditze,, Arnaud Pascal, Etienne de Ratte, deux Ranchin, Jean de S arrêt, le président d'Agel, le président Tuffany, Mariotte, Laurent Fizes, les de V Abbaye ou Labadie, Pierre Blay, les de Trinquaîre, Isaac de Joubert, Rudavel, de Valobscure, Montchal, les d' Aimeras, les Vignes ; parmi les professeurs, le chancelier Ranchin, les deux Solas, Varanda, Abrenethée, Scharpe ; parmi les procureurs, Tondut, Saillens ; dans h' commerce, Maffre, Gentil, Toutjart, Salgues, etc.; les Puechségur ; parmi les artisans, la famille Ah/nier, Thomas Régis, etc.; convertis devenus clercs, Bandier, Vidérg, etc.; le ministre Laurens. — Catholiques passés au calvinisme : Dammartin, gouverneur ; deux cordeliers, le carme Péris, etc. — Malgré tout, les naissances catholiques ne l'emportent pas encore numériquement sur les calvinistes ; pourquoi cela ; cependant V augmentation g est quatre fois et demie plus forte.
Il est absolument impossible aujourd'hui de dresser un état complet des abjurations antérieures à 1685, tant pour un culte que pour l'autre. En ce qui concerne les acquisitions catholiques, même pour la période la plus moderne, celle qui s'étend de la prise de la ville en 1622 par Louis XIII à la Révocation de l'Edit de Nantes, le curé en 1660 atteste qu' « il n'a esté tenu aucun registre ny mémoire de ceux qui ont abjuré l'beresie et fait profession de la religion catholique, apostolique romaine l » ; et antérieurement, soit qu'il y ait eu semblable négligence de la part du clergé, soit qu'il faille attribuer le fait à la perte des archives ecclésiastiques dans l'incendie de la Ganourgue en 16-21 2, le même effet est produit par l'absence de documents. Quant aux acquisitions des calvinistes, leurs registres baptistaires. beaucoup plus complets et mieux tenus que ceux des catholiques, n'en portent pas davantage mention, et l'on sait que ceux du Consistoire font défaut. C'est donc seulement en glanant de ci de là qu'il a été possible de relever, pour toute la durée de l'otage,
1 Chroniques et Documents, p. 468, note \t. - Voir chap. VU.
les noms qui vont suivre. Ils ne sauraient par conséquent avoir la valeur d'une statistique l, mais on leur trouvera, ce semble, la portée générale d'un avantage évident au profit du catholicisme, et la saveur de cas souvent spéciaux et caractéristiques.
Les quelques détails dont les noms s'accompagnent, permettront, en effet, de constater : 1° en fait de causes formulées ou entrevues de ces passages du calvinisme natif au catholicisme embrassé : l'éducation dans les écoles catholiques 2, les mariages mixtes3, l'action des prédicateurs k ; •2" comme répartition sociale des cas, la généralisation du mouvement, surtout son abondance dans les rangs des magistrats ; 3° la signification toute particulière de plusieurs retours, mettant en opposition alternativement la mentalité et la conduite de trois générations directes dans certaines familles, où l'adoption de la Réforme protestante ne fut donc qu'un accident.
Ceci posé, parcourons, seulement de 1585 à 1020, d'abord, pour les calvinistes devenus catholiques, les classes de la société, en commençant par les gentilshommes.
La famille de Sarret avait été, surtout comme possédant la seigneurie de Saint Jean-de-Védas, un ferme soutien du protestantisme, embrassé par elle dès ses débuts5. Or nous allons retrouver Jean, membre de la branche cadette, parmi les magistrats convertis. Mais, à cause de sa qualité de gen-
1 Sans parler des conversions dues aux PP. Humblot et Garcin en 1002 el 1003 (Voir pp. C01 et 003), les chiffres de 120 en 1603-1604 (Voir p. 609), de 22 en 1608 (Voir p. (520), de 40 en 1009 (Voir p. 029) dépassent infiniment les cas recueillis ici.
- D'où les défenses portées par les synodes (Voir pp. 616 et 021 et surtout : L. Guiraud, Par qui fat converti Jean Plaiitavil de la Panse en 1604 dans Revue historique du diocèse de Montpellier, 5e année, pp. 145-155).
3 Dés 1597, Guillaume de Reboul [Les Salin ont' es, p. 28) disait aux ministres : « N'espouvantez vous pas du bruit de vos Foudres tous ceux d'entre vous qui s'allient par mariage aux catholiques? » Le t'ait étail donc notoire.
4 Voir noir 1.
5 Voir pp. 151 e1 371,
Fil-homme, il devait être indiqué déjà ici, ainsi que Pierre de Rozel, seigneur de La ('lotte, Baulin d'Airebaudouze, baron d'Anduze, Jean de Beauxhostes, seigneur d'Agel, Jean de Trinquaire, seigneur des Baux, Samuel de Trinquaire, seigneur de La Greffe, Timothée de Montchal, seigneur d'Aumelas. Car on assiste, par cette constatation, au mouvement inverse d'exemple et de propagande donné jadis par des gentilshommes terriens instruits au profit de la Réforme protestante, et dont certains exemples, — aisés à multiplier au besoin, — ont été signalés.
François de Bonnail alias Bonnal, gradué de l'Université montpelliéraine *, docteur et avocat, seigneur de La Baume près Ganges, avait été ce député aux Etats de Languedoc qui, en 1561, réclama un temple pour les Nimois 2. Pierre et Guy, deux de ses fds, furent ensemble seigneurs de La Baume après lui3. Protestants de marque, alliés cà d'autres4, ils étaient fort en vue. Mais voici Pierre de Bonnail se déclarant catholique déjà le 24 septembre 1600 5. Afin sans doute de suivre en liberté le culte qu'il avait choisi, il quitta Ganges pour Montpellier6, où, le 27 avril 1603, l'ayant postulé avec instances, il fut reçu pénitent-blanc'7.
La famille montpelliéraine des Géselly, qu'a illustrée l'héroïne de Leucate, aurait-elle, à un moment donné, embrassé en corps le calvinisme ? C'est la un problème à élucider, qu'il serait fort intéressant de résoudre quant à Françoise, mère ensuite de deux jésuites et femme d'une piété admira-
1 Voir p. 75.
- Séance du 26 novembre 1561 aux Etats de Béziers. :i Délit), du Chap. cathédral du 30 octobre K307. — Min. de Tandon, étude Cornier, reg. de 1597-1603, f° 83.
4 Leur sœur Françoise avait épousé Pierre Blancard, général aux Aides (Voir note suivante).
5 Testament du 24 septembre 1600 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1600-1601, f° 395 v°).
''• Ibidem.
7 « Il a esté curieux d'apprendre exactement les statuts, en uuoy il auroit percisté avec beaucoup de patience, attendant le bon plaisir de la Compagnie » (pélib. des Pénitents-Blanes de ce jour).
ble '. En tout cas, son père, le président Jean, seigneur de Saint-Aunès, vivait en catholique très particulièrement convaincu-. Mais il avait un frère, Claude, seigneur deNavitaux. Les deux branches tombèrent en quenouille : Françoise, fille de Jean, épousa Jean de Boursier, de la famille des seigneurs de Barry en Rouergue; Bernardine, fille de Claude, un gentilhomme des environs de Meaux, Simon de Durant, seigneur de Valcourtois, militant des guerres et, comme tel, doté par son maître, Guillaume de Montmorency-Thoré:î. De l'union de ceux-ci, célébrée selon le culte calviniste, naquirent trois enfants : Jean, Henri et Madeleine 4. Tous se sont convertis au catholicisme, et certainement ici Françoise de Céselly a pu exercer une certaine influence, car c'est son homme de confiance, Bernard de Vie, qui ment; Jean, de Durant au collège des Jésuites d'Avignon5, tandis que le curateur du jeune homme est Jean Finot6, un catholique zélé7. Aussi le jeune homme se dit-il catholique déjà le 25 juin 1602 8, et c'est une catholique qu'il épouse en 1C05 '■'.
Henri de Durant, catholique aussi, conclut peu après un mariage mixte, qui était et demeura un roman d'amour. Chez son beau-frère, Jean de Senglar, il avait rencontré la
1 Sur elle, voir : Paul Dudon, Etablissement des Jésuites à Montpellier, dans Mélanges etc. publiés à Voccasion du jubilé épiseopal de Mgr. de Cabrières, t. II, pp. 220 et 246 et suivantes.
- Il faisait célébrer annuellement un trentain de messes grégoriennes (Arch. de l'Hérault, H, Carmes du Palais : reg. de comptes).
n Contrat de mariage du 7 août 1378 (Min. d'Ant. Chaugier, étude Blain, reg. de 1578-1580, f° 4 v°).
4 Testament de Jean de Durant du 25 juin 1002 (Min. de Noël Planque, étude Blain, reg. de 1602, f° 584 v°).
5 Min. de Jean Roussel, étude Blain, reg. de 1606, f° 176., ,; Ibidem.
7 On le voit assister aux assemblées des catholiques [Chron. et Doc, p. 423) et s'enrôler parmi les Pénitents-Blancs (Rôle des confrères au premier registre des délibérations).
8 Voir note 4.
lJ Contrat de mariage avec Madeleine Perdrier Min. de Julien Paretz, étude L'esté, reg. de 1605, f" 459).
nièce et pupille de celui-ci, Marie Saporta '. Malgré la diversité des religions, leurs cœurs se rapprochèrent. La recherche du jeune de Valcourtois, agréée par la grand' mère et par le tuteur de la demoiselle, aboutit à des pactes de mariage, le 24 octobre Ki05. Le fiancé s'y engageait à respecter les croyances et les pratiques de Marie Saporta, à la seule mais indispensable condition de célébrer le mariage selon le rite catholique. Là-dessus l'oncle paternelet la tante maternelle de la fiancée s'empressèrent de porter plainte pour cas d'excès contre le tuteur et le prétendant. D'où séquestration judiciaire de la jeune fille, isolée d'eux et confiée à la garde d'une matrone étrangère. L'épreuve ne dura, d'ailleurs, qu'une quinzaine de jours et se termina par un accord général de famille, que consacra la présence de toute la haute société montpelliéraine 2. Le couple vécut dix années d'union parfaite, sinon de complet bonheur, car il n'avait pas d'enfants et la santé d'Henri, ébranlée dès 1609 3, devint critique en 1(515 'l. II mourut en automne 5. On a la preuve des sentiments réciproques de toutes ces âmes si élevées. Françoise de Géselly était alors moribonde aussi. Malgré l'état mesquin de sa propre fortune, et probablement pour réparer une bien singulière injustice de famille commise contre elle, en oncle avide et peu honnête, par Claude de Céselly, Henri voulut mettre son illustre parente à l'abri de toutes revendications. C'est sous une telle condition qu'il légua à sa femme son héritage onéreux6 et Marie Saporta y acquiesça, en déclarant « qu'elle a tant aimé led. deffunct sr de Valcourtois, son mary, que, pour l'honneur d'icelluy, elle accepte son héritage
1 Fille de feu Jean, vice-chancelier de l'Université de Médecine.
'2 Contrat de mariage du 18 décembre 1605 (Min. de Noël Planque, étude Rlain, reg. de 1605, f° 1173).
:! Son testament du 22 mai 1609 (Min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1609, f° 395).
4 Son testament du 24 août 1015 (Min. de Samuel Vidal, étude Blain, reg. de 1615, f° 371).
5 Accord du 2 novembre 101") [Ibid., i'" 478 v°).
6 Voir note 4.
purement et simplement)), et non sous bénéfice d'inventaire L Madeleine de Durant, enfin, bien qu'ayant épousé en premières noces Jean de Senglar-, parent du fameux capitaine, et lui-même protestant, devint catholique et contracta un second mariage avec Charles Le Comte 3.
On n'aura point oublié le rôle si actif joué dans l'établissement politique du protestantisme à Montpellier par l'avocat Jacques David4. Quels que soient les moyens pris par lui pour acquérir rang de gentilhomme, il l'était devenu, et tous les siens avec lui. C'est pourquoi il en est question ici. Il laissa trois fils et une fille. L'un de ceux-là, probablement né d'un premier mariage, habita Paris5 et sa trace se perd. Mais Pierre David fut l'héritier de la seigneurie de Montferrier. Docteur et avocat, il devint professeur de lois. Dès le 15 juillet 1601, il est mentionné comme un des quatre syndics des catholiques montpelliérains6. Pourtant, le 2 mars 1003, clans son contrat de mariage avec Catherine Perdrier, il se prête à une union cà célébrer selon le culte calviniste 7. Il est donc vraisemblable qu'il fut un de ces catholiques dont la foi était vacillante cà ce moment, mais fut affermie 8. De fait, on le voit faire baptiser catholiques les enfants issus de cette union9, et son beau-père, Barthélémy Perdrier, se déclarer
I Min. de Samuel Vidal, étude Blain, reg. de 1615, f° 1(33. '- Voir p. 637, note 4.
:î C'est, en effet, de cette Madeleine de Valcourtois seule qu'il peul s'agir dans le baptême catholique de Madeleine Le Comte, fille de Charles Le Comte et de demoiselle de Durant de Valcourtois, le 24 avril 1616 (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 209, f° 85), car Henri n'eut pas d'enfants, vient-il d'être dit, et d'ailleurs lui et son frère s'étaient mariés fin 1605 seulement.
4 Voir pp. 166 et suivantes.
r' Philippe, financier (Arch. de l'Hérault, E, fonds Léoncini, min. de Rermond de Laval, reg. de 1602-1603, f° 47).
II Délia, du Conseil de Ville de ce jour.
7 Min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1603, f° 181. s '< Innumerabiles Ecclesi;e confirmât!, qui vacillabant » [LUI cru' anntias île 1604, Ad Collegium Avenionense. Communication du P. Paul Dudon). 9 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 209, f° 17 v°).
tel '. Le frère cadet de Pierre, Jean-Jacques David, collégië de la Chapelle-Neuve, était allé l'aire son éducation au collège des Jésuites de Tournon -. Docteur et avocat, il fut reçu pénitent-blanc de Montpellier3, ensuite se fit chartreux à Villeneuve-lez-Avignon sous le nom de frère Fidèle'1. Enfin leur sœur, Marguerite David, épousa Claude de Jaule, catholique fervent, et le fut certainement5.
Descendants de marchands italiens et devenus seigneurs de La Tour-lez-Juvignac, les Manni, alliés aux Rocheblave de Gévaudan, avaient fourni au calvinisme un ministre6, de fervents adeptes7, même un transfuge catholique temporaire, le chanoine Pierre8. Dans l'ensemble, on peut dire qu'elle marquait entre les protestants. Après Jean'-1, Bertrand1". Vincent11, Antoine l2 furent successivement seigneurs de La
1 Testamenl du 9 juillet 1G16 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1G1G, f° 561).
^ Ibid., reg. de 1587-1591, f° 472.
:î Le 27 avril 1603 (Premier registre de délib. des Pénitents-Blancs).
4 Quittance du 12 février 1609 (Min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1609, f° 143 v°), où l'on voit que Jean-Jacques avait testé le 6 juin 1606 en faveur de son frère Pierre. On ne peut s'empêcher d'établir une corrélation entre ces deux ordres de faits : conduite de Pierre (Voir p. 639, note 7) et constatation du P. Destrictis (Voir p. 639, note 7), d'une part ; zèle catholique de Jean-Jacques et nom de religion choisi par lui, d'autre. Il semblerait, (pie l'attitude du cadet a été comme une protestation pour celle de l'aîné.
5 Baptême de leur fils Jean le 15 août 1608 (Arch. mun. de Montpellier, reg. 208, f° 3).
fi Michel Manni (Voir ce nom).
" Dans son testament du 21 février 1565 (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Nicolas Talard, reg. 19, f° 5 verso), Bertrand fait une déclaration de calvinisme jusqu'à la mort. Sa fille Marguerite épousa Guillaume du Pleix (Arch. mun. de Montpellier, CC, compoix après 1600, Sainte- Foy, f° 30).
8 Pierre Manni (Voir ce nom).
9 Testament, de sa veuve Delphine de Rocheblave (Min. de Pierre dé Nemause, étude Grollier, reg. de 1575, f° 167 v°).
10 Voir note 7.
11 Voir p. 641, note 1.
'- Voir p. 641, note 2.
La réformf. catholique: 641
Tour. Or on indique le catholicisme de filles de Vinrent > al d'Antoine2. Bernardin de Venero, beau-frère de ceux-ci3, qui souvent occupa des emplois officiels pendant la .domination protestante'1, fut aussi parrain de la petite Florette5. Michel de la Roche, de famille uzétienne militante6, avait été associé par les catholiques contemporains au ministre La Place et au consul La Tour7 dans le reproche d'avoir sapé la tour de l'Aiguille à Notre-Dame des Tables 8. Si, vraisemblablement, il est mort protestant9, comme il avait vécu 10. son fils Louis de la Roche, le propre filleul de Louise de Glermont, duchesse d'Uzès11, était, cela au moins le 21 septembre 1614, devenu catholique12. Peut-être l'exemple de son parent, d'une autre branche, Jean de la Roche, receveur
1 Le 24 janvier 1591 baptême catholique de Florette, fille de Vincent (Arch. mun. de Montpellier, GO, reg. 1, f° 44 . Néanmoins voir, p. 564, note 5, le testament calviniste de ce Vincent.
2 Le 4 novembre 1587, sépulture catholique de Jacquette, fille d'Antoine [Ibid., f° 63 v°).
:i Voir p. 040, note 9.
4 On le trouve surtout collecteur de taxes.
5 Voir note 1.
e Louis de la Roche, viguier d'Uzès, avait été même condamné à mort pour sa participation aux guerres (Citron, et Doc, p. 402).
7 Guillaume du Pleix, gendre de Bertrand de Manni (Voir p. 040, note 7).
8 Voir p. 440.
9 Le 12 avril 1582, il faisait un testament dans ce sens (Arch. de l'Hérault, E, fonds Léoncini : min. de Bermond de Laval, reg. de 1574-1582, f° 721). Mais il dut en rédiger un autre, n'ayant pas alors les enfants qu'on lui voit ensuite.
10 Son fils François fut présenté au baptême par François des Ursières, seigneur de la Vaussière (Arch. mun. de Montpellier, OG, reg. 317, f° 84 v°) ; sa fille Marguerite, par Arnaud du Faur, gouverneur (Ibid,, reg. 318, f° 102 v°j ; pour Louis, voir note suivante.
11 Donation, le 21 décembre 1590, de Louise de Clermont, devenue la voisine immédiate de Michel de la Roche, puisqu'elle habitait la maison de Guillaume de Chaume, seigneur de Poussan (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1587-1591, f° 499 v°).
12 Ce jour-là il représente un parrain protestant, le receveur Saporta, au baptême catholique de Louis Le Comte (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 209, f° 55 v°).
Soc. Arch. de Montpellier. 41
des tailles au diocèse de Viviers, qui avait épousé une Catherine de Durant, et qui fait actes de catholique1, l'y avait-il décidé.
C'était aussi une famille dès les débuts inféodée au protestantisme que les Sanravy ou Saint-Ravy : les uns propagandistes par la parole, comme Nicolas, Guillaume, Antoine, un autre par le fait comme Michel2. On y relève néanmoins devenues catholiques : Marguerite de Saint-Ravy 3 et Jeanne de Saint-Ravy 4, en attendant une autre recrue après 1622.
Avec Louise d'AWenas, marraine d'une Dammartin, le 24 avril 1588 5, on constate à la fois deux exemples de retour au catholicisme en des familles marquantes de la région, dont la première s'était signalée surtout à Nimes depuis les origines du protestantisme.
La branche des cl'Estève ou d'Estienne qui resta à Marseillais tandis que celles de Praclilles. d'Aimeric, de Carlencas émigreront à Montpellier 6, a fourni un converti au catholicisme dans la personne de Pierre d'Estève, bayle de Marseillan. qui. le 18 août 1604. fut parrain du jeune Pierre Blay \
Ville de juridictions diverses et importantes, Montpellier, a-t-il été dit, devait attirer, attira de fait largement l'immigration protestante. Or, dans cette portion de sa population nouvelle, les conquêtes du catholicisme parmi les magistrats sont véritablement frappantes. Par les dates où on les voit se
1 Dès le 12 octobre 1612, il fait ondoyer catholique son fils Claude, que tint, le 24 avril 1014, l'évêque de Lavaur, Claude du Verger (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 209, f° 38 v°). — Le 9 mai 1015, il participe à une assemblée de catholiques (Arch. de l'Hérault, II, FF. Prêcheurs de Montpellier).
2 Voir à ces noms.
3 Marraine' le 30 octobre 1594 (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 2, f" 71 v°).
* Marraine le 24 avril 1010 (Ibid., reg. 209, f° 85). 5 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 1, f° 31. Cf. f° 13, pour un autre fils de Pierre de Dammartin.
'• Il en sera question au chap. VI § n.
7 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 4, p. 30.
LA REFORME CATtiOLÎQUE 643
produire, de même que par certains détails recueillis, il semble qu'elles soient surtout le fruit des prédications et des controverses, spécialement du dominicain de Lemos et des jésuites Destrictis et Adam. Mais la conversion d'Henri IV paraît également avoir donné aux hésitants et aux timides le courage d'affirmer leurs convictions et de revendiquer leurs droits. Les magistrats seront classés ici par cours.
Il a été déjà plus d'une fois question de Pierre de Rozel, seigneur de La Glotte et beau-frère de Claude Baduel. Venu de Nimes comme premier président aux Aides et converti de même que son fils Charles de Rozel, lequel mourut étant sur le point de lui succéder, ce haut magistrat fut un ferme soutien du catholicisme1. Mais je n'ai pu préciser la date de retour ni pour Pierre ni pour Charles.
Au contraire, c'est positivement la nuit de Noël 1608 que Raulin d'Airébaadouze, président aux Aides depuis l'année précédente, s'étant confessé au jésuite prédicateur Galtier, s'approcha du sacrement de l'Eucharistie avec la plus extrême piété2. Désormais il se montrera catholique actif3. Or, ce Raulin. d'abord seigneur de Fressac, était le second fils de François, baron d'Anduze et président aux Aides, et de Catherine du Moys. Il avait succédé comme baron d'Anduze à son frère François'* et en lui s'éteignit dans les mâles la branche aînée. Quand on songe au rôle de militant de son père, à celui de son oncle Pierre comme ministre, il est impossible de n'être pas frappé de la portée de ce changement de religion. Marie d'Airebaudouze, fille du président, suivit son exemple 5.
Arnaud Pascal était ce général aux Aides qui, par un mariage célébré selon le rite calviniste, était devenu beau-frère
1 Voir à ces deux noms.
2 Litterse annuae de 1608, p. 289.
3 II figure dans une assemblée tenue le 20 décembre 1610 en faveur des Capucins (Arch. de l'Hérault, H, Capucins de Montpellier).
4 Testament de Catherine du Moys du 22 avril 1586 (Min. de Noël Planque, étude Blain, reg. de 1586, f° 433).
5 Elle est marraine catholique le 30 octobre 1609 (Arch. niun. de Montpellier, CG, reg. 208, f° 23 v" .
des Philippi1 ; mais, dès le 19 octobre 1586, il est mentionné comme parrain catholique -.
Le cas à" Etienne de Ratte, marié au temple le 8 avril 1565 à Marguerite de Gallian, de Beaucaire 3, est analogue, car, le 7 décembre 1585, il fit baptiser catholique son fils Louis *. C'était le propre frère de l'évêque Guitard, lequel fit lui d'abord, ensuite sa femme ses héritiers et exécuteurs testamentaires5.
Par Etienne, le célèbre professeur de droit, chef de la famille, tous les Ranchin étaient devenus protestants, et l'on a vu le rôle qu'avait joué tout récemment Guillaume, l'un de ses six fils. Un autre, Jean, était général à la Cour des Aides depuis 1576 6. Il avait épousé Jeanne de Gastillon7. Leur fils Etienne devint, après lui, général en 1610 8 et il épousa Glaire de Griffi 9. Cet Etienne Ranchin se convertit le premier : lorsque le 16 mars 1614, il fait baptiser son fils Jean, il faut que son père , parrain , soit représenté par Pierre Ranchin, capiscol d'Agde10. Mais l'exemple d'Etienne fut suivi par Jean Ranchin, fort âgé11, et suivi ou donné par François, le chancelier, que nous retrouverons bientôt en parlant du corps professoral. Quant au Pierre Ranchin, capiscol d'Agde. dont il vient d'être question, vraisemblablement il était ce fils de Jean, baptisé protestant le 10 août 1587 i2.
1 Chroniques et Documents, p. 8.
2 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 1 , f° 19 v°.
3 Ibid., reg. 315, f° 55 v°.
* Ibid., reg. 1, f" 14.
5 Annexes d'Ant. Comte, étude Cornier, vol. de 1576-1391, f° 433, 5 juillet 1590 ; vol. de 1591-1597 (sic), f° 279, Ier mai 1600. G D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 598.
7 Min. de Jacques Brézègues, étude Blain, reg. de 1021-1622, f° 07.
* D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 599.
9 Contrat du 23 juin 1011 (Min. d'An). Comte, étude Cornier, reg. de 1011, f° 944 v°).
10 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 209, f° 36.
11 Gariel, Discours de la guerre faite contre ceux de la religion prétendue réformée (A. Germain, Pierre Gariel, p. 379). — Sur les difficultés qui se produisirent aux obsèques du général Ranchin et les profanations de cadavre du père, voir chap. VII.
12 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 318, f° 101.
Jean de Sarret, fils de Philippe et son successeur en 1608 comme général aux Aides1, appartenait à la branche cadette des seigneurs de Saint-Jean-de-Védas, et il ne faut point le confondre avec son oncle et homonyme, qui portait alors le titre seigneurial2. Pourtant, avec une pareille parenté, il se fit catholique et fut admis pénitent-blanc, le 8 août 1604 3.
La Chambre des Comptes avait depuis 1591 pour premier président Jean de Beauxhostes, seigneur d'Agel4. Ce fils de Simon, président aux Aides, et de Marguerite de Mares, — lesquels avaient fait baptiser protestante leur fille Marie5, — était-il alors déjà catholique \ Toujours est-il qu'on le trouve comme tel parrain le 30 juin 1592 6 et que, quelques mois après, l'évèque Subjet tient sur les fonts un Antoine, fils de Jean7. Catholique militant et influent, Jean a été ou sera souvent visé dans cette Etude, car, cà la mort de Pierre de Rozel, M. d'Agel, comme on l'appelait, devint le chef politique de ses coreligionnaires.
Pierre Tuffany, maître à la Chambre des Comptes en 1589 et président en 1592 \ était tils de Guillaume et de Marguerite Sandre9. Son père avait acheté l'ancienne Cour du Bayle et l'avait rétrocédée pour un temple 10; sa mère appartenait à une famille dévouée au protestantisme, et qui en était encore un
I D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 598.
- Ce Jean, fils de Jacques, lui avait succédé entre le 27 août 1577 et le 6 avril 1578 (Annexes de Pierre Roussel, étude Blain, vol. 11, foa 162 et 200). Il figurait au rôle de Villars (Chron. et Doc, p. 368). Il épousa Bernardine, fille de Simon de Beauxhostes (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 364, p. 133).
:i Rôle des confrères au premier registre des délibérations.
4 D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 603.
■'• Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 311, f° 105 v°. — Marguerite de Mares mourut protestante et fur ensevelie comme telle le 5 mai 1585 {Ibid., reg. 322, f° 1).
II Ibid., reg. 2, f° 22 v°.
7 Ibid., f° 35 v°, 18 mars 1593.
8 D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 603.
9 Contrat de mariage de Pierre Tuffany et de Diane de Bellay du 4 mai 1590, reçu par Fesquet, notaire (Dossier de la famille de Plantade).
10 Voir p. 317.
des fermes soutiens l. La conversion du président Tuffany es) antérieure cà 1594, année où, le 16 décembre, il fait baptiser catholique une fille. Anne, à laquelle le roi même sert de parrain, le duc de Ventadour le représentant''.
Jean de Marlotte était tils de Gaspard et de Perrette du Coing3, lesquels faisaient baptiser protestants leurs enfants '' ; mais lui-même donna à l'Eglise catholique les siens, dont sa fille Marguerite, le 29 août 1596 5.
Parent du gouverneur Simon Fizes et ayant épousé une Violande des Ursières6, cousine-germaine de celle qui était Mme de Dammartin, Laurent Fizes vivait en plein milieu protestant. Il avait, néanmoins, un parent, un oncle vraisemblablement, son homonyme, prieur de Celleneuve et d'Aniane7. L'année même où il fut reçu maître aux Comptes, c'est-à-dire en 1597 8, on le trouve parrain catholique 9. Au contraire, sa sœur, Marguerite Fizes, femme du juge-mage Jean de Trinquaire 10, mourra calviniste u, comme elle a vécu.
Parmi ces marrans, que les protestants dominant politiquement à Montpellier écartaient des fonctions municipales ou religieuses , tout en les gardant comme recrues 12, — figurait avec honneur la famille de l'Abbaye allas de Labadie. C'est le 28 mars i486 que Jean et autre Jean, père et fils, venant de Barcelone, avaient été reçus habitants de Montpellier 13. Au
1 Voyez aux noms de Guillaume ci de Simon Sandre - Arch. mun. de Montpellier, (i(i, reg. 2, f° 95.
3 Chroniques et Documents, p. 478.
4 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314, f° 1136 v° ; reg. 31(5, f" 10.
5 Ibid., reg. 2, f° 96 v°.
6 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1596-1597, f° 098 v°.
7 Pièces de compt. du Chap. cathédral de 1583-1585, au 4 mars 1584 ; min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1583-1580, f° -440 v".
* D'Aigrefeuille, t. I"1', p. 003.
,J Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 2, t'" loi, Ie1' septembre 1597:
10 Sur leur mariage, voir un peu plus loin, à propos de Jean de Trinquaire.
11 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 325, 1'" 75. '- Voir pp. 532 et suivantes.
,:; Arch, mun. de Montpellier, lil!, \^-v:. d'habitanage.
temps de la Réforme protestante, Dominique, qui avait épousé Louise Falc ou Falque, avait embrassé le nouveau culte1. Mais, dès la fin du xvr' siècle, on constate le catholicisme de : Guillaume de l'Abbaye-, auditeur aux Comptes en 15973, et celui d'Arnaud de Labadie'1. Jacques de l'Abbaye, fils aine de Guillaume et son successeur en 1610 5, s'était également l'ait catholique, puisqu'on le voit parrain du fils de sa sœur Marguerite de l'Abbaye1', femme de Pierre Blay.
Ce Pierre Blay alias Blain était auditeur aux Comptes depuis 15977 et certainement le fils, né le 29 novembre 1574, du libraire protestant Etienne de Bleâ8 ou Bleac ou du Bleat, car on trouve toutes ces formes ; mais lui-même fait baptiser catholiques tous ses enfants9.
La famille de Trinquaire avait ardemment embrassé le protestantisme, dont elle revint progressivement.
Noble André de Trinquaire, seigneur des Baux, un château près de Saint-Jean-de-Buèges, épousa Marguerite de Salla ou Salle, et en eut six enfants : Jean, son héritier, Guillaume, André, autre Jean, Marguerite et Catherine. De ses sentiments fait foi son testament 10 : de l'obéissance de ses fils à ses volontés, le rôle qu'ils jouèrent dans les troubles et qui leur valut une condamnation à mort, frappant aussi leur oncle, le chanoine transfuge Pierre de Trinquaire ". Pour Marguerite, elle devint
1 Baptême, le 11 mai 1503, de Daniel, son fils, par le ministre Pierre d'Airebaudouze (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg\ 314, f° 64 v°).
- Baptême catholique de son fils Jean, le 1er novembre 1598 [Ibid:, reg. 3, f° 11).
3 D'Aigrefeuille, f. Ier, p. 603.
'' Baptême catholique, le 13 juin 1599, de son fils Pons (Arch. mun. di' .Montpellier, GG, reg. 3, f° 25 v" .
5 D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 604.
6 Le 22 janvier 1608 (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 5, f" 18 .
7 D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 003.
* Arch. mun. de Montpellier, (Kl, reg. 316, f° 34 v°. 9 Ibid., reg. 4, p. 36; reg. 5, f° 18; reg. 208, f° 24 v°.
10 En date du 21 juillet 1566, expédié en 1587 par Jean Redier, notaire de (langes (Chartes de la Société Archéologique de Montpellier).
11 Voir à ces noms.
la femme de l'avocat Jacques David l. Grâce à une longévité dont je n'ai relevé qu'un autre exemple 2, Jean de Trinqûaire, né vers 1530, mort en 1625 3, a été un témoin conscient et même un acteur déterminé dans toutes les luttes religieuses ; la fin de sa vie, passée dans une pratique continue du catholicisme, n'en prend que plus de portée. Gradué en droit, il fut d'abord avocat-général aux Aides4; mais il visait un office de parlement provincial : Toulouse, Aix ou Grenoble, et c'est ce que lui promit Simon Fizes quand il le maria à sa cousine Marguerite5, il fallut pourtant se contenter de moins: en se déclarant satisfait de celui de juge-mage au Présidial 6, Jean monnaya la différence7. Le mariage fut célébré selon le culte calviniste: le contrat le stipulait expressément8. Ensuite, néanmoins, .Jean vit quelque avantage'-' à établir le contraire, et il en produisit des attestations, qu'il y a lieu de tenir pour suspectes10. C'est vraisemblablement plus lard que son change-
1 Contrat de mariage du 18 février 1308 (Min. de Jean Portai, étude Blain, reg. de 1568-1570, f° 37).
3 Celui d'Isaac de Joubert, dont il va être question. :i Arch. niun. de Montpellier, GG, reg. 7, f° 44.
4 Arch. de l'Hérault, (i, 32, f° 151 ; min. de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1574-1576, f° 274.
5 Contrat de mariage du 4 janvier 1578 (Min. de Chaugier, étude Blain, reg. de 1577, f° 77;.
6 Ibid., reg. de 1578-1580, f° 12 v".
7 Min. de Jean Roussel, étude Blain, reg. de 1610, f° 656. * Voir note 5.
9 Serait-ce pour se faire rendre son château des Baux par M. de la Roque-Saussan, homme d'armes de la compagnie de Damville, qui le détenait ? Le 3 février 1578 Damville donna l'ordre de le lui restituer, à charge de le confier à un catholique (Charles de la Société Archéologique de Montpellier).
10 1° Autorisation, sans cachet, en date du 30 janvier 1508 [sic), signée d'Alain de Caprière, aux prêtres des églises de Montpellier ou d'ailleurs de solenniser le mariage, « tametsi non fuerint banni in ecclesia publicati » (Chartes de la Société Archéologique de Montpellier).
2° Attestation du 11 février 1578 par Jean Dumas, prêtre de Montpellier, d'avoir solennisé le mariage selon l'usage de l'église romaine devant témoins {Ibidem).
D'ailleurs, le registre des mariages protestants, ne subsistant pas pour cette date, ne peut servir de démenti.
LA RÉFORME CATHOLIQUE 6 iO
ment de culte se réalisa : la chose est, en tous eas, antérieure au 10 avril 1588, jour où l'on voit le juge-mage parrain catholique l.
André, le troisième des ïrinquaire, fut la lige des seigneurs de La Greffe2. Son fils, Samuel de Trinquaire , tenu en baptême, le 15 janvier 1584, par François de Goligny 3, favorisé par son oncle Jean, sans enfants, devint avocat-général aux Aides \ puis juge-mage 5, enfin président aux Comptes13. C'est antérieurement au 24 mai lfii5, où il figure comme parrain catholique7, que Samuel s'est converti. Son cadet, André de Trinquaire, présenté au baptême calviniste, le 13 mai 1585, par Philippe de Sarret8, fut successeur de Samuel en 1617 dans l'office de juge-mage 9, et on le trouve aussi parrain catholique le 10 février 1619 10. Enfin Henri de Trinquaire, qui s'intitule « juge de la présente ville », c'est-à-dire juge de l'ordinaire, faisait, le 25 octobre 1618, baptiser sa fille Suzanne selon les rites catholiques, Jean de Trinquaire étant parrain n. Toutes ces conversions des Trinquaire sont à rapprocher de celles des David, leurs cousins.
Isaac de Joubert, fils de Laurent, le chancelier de l'Université de Médecine, avait été, le 5 mars 1565, présenté au baptême calviniste par l'illustre Rondelet lui-même 12. Or, vingt-huit ans après, c'est lui qu'on voit tenir un enfant sur les fonts catholiques13. Conseiller au Présidial depuis 1592 14 et à un
1 Arch. înun. de Montpellier, GG, reg. 1, f° 3(J v°.
3 Généalogie des Trinquaire, seigneurs de La Greffe (Charles de la Société Archéologique de Montpellier).
:i Arch. niiin. de Montpellier, GG, reg. 317, f° 130 v°.
4 En 1008 (Min. de Julien Paretz, élude Coste, reg. de 1608, f° 004). "' Voir note 9.
u Voir note 10.
7 Arch. inun. de Montpellier, GG, reg. 209, t'u 00 vu.
* Ibid., reg. 318, f° 93.
9 D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 030.
10 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 209, f° 107 v°.
11 Ibid., f° 138.
'- Ibid., reg. 314, f° 10."».
13 Le 5 septembre 1593 (Ibid., reg. 2, f° 17,.
11 D'Aigrefeuille, l. Ier, [>. 031.
moment le seul catholique de si m corps, c'était un homme de mœurs antiques et d'une foncière pieté. 11 avait gardé, même centenaire ou pins, une austérité de vie, principalement quant au coucher, qui frappait d'admiration jusqu'à un religieux F Son âge. sa science, son milieu le mettaient en mesure de juger sainement des choses : doctrines et opinions, gens et événements. Frère d'isaac, Laurent Joubert, qui s'adonnait au commerce, suivit son exemple, car on le voit parrain catholique d'un de ses neveux, le 23 février 1600-.
Pierre Rudavel était conseiller au Présidial depuis 15973. 11 avait dans sa famille des homonymes contemporains. Je ne saurais donc marquer avec certitude le degré de sa parenté avec le jeune ministre de la ville qui portait ce même prénom4 ; mais il est vraisemblable que le père (un autre Pierre) dudit ministre"' était le cousin -germain du conseiller. Toujours est-il que la conquête de ce dernier semble avoir été fort appréciée par les Pénitents-Blancs, empressés à l'enrôler, à le produire en 1007,;. Mais, dès 1003. le conseiller Rudavel avait accepté du Chapitre cathédral et des catholiques la mission d'aller quérir un prédicateur ".
Le 9 mai 1615, un conseiller au Présidial nommé de Yalobscure prenait part à une réunion des catholiques montpelliérains relative aux Dominicains s. Est-ce de François de Valobscure, nommé à l'office en lôT?'-1, ou d'Henri de Valobscure, son successeur en 1615 "'. qu'il s'agit la ? Le titre continuant d'être porté par les résignataires, la question ne doit être tranchée que par un document explicite, vainement recherché. On sait, en tout cas, que François faisait partie du
1 Le t\ Bonnefoy, Hisloria hseresis etc., t. II, p. 289.
- Arch. iiiun. de Montpellier, GG, reg. 4, p. 75.
3 D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 031.
1 Voir p. dus.
5 Annexes il'' Jean Roussel, étude Blain, vol. de 1607, au 31 juillet.
H Délib. des Pénitents-Blancs du 15 avril 1607 : note volante du 13 mai sui\ ant.
•s Arch. de l'Hérault, II, FF. Prêcheurs de Montpellier.
'■' D'Aigrefeuille, i. F1', p. 631.
10 Ibid., p. 03:'.
Conseil delà Province et. vu ce motif, fut défendu par le synode national de Tonneins en niai-juin 16J \ pour avoir été troublé dans sa charge de judicature l. 11 semble donc bien plus probable qu'il s'agit ici d'Henri de Valobscure.
Au bureau du Domaine ou des Trésoriers de France, Timothée de Montchal fut une conquête du catholicisme. Fils de François, apothicaire et marchand, et de Marguerite Barrière, il avait été baptisé calviniste le 4 janvier 1562 2. Il devint baron d'Aumelas3, concurremment en 1585 trésorier deFrance4. Cette même année déjà, il commence de faire baptiser catholiques ses enfants5, dont l'évêque Jean de Granier tiendra l'un6.
Il n'est pas douteux que la famille d'Alméras n'ait été protestante : non seulement on la trouve telle aux débuts du calvinisme7, mais une preuve intéressante en réside dans la première révélation du changement de culte de Jacques d'Alméras, visiteur général des gabelles en Languedoc. De sa femme Lucrèce du Pont, il avait eu d'abord un fils, qui fut, le 30 août 1614, ondoyé catholique par nécessité, allégua-t-on. Le fait qu'on donna à l'enfant le prénom de Siméon, inusité chez les catholiques, mais qui était celui de son grand-père, et cet autre qu'Antoine de Grille, général, représenta le grand-père en question8, sont à rapprocher de la double cérémonie qui eut lieu le 21 juin 1616. Un second fils était né, Antoine. Les deux enfants furent ensemble solennellement baptisés, et l'on vit Siméon d'Alméras, lieutenant des gabelles et greffier des Etats de Languedoc'1, tenir en personne maintenant son rôle de parrain catholique de l'aîné.
1 Aymon, t. II, p. 54. — Cet auteur a imprimé là fautivement : Valobsance.
2 Arch. mun. de Montpellier, (i(J, reg. 314, f° 20.
3 Annexes d'Ant. Comte, étude Cornier, vol. de 1576--1591, f° 134, 15 mars 1582.
4 D'Ajgrefeuille, i. I"'. \>. (YSA.
■"■ Arch. mun. de Montpellier, reg. 1. f° 3, 3 mars 1585.
6 Tbid., reg. I, \>. 1.
7 Baptême, le 14 octobre L562, d'Elisabeth, fille de Guillaume Aimeras Arch. mun. de Montpellier, <i(i, reg. 3,14, f° 44 .
8 Ibid., reg. 209, f" Il v".
!l Ibid., f° 88.
Les Vignes étaient marrans d'origine. A la fois Gaspard, Pierre et Jean étaient venus s'établira Montpellier à la fin du xvesiècle '. Aussi la famille était-elle nombreuse. On en compte des représentants dès les débuts dans les rangs calvinistes2. Mais on trouve ensuite: un Barthélémy Vignes, avocat, député catholique en 1595 ;i ; un Jean Vignes docteur es droits, désigné parmi les Quatorze de la Chapelle catholiques la même année 4 ; un autre Jean Vignes, docteur aussi, mais distinct du précédent, dont il est ou le père ou le fils5, et marqué catholique aussi bien que lui.
A Montpellier, le corps professoral formai t, comme la magistrature, une véritable élite. Médecine, droit, humanités y étaient alors enseignés avec honneur, si ce n'est avec grand éclat. Partout le mouvement de retour au catholicisme fut représenté, et il s'accentuera, quand seront levées les difficultés d'ordre pratique, matériel qui, pour certains, l'entravaient encore.
Le plus célèbre de ces convertis d'avant le siège est François Ranchin, qui devint chancelier à la lin de 1612°. Ce plus jeune fils du professeur Etienne, ce frère puîné de Guillaume parait avoir devancé son neveu Etienne et son frère Jean, dont il a été parlé ei-dessus. En premières noces, il avait épousé Jeanne de Barry, et fit baptiser catholique un fils qu'il en eut 7. Si ce fait pourrait, à la rigueur, être attribué seulement au culte professé par la mère, de famille notoirement catholique, il est certain que celui de tenir comme parrain catholique, le 6 novembre 1616, Françoise, fille de son cousin Etienne8, est probant. Plus tard. Ranchin contractera bien mariage avec
I Arch. niun. de Montpellier, BB, reg. d'habitanage, au 24 août 1499. - Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314, fCJS 147 et 141 v°.
■ Voir p. 531.
* Voir p. 538.
'■ Baptême du 6 septembre 1598 [Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 3, t'" 8 Y" .
II A. Germain, L'Ecole de Médecine de Montpellier, p. 95.
7 Baptême du 11 mars 1609 [Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 208, ï- ls .
8 Ibid., rog. 209, t'" 98.
t.A RÉFORME CATÎIOLÎQUË 653
Marguerite cTE&tèvedeGarlencas, protestante, niais à l'église L et leurs enfants, baptisés catholiques2, suivront la religion paternelle3: Henri de Ranchin.qui même sera ecclésiastique '*, et Anne de Ranchin 5. On sait avec quel admirable dévouement se conduisit le chancelier dans les deux pestes de 16*2!) et de 1640, le vœu qu'il fit à saint Rocb à cette dernière occasion. son amitié et ses libéralités pour les Capucins, auxquels il donna sa bibliothèque 6.
A l'Université des Lois, que subventionnait l'administration consulaire, quatre noms, en y comprenant celui de Pierre David, déjcà indiqué, retiennent l'attention.
La famille Solas, au début de la Réforme, lui avait fourni un ministre, Gilles 7, et des adhérents. Jean de Soins, fils d'Arnaud, s'était marié selon le culte calviniste8, mais il mourut, le 20 février 1598, « exhorté et secoureu de ses prières et oraisons jusqu'à son dernier souspir » par Antoine Prunet. l'un des curés de la Canourgue9. Comme docteur régent, il eut pour successeur son fils, autre Jean de Solas10, lequel faisait également profession de foi catholique11.
David de Varanda était le propre descendant de ce ministre
1 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 210, f° 29 v", 14 mai 1624.
-i Henri, les 7 juin 1625 et 26 août 1627 [Ibid., reg. 6, f° 62, et reg. 9, f° 17 v°) ; Anne, le 12 avril 1631 (Ibid., reg. 9, f" 100 v°).
3 Arch. de l'Hérault, H, Capucins de Montpellier, reg. de sépultures, en
* Son testament du 12 janvier 1675 (Arch. de l'Hérault, E, fonds Léoncini : min. de Jean Rompar, reg. de 1675, f° 40 v°).
r> Laquelle épousa Olivier de Labaurae, maréchal de camp et lieutenant du roi à Montpellier (Ibidem).
''• Arch. de l'Hérault, II, Capucins de Montpellier.
7 Voir p. 131.
8 Contrat du Ier juillet 1564 (Arch. de l'Hérault, II, Commanderie de Saint-Jean de Jérusalem de Montpellier).
9 Certificat de ce prêtre et de plusieurs témoins dans le document suivant (Chartes de la Société Archéologique de Montpellier).
10 Lettres de Dammartin, gouverneur de Montpellier, du 1er mars 1598 (Ibidem).
11 Testament du 5 septembre 1608 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1608, f° 670).
654 la réforme a Montpellier
venu de Genève en Languedoc, Golliod dit Varandal1. Luimême; docteur et avocat, avait été en mainte circonstance le porte-parole officiel des calvinistes montpelliérains 2. Conseiller au Présidial depuis 15783, il quitta cette Cour, afin d'occuper la chaire que venait d'abandonner Pacius, et ce fut la cause d'un long procès, car il avait été pourvu par l'évéque 4. C'est après le 21 septembre L616, jour où il faisait encore baptiser protestante une de ses filles 5. qu'il se convertit; mais on voit sa veuve, Madeleine de Merlin, acquitter son legs aux pauvres catholiques1'. C'est le cas ici d'ajouter à ces conversions celle de Julius Pacius, virtuellement opérée à Montpellier, bien que consommée à Valence ''.
Soumis aux consuls, et dominé par les intérêts de l'Académie, le Collège des Bonnes-Lettres n'offrait aucune indépendance morale à ses professeurs. Deux hommes y passèrent alors qui s'en aperçurent bien, à l'instar de Pacius. lui aussi tributaire de l'administration municipale8. L'Lcossais Adam Ahvenethée était encore régent à Nimes, lorsqu'il parut suspect à ses coreligionnaires du lieu, et se vit blâmé en 1007 pour avoir fait imprimer des invectives dont s'offensaient les pasteurs Ferrier et Suffren. Malgré sa réconciliation forcée avec eux1', il est à croire qu'Abrenethée émigra bientôt après avec plaisir au Collège de Montpellier, où on l'appelait pour reconquérir le prestige perdu sous Lamerens10 et redonner vie à cette Académie intermittente dont j'ai narré les vicissitudes. Mais cà Montpellier Abrenethée semble avoir été séduit
1 Voir ù ce nom.
"2 Voir p. 529. — En 1003 il fut, comme ancien, députa au synode provincial d'Czès (Procès-verbal dudit synode).
3 D'Aigrefeuille, t. Ie1', p. 031.
4 Délit», du Conseil de Ville du 21 novembre 1017. 0 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 320, t'° 8.
6 Arch. des Hospices de Montpellier, fonds Hôpital-Général, II*" E, 1.
7 Voir p. 025.
8 Pour la création de sa chaire el les difficultés pécuniaires qu'il rencontra, voir p. 498 et surtout le mémoire qui y es) visé.
0 Synode provincial d'Aiguesmortes de 1007.
10 Délib. du Conseil de Ville du 4 septembre 1008.
parThomme remarquable qu'était le nouvel évèque Fenouillet : en 1609 il publia une Salutatio ad doctissimum religiosissimumqtœ virnm Petrum Fenulletu?n, episcopum Monspeliensem, professorum philosophiœ et philotogiœ , totiusque Academur nomine. Au milieu des plus vifs éloges, ce principal d'un collège calviniste tenait à l'évêque un surprenant langage : « Tu curas Ecclesiam et nos, Reipublicœ et Eeclesitr seminarium » '. Il est vraiment permis de douter que le mot Ecclesia se rapportât dans les deux cas au même objet. A l'influence de Fenouillet put s'en ajouter une autre, lorsque Abrenethée eut épousé Jeanne de Plantavit -, la propre sœur du célèbre ministre passé avec éclat au catholicisme dix ans auparavant. Mais ce mariage protestant fut suivi du baptême protestant des enfants3. Car, avec les charges de famille, croissantes, la question matérielle se posait durement pour l'Ecossais. L'évêque, qui semble s'en être préoccupé depuis l'arrivée d'Abrenethée \ et que pouvait stimuler le renvoi du principal par les consuls en 1016 \ le soutint vainement à l'Université de Médecine, où l'humaniste concourait pour la régence de Nicolas Dortomau0. Ecarté là, Abrenethée, qui se considérait toujours comme principal7, se retourna vers les consuls et, par un procès, obtint d'eux des dommages s. Surtout il procura ainsi, ayant partie liée, le triomphe scolaire de l'évêque 9. On peut donc, par les détails qui précèdent,
1 A. Germain, La Faculté des Arts cl l'ancien Collcç/e de Montpellier, p. 37.
- Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 36G, f° 149.
:; Ibid., reg. 324, f° 177. et reg. 320, î" 102.
4 Vraisemblablement, après ce qui vient d'être dit, c'est d'Abrenethée ou de Pacius qu'il faut entendre ce texte, inspiré par le prédicateur jésuite de 1<>(>8, le P. Galtier : « confirmati duo qui penè conclainati erant : inter quos unus vir bene litteratus, que m liberalitas Domini Episeopi sustentât » (Litterre annuse de 1008, p. 345.
"' Voir p. 032.
'• A. Germain, La Faculté des Arts etc., p. 34 et note.
7 Ibid., note.
* Délib. du Conseil de Ville des 10 juillet 1010, 15 aoûl el 18 octobre 1017. 18 août 1018, 27 et 30 mai 1019.
9 Voir pp. 031 et 032.
considérer Abrenethée comme un converti, mais honteux.
Compatriote, coreligionnaire, collaborateur du précédent. George Scharpe s'est trouvé dans une position identique, quoique moins exposée, car il était simple régent de philosophie. Il s'évada du Collège pour devenir médecin, puis professeur K Aussi se fixa-t-il à Montpellier et, lorsqu'il eut. après le"siège de 1622, un nouvel enfant, c'est à l'Eglise catholique qu'il le donna. Fenouillet, de son côté, voulut servir de parrain à ce fils de Scharpe 2.
Jusqu'ici ce sont les classes riches, cultivées, dirigeantes que nous avons parcourues : elles sont plus aisées à suivre cà la trace. Cependant on rencontre dans les autres des cas vraiment caractéristiques, surtout si l'on songe combien rapide avait été, aux débuts de la Réforme protestante, son succès parmi les gens de loi ou procureurs, les marchands et les artisans.
Pierre TonCLut appartenait à la première de ces catégories. Depuis l'établissement du culte calviniste, on ne trouve pas moins de quatre ménages de ce nom, dont trois simultanément, qui donnent à leurs enfants son baptême3. Pierre est dans ce cas le 11 juin 1591 4 ; mais, quatre ans après exactement, lui-même sert de parrain catholique 5, puis il participe, en juillet 1000. à l'assemblée qui députe à Henri IV pour réclamer l'exécution de l'Edit 6.
De nombreux homonymes figuraient sur les registres baptistaires protestants 7, lorsque Etienne Saillens apparaît sur les
1 A. Germain, La Faculté des Arts etc., p. 38 ; L'Ecole de Médecine etc., p. 42.
- Baptême protestant do Marthe Scharpe, le 20 mai 1010 (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 324, f° 177) ; baptême catholique de Pierre, le 14 mars 1024 [Ibid., reg. 0, f° 24 v°).
3 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314, fos 77 et 132 ; reg. 317, f° 101 v° ; reg. 319, f° 81 ; voir note suivante.
4 Ibid., reg. 319, f°31.
s Ibid., reg. 2, f° 81 v°.
,! Chroniques et Documents, p. 423.
7 Voir, par exemple: Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 317, f° 58; reg. 319, f° 53 ; reg. 323, f° 109.
catholiques, le 15 mai 1588 l. Mais, déjà le 21 novembre 1584, il mariait sa fille à un catholique de rrontignan, Sidos 2, lequel allait .relever la confrérie des Pénitents-Blancs de Montpellier 3.
Balthazar Maffre, marchand, puis bourgeois de Montpellier, l'un des premiers prieurs des Pénitents-Blancs 4, et son frère Pierre, écuyer de Sumène. calviniste, se faisant une donation testamentaire commune et réciproque 5, il est assez vraisemblable que le premier soit liasse au catholicisme.
Toute la famille Gentil était protestante 6, et c'est chez elle que prit femme Guillaume Ranchin 7 Mais Hilaire Gentil fit partie de l'assemblée des catholiques tenue le 30 juillet 1600 8.
La conversion d'Abraham Toutjan, marchand, est de l'année 1007. Il avait alors vingt-six ans 9, et se fit recevoir pénitent-blanc deux ans après, tout cela en dépit de l'opposition des siens 10. Or, si cette opposition n'est pas venue du père, Abraham étant posthume, il est néanmoins des influences familiales qui ont pu s'exercer dans le sens indiqué H.
Michel Salgues, autre pénitent-blanc, hôte du logis de la Gouble et marchand r-, était déjà catholique, le 2 décembre
1 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 1, f° 31 v°.
- Contrat du 21 novembre 1584 (Arch. de l'Hérault, not. du Chapitre : Darles, reg. de 1566-1591, f° 348 v°).
3 Voir p. 547.
4 Avant Pâques 1602 Délib. des Pénitents-Blancs .lu 14 avril 1602 .
5 Testamenl du ltj juillet 1622 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1022, t'u 135 v°).
6 Claude, conseiller secrétaire du roi de Navarre, eu1 île nombreux enfants (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 310 et suivants, passim).
7 Testament de Gentille de Mirmand Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1000, f° 328 v°).
8 Chroniques ri. Documents, p. 423.
9 Baptême protestant d'Abraham Toutjan, fils île feu Jacques (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 317, f° 34).
10 Délib. des Pénitents-Blancs du 22 mai-. 1(309.
11 Deux Toutjan, boulangers : Jean et Raymond, étaient protestants (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314, f°a 113, 151, 181).
12 Reçu le 11 avril 1604 (Rôle des confrères en tête du Ier reg. des délib. des Pénitents-Blàncs .
Soc. Akch. de Montpellier. 42
1595, lorsqu'il faisait baptiser tel son fils Jacques 1 ; mais antérieurement on trouve protestant un autre Jacques, qui doit être son père, son frère très aîné ou son oncle 2.
Bien notoirement, les Auzière ou Auzières sont une famille protestante. A Montpellier, certains furent consuls à cette époque-3 Voici pourtant catholiques: Jacques Auzière, en 1603 4 ; Antoine Auzière, en 1606 5.
Le nom de Pierre Raffinesqne, marchand, déjà catholique le 28 août 1593 6, puis pénitent-blanc 7, s'oppose à celui d'un Gabriel, protestant 8, sans en compter d'antérieurs mêlés aux événements des guerres. 11 en est de même pour celui ôeJean Final, syndiqué catholique9 et pénitent-blanc 10, tandis que ses homonymes sont mentionnés calvinistes n.
A cette époque troublée, plus d'une fois marchands ou artisans se muaient en capitaines: Philippi en a témoigné i2, et voici des exemples assez curieux du fait. Un Fulcran Puechségur alias Puységur, simple boulanger et sans doute lodevois, parrain d'un Toutjan 13, comme l'avait été d'un autre le Petit Louis, est dit plus tard capitaine14. Ses trois fds : Guillaume ir\ Jean 16 et Pierre 17 suivirent cette dernière carrière.
1 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 2, f° 73.
2 Ibid., reg. 314, fos 81 v° et 105 v°.
3 Voir à ce nom.
4 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 208 bis, f° 47 v°.
5 Ibid., reg. 4, p. 75.
B Ibid., reg. 2, f° 47.
7 Reçu avant 1002 (Rôle des Pénitents-Blancs en tête du premier registre des délibérations).
8 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 318, fos 25 et 127 v°.
9 Chroniques et Documents, p. 423.
10 Rôle des confrères en tète du premier reg. des délib. des Pénitents Blancs.
11 Octo (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314, f° 47) ; Antoine (Ibid., f° 93).
11 Chroniques et Documents, p. 70.
13 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314, f° 151.
14 Ibid., reg. 305, p. 322.
15 Ibid., reg. 319, f'° 85 v° et reg. 365, p. 322.
la Ibid., reg. 319, f° 50 v° et 89 V; reg. 320, f° 43 v° ; reg. 360, f° 317. 17 Voir p. 059, note 1.
LA RÉroiiMR CATHOLIQUE 659
Mais, tandis que Jeail surtout, d'abord marchand, voyait les principaux personnages protestants de Montpellier servir de parrains à ses enfants, Pierre Pueçhségur, vraisemblablement né en 1572 l, embrassa le catholicisme. Même il fut reçu pénitent-blanc le 2J avril 1(102-. Cet exemple aurait-il été suivi par Guillaume Pueçhségur? Je n'en ai pas trouvé de preuve positive. La conduite de l'évêque Guitard de Rate lui inféodant la maniguière du Travers vieux, afin de reconnaître les services rendus à sa maison 3, le donnerait peut-être à penser. Principalement depuis l'immigration protestante, la classe des artisans à Montpellier était inféodée au calvinisme. Nomade en général, elle suivait la prospérité des villes et malaisément on en retrouve toutes les traces, car elles frappent peu. Le catholicisme y fit une recrue importante dans la famille Fer ranci Alquier, successivement convertie par l'un de ses membres, la tertiaire dominicaine dite Sr Ferrande. Le récit détaillé de sa conversion, de son apostolat et de sa vie4 est corroboré par nombre de documents. Originaire du Narbonnais et divisée en deux branches au moins, la famille Alquier fait, dans son ensemble, profession du calvinisme ; ensuite on voit la lignée des Ferrant! devenue catholique 5. L'auteur désigné de ce changement était, de fait, une sœur de
1 Fulcran Pueçhségur avait eu deux fils successivement baptisés sous le nom de Pierre: l'un, le 2 octobre 1566 (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314, f» 14-4 v°) ; l'autre, le 20 juillet 1572 {Ibid., reg. 316, f ° 30 v°).
- Rôle des confrères en tête du premier registre des délibérations.
3 Acte du 29 décembre 1597 ( Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1596-1597, f° 937 v°).
4 Année Dominicaine, t. II de mars, pp. 821 et suivantes. J'ai reproduit la notice dans La paroisse Saint-Denis à Montpellier, pp. 233 et suivantes.
5 Sur la branche Ferrand Alquier, tondeur de draps, qui eut cinq enfants, voir: Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 364, p. 197 ; min. de Jacques Brézègues, étude Blain, reg. de 1618, f° 551 ; min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1608, f° 621.
Sur la branche Augustin Alquier, tondeur de draps également, voir : Min. de Richard, étude Cornier, reg. de 1565-1567, f° 72; min. de Pierre de Nemause, étude Grollier, reg. de 1573, f° 1072 ; arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 310, fos 38, 76 et 1 16 v° ; reg. 317, f° 89 v°.
Sur la branche François : Ibid., reg. 316, f° 110.
Ferrand Alquier l. Cette pieuse fille est dépeinte faisant cortège au Saint-Sacrement dans les rues et, pour cela, maltraitée par les protestants. Or c'était leur coutume à l'égard de leurs transfuges -.
Thomas Régis, marchand brodeur de chapeaux-, appartenait a cette famille Rey alias Régis, qu'un de ses membres, lequel l'étail aussi du Consistoire, a pris soin de déclarer la même3. Dans Sun testament, en date du 1"' octobre 1615, il ordonne vouloir être enterré et sa fillette instruite selon la religion catholique apostolique, romaine, o de laquelle il faict maintenant profession » ''. Comme, devant cette affirmation d'une origine calviniste, on ne saurait assimiler ledit Thomas avec son homonyme, fils d'un Pierre, baptisé catholique le 19 mars 1586 5, il faut en conclure que Pierre Régis, père de l'enfant, est également un converti. Dès lors le changement de culte doil être reporté au moins au 1er novembre 1584 pour Pierre6, et au 25 mai 1608 pour Thomas "'. Il empruntait une portée particulière a la situation de cette famille dans le monde montpelliérain protestant 8.
Parmi les confrères pénitents-blancs est aussi nommé un Pierre Hermet, graveur9, qui, déjà le 11 avril 1609, avait fait baptiser catholique son fils Barthélémy 10. Or il était certainement allié à un personnage qui bientôt jouera un rôle important et néfaste dans le camp protestant, le conseiller d'Aimeric, qui épousa une Hermet.
1 Arch. de l'Hérault, II, FF. Prêcheurs de .Montpellier, état des sépultures.
s Voir p. 609.
3 Arch. iniiii. .le Montpellier, GG, reg. 317, f° 40, note marginale de Pierre Régis, apothicaire, secrétaire du Consistoire-en 1003.
4 Min. de Sabatier, étude Coste, reg. de 1615, f° 537 v°.
5 Arch. inun.de Montpellier, GG, reg. 1, f° 17.
6 Baptême catholique de sa tille Françoise (Ibid., reg. 1, f° 55). : Date où il est parrain catholique (Ibid., reg. 5, f° 24).
8 Des origines à la Révocation les Rey ou Régis sont fréquemment membres du Consistoire ou consuls.
'•' Reçu le 8 avril KJlO (Rôle des confrères en tête du premier registre des délibérations l.
"' Arch. iiiun. de Montpellier, GG, reg. 208, f° 17 v».
Le i't janvier 1598, est mentionné le baptême catholique d'une fille de o mr Nicolas de la Rousiere, n'a guieres admis en la foy de l'esglise apostolique et romaine » L Ce Nicolas de la Rozière était gantier -.
Une catégorie de convertis est constituée par quelques jeunes gens qu'on voit non seulement ralliés au catholicisme, mais prêts à le servir dans le clergé, et pour cela étudiants en théologie. Tel fut Michel Bandier, tenu au Collège d'Avignon en J606 :; Son grand-père avait abrité chez lui les premières assemblées protestantes 4; aussi Michel de Saint-Ravy avait été parrain de l'enfant. Celui-ci avait aujourd'hui vingt ans5. Tel fut aussi Etienne Vidéry, subventionné par le Chapitre pour ses études au Collège de Narbonne à Paris 6. Or la tige de cette famille était un Laurent Vidéry, de Lattes, protestant '. Tel encore Antoine Belime, pensionné en 1618 pour le même objet par le Chapitre cathédral 8, et qui était issu d'une famille protestante des deux côtés: les prénoms de son père Isaac et d'un autre Belime Isaïe, converti également'•'. eu témoignent sans le moindre doute, et l'on voit antérieurement des Belime calvinistes10. Tel enfin un « 111e Be-
1 Arch. iimn. de Montpellier, GG, reg. 3, f° 1 v°. — Le 1 1 juillet 1564 avait été baptisé protestant David, fils d'un « Jan Rossarie >• (Ibid., reg. 31-4, fo 89 v°).
2 Ibid., reg. 319, f° 83.
:i Reg. de compt. du Ghap. cathédral de 1606, au 14 septembre.
5 Ayant été baptisé le 30 janvier 1586 (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 31 S, fo 69 .
6 Reg. de compt. du Chap. cathédral de 1608, au 22 avril
7 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314, fos 127 et 156. — Le 16 mars 1614 est baptisée catholique Catherine, fille d'une Isabeau Vidéry el d'Antoine Justin Ibid., reg. 209, f° 36). Toute la famille peut-être a .'minasse le catholicisme.
•s Pièces de compt. du 15septembre 1618.
:l Cet Isaïe Belime avait épousé Guillemette Talard ( Arch. mun. de Mont pelli< 1 . GG, reg. 4, p. 73, au 5 mars 1606 ; reg. 209, f° 37, au 6 avril 1614). Dans ce dernier acte baptistaire est parrain Claude de Toiras, archidiacremage de Montpellier et officiai.
10 Ibid., reg. 314, f° 129 v° ; reg. 364, p. 262.
662 LA RÉFORME A MONTPEM.IEH
goun>>, entretenu à Avignon en 1620, et qu'on dit ((converti » l.
Ajoutons à ceux-là le ministre d'Aimargues , Laurens, déclaré apostat par le synode national de 1620, et précédemment déposé pour adultère. On le dit, à ce propos, âgé d'une trentaine d'années et natif de Montpellier 2. De fait il y existait des Laurens pratiquant le calvinisme 3, et plus tard certaine branche mentionnée catholique K
Pour la même période, une recherche aussi minutieuse a permis de relever les cas suivants de passage du catholicisme au protestantisme.
Pierre de Dammartin, gouverneur de Montpellier après la mort de Simon Fizes et seigneur de Deyme 5, était peut-être le capitaine de ce nom qui avait combattu dans les rangs protestants en 1577 6. 11 avait épousé Violande des Ursières, fille de Jean, seigneur de Castelnau, et de Madeleine Fizes 7. On saisit donc comment s'est produite la transmission de l'office. Un peu plus haut a été noté son passage au catholicisme, marqué par le baptême de deux enfants, Laurent et Louise 8. Mais la résolution ne futpas de durée, un enfant suivant ayant été baptisé protestant 9. Dans ce milieu entièrement calviniste, la jeune Louise de Dammartin elle-même vécut comme tous ses parents 10.
Bontoux était un cordelier, ancien prédicateur n, poursuivi par l'autorité diocésaine pour ses mœurs, mais qui prit de là
I Délib. du Chap. cathédral du 15 septembre 1620. — Dès les débuts, beaucoup de Begon sont protestants (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314).
» Aynion,t. II, p. 219.
3 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 314, fos71 et 140; reg. 317, fos 14, 55 v" et 133 v°.
i Le S juin 1014 baptême de Jean, fils de Laurens Laurens (Ibid., reg. 209. f°40).
5 Voir p. 653, note 10.
6 Voir p. 422.
7 Annexes de Jean Rodil, étude Blain. vol. de 1574-1590, fos 109 et 111.
8 Voir p. 642, note 5.
9 Jean-Jacques, le 14 juillet 1589 (Arch. mun. de Montpellier, reg. 318, f" 164 v").
lu Elle fut ensevelie comme calviniste le 11 octobre 1644 (Ibid., reg. 332, f° 23).
II Délib. du Chap. cathédral du 7 aoùr 158.r>.
occasion de se dire huguenot et, comme tel, fut arrache aux juges ecclésiastiques de même que les femmes, ses complices ' Son procès, ballotté entre la Chambre de l'Edit, le Parlement de Toulouse et le Conseil privé 2, semble s'être résolu par un retour au catholicisme 3. Un autre cordelier. napolitain d'origine, frère Thomas de Sainte-Marie, voulut abjurer, fut poursuivi par son Ordre et, sur la plainte des calvinistes de Montagnac. sa cause fut soutenue aux dépens du colloque de Montpellier 4 : c'est tout ce qui a pu en être recueilli. Le même colloque avait pris déjà soin d'un ex-curé. Charles François, de Neufville en Dauphiné5, car les protestants continuaient à fournir des subventions aux prêtres et moines transfuges6, tout comme les catholiques le faisaient.au besoin, à l'égard des calvinistes7, et Ton vit plus d'une recrue enrôlée par les premiers que récupérèrent les seconds 8.
D'autres conquêtes du calvinisme devenaient plutôt embarrassantes. Le marseillais Pierre Péris ou Perier'\ de l'ordre des Carmes et vicaire-général de l'évêque de Senez, ayant déclaré qu'il voulait embrasser le protestantisme, fut, sur le
1 Reg. de compt. du Chap. cathédral de 1602, mandement du 28 novembre et compte du secrétaire de l'évêque, Nicolaï. Ce dernier fut, par représailles, lui-même emprisonné.
2 Articles des protestants de Languedoc du 31 août 1(302 (Arch. du Parlement de Toulouse, Chambre de l'Edit, f° 80, art. 6).
3 « A ung cordelier qui s'estoyt faict huguenot, s'estant remis — X sols » (Arch. de l'Hérault, G, pièces de compt. du Chap. cathédral de 1603 : compte de Darles).
4 Synode provincial du Vigan de 1609.
5 Synode provincial de Sauve de 1597.
6 Aux frais communs des églises calvinistes (Synode provincial d'Uzès de 1603).
7 Ainsi pour Plantavit de la Pause (L. Guiraud, Qui a converti Plantavit de la Pause en 1604 ? dans Revue historique du diocèse de Montpellier, 5e année, pp. 145-155), et pour les quelques autres cités plus haut (pp. 661 et 662).
8 Exemples : Bontoux et un anonyme « s'estant faict hérétique etapresent remis au giron de l'esglise », auquel le Chapitre cathédral fait donner deux pistoles pour le conduire où il voudra (Délib. du 22 octobre 1619).
9 Cette forme-ci est fournie par une délibération des catholiques du 20 avril 1615 (Min. de David Gibert, étude Blain, reg. de 1614-1615
bon témoignage de quatre ministres, dont Gigord, admis en 1604 '. L'année suivante on le voit proposant et ajourné, de quoi il se plaignit vivement2. Codur et Gigord le calmèrent, l'excusèrent, allèrent jusqu'à le vanter, mais reçurent un démenti catégorique de leur confrère Louis Arnaud, ministre de Fons 3. Celui-ci, ex-carme d'Arles lui-même et autre recrue montpelliéraine4, avaitaussi d'abord chaleureusement recom mandé Péris 5. Maintenant, injurié par ce dernier sur son passé « d'apostat et voleur», il le faisait connaître sous un jour très défavorable. Bansilion, à son tour, révéla cette réplique de l'accusé: qu'il était écolier en médecine et non pas en théologie. Bref, Péris fut passé à une autre province 6, celle de Saintonge, et, vingt ans après, déposé pour le scandale de sa vie et la fréquentation des apostats, disait le synode1. Recrues étrangères, non indigènes, faites à Montpellier, mais dont la qualité comme le petit nombre sontsymptomatiques. De tels exemples, recueillis dans l'un et dans l'autre des camps religieux en proportion si différente, doit-on conclure qu'il y eut progression assez marquée de l'élément catholique pour l'emporter des lors numériquement sur l'élément protestant '. Cette conclusion, logique, en apparence, ne correspondrait pas à la réalité des choses. A cela plusieurs motifs, que révèle un scrupuleux examen des registres baptistaires. Tout d'abord, en thèse générale et sans distinction de culte, la fécondité des ménages se montre en rapport avec la richesse, par conséquent avec le rang social; or on sait8 que, au moment où finissait le XVIe siècle, ce sont surtout les basses classes, qui, a Montpellier, pratiquaient le catholicisme: d'où pro-
f° -473,, iiii l'on voit qu'un cari le ce nom fui condamné envers los eatho-
liques ;i une amende, que dul payer le Consistoire (Ibid., fcs 471 et 474").
1 Synode provincial de Saint-Hippolyte de 1604.
'2 Synode provincial de Montpellier dé 1605.
:; Synode provincial d'Alais de 1606.
4 Synode provincial de Saint-Germain-de-Calberte de 1599.
5 Voir note 1 .
6 Synode provincial d'Àlais de 1606.
1 Synode national de Castres de 1626 (Aymon, t. II, p. 364).
duction relative moindre en sa faveur. Ensuite les pestes, nombreuses alors ', ont eu plus d'action dissolvante sur cette portion moins fortunée de la population : lorsque tous fuyaient la ville, y revenaient surtout ceux que leurs offices ou leurs biens y attachaient ; beaucoup des autres demeurèrent aux lieux où ils étaient allés, vers le travail et la vie. Une preuve en esl que, d'ailleurs sans augmentation chez les protestants, les baptêmes catholiques tombent . par exemple , comme moyenne mensuelle, de 18 '/* en 1588 à 14 l/* en 1591. A l'inverse, el c'est un troisième l'ait, l'immigration protestante continue active, ce dont témoigne l'apparition de familles nouvelles ; mais elle a lieu au XVIIe siècle par en bas surtout, de telle sorte que les acquisitions catholiques dans les classes élevées sont compensées par des apports calvinistes dans les populaires. Le corollaire logique en est une interversion complète dans la mentalité respective de ces classes, haute etbasse. Et cependant, — malgré tant de facteurs contraires, auxquels s'ajoute la négligence catholique dans la tenue des registres. — lentement, mais sensiblement on voit l'équilibre tendre à se déplacer. Bien ne fixe comme les chiffres. Sauf lacunes départ et d'autre dans la continuité, la comparaison devient possible de 1591 a 1611 inclusivement2. Si l'on prend les nombres respectifs de cette année-là, spécialement favorable au calvinisme, car Henri IV le pratique encore 352 baptêmes protestants et 175 catholiques); ensuite qu'on établisse, pendant les quinze années conservées pour chaque culte, la moyenne des excédents sur ces nombres de départ, on constatera ceci: l'augmentation annuelle est. pour les catholiques, de 45 individus ; pour les protestants, de 10 seulement. Encore manque-t-il justement les années les plus récentes, celles oii devaient commencer de jouer comme facteur d'accroissement dans la natalité catholique toutes les conversions qui viennent d'être signalées.
1 Voir pp. 440-442.
2 Les lacunes pour les baptistaires protestants portent sur les années 1595, 1596, 1597, 1598, 1599; pour les catholiques, sur les années 1597, 1601, 1602, 1606, 1607, et surtout 1612 à 1620 quant à l'église de la Canourîrué ou Saint-Firmin.