II. — Les Ecoles
Lutte des catholiques pour conserver au Collège sou caractère mixte. — Régime transactionnel de 1604. — Nouveaux empiétements prolestants. — Opportunité de la mission du P. Patorn'ay, jésuite. — Incidents à l'Université de Droit. — Pacius presque converti. — Controverse Patornay-Peyrol et ses conséquences. — Fin de V Académie protestante. — Vèvêque Pierre de Fenouillet et son offensive dons la question scolaire.
La formation des intelligences à l'école a toujours été considérée comme un des modes de propagande religieuse les plus puissants. De même qu'un des partis s'était préoccupé de la monopoliser soit par la création du Collège et l'appel de Gasaubon, soit par la réorganisation de l'Université de Droit et l'appel de Pacius, — de même l'autre prétendait s'y refaire sa vieille place, en ressuscitant ses privilèges du moyen âge. De là des luttes multiples à péripéties diverses.
Aux débuts du Collège des Bonnes-Lettres, les catholiques pressentis avaient, sur promesse d'un régime mixte, prêté leur utile concours :î. Mais bientôt les choses avaient changé. Dès le temps de Gasaubon, on froissait les convictions des
1 Emile Bonnet, Bibliographie du diocèse (te Montpellier, p. 65.
- Ibidem.
3 Voir p. 489.
écoliers catholiques en faisant des cours leurs jours chômés '. Quand on mit principal l'incapable Escat2, quand on le remplaça par le béarnais Claude de la Grange3, ce furent les seuls députés protestants qui furent appelés à prendre ces décisions. C'est pourquoi les catholiques, réclamant devant les commissaires de FEdit, .obtinrent satisfaction légale'1, mais non effective. Car le synode intervint également. Tenu à Nimes le 7 mars 1601, il chargea trois pasteurs, un par diocèse, dont Gigord pour Montpellier, d'exhorter les magistrats et les consuls dans la province, alors réunis pour l'assemblée politique en la même ville, de c< moyenner que les collèges et académies de Nimes et Montpeillier soient bien régies, a ce qu'on n'ait subiet aucun d'y envoyer les enfants ». Suit, naturellement, la prohibition renouvelée de mettre ceux-ci chez les jésuites :>. La situation était particulièrement embarrassante pour les protestants montpelliérains, pris entre deux défenses religieuse ou civile. Aussi eurent-ils une conduite double. Au Conseil privé, où ils portaient leurs doléances, répondues le 17 avril 1601, ils reconnurent implicitement le droit légal des catholiques de Montpellier, en constatant que seul le Collège de Nimes était acquis aux calvinistes 6. Mais, en même temps, La Grange étant, mort, les consuls engageaient, le 4 mai 1601, AnneRulman pour principal, afin de remonter le Collège et surtout l'Académie par des cours publics "'.
1 Synode provincial de Montpellier de 1598.
2 Délib. du Collège du 12 octobre 1599.
3 Le 17 janvier 1600, l'un des députés, Serres, avisa ses collègues que « il y a en Bear ung grand personage appelle la Grange, qui a connue envie de ce retirer en cepais ». On décida de traiter avec lui (Délib. du Collège de ce jour). Claude de la Grange se qualifiait, en effet, « docteur en droictz (sic) civil, historiografi'e du Roy, professeur d'elocquance en l'Université de Montpellier » (Min. de Jean Roussel, étude Blain, reg. de 1600, f° 624 v°).
/é Voir p. 560.
5 Synode provincial de Nimes de 1601.
''' « Ores que les supplians n'ayent que ce seul colliege libre pour l'ère instruire leur jeunesse» {Histoire de l'Edit de Nantes jusqu'en 1622, f°47 v°). 7 <( Et, oultre l'intendance dud. Colliege, led. sr de Rellemand a promis
De cette main-mise municipale sur le Collège les catholiques se plaignirent encore devant le Connétable à l'assemblée de Pézenas, le 2 septembre 1601 : les consuls, disaientils, agissaient « au desseu du sr Evesque et autres depputez pour le reiglement dud. Collège», et à rencontre de la sentence prononcée par les commissaires de TËdit. Leurs délégués réclamaient donc énergiquement de Montmorency une défense à cet égard ou bien la permission, en prenant la moitié de la crue, comme de juste, « de dresser ung colliege pour l'instruction de leurs enfans » K C'était agiter le spectre des Jésuites ! Bien que le Connétable ait décidé que le régime mixte serait observé, la municipalité n'en continua pas moins de monopoliser la direction du Collège et, afin d'augmenter la sécurité, il n'y eut plus du tout de députés, même protestants. Aussi, du 6 juillet 1601 au 1er août 1604, n'existe-t-il pas de délibérations, ("est ailleurs, dans celles du Conseil de Ville, qu'il faut chercher les éléments de sa peu brillante histoire. Sur ce terrain, comme sur d'autres, la famine amena la capitulation.
Dès l'année scolaire 1001-J602, les fonds avaient manqué2. Aussi les gages des régents étaient-ils en retard; on devait en particulier à Ruliuan les 100 livres promises pour le charroi de ses meubles de Nimes k Montpellier. De plus les catholiques avaient réussi à imposer au moins la création d'une seconde chaire de philosophie pour leurs enfants3. On avait encore marché, en remettant tous payements au bout de Tannée4 ; mais l'arriéré pesa sur l'exercice suivant. Et, pour comble, Rulman mourut 5. Alors.au début de Tannée 1603-
el promel ausd. srs Consulz de fere lecture, troys foys la septmaine, publicque dans led. Colliege comme et sur ce qu'il trouvera propre pour le proffict des eseolliers. » (Min. de Pierre Fescpiet, étude Grollier, reg. de 1597-1601, 2" partie, f° 176).
1 Histoire de l'Edil de Nantes jus qu 'en 1622, f° 55.
- Délib. du Conseil de Ville du 23 septembre 1602.
:i « Pour payer ung aultre philosophe, que messieurs les catholieques ont trouvé bon d'y niectre » (Délib. du Conseil de Ville du 14 octobre 1602).
4 Délib. du Conseil de Ville du 23 septembre 1602.
■'• Il é'tait déjà morl au 23 septembre 1603 (Arch. mun. de Montpellie-t,
J604, les consuls commencèrent de parler accord avec les catholiques et rétablissement de la commission scolaire '. Le 22 juin il y eut délibération du Conseil de Ville pour décider la transaction sur la base du partage des classes : principal calviniste ; professeurs de philosophie l'un calviniste, l'autre catholique ; premier, troisième et cinquième régents catholiques ; deuxième, quatrième et sixième calvinistes 2. Combinaison qui a pu paraître étrange :\ mais était alors la seule possible en droit et constituait de t'ait un progrès des catholiques, analogue à ceux remportés sur le terrain municipal.
On s'aboucha donc au Collège le 1er août 1604. Autour de l'évêque Jean de Granier se groupaient le président de Rozel. Antoine de Grille, général aux Aides, Pierre de Griflî, seigneur de Saint-Martin, maître aux Comptes. Le premier consul, Pierre de Combes de Montagut, le deuxième, Jean Allard. et les quatre députés : Peyrol, ministre, Pierre de Serres, général aux Aides. Philippe de Bossuges, maître aux Comptes, et Pierre Blancard, conseiller au Présidial, composaient l'élément protestant. Sur les bases posées, l'accord fut promis, « aulx fins de mettre quelque bon ordre et reiglement en icellui Colliege, pour esvitter que a l'advenir ne survienne aulcung estrif ny différent pour raison de l'establissement des regens es classes dud. Colliege » 4. La première application avait lieu pour la deuxième chaire, calviniste. Les catholiques s'effacèrent donc5.
Quelques autres questions restaient à régler. Un peu avant le commencement de l'année scolaire 1601-1605. l'accord s'établit sur ces points, et une délibération du Conseil de Ville du 4 octobre autorisa les consuls à un second règle-
CC, pièces de comptabilité de 1001). Mais 1rs registres conservés d'inhumations des protestants ne commencent qu'en 1605.
1 Délib. du Conseil de Ville du 5 décembre 1003.
- Les délibérations de l'année consulaire 1604 font défaut, mais celle-ci est insérée dans la délibération du Collège du 1er août 1004.
:! Paul Dudon, Op. cit., p. 214.
'' Délib. du Collège de ce jour.
3 Délib. du Collège des 31 août, 2 el 6 septembre 1604.
ment, le 11 octobre 1604 i. 11 y était tenu comptée la fois des usages anciens et des modalités nouvelles amenées par l'Edit de Nantes. Quatre parties y intervenaient donc et, par elles ou leurs délégués, souscrivirent l'accord. C'étaient l'évèque et le gouverneur pour la justice, et c'étaient aussi les consuls et les députés au Collège. Les droits et prérogatives de chacun furent réglés ainsi :
Aux consuls, la convocation des assemblées, la proposition des mesures, la publication du notion, en latin, pour les régences cà pourvoir et l'installation des professeurs.
A l'évèque, la présidence des réunions, le recensement des votes et le contrôle, partagé avec les députés, sur le choix des livres, lesquels ne devraient offenser aucun des deux cultes.
Au gouverneur, l'approbation des délibérations et le soin de faire prêter serment.
Aux députés, dont la nomination aurait lieu à l'Hôtel-de- Ville selon la forme accoutumée, c'est-à-dire respectivement par le Conseil de Ville et par les catholiques, le choix des livres, de concert avec l'évèque.
A tous enfin, voix délibérative, ce qui gardait la majorité à l'élément calviniste.
C'est peut-être pour ce motif que la transaction ne fut signée que de Jean de Granier, de Trinquaire, juge-mage, pour le gouverneur, des deuxième, quatrième et cinquième consuls, Allard, Pormy et Douillon. et des députés protestants : de Bocaud, de Serres, Blancard, Gigord et Coste2. Comme la même abstention se remarque lors des examens de concours qui suivirent :!, il parait naturel de l'interpréter par une divergence de vues entre l'évèque et les catholiques, ceux-ci plus intransigeants que celui-là4, plus avant aussi
1 Cet accord a été publié par le P. Paul Dudon [Op. cit., p. 219).
- Les signatures n'ont pas été publiées par le P. Paul Dudon.
:t Non seulement le 18 octobre pour l'examen du philosophe protestant, (ieorge Scharpe, mais le 19 pour le concours du troisième régent, catholique (Délib. du Collège à ces dates).
4 Certainement le chanoine Gourdon était un violent, un déséquilibré
dans la lutte politique. S'il y eul discordance, elle s'effaça, d'ailleurs,! car un voit un an après reparaître les députés catholiques dans les assemblées du Collège1.
Les empiétements des calvinistes sur la transaction de 1604 recommencèrent bientôt. Ce qui en fut le premier symptôme, c'est la mission confiée au seul Peyrol de rédiger un règlement-. Mais bientôton essaya de transformer en loi cette usurpation. Un des articles présentés au roi par les protestants et répondus le 1!) août 1006 demandait une augmentation de subvention, tout en « laissant le régime des collèges de Montlier et Nismes aux habitans desd. villes faisants profession de lad. religion, comme il a été jusques icy ». Sous cette forme insidieuse, la requête passa ou à peu près : « Le régime continuera comme il est a présent jusqu'à parties ouies plus amplement » :\ Et aussitôt les consuls de faire acte d'autorité, en revenant au système de l'engagement, toujours préconisé par les protestants, contre celui du concours, pratiqué par les catholiques. Le 10 octobre 1606, ils passèrent contrat avec Jean Vitalis, du Puy en Velay, bachelier en médecine, pour une des chaires de philosophie1, et c'était pourtant la catholique"'.
même (voir p. 475), dont les propos, punis de réclusion, ne sauraient être acceptés sans défiance, niais ils peuvent au moins refléter l'opinion à ce moment même d'une partie des catholiques. Il accusait donc l'évêque de mépriser son prédécesseur, lequel avait beaucoup plus de zèle que lui i Délih. du Chap. cathédral du 10 juin 1605). On saisira par là toute la nuance entre l'homme de la localité et celui du nord, l'homme de l'action énergique et celui de la science et des tempéraments, (pie furent respectivement Guitard de Rate et Jean de Granier.
1 Délit), du Collège du 18 septembre 1005.
- Depuis certain « estrif », survenu, dès le 20 novembre 1004, à pro pos de l'enlèvement par le principal Lamerens de l'inscription : Auditorium publicum, et le blâme qu'on lui infligea devant tout son personnel, le Collège marchait fort mal. C'est alors qu'on décida une inspection bihebdomadaire par les députés des deux cultes et la rédaction d'un règlement par Peyrol (Délit), du Collège des 20 novembre 1604 et 18 septembre 1605).
:i Histoire de l'Edit de Nantes jusqu'en 1622j f° 98 v°,
1 Délïb. du Collège à cette date.
'• Délih. du Collège du 16 août 1608.
Mais la question du Collège restait toujours liée à celle de l'Académie protestante. Vouloir cette dernière institution, «•'était obliger à s'occuper de la première. On le constate avec évidence, en 1(507, lorsque le synode provincial d'Aiguesmortes réitéra, et plus sévèrement que jamais, toutes ses défenses à l'égard des parents qui mettaient leurs enfants chez les jésuites : non seulement l'éducation dans leurs collèges, mais celle à la maison par des précepteurs élèves de ces religieux devinrent un cas de suspension publique des sacrements. En même temps, le synode prescrivait de faire un règlement pour l'Académie et de cherche]' un professeur d'hébreu. Tout ceci se passait en mai 1607 '.
Même les ennemis de la Compagnie de Jésus sont forcés de lui reconnaître un mérite qui contribue à sa force : celui de discerner merveilleusement et d'appliquer ad majorent Dev gloriam les aptitudes de ses membres. Quand le provincial Louis Richeome vint à Montpellier au début d'avril 1C>07. il annonça à l'évêque Jean de Cranier qu'il comptait envoyer prêcher ailleurs le P. Henri Adam et avait fixé le départ de ce religieux au 8 mai suivant. Evoque et Chapitre (h1 s'en alarmer et de se concerter pour obtenir encore un jésuite2. De fait, sans interruption aucune, la chaire fut occupée par le P. François Barrachin, qui prêchait depuis onze ans déjà avec succès 3. Mais, en raison des exigences de la situation qui vient d'être exposée, il la céda presque aussitôt au P. Léonard Patornay 4.
Agé alors de trente-huit ans, sur lesquels il en comptait vingt de vie religieuse, le P. Patornay était une encyclopédie vivante. La grammaire, les humanités, la rhétorique, la phi-
1 Synode provincial d'Aiguesmortes de 1607. - Délib. du Chap. cathédral du 4 avril 1607.
3 Le P. Léonard Patornay déclarait, le 8 février 1008, que Raymond Gleize, — dont le compte, pour « service qu'il a fait à Mrs les Pères jesuistes >>, fut mandaté le 17 janvier 1608, — avait commencé de servir le P. Barrachin le 9 mai 1607. De fait, la quittance des gages du p. Barrachin est datée du 9 juin 1607 (Pièces de compt. du Chap. cathédral).
4 Le P. Patornay avait commencé avant le 23 juin 1607 (Reg. de compt. du Chap. cathédral, k ce jour .
losophie, la théologie scolastique, la théologie morale, l'Ecriture sainte, la langue hébraïque, tout cela il l'apprit, le sut, l'enseigna. Son choix était donc des plus heureux, et les circonstances en soulignèrent plus particulièrement l'utilité, car deux mois après mourait, le 15 septembre 1(307, l'évoque Jean de Granier1. Or. à la faveur de cet événement, la campagne scolaire fut poussée vivement par les calvinistes.
Le premier consul, Pierre Massane, général des Aides, partit lui-même pour la Cour-, afin de négocier et d'obtenir des lettres-patentes complémentaires de celles de 1590. Adroitement il fit valoir que dans celles-ci avait été omise une importante prérogative, celle de la collation des grades ; que les régents et ceux auxquels il appartient de conférer cette dignité, ne l'osaient sans clause expresse. Cette ambiguïté, cette imprécision voulues passèrent dans le diplôme royal, où l'on crut peut-être tout sauvegarder en ajoutant : « pourveu toutesfois que ce soit du gré et consentement des recteur, docteurs, régents, suppostz et membres de lad. Université de Montpellier » :{. Formule protocolaire qui, en l'espèce, ne répondait à rien. J'ai assez dit qu'il y avait à Montpellierdeux Universités : celle de Médecine et celle de Droit, maintenant dite des Lois ; que l'une et l'autre étaient étrangères aux Arts libéraux ou Bonnes-Lettres. Et j'ajoute que de recteur et docteurs au Collège il n'en était aucun, à proprement parler ; tout au plus un principal, Lamerens, aussi dépourvu de savoir et de prestige qu'on pouvait l'appréhender, et des docteurs ou maîtres seulement en espérance. Mais l'essentiel était d'écarter l'évêque, jadis seul en possession de la collation des grades : on y arrivait par ces lettres-patentes de novembre 1607. D'ailleurs, le régime qu'elles créaient sera éphémère : Pierre de Fenouillet est déjà nommé au siège.
Aussi les catholiques réussirent-ils à faire valoir un de leurs droits usurpés, en mettant au concours leur chaire de
1 Délib. du Chap. cathédral du 15 septembre 1 007 . - Délib. du Conseil de Ville du 1!) décembre 1007.
:i Le texte (11- ces lettres-patentes :i été publié par A. Germain (La Faculté des Arts etc., p. 27, note 1).
philosophie ', et c'est là que le P. Patornay put intervenir utilement. Il en fit autant à l'Université de Médecine, sur l'invitation des régents royaux, même calvinistes. A l'Université de Droit il se vit traité de « Révérend Père » et publiquement remercié de sa présence cà un concours, et cela toujours par des protestants, qui n'accordèrent aucune attention à leurs ministres -. Au fond, cette Université-ci était restée passablement cléricale par ses écoliers, ses professeurs^ et son chancelier-né, l'évêque. Elle s'abritait en des locaux plus ou moins ecclésiastiques: le Collège de la Chapelle-Neuve4, celui de Sainte-Anne5. En dépit de l'usurpation des chaires de droit canonique par le droit civil6, on n'y pouvait guère rien sans le clergé. Mais la mort de Jean de Cramer avait paru propice aux protestants pour y mettre la main. Le 17 janvier 1008 un recteur calviniste, Blancard, fut élu. Cela devint à l'Ecole une grosse affaire. Qu'on l'écoute raconter par Paul Pacius, fils aîné du célèbre professeur, à son ami et ancien condisciple Peiresc:
1 Délib. du Collège du 16 août 1GÛS.
- Paul Dudon, Op. cit., p. 223.
:! JeandeSolas était, à cette heure, catholique déclaré ; Pacius, on va le voir, catholique de cœur ; Ramin, calviniste ; de Pierre David la conduite, un peu douteuse, devint franchement catholique (Voir § III).
4 Pierre du Robin, comme prieur des docteurs de l'Université des Luis, donne, en 1592, à restaurer le Collège de la Chapelle-Neuve nfîn d'y faire les cours : le 21 mars pour la menuiserie, et le 8 avril pour la maçonnerie (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1592-1593, f° 121). En 159!) 1.' Chapitre cathédral le fait réparer (Reg. de compt. de 1599, au 31 août). Après l'incendie qui fit abandonner l'immeuble pendant quelques années, Pierre Rebuffi, chanoine et vice-chancelier, donna les travaux de réfection à y exécuter avant la Toussaint, le 7 avril 1606 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1606, f° 337). Mais la vérification des murages, confiés à Despeisses, n'eut lieu que le 27 décembre 1607 et se compléta par la construction d'un escalier ((Ibid., reg. de 1607, f° 1107).
'" Par délibération du 16 août 1599, le Chapitre cathédral accorda une subvention pour la réparation, dont la Ville fit les frais (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1599, f° 35 v°).
" L. Guiraud, Julius Pacius en Languedoc, dans Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 2e série, t. IV, p. 312.
02 i Là nKion.ME a \ioMi>i;i.t.iEh
« Si ie ne craigndis de vous estre importun, ie vous escrirois au long comme nostre université est en grand garbuge avec le vicaire gênerai, qui en est le chancelier, scde vacante, pour cause du rectorat, a cause qu'on a fait M. Blancard recteur, disants qu'un de la religion ne le peut estre. En haine de ce, le chancelier ne se veut trouver a aulcun acte. et ne peult on passer aulcun docteur a cause de l'absence dud. chancelier. Et attendons de iour en iour provisions de Castres et eux de Thoulouse : voila un conhict de iurisdiction, disants qu'ils ne sont tenus de respondreala Chambre, par ce que le clergé respond au Parlement, qui a embrassé cest affaire et s'est rendu partie. le vous escriray par la première commodité beaucoup d'aultres petites particularités sur cest affaire » 1.
De fait, l'intervention immédiate du Chapitre cathedra], se solidarisant avec le syndic de l'Université de Droit pour faire opposition à une telle élection, laquelle violait, paraît-il, les statuts de l'Ecole2, et, d'autre part, celle du synode provincial, prenant parti pour Blancard et mettant en mouvement la Chambre de l'Edit et les députés-généraux 3, donnaient à cette affaire beaucoup d'ampleur. Là encore l'ascendant d'un homme tel que le P. Patornay était pour s'exercer, comme le montrent les relations de son ordre '', et cela d'autant mieux qu'il avait à peu près déjà achevé de convertir le professeur Pacius et ses deux tils.
Le fait est constaté par de très intéressantes et curieuses lettres de Peiresc, élève de l'humaniste et resté son ami. Dans l'une on voit que, déjà au printemps de 1604, Peiresc se préoccupait d'assurer à son maître une situation à Aix, ville catholique, surtout pour des raisons touchant à la conscience5, d'où il résulte que le P. Destrictis, qui fouillait
1 Lettre dû 26 février 1G0S (Bibl. Méjanes à Aix, ms. 1Q26, f° 323). - Délîb. ilu Chap. cathédral «lu 17 janvier 1(308. '• Synode provincial d'Anduze de 1008.
4 Paul Dudon, Op. cit., p. 223.
3 « Dio voglia che l'accetti 'la somma di mille scudi], ch' io spero in Dio ch' egli habbia da «lare in brève tutta quella soddisfattione che s'è
si bien les ouvrages de Pacius ', avait déjà ébranlé son esprit. La seconde affirme qu'en 1609 une question pécuniaire arrêtait seule l'humaniste. Tant qu'il n'avait pas d'autre situation, il ne jugeait pas possible de manifester ouvertement ses convictions nouvelles. Il désirait donc, et Peiresc souhaitait avec lui un peu naïvement, que le P. Richeome, provincial des jésuites, et un de leurs religieux obtinssent du Pape pour Pacius dispense de la pratique publique du catholicisme pendant deux ou trois ans. A cette condition, le professeur et ses deux fils iraient abjurer incognito à Avignon. Car, en une « affaire si jalouse et si chatouilleuse », ce qu'il fallait surtout, c'était c< la secretezza ». Et l'excellent Peiresc la demandait au vicaire-général d'Avignon, son correspondant2. Il faut croire que cette combinaison plus ingénieuse qu'orthodoxe échoua, puisque Pacius abjurera seulement après son départ de Montpellier, c'est-cà-dire postérieurement à 1616 3.
Le P. Patornay assista également, a-t-il été dit, à des assemblées à l'Université de Médecine et il s'y vit traité avec honneur, recevant la première place'1.
Mais surtout c'est cà l'égard de l'Académie protestante ou Ecole de Théologie que ses aptitudes le mirent à même d'exercer une action ou plus exactement réaction efficace.
Cette création de Gigord continuait de passer par bien des vicissitudes. Nous l'avons laissée à sa réorganisation en 1002 par le même pasteur. Il fallut le suppléer par Rudavel puis par Peyrol dès 16045; et il convient de rappeler encore ici
fin hora aspettata da luy, non tanto per conto délie letture di leggi quanto per la conscienza. S'aspettaiio ancora i colori de la sua arma e il tempo del suo pascimento » (Bibl. de Carpentras, ms. 1809, f° 449, lettre à Gualdo du 2 mai 1604).
- Lettre à Louis Beau, du 3 octobre 1009, publiée par Tamizey de Larpoque (Revue des Questions historiques, année 1883, t. II, p. 019).
3 L. Guiraud, Julius Pacius eu Languedoc etc., p. 320.
4 Paul Dudon, Op. rit., p. 241.
■' Voir pp. 008 et 009.
SOC. ARC!!. DE MûNTTELLIER. 40
que l'enseignement littéraire devait, pour qu'il y eut Académie, y être donné simultanément avec l'enseignement théologique. Même on se préoccupait maintenant d'y adjoindre celui de l'hébreu l, à cause des controverses qui se produisaient de toutes parts. Dans ces conditions, le sort du Collège influant sur le sien, elle en subit toutes les alternatives : suppression des cours publics parle principal Lamerens 2, relèvement sous l'écossais Adam Abrenethée :i. Et, d'autre part, le jésuite Patornay lui porta un coup sensible en la personne de Peyrol. Elle n'est, en effet, ni risquée ni de parti-pris l'allégation qui montre le prédicateur catholique, dans une controverse avec un apostat, arrachant à celui-ci un écrit contraire à la Confession de foi et lui attirant ainsi tant les quolibets de ses propres élèves en théologie que les foudres du Consistoire 4. Les documents les moins suspects par leur provenance concordent tous avec l'anecdote. C'est, en premier lieu, la
Conférence touchant la foi justifiante, agissans d'un costé mes Daniel Pérol et Jean Faucher, ministres de Christ : d'autre costé mos Léonard Patornay et Pierre Grangier, prestres jésuites, respondans. Commencée à Baignais le 14 de mai 1610 et finie le 18 du mesme mois,
dont, sous ce titre, les actes ont été publiés en 1611 5. C'est également l'amende honorable du ministre sous celui de :
Discours familier touchant la certitude de salut que les
1 Synode provincial d'Aiguesmortes de 1607.
- Il avait fait enlever l'inscription Auditorium publicum, qu'on dut remplacer par Auditorium philosophise (Délib. du Collège du 20 novembre 1004), car il refusait, en alléguant sa trop grande charge, de faire des cours publics (Délib. du Collège du 18 septembre 1603).
3 Auquel on imposa un cours public sur le sujet à déterminer par les députés (Délib. du Collège du 31 août 1608). On lui fournit même des auditeurs recrutés obligatoirement, en statuant que les élèves des deux classes de philosophie seraient tenus d'assister au cours d'Abrenethée et admonestés h cet effet par les professeurs (Règlement du Collège par Peyrol, art. x, publié par A. Germain, La Faculté des Arts, p. 29 .
4 Paul Dudon, Op. rit., p. '2-11, d'après les Litterse annuse.
5 A Montpellier chez Jean Gillet ; in-8u de 329 pp. (Sommervogel, t. VI, p. 351;.
Fidèles doi venta voir selonqite Dieu les en assure par sa parole, contr eV incertitude des Pyrrlioniens et Académiques rornains,
qu'il imprima la même année L La preuve est donc faite de la controverse à cette époque entre ces protagonistes.
En second lieu, ce sont les décisions des synodes. Malheureusement une lacune dans les procès-verbaux de ces assises religieuses provinciales depuis 1610 inclusivement prive de certains détails sur l'affaire. Mais l'appel que porta Peyrol devant le synode national de Privas en mai 1612 permet d'y suppléer. On y voit que deux synodes provinciaux du Bas- Languedoc, dont le second fut celui deFlorac, s'étaient occupés du cas Peyrol. Le premier avait commis aux pasteurs de Montpellier le soin de veiller tant sur la prédication de ce ministre que sur son enseignement, décision qui fut ensuite raturée. Le second avait confirmé l'annulation de la mesure. Saisi maintenant de l'affaire par une plainte de Peyrol, qui avait quitté sa chaire, le synode national de 1612 l'exhorte à c< reprendre la charge de professeur en théologie de l'aveu de sa province, sans se décourager pour ce qui s'est passé »2. Il est assez vraisemblable que Peyrol avait également comme pasteur cessé de prêcher, les calvinistes montpelliérains se préoccupant en 1611 de l'appel d'un autre3. Il eut donc tout loisir d'aller à Die, sa ville natale, où cet ex-jésuite retrouva encore les jésuites et leur controverse 4.
Quant à l'Académie de Montpellier, avec Peyrol elle avait sombré une fois de plus : la preuve en est fournie par l'envoi à Genève, en octobre 1611, d'un écolier en théologie. Nicolas Chalcornac3. Elle réexista pourtant ensuite, grâce à Philippe Codur, un des fils de l'ancien pasteur et qui était alors mi-
1 A Montpellier chez Jean Gillet : in-8° de 327 pp. (Emile Bonnet, Les Débuts de l'Imprimerie à Montpellier, p. 149, n° 301. - Aymon, t. Ier, p. 413.
3 Michel Le Faucheur (Voir sur lui chap. VI £ m).
4 Litlenv annuae de 1613-1614, pp. 583 et suivantes.
5 « Il s'en va en vostre Académie pour y estudier a la S. Théologie. Nous vous prions d'avoir soin de luy », écrit Gigord à la Cie des pasteurs de Genève le 17 octobre 1611 (Bibl. publ. de Genève, Corresp. ëcclés., 197 aa., reg. de 1609-1611, f° 120).
nistre à Pignan : dès 1612, il se qualifie « professeur en l'Académie de Montpellier » l, et il le resta jusqu'à la lin de celle-ci 2.
En effet, la conduite tenue pour suspecte d'Abrenethée et le procédé des consuls envers lui qui va être rapporté, achevèrent de désorganiser l'Académie protestante, en face de laquelle se dressait déjà un embryon de Faculté de Théologie catholique. Gigord venait de mourir3, on n'avait donc plus les ménagements à garder envers ce vétéran du ministère. Parce que de son œuvre il n'y avait désormais rien à espérer, c'est du côté protestant que lui vint le coup de grâce. Considérant que des Académies bas-languedociennes, vouées, semblaitil, par leurs fondateurs à de si belles destinées, il ne restait que deux tronçons, le synode national de Vitré décida, en juin 1617, de les réunir et ce fut Nimes qui les abrita''. Godur s'y rendit pour enseigner l'hébreu5 et Le Faucheur, la théologie, tandis qu'à Petit était réservée la chaire de grecfi.
Le P. Patornay avait, on le voit, manœuvré avec avantage, mais non pas tout seul. Rappelé par l'imminence de sa profession religieuse7, il avait quitté, le 22 septembre 1608, Montpellier pour Avignon, puis Tournon 8, d'où le lieu de sa controverse en 1610. Il remettait à un autre jésuite, le P. Bernard Galtier, venu d'Agen dès le 15 9 et qui ne repartit que le
1 Contrat du 4 octobre 1612 (Min. de David Gibert, étude Blain, reg. de 1012-1613, f° 123).
- Ibid., reg. de 1614-1615, f° 207 v», au 10 septembre 1014. — Le 7 janvier 1015 il louait, à la rue de la Monnaie, une maison pour trois ans (Min. de Samuel Vidal, étude Blain, reg. 4e 1015, f° 10).
:! Enseveli le 22 février 1616 (Arch. inun. de Montpellier, <!<;, reg. 325, f° 18 v°).
* Aymon, 1. II, p. 122.
5 Ibid., p. 208.
» Ibid., p. 209.
7 Qu'il fit le 23 septembre 1008 (Paul Dudon, Op. cit., p. 241).
s Quittance du 22 septembre 1008 (Pièces de compt. du drap, cathédral).
H Délib. du Chap. cathédral du 15 septembre 1008 et mandement de ce jour aux pièces de comptabilité du Chapitre cathédral. C'est, en effet, à la province de Toulouse qu'échut, par la division de celle de Lyon, le soin de la « Missio ad Montempessulanutn » [Annux lûterse de 1008, p. 345).
3 août 1609 '. la chaire qu'il avait brillamment occupée. Il lui laissait aussi la bibliothèque de Jean de Granier (comprenant celle de Guitard de Rate), à lui donnée par ce prélat, puisque le P. Patornay la vendit au Chapitre8, qui fut mise par ce
corps à la disposition du nouveau prédicateur et. sur le conseil de celui-ci. allégée des doubles et enrichie d'ouvrages appropriés 3. Tous ces détails dénotent un souci de l'instruction religieuse qui fait honneur au clergé local. Les fruits de ce zèle se tirent sentir : on obtint cette année d'apostolat du P. Galtier en 1608 vingt-deux ''. en 1609 quarante abjurations"1. 11 faut dire que. le culte ayant doublé, il avait été fait, vers le carême, appel à deux autres jésuites6, et encore que le nouvel évoque était déjà là. Célèbre par son éloquence, Fenouillet devait probablement en donner les prémices à ses diocésains dans Notre-Dame des Tables, cathédrale. En tous cas l'affluence des auditeurs y était grande7. A la Ganourgue retourna en 1610 1e P.Henri Adam8. Enfin, quand les jésuites disparurent, les capucins étaient déjà là.
Pour revenir à la question scolaire, elle entrait désormais de toutes parts dans une phase nouvelle, où l'offensive catholique succédait avec avantage aux concessions péniblement arrachées. Ce changement fut le fait de l'évêque.
Si Henri IV avait, par l'octroi des lettres-patentes de 1607.
1 Quittance de ce jour (Pièces de compt. du Chap. cathédral).
- Délib. du Chap. cathédral des 7 et 14 mars 1608.
:! Délib. du Chap. cathédral du 21 octobre 1608.
4 Litterœ annuse de 1608, p. 345.
■' Paul Dudon {Op. cit., p. 242).
a Reg. de compt. du Chap. cathédral, au 16 février 1009.
7 Le peuple y envahissant le chœur, on dut mettre un garde pour l'en empêcher, mais en laissant les portes de ce chœur ouvertes pendant la prédication (Délib. du Chap. cathédral du 26 avril 1010).
s Le 1 1 mars on décidait de faire, dès le jour même, évacuer les chambres du prédicateur usurpées par les curés (Délib. du Chap. cathédral de ce jour). Le 8 novembre l'apothicaire fournissait un onguent et de l'alkermès pour le P. Henri Adam (Pièces de compt. du Chapitre cathédral : compte du ." septembre 1612),
030 I A KÉFORME A MONTPELLIER
laissé marquer un point aux protestants, — donl il disait alors à l'un des plus renommés pasteurs, Daniel Charnier, bien connaître toutes les faiblesses sans vouloir les dévoiler aux catholiques1, — il y apporta bientôt une singulière compensation par le choix du successeur de Jean de Granier. Le savoyard Pierre de Fenouillet, ami intime de saint François de Sales, lui ressemblait plutôt par le talent de la parole et le zèle que par la condescendante douceur. Gariel, cet honnête et pieux chanoine, qui l'eut quarante-quatre ans pour évêque, l'estimait « un homme incomparable, s'i 1 eust toujours eu les emplois que la grandeur de son esprit désirait et dont il estoit capable»2, (l'est indiquer assez finement un certain esprit d'irréductibilité, combiné à une tendance au pouvoir, une propension à l'absolutisme. Bandé par l'étroitesse du cadre, un pareil caractère, qui ne souffrirait, il va de soi, ni concession de principes ni même tempéraments dans les procédés, devait toujours aller avec énergie jusqu'au bout de son droit3, autant que de son devoir. Pour l'instant, à titre de prédicateur du roi. il était à la Cour, discutant ardemment avec Sully, que le roi voulait convertir, sur le dogme de la transsubstantiation^.
Nommé au printemps de 1008 :>, Fenouillet n'arriva à Montpellier qu'à la fin de l'automne <;. Là, dès qu'il eut jugé des choses, il prépara l'assaut, avec la protection du souverain. Un des derniers actes d'Henri IV fut, par l'octroi des lettrespatentes de mars 1010 7, de rendre à l'évêque de Montpellier,
1 Journal de. Daniel Charnier (Bulletin S. P. F., t. II, p. 412).
2 Gariel, Idée de la ville de Monlpelier, part. II, p. 189.
3 II poursuivit, et obtint trente-doux arrêts pour le recouvrement de sa niense épiscopale (Ibid., p. 190).
5 Journal de Daniel Charnier (Bulletin S. P. F., p. 433).
5 Le 21 avril 1008, le Chapitre cathédral décidait de lui écrire (Délit). de ce jour).
6 Le 25 novembre 1608, l'évêque étant à la veille d'arriver, le Chapitre cathédral votait l'envoi d'une délégation pour le saluer à Avignon (Délib. de ce jour) ; et il prêta serment le 17 décembre (Délib. de ce jour].
7 Ces lettres-patentes, publiées par le P. Paul Dudon (Op. cit., p. 251), d'après le Grand Thalamus (f° 373) des Archives municipales de Montpellier, sonl datées du mois de mars et non de mai, comme l'a imprimé l'éditeur,
quant au Collège, le bénéfice de la transaction de 1604, si fort diminué par les empiétements des consuls et par les lettrespatentes de 1607. Fenouiliet, accouru cà Paris après l'assassinat du roi 1, y retourna en 1613 2, et obtint de la régente de nouvelles lettres-patentes, datées du mois d'août de cette année3, qui non seulement rétablissaient à son profit tous les droits exercés au moyen cage par ses prédécesseurs dans toutes les branches de l'enseignement, mais consacraient leurs prétentions, même les étendaient. Grâce, en effet, à l'ignorance ou à la méconnaissance des titres et coutumes, violés plus d'une fois pendant la tourmente, c'était une véritable innovation qui résultait du dernier diplôme royal. D'abord, en un exposé tendancieux, les différentes branches de l'enseignement : universités ou facultés, dont jadis deux seulement, le droit et la théologie, avaient été unies, s'amalgamaient en Université unique, dont l'évêque devenait le chancelier. A ce titre lui étaient attribués l'autorisation des actes et assemblées, le choix des thèses, le jugement sur le mérite et la capacité des candidats, la collation des grades. Contre ce droit nouveau, les répugnances calvinistes ne furent pas seules à s'insurger, car l'Université de Médecine en entier protesta, bien qu'alors les partis s'y équilibrassent4. Au Collège, quand Abrenethée, le principal, fut devenu beau-frère de Jean de Plantavit de la Pause 5, les consuls le
1 Le 30 juin 1010 il comptait s'y rendre sous peu de jours (Délib. du Chap. cathédral de ce jour).
2 II y était le 10 niai 10115 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1013, f° 464 v°).
3 Reproduites, d'après Le Gentil, par le P. Paul Dudon (Op. cil., p. 253). Leur arrêt d'enregistrement est du 8 février 1614 (Arch. du Parlement de Toulouse, 326, f° 143). Cf. Paul Dudon (Op. cit., p. 253), lequel donne la date de juillet 1615. Il y aurait donc eu retard ou modification.
4 Délib. du 30 septembre 1015 (Min. de Sabaiier, étude Coste, reg. de 1615, f° 536).
:' Le contrat est du 5 mai 1613 ; le mariage fut célébré le 27 septembre 1014 (Min. de Samuel Vidal, étude Blain, reg. de 1018, f° 450 v°, au 23 août 1018).
remplacèrent. C'était par Lamerens, congédié quelques années auparavant pour son insuffisance. Abrenethée protesta par une requête motivée aux consuls, par un procès au Conseil privé, par un autre au Parlement de Toulouse, où fut renvoyée son affaire et qui lui alloua une indemnité1. Le pire encore fut que, dans cet arrêt du 23 février 1618, « soubz prétexte de poursuivre a qui devoict estre conférée la charge de principal, ou aud. Abrenathée ou a m'' Lamerens, qui en avoict esté pourveu, ce seroict enjoinct en lad. instance le sieur Evesque de Montpellier, ensemble le sr Juge mage, qu'auroict esté cause que, sans que la vide ayt deffendeu [tant] pour le soustenement d'icelle que des sieurs intendants, la Cour de Parlement auroict ballie arrest de règlement, par lequel l'authori té, qui appartenoict ausd. srs consuls et intendans, est a présent donnée aud. s1' evesque » 2. Lorsque l'évèque fit le notum pour une régence, ce fut donc aux consuls, toujours protestants, à solliciter de revenir au concordat de 1604 :î, qui du côté municipal avait été si promptenient et persévéramment violé. Combien les rôles étaient renversés !
On l'avait vu également à l'Université de Droit, où, Pacius parti, le roi donna sa chaire cà David de Yaranda, que Fenouillet mit en possession4. Or Yaranda s'était fait catholique 5. D'où levée de boucliers parmi les avocats protestants, excités par leur coreligionnaire, le syndic de l'Université des Lois, qui était Antoine Atgier, seigneur de La Bastide0, et aussi action de la Ville se solidarisant avec eux7.
1 Délib. du Conseil de Ville des 16 juillet et 15 août 161(3, 15 août et 18 octobre 1617, 18 août 1618.
- Délib. du Conseil de Ville du 18 août 1618.
;i Arrêt du 26 mars 1619 (Arch. du Parlement de Toulouse, 383, f° 519). Délib. du Conseil de Ville des 27 et 30 mai 1619.
4 Voir note 7. — Ses provisions étaient du 15 avril 1617 (Arch. de l'Hérault, C, Trésoriers de France, reg. de 1617, f° 114).
•"' Voir § m.
,; Procuration, le 30 juin 1617, d'Antoine Atgier, à suite de délibération du 25 (Annexes de David Gibert, étude Bl'ain, vol. de 1617-1630, t'° 17).
7 Délib. du Conseil de Ville du 21 novembre 1617,
On le vit de même à l'Université de Médecine où, après de célèbres concours, l'évêque pourvut deux régences, ne voulant pas donner l'investiture à d'autres candidats '.
Enfin, au Collège, La Coste, troisième régent et catholique, fut dénoncé au Conseil de Ville comme ayant « suborné les enfants de la religion pour les faire changer de religion, ainsi qu'a esté veriffié par la depozition de plusieurs enfans ». 11 fut donc résolu qu'on le renverrait2. Conflit d'attributions, l'évêque entendant réintégrer La Coste. Gêné cependant par les usages antérieurs, effrayé surtout de l'état général des choses, il finit par envisager la possibilité d'un règlement entre lui et les consuls au sujet des droits que l'arrêt du Parlement lui avait conférés. Le Conseil de Ville autorisa la Commission du Collège à s'aboucher avec de Bornier, président a la Chambre des Comptes, pour une entente. Sinon, le procès serait poursuivi. C'était le 3 janvier 16*21 3. Déjà se précipitaient les événements qui aboutiront à la révolte.
Cet incessant débat sur la question scolaire et, par lui et la prédication, les étonnants avantages acquis du cote catholique ne furent point sans contribuer à ces événements. Mais auparavant ils avaient, de même que la réforme du clergé séculier '', déjà étudiée, et celle du clergé régulier, qui sera bientôt retracée, porté pour le catholicisme des fruits abondants.