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La reconstruction des églises et les ordres religieux

Reconstruction de Notre-Dame des Tables par le Chapitre cathédral et par les fidèles. — Réparation du Petit-Saint-Jean. — Secours à trouver dans les communautés religieuses. — Celles qui renoncent à se rétablir après VEdit: commanderies de Saint- Antoine, de lu Merci, les Carmes, les Augustins, les Minôrettes ou Clarisses, Sainte-Catherine. — Communautés qui se rétablissent : Proui lianes ou Dominicaines ; — les FF. Prêcheurs et Saint- Matthieu ; — les Trinitaires et Saint-Paul; — les Cor délier s en ville, puis au faubourg. — Les Pénitents Blancs et Sainte-Croix; culte extérieur ; statuts et esprit. — Confréries restaurées.

A peine Notre-Dame des Tables fut-elle livrée aux catholiques et le second ravelin démoli, le Chapitre cathédral s'empressa de la clore, en fermant à chaux et à sable la petite porte du chevet, et par de solides vantaux celle du côté du clocher *. On commença aussi le déblaiement des ruines 2. Mais le peuple

1 Délib. du Chap. cathédral du 14 février 1601.

2 Délib. du Chap. cathédral du 10 mars 1601.

la réforme: catholique 667

catholique devait entrer en participation de cette œuvre. Le 23 septembre 160i, un accord régla le rôle et la charge pécuniaire du Chapitre et des fidèles dans la proportion de deux et un tiers, celui-ci à répartir sur les catholiques 1. La direction des travaux de restauration fut confiée à un architecte de Reims, Jean Thuillier -, et une série de prix-faits, passés du 3 février au 21 mars 1602, pourvut à la fourniture des matériaux de toute sorte3.

C'est en enlevant les décombres qu'on mit au jour l'église primitive, transformée en crypte au XIIe siècle 4 et connue au moyen âge sous le nom de chapelle de la Madeleine, à cause de son vocable. Elle était restée intacte dans sa construction, si bien qu'en l'asséchant par du feu et y redressant un autel, Guitard de Rate y fit, le 27 mars 1602, une ordination, dont fut Garicl pour les ordres mineurs 5. Soit que, y célébrant dès lors le culte, on fût moins pressé, soit que, en constatant au fur et à mesure les dangers d'une trop sommaire réparation, déjà l'on pensât à faire mieux qu'utiliser ce qui avait été réparé de fortune seulement au cours des guerres, les catholiques ne se pressaient pas de verser leurs cotisations 6, et l'œuvre traînait.

L'arrivée du pieux évèque Jean de Granier ranima le zèle et, le 5 décembre 1604, ayant procédé aux enchères pour l'achèvement ou. plus justement, la reprise à nouveau de la restauration7, on estima les matériaux utilisables8 et le contrat put être passé le 12. L'adjudicataire, noble Jean Despeisses,

1 J'ai publié le texte de cet accord dans La reconstruction des églises du diocèse de Montpellier après les guerres de religion (Revue histor. du diocèse de Montpellier, lle année, p. 330).

2 Contrat du 28 novembre 1601 (Ibid., p. 332).

3 Cinq contrats (Ibid., 2e année, pp. 38-44).

4 Sur cet édifice, en voie d'être aménagé en Musée lapidaire d'archéologie romane, il sera donné un travail spécial, auquel je renvoie pour tous détails.

5 Gariel, Idée de la ville de Montpelier. De l'église, etc., p. 45.

6 Délib. du Chap. cathédral du 6 décembre 1603.

7 Délib. du Chap. cathédral du 7 décembre 1604 (L. Guiraud, Op. cit., 2e année, p. 558).

8 Estimation du 11 décembre 1604 (Ibid., p. 559).

seigneur de Mejanes et habitant d'Alais. était tenu de démolir toutes les murailles dont la solidité serait reconnue suspecte et de les reprendre depuis l'ancienne bonne construction. D'une façon générale on s'en tint au plan primitif de l'édifice. Cependant le clocher ne récupéra point son aiguille élancée. Le montant de l'ouvrage fut Fixé à •21.200 livres, payables dans les proportions fixées par l'accord du 23 septembre 16011. Quant à son résultat, il est facile d'en juger par les vues conservées ~.

Despeisses n'avait pris qu'un an de délai. Mais, seulement au printemps de 1607, l'édifice fut en état de recevoir des tribunes en bois3, et Jean de Granier mourut ' sans avoir éprouvé la satisfaction de rétablir le culte dans cette église. 11 en prit possession par sa sépulture, et ils n'étaient que trop vrais ces vers du jésuite-poète Jonin, écrits après une nouvelle ruine du sanctuaire :

Autistes tutnulo Garnerius occupât sedem Virginis : obscurus vix notât ossa lapis: Ruderibus jam tecta latent, fœdaque ruina Oppressant cinerem subruta tecta tegunt \

C'est le 14 août 1608 que l'église fut bénite 6 et peu à peu, par les soins du Chapitre cathedra] et la piété des fidèles, la décoration intérieure se compléta: autels, rétable, orgues. tableaux7, etc. Car l'église, devenue cathédrale de Montpellier, demeurait, en [dus, par ses souvenirs le sanctuaire toujours cher aux Montpelliérains. Bientôt il fallut y augmenter le

1 Contrat, de ce jour (L. Guiraud, La reconstruction, etc., dans Revue histor. etc., 2e année, p. 561).

- Ces dessins : — 1° élévation extérieure, prise du côté de la rue actuelle de la Loge ; et 2° élévation intérieure de l'abside, de la paroi de gauche (sur la rue Collot actuelle) et du fond de l'église, — conservés aux Archives municipales de Montpellier, seront reproduits dans un Album accompagnant le travail visé p. 667, note 4.

3 Délib. du Chap. cathédral du 30 avril 1607.

4 Le 15 septembre 1607 (Délib. du Chap. cathédral de ce jour;.

5 G. Jonini, e Soc. J., Epigrammata, etc. ; Lugduni, 1634, p. 43. Cf. p. 313.

6 Gariel, Idée de la ville de Montpelier . De V église etc., p. 46. ' Délib. du Chap. cathédral et pièces de compt., pas sim.

nombre des messes, en prenant à la Canourgue deux de ses six desservants pour les joindre aux quatre vicaires du Chapitre. On eut »lc cette façon six messes basses avant la grand'messe dominicale f Ensuite la réserve eucharistique fut transférëe de la Canourgue à Notre-Dame2. Enfin on y administra tous les sacrements3. Le service se faisait dans le corps du vaisseau, le chœur étant occupé par les seuls chanoines el fermé par une sorte de jubé avec un grand crucifix ''.

Tandis qu'il fallait à l'église N.-D. des Tables des années et le concours de tous pour être enfin livrée au culte, une modeste chapelle avait le privilège de sortir la première de ses ruines. C'était celle du Petit-Saint-Jean. Frère François de Rascas dit de Bagarris, commandeur des Hospitaliers à Montpellier, jugea que sa grande église des faubourgs, rasée jusqu'aux fondements, était trop ruinée pour une restauration 5, et il consacra ses ressources à celle de l'intérieur de la ville, dont l'abside primitive au moins avait été conservée. Il releva les murs en briques, fit un plancher de bois, mit deuxautels de pierre, dont l'un avec rétable figurant le baptême du Messie °. Cette chapelle fut desservie par deux collégiés, Jean Gourdon et Adrien Forés7. Et ceci fut comme un exemple.

Le rappel des ordres religieux dans la ville offrait un double

1 Délib. du Chap. cathédral du 5 mai 1609. s Délib. du Chap. cathédral du 19 octobre 1009. 3 Délib. du Chap. cathédral du 3 mai 1610.

* Délib. du Chap. cathédral des 11 mais.') 26 avril 1010. Cf. p. 008, note 7.

5 Le procès-verbal de la visite faite, le 21 janvier 1613, par Laurent Faguet dit Vaucluze, commandeur de Grézans, e1 Anne de Naberac, commandeur de Ville-Jésus, visiteurs-généraux, la montre « toute ruynée el abattue jusques aux fondemens, exepté un pillier d'ung coing- de pierre de taille, lequel demonstre y avoir heu autresfoys une fori belle et grande esglise vouttée, dédiée soubz le tiltre de Grand Saind Jean » (Arch. des Bouches du Rhône, H, fonds de Malte : Visites de 1013, t. Ier, f0s 433- 443).

6 Voir note précédente.

"' Renonciation, le 20 juin 1003, à une pension de 80 livres pour dédommager le commandeur, François de Rascas, de ses dépenses de restauration (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1003, f° 425),

avantage : créer un contingent de desservants et utiliser pour la reconstruction des édifices la faveur dont jouissaient les communautés auprès des fidèles. Quant aux églises rurales, le Chapitre avait déjà songé à ce moyen l. Après l'Edit de Nantes il devint la préoccupation essentielle des catholiques et des protestants, en sens opposé. Gomme la décision finale se trouva favorable aux premiers ~, ils n'eurent plus d'obstacle politique devant eux. Néanmoins un certain nombre de religieux ne se montrèrent point résolus à se rétablir. Tel le commandeur de Saint-Antoine de Montpellier et La Cadoule, fr. Philippe Picard, qui en 1602 fit relever les murs de clôture et réparer les voûtes de son établissement, mais pour y installer une exploitation agricole 3. Tel Jean de l'Aubespine, commandeur de la Merci de Garcassonne, maison à laquelle on avait uni celle de Montpellier, qui, après avoir essayé d'affermer les biens de cette dernière, trouva plus avantageux de les vendre, le 28 avril 1603, mais sous faculté de rachat4.

Ceux-là étaient comme des étrangers, uniquement touchés du profit général de leur ordre. Mais d'autres, à même de juger sur place la situation, n'agissaient pas différemment.

Ainsi avait fait dès 1596 le P. Pierre Fiolon, prieur des Carmes depuis vingt-huit ans et resté seul maintenant de tous ses religieux. N'espérant plus voir le rétablissement de son monastère, il en donna les matériaux, qu'on pillait, à Richer de Belleval, préoccupé de créer son Jardin des Simples. Fiolon s'en réservait néanmoins le montant, qu'il fit estimer, dans le cas où luirait le jour de la restauration 5. De cela aurait-il été blâmé? Toujours est-il que, huit ans après, à un règlement de comptes fait par son supérieur, le provincial Philippe Piquelin, il fut trouvé et se reconnut humblement redevable à son ordre de quelque 21 livres, quand il restait le bienfaiteur

1 Voir pp. 476 et 477.

2 Voir p. 565.

3 Prix-fait du 29 janvier 1002 (Min. de Jean Vignes, étude Blain, reg. de 1602-1604, f° 16).

4 Min. d'Anjt. Comte, étude Cornier, reg. d>- 1603, f° 283.

5 L. Guiraud, Le premier Jar din des Plantes français, p. 308, doc. V p. 310, doc. VI.

de sa maison pour plus de 500 *. Découragé, c'est à Lunel qu'il porta son zèle, ses libéralités et le poids de sa vieillesse déçue 2.

Ainsi se résigna à faire le prieur, non moins ancien, et unique religieux des Augustins. Guillaume Gaudinier. qui s'était assuré une place de conseiller au Présidial. Le vicairegénéral de son ordre, Jean de Verceil, excipant d'une commission du général et d'un arrêt du Parlement de Provence, prétendait, devant cet état de choses, liquider les biens de Montpellier et en consacrer, — chose assez insolite pour un tel ordre, — le prix au rachat de quelques captifs. Gaudinier s'abritait pour les garder derrière les instructions du provincial de Narbonne. C'est devant la Cour dont il était membre que fut porté le procès II le gagna, mais il reçut cette injonction, significative quanta l'état d'esprit des juges et cà l'opinion publique: « Neantmoingz enjoinct et enjoignent aud. Gaudinier, comme prieur du convent dud. Montpellier, et autres de le restablir et remetre avec tel nombre de religieus qu'il conviendra pour y faire et célébrer le s1 et divin service, ce qu'ilz feront précisément dans le mois, sans que les fruictz provenantz de leurs terres et propriétés puissent estre convertis a autre usaige, a paine de saisie de leur temporel, suivant les edictz » 3. Mais on n'improvise pas une communauté, et à cette date on l'aurait pu moins que jamais. Encore six ans après, Gaudinier utilisait l'enclos du monastère ruiné comme jardin de rapport4, et son chef hiérarchique ratifia le bail ■•

A plus forte raison les communautés de femmes n'osaient revenir dans une ville dont la situation restait troublée, exposée à des luttes ardentes.

1 Arch. de l'Hérault, H, Carmes du Palais : reg. de comptes, en 1604. i Ibid., au 15 novembre 1610, et fonds des Carmes de Lunel.

3 Arch. de l'Hérault, B, Présidial de Montpellier, arrêts civils, au 22 septembre 1600.

4 Prix-fait du 28 juillet 1606 (Min. de Jean Roussel, étude Blain, reg. de 1606, fos 401 et 103).

5 Ibid., reg. de 1610, f° 114 v°, au 23 février 1610.

A la suite de la surprise tin 1577. Raymonde de Sobeyras, abbesse de Sainte-Claire ou des Minorettes , ayant réalise quelques ressources en affermant aux hôteliers du Soleil et du Cheval-Blanc tant le monastère que le mas de las Sorres, comptait s'établir, en y faisant construire, en ce dernier endroit, dans un champ près la rivière du Lez1. Il est probable que ce projet, plus imprudent encore par un temps de guerre de partisans, ne se réalisa pas. Mais le provincial des Franciscains réfugia au couvent de Béziers quelques-unes des religieuses dispersées, et, en raison de celte circonstance, l'abbesse de ce couvent, Isabeau de Pradines, chargea le P. Simon Pibris, de l'ordre de Saint-François, alors prédicateur à Montpellier, d'y arrenter l'enclos2. Plus tard on trouve bien une autre abbesse. spéciale à Montpellier, pour jouir des fruits", mais nulle trace de communauté.

Situation à peu près analogue à Sainte-Catherine, le monastère essentiellement local. Depuis les seconds troubles, en 1567, Claude de Borne, après s "être longtemps disputé le titre d'abbesse avec Françoise de Vinbras, s'était réfugiée à sa campagne, le mas d'Arboras près Lansargues, où elle représentait en 1584 toute la communauté k. Mourante, elle résigna en faveur de Marie d'Icard, qui n'eut pas le temps de recevoir ses provisions. Alors la situation s'embrouille. Patrons du monastère, les ouvriers de la Commune-Clôture, tous protestants, confèrent le priorat à une adolescente de quinze à seize ans, novice d'un autre ordre, au Saint-Esprit de Béziers, Catherine de Vaulx, laquelle est la fille du seigneur de Ginestet. voisin d'Arboras 5. Marie d'Icard, qui, du moins, a organisé en ville

1 Min. d'Ant, Comte, étude Cornier,reg. de 1576-1582, t'°92, 25 mars 1578.

2 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1592-1593, f°456,6novembre 1592.

3 Arrentement du mas de las Sorres par Jacquette Terondel, le 1 1 juillet 1610 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1610, f° 531). Cf. contrat du 11 octobre 1616 (Arch. de l'Hérault, <i, not. du Chapitre : Fages, reg. de 1612-1617, 1-408).

4 Min, d'Ant Comte, étude Cornier, reg.de 1583-1586, f° 309 v°.

5 Procuration en Cour de Rome de Marie d'Icard du 24 octobre 1601 Annexes de Julien Paretz, étude Coste). — Contrat du 3 septembre 1608

(Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1608, i'° 661 v°. Cf. f° 665).

un semblant de communauté, obtient enfin le brevet royal, entame un procès en cour de Rome d. Elle requiert l'évêque Gui tard de Rate, qui s'est laissé arracher l'intronisation de sa concurrente, de la recevoir elle-même à profession de foi2, et elle est admise :i. Mais les consuls embrassent la cause des ouvriers, leurs collègues ''. Finalement Catherine de Vaulx reste maîtresse du titre 5, des biens peut-être, sans plus relever le monastère, dans les ruines duquel s'abriteront bientôt des émeutiers calvinistes.

Au « Prouillan de Montpellier » du faubourg Saint-Guilhem, les Dominicaines ne s'étaient jamais rétablies. On les sait toutes dès 1574 « mortes et decedées » 6, leur monastère si bien rasé a que a présent n'y a apparence presque d'aulcun bastiment ». Même une contrescarpe touchant les fossés de la ville occupait une partie de leur jardin 7. Tout au plus, de loin, une religieuse: Catherine, puis Claire de Gozon-Mellac, descendantes des Teinturier, seigneurs de Montmaur, avait porté le titre de prieure, donné procuration pour aliéner des fruits ou des biens 8. La dernière étant morte, il n'était plus question de rien. Voici donc ce que combinèrent quelques catholiques montpelliérains « poussés de compassion sur la desollation dudict prieuré » ■', et peut-être aussi agissant par esprit de famille.

Il existait alors au couvent des Clarisses d'Arles une religieuse de noble maison, Blanche de Castillon, fille du seigneur

1 Voir p. 072, note 5.

'l Réquisition du 4 mars 1GU2 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1002, f° 103 v°).

3 Ibid., f° 210 v°, au 25 avril 1002.

4 Délib. du Conseil de Ville du 13 mars 1602.

5 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1608, t'<» 061 v°.

B Min. de Pierre Martin, élude Cornier, reg. de 1574, t'° 130.

7 Annexes d'Ant. Comte, étude Cornier, vol. de 1576-1591, f° 63.

s Ibid. — Arch. dép. de l'Hérault, G, not. du Chapitre : Darles, reg. de 1566-1591, f" 339. — Voir p. 403, note 5.

a Voir p. 675, note 1. — Sauf cote spéciale pour les qualités des personnes, tout cet historique est emprunté à la transaction du 21 mars 1600.

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de Veynes, dont la sœur Madeleine était la belle-fille du premier président aux Aides, Pierre de Rozel i. Elle était également cousine de Louise de Villeneuve, la femme en secondes noces de Jean de Montlaur, seigneur de Mûries2. Enfin cette Blanche de Gastillon ou de Veynes avait pour compagne Antoinette de Verdun, vulgô de Bredune ;'\ qui tenait de près à un président au Parlement de Paris, .Jean de Verdun 4. A eus. tous, ces parens, « personnes de grande authoritté », obtinrent du roi et du pape premiers subsides et titres pour relever le prieuré en abbaye au profit de Blanche de Castillon. et celle-ci, s'emparant des documents, commença de poursuivre la récupération de la mense conventuelle.

C'était usurper les droits du grand Prouille, seul apte depuis la fondation à nommer les prieures du petit Prouillan. D'où protestations d'un côté, et de l'autre excuses et assurances de sympathie. Après échange de renseignements et enquête sur place par le prieur même de Prouille, le P. Joseph Bourguignon, on s'entendit. Le P. Bourguignon convenait que « il seroit difficile et indessent fere venir les religieuzes de Prouille en une ville ou la vraie relligion est sy fort altérée », car c'était en mars 1600, antérieurement à l'application de l'Edit de Nantes. D'autre part, la noble extraction, la prudence, le zèle, la parenté montpelliéraine de Blanche de Gastillon, jointes à

1 Voir p. 555 et ses notes G et 11.

1 Louise, fille d'Antoine de Villeneuve, baron de Vence, avait d'abord épousé Antoine de Bossavin, seigneur de Pignan, enseigne de Joyeuse et décédé pendant la troisième guerre de religion. Son second mari, Jean de Montlaur, seigneur de Mûries, était mort avant 1584 (Min. de Pierre de Nemause, étude (huilier, reg. de 1571, f° 357 ; et Arch. de l'Hérault, G, not.du Chapitre: Darles, reg. de 1566-1591, f° 330 v°).

3 Déclaration, le 15 décembre 1605, de cette Antoinette de « Bredune » sur le point de retourner à Sainte-Claire d'Arles, où, après les meilleures attestations d'obéissance et fidélité, va la ramener son frère, chanoine de Saint-Agricol d'Avignon (Min. d'Ant., Comte, étude Cornier, reg. de 1605, f°922v°).

4 Nommé ensuite premier président au Parlement de Toulouse, il passa à Montpellier en 1002 [Second Petit Thalamus, dit Talamus historique, f° 15 v" .

sa déclaration de vouloir prendre l'habit dominicain et reconnaître en- tout l'autorité de Prouille suggéraient la solution. Celle-ci fut consacrée, en présence de l'évêque Guitard de Rate et du président de Rozél, par une transaction reconnaissant Blanche pour prieure, le prieur dominicain de Montpellier, frère Tournézy, pour directeur spirituel '. Comme Antoinette de Verdun suivit sa compagne à Montpellier - et que se joignirent à elles, Marie d'Icard 3, cette augustine dépossédée 4, puis une Clarisse de Béziers, Catherine de Ghapenc5, on voit que cette communauté dite dominicaine n'offrait pas beaucoup de cohésion. Elle en prit par le recrutement, dans laparenté de Blanche de Castillon, de Louise de Villeneuve, une angélique religieuse morte en odeur de sainteté 6, et des quatre tilles de Charles de Grasse, seigneur de Briançon, et d'Isabeau de Villeneuve, dont les libéralités soutenaient le monastère7. Il y entra aussi une Marie Loys s.

D'ailleurs, cette abbesse ou prieure, Blanche de Castillon, malgré ses infirmités 9, était une vaillante. En luttant beau-

1 Transaction du 21 mars 1600 (Min. de Noël Planque, étude Blain, reg. de 1000, f° 400 -v«).

2 Acte du 30 octobre 1000 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1600-1601, f° 398). Cf. p. 674, note 3.

3 Procuration du 25 septembre 1600 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1600-1601, f° 398).

4 Voir pp. 672 et 673.

5 Profession du 14 octobre 1609 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1609, f» 887 v>).

6 Connue il sera dit au chapitre VII. — Cette Louise de Villeneuve, fille de Sixte et de Matheline de Picpuet (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1608, f°372), était entrée en 1605 et fut reçue à profession le 18 mai 1607 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1607, f° 396).

7 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 101U, f° 494 ; de 1614, fos 269 et 488.

8 Contrat du 21 novembre 1606 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1606, fJ 1103). — Un me Etienne Loys, jadis receveur du clergé de Béziers, était habitant de Montpellier en 1597 (Min. de Tandon, étude Cornier, reg. de 1597-1603, f° 1 1). Certainement c'est la famille qui donnera naissance à l'artiste.

9 A cause d'une « deffluction ordinaire quy la trevailhe bien fort », l'empêchant même de marcher, elle demandait en 1615 pour coadjutri'ce sa

coup, elle réussit à recouvrer le sol du monastère l, elle le fit clore 2, si bien qu'après avoir logé quelques années en ville3, elle put y restaurer une église et y rétablir sa petite famille religieuse 4. Mais tant de sacrifices pécuniaires avaient obéré l'avoir de celle-ci au point que, les religieuses se plaignant de n'avoir pas de quoi vivre, l'aumônier dut prendre en mains la gestion5.

Plus ou moins précairement les fils de saint Dominique avaient à Montpellier continué de subsister ou, au moins, par leurs prédicateurs de maintenir une tradition, et certainement ils bénéficièrent des succès des PP. de Lemos et Micbaelis, de l'établissement de la confrérie du Rosaire et de cette faveur pour l'Ordre qui faisait placer l'image de ses saints en évidence sur les maisons des particuliers 6. Aussi le Chapitre cathédral les avait-il établis tout près de la Ganourgue, à la Vestiairie. On les y voit faire le service depuis le 19 février 1600 \ et ils y étaient encore en 1610 8. A la fin de l'année 1601 leur communauté comprenait au moins six religieux 9. C'était un contingent de prêtres à utiliser. L'évêque Jean de Granier le comprit et verbalement, d'accord avec le prieur de Saintnièce Madeleine de (liasse Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1615,

» II sera dit de quelle manière au chapitre VI.

2 Déclaration et quittance le 24 février 1615 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1615, f° 145;.

3 Dans la maison des hoirs d'Antoine Uzillis (aujourd'hui rue Urbain V, iv» 3;, qui avait été d'Isarn du Jardin (Min. de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1571-1572, f° 109 v°), et qu'elle loua le 21 novembre 1606 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. île 1606, f° 1103).

* Prix-tau du G janvier 1012 (A publier dans La reconstruction des

églises etc.

5 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1620, f° 721.

« Essai de l'histoire du couvent de Montpellier de l'ordre des FF. Prêcheurs (Arch. de l'Hérault, H, FF. Prêcheurs de Montpellier).

" Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 207, note signée de Jaule sur le feuillet liminaire.

» Par sa délibération du 17 août 1010, le Chapitre cathédral décida la vente de la maison où demeuraient les FF. Prêcheurs.

9 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1601, f° 1086.

Matthieu, leur concéda l'église 1, revenant par Ici au procédé de Pellicier en 1564 ~.

Au commencement du XVIIe siècle, l'église Saint-Matthieu n'existait plus, peut-on dire. Depuis sa destruction en 1568 et celle des bâtiments adjacents, c'est-à-dire l'habitation du prieur, le tout avait fini par former un amas de ruines indistinctes. Aussi en 1587 le prieur Jean Folchier. chanoine du Chapitre cathédral, avait inféodé le sol de l'habitation à trois particuliers 3- Quand ce fut un peu déblayé, il s'aperçut qu'il y avait compris une portion de l'église, et il en stipula la restitution éventuelle 4.

Or les Dominicains étaient mieux que d'autres à même d'envisager avec confiance une reconstruction. Ils possédaient dans leur fonds ruiné au faubourg une grande quantité de matériaux. L'abandon d'une moitié à leurs rentiers compensa le charroi gratuit de l'autre, et ils se réservèrent de disposer de toute la grosse pierre, en la payant 5. Ensuite ils avaient des ressources : la location de leur enclos, si vaste, et leur part dans la succession de Jean Christol6 ; le Chapitre cathedra! y ajouta une subvention 7. Grâce au tout, ils passèrent de 1606 a 1609 une série de prix-faits soit pour l'église en majeure part, soit pour le couvent contigu8. Puis, s'en assurant par contrat public la possession 9, ils s'y transférèrent. Néanmoins

1 Voit" note 9.

2 Voir pp. 311 et 312.

3 Inféodation, le 2 février 1587. à Isabeau Jean, veuve de Biïnguier Carrière (Arch. de l'Hérault, H, FF. Prêcheurs de Montpellier). — Inféodation, reçue Darlesle5 mars 1587, à Dauphine Arnaud, femme de François Valobseure, conseiller au Présidial (Ibid.). — Inféodation, reçue Ant. Comte le 9 janvier 1588, à Arnaud Martin, potier (Ibid. .

4 Contrat, reçu Ant. Comte le 11 mars 1588, avec ledit Arnaud Martin, potier (Ibid.).

b Arch. de l'Hérault, H, FF. Prêcheurs de Montpellier, n° 5.

6 Voir pp. 402 et 410.

7 Délib. du Chap. cathédral du 14 avril 1606.

* Prix-faits à publier dans La reconstruction des églises etc.

9 Déclaration et confirmation de Louis de Claret, prévôt du Chapitre cathédral, du 29 novembre 1611 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1611, f° 1103 v° .

et maigre une infructueuse tentative en 1601 1, la communauté de Montpellier n'avait pas embrassé la réformeduP.Michaelis, et par là mécontentait les catholiques. On verra bientôt comment ceux-ci parvinrent à la lui imposer.

C'est le v.' novembre 1611 que l'église Saint-Paul fut concédée aux Trinitaires parle prévôt du Chapitre cathédral 2. En attendant (pie. au moyen des ressources de leur patrimoine récupère, de la concession des chapelles3 et du culte de saint Roch '*, les religieux la reconstruisissent 5, ils firent le service au Petit Saint-Jean 6.

Dès la sécurité promise par l'Edit de Nantes, les Gordeliers se rétablirent dans la ville. Ils étaient là le 6 septembre 15997, et on les accueillit au Collège de la Chapelle-Neuve 8, évacué par l'Université de Droit et où ils tirent le service divin. Aussi leur présence et ce culte excitèrent les réclamations des protestants devant les commissaires de l'Edit. Ils n'admettaient ni la première ni du moins le second dans l'intérieur de la ville. Les catholiques eurent provisionnellement gain de cause à ce sujet 9. Alors un incendie éclata dans un magasin à paille voisin, et chassa les religieux de cet asile avec perte de leurs ornements, de leurs meubles et des quelques provisions par eux quêtées aux moisson et vendanges dernières, c'est-à-dire de 1601. Divers catholiques recueillirent dans leurs maisons les Cordeliers, tandis que leur syndic et celui du Chapitre imploraient de l'évêque de Mende la concession provisoire du Collège des Douze-Médecins, que venaient enfin d'abandonner les classes du Collège des Bonnes-Lettres 10. Les religieux y

1 Elle sera rappelée au gui du présent, chapitre. - Min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1611, f° 783 v°. ; Arch. de l'Hérault, 11, Trinitaires de Montpellier : reg. du XVIIe siècle, passii», et portefeuilles.

4 Surtout à la suite du don de reliques fait par le couvent d'Arles.

5 Prix-faits à publier dans La reconstruction des églises etc.

6 Concession du sacristain du Grand-Saint-Jean le 22 janvier 1613 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1613, f° 92 v° .

7 Délib. du Chap. cathédral de ce jour. * Voir note 10 et p. 565.

9 Voir p. 56.").

!" Supplique à l'évêque de Mende (L. Guiraud, Les Fondations du pape

passèrent quelques années i. En 1605 ils y étaient six 2. Mais le refuge était précaire, ils en cherchaient toujours un autre 3. Finalement, aidés par des aumônes et fondations A, et comptant sur les indemnités auxquelles leur donnait droit l'usurpation de leurs matériaux par certains particuliers5, ils se décidèrent, frère Jacques de Grille en étant le promoteur, à rebâtir sur leur ancien fonds hors la ville. C'était vers 1608 6. Quatre ans après, ils y étaient rétablis 7, et en 1616 on comptait jusqu'à douze religieux 8. Néanmoins, l'austérité plus grande des Capucins et aussi peut-être l'attrait de la nouveauté attiraient de préférence la sympathie des fidèles vers cette branche-ci de l'ordre franciscain.

A une simple confrérie, mais très importante et fort zélée, fut dévolu le soin de réédifier l'église Sainte-Croix ; et ce service n'est pas le seul que lui dut la restauration religieuse.

Pour se rétablir à Montpellier, les Pénitents-Blancs avaient devancé l'Edit de Nantes, on l'a vu9. Leur tentative s'était

Urbain Va Montpellier, t. II, p. 172). — Arch. de l'Hérault, G, pièces de rompt, du Chap. cathédral : compte de Talon et mandement du 20 mars

1 Le 15 juillet 1609, on dit encore : « Au Colliege du Pape, ou est de presant le convant de l'Observance » (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1609, f° 530 v°).

2 Min. de Noël Planque, étude Blain, reg. de 1605, f° 1179 v°.

3 Le 3 août 1606, Aimar de Calvisson, seigneur de Boutonet, leur donnait le collège de Girone, dont il était patron (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1606, f° 728).

4 Par exemple :

Celle de ïimothée de Montchal et sa femme Anne Pinel, qui firent la deuxième chapelle à droite en entrant (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1618, f» 322).

Celle du président au Présidial Claude de Convers, qui donna 100 livres pour faire le grand arceau et restaura la chapelle de l'Immaculée-Conception (Ibid., reg. de 1609, f° 530 v°).

5 Cette question sera traitée au chapitre VI.

fi Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1618, f° 322. 7 Arch. de l'Hérault, H, Cordeliers de l'Observance : informations sur un différend avec le Chapitre cathédral du 27 juillet 1612. * Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1616, f° 722 v°. 9 Voir pp. 547 et suivantes.

heurtée alors à une vive opposition des protestants, qui portèrent leurs réclamations à ce sujet devant les commissaires de FEdit 1. Contre la Compagnie des Pénitents les calvinistes invoquaient un arrêt du Conseil privé, rendu à leur sollicitation sous Charles IX le 14 octobre 1571. Cet arrêt, qui supprimait in génère toutes confréries de « battus » 2, était pourtant une mesure d'exception, que pouvait justifier à l'époque l'état d'hostilité persistant entre un édit de pacification et l'autre ; mais en faire, à la paix définitive, un vice rédibitoire pour les Pénitents semble excessif. On s'en tint cependant à Montpellier à cette prohibition3. Alors deux exemples dans la région enhardirent les Pénitents à y passer outre.

Aussitôt après l'Edit de Nantes il s'était forméàGignac une confrérie de Pénitents-Noirs, placée sous le vocable de la Sainte- Croix. Elle célébrait des offices de jour, même de nuit. Bientôt les consuls protestants de cette ville de sûreté portèrent plainte à YentadiHir. qui les renvoyaà se pourvoir devant le sénéchal de Carcassonne ou son lieutenant au siège de Béziers. Les catholiques eurent gain de cause, d'où appel à la Chambre de l'Edita Castres, laquelle autorisa les parties à se présenter où bon leur semblerait. L'affaire fut donc portée par les Pénitents au Parlement de Toulouse. Sur ces entrefaites, les commissaires de l'Edit accomplissant leur mission, les calvinistes estimèrent non sans raison que le fait était de leur compétence. Ils en espéraient probablement aussi plus d'avantages. Mais, avant de se prononcer, les commissaires ordonnèrent que le mémoire des calvinistes serait communiqué aux catholiques et ceux-ci entendus. Tous les Gignacois se souvinrent alors à propos qu'ils étaient concitoyens, et. résolus à vivre en paix, ils se firent de réciproques concessions. Les délégués tant des consuls que du Consistoire et les officiers des Pénitents vinrent signer à Montpellier, le 12 janvier 1601, une transaction aux termes de laquelle, se déchargeant mutuelle-

1 Voir pp. 557, 565 et 566.

- Histoire de l'Edit de Nantes jusqu'en 1622, f° 59 v°.

3 Voir p. 566.

ment des frais, les protestants faisaient la promesse de ne plus troubler les Pénitents « en leur libre exercisse et assemblées, soict il dans leur esglize, processions publiques et privées, pourtans leurs habitz, ny en autres actes concernans leurd. exercisse » '.

Aiguesmortes était également une ville de sûreté, où s'éleva un débat analogue à celui de Gignac. Lci il fut tranché par un arrêt du Conseil, qui était d'une portée générale et fut invoqué à Montpellier comme précédent 2.

Le prieur des Pénitents-Blancs de cette dernière ville était alors BalthazarMafifre, d'une excellente famille cévenole, alliée à celle desTextoris, seigneurs de Bouzigues3. Peut-être avait-il été protestant 4. Il était établi marchand à Montpellier 5. C'est sons son priorat. prolongé parles événements, que les Pénitents se manifestèrent à nouveau, « affin de ne perdre ces beaulx eonimancementz que la Compaignie a prins en la restauration de ceste Gonfrairie despuis l'année M Ve quatre vingtz dix sept ». On élut donc prieur le capitaine Jean Bouschet. Ce jour-là, 14 avril 1602, les Pénitents étaient encore le pUsillus gre.r: dix-neuf confrères, mais si déterminés à s'organiser 6 !

Leur second souci fut de trouver un lieu d*exereices. Jadis. au temps de la fondation, ils avaient reçu l'église Sainte-Foy etl'avaientréparée 7. Aussi, devant les commissaires de l'Edit, les catholiques l'avaient spécialement réclamée et d'abord obtenue8. Mais, si la décision a été passée sous silence, nous savons de parailleurs que l'objection des calvinistes sur sa proximité trop grande du mur de ville fut admise9. Les Pénitents,

1 Min. de Noël Planque, étude Rlain, reg. de 1(301, f° 28 v°.

2 Délib. des Pénitents-Blancs de Montpellier du 29 mai 1602.

3 Contrat du 18 février 1602 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1602, f°70v°).

4 Voir p. 657.

5 Voir note 3.

6 Délib. des Pénitents-Blancs de ce jour.

7 Lettres de Fenouillet du 23 septembre 1623, au reg. de délib. des Pénitents-Blancs.

* Art. ii cath. Voir p. 558, note l). 9 Voir note 7.

qui alors reçurentl'hospitalitédesDominicainsà la Vestiairie1, se rabattirent donc sur le lieu que leur avait offert le Chapitre cathédral en 1598 2. C'était, au rez-de-chaussée de ce même immeuble de la Vestiairie, une partie voûtée très intéressante par son origine. Car sa position entre laCanourgue et la Vestiairie3 et les réparations qu'on y exécuta : ouvrir les portes, abattre le mur élevé au milieu 4, plus tard réparer le couvert 5 de ce « membre bas »6, désignent le cloître ou promenoir qui, au XIIe siècle, servait de passage à Guillem VI, seigneur de Montpellier, pour aller de sa chambre a l'église Sainte-Croix 7. Cette chapelle des Pénitents-Blancs fut bénite le 25 mai 1602 8, et une procession pour la Fête-Dieu, le 6 juin, annoncée. Mais du tout le Conseil de Ville s'émut très fort, délibéra d'en parler au gouverneur et. avec lui, de faire des représentations à l'évèque ; en cas d'insuccès pour les négociations, on assemblerait un Conseil général °.

De fait, Guitard de Rate informa bien les Pénitents de la démarche de « ceux de la religion prétendue reformée, pour empescher que la confrairie ne pullulast, ains qu'elle se supprimast » 10. Mais on y était d'autant moins disposé à ce dernier parti que les adhésions se produisaient ll, et que la composition de la Compagnie à ces débuts dénonce des gens plutôt combatifs: hommes d'armes, comme Jean Bouschet, Louis et Pierre Destros, Nicolas Rebufti, Pierre Puechségur,

' Délib. des Pénitents-Blancs, passim.

* Délib. du Chap. cathédral du 8 avril 1598.

3 Délib. du Chap. cathédral du 8 avril 1598. — Délib. des Pénitents- Blancs du 21 avril 1602.

4 Délib. des Pénitents-Blancs du 22 avril 1602.

5 Délib. du Chap. cathédral du 6 décembre 1605.

6 Délib. du Chap. cathédral du 8 avril 1602.

7 L. Guiraud, Recherches topographiques sur Montpellier au moyenâge, p. 16.

8 Délib. des Pénitents-Blancs du 25 mai 1602.

9 Délib. du Conseil de Ville du 30 mai 1602.

10 Délib. des Pénitènts-Blancs du 29 mai 1602 (Voir p. 683, note 2).

11 Pierre Darles, chanoine, et François Plechon, anciens confrères (Délib. des Pénitents-Blancs du 2 juin 1602).

hommes de loi et marchands l. La confrérie, en réponse à la communication de l'évêque, dressa donc à loisir - un beau procès-verbal, vrai plaidoyer, œuvre de quelque procureur, Pierre Tondut probablement3. Elle faisait front à ses adversaires. « Affin, y est-il dit, que chascung s*encouraige mieulx a contrecarrer les mauvaizes intentions des ennemis de lad. confrairie, pour n'estre de pire ains de meilheure condition, arresté a esté que chascung des frères qui n'a son habit, le fera fere et le portera a la chappelle dans huictaine ». Néan moins on ne négligea pas les voies légales, et une députation en Cour fut décidée pour, invoquant le précédent d'Aiguesmortes, obtenir un arrêt semblable '*. On continuait pendant ce temps les exercices, dressant en 1603 un reposoir pour le Jeudi-Saint5, accomplissant des pèlerinages eucharistiques trimestriels a la chapelle des Dominicains6.

L'extrême vétusté de celle des Pénitents, privée imprudemment de ses étais, y avait déterminé des symptômes de ruine prochaine7. Alors, le 18 novembre 1604, Louis de Glaret, prévôt de la Cathédrale et en même temps conseiller au Parlement de Toulouse, à titre de patron, et Robert Petit, chanoine, en qualité de prieur, concédèrent aux Pénitents-Blancs, sur leur promesse de réédification, l'église Sainte-Croix 8. Elle était « toute ruinée et mise res terre » 9, et ne possédait pas de rentes t0. La Compagnie se dévoua a cette œuvre, où la poussait

1 Rôle des confrères, en tète du premier registre de délibérations des Pénitents-Blancs.

2 La date du 29 mai, qu'il porte, ne peut, en effet, être admise, étant donné que la délégation de la municipalité à l'évêque, dont elle rend compte, ne fut décidée que le 30 (Voir p. 682, note 9). D'ailleurs, cette observation s'applique à d'autres documents des premiers temps, tels que la délibération du 25 mai 1602 et le premier rôle des confrères.

3 Qu'on chargera bientôt de rédiger les mémoires pour la Cour (Délib. des Pénitents-Blancs du 15 juin 1603).

4 Délib. des Pénitents-Blancs du 29 mai 1602.

5 Délib. des Pénitents-Blancs du 9 mars 1603.

6 Délib. des Pénitents-Blancs du 5 octobre 1603.

7 Délib. des Pénitents-Blancs du 1er mai 1605.

8 Min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1604, f° 792.

9 Délib. des Penitents-Blancs du 1er mai 1605. ' 10 Voir note 8.

le Chapitre. Enfin, au mois de janvier 1609, Sainte-Croix fut en état '. Immédiatement on y fit de belles cérémonies. Cette année-là le reposoir du Jeudi-Saint figura la montagne du Calvaire, mais égayée d'une fraiche végétation. Au flanc, le Christ, chargé de sa croix et entouré de soldats et de Juifs hostiles, rencontrait la Vierge Marie, escortée de l'apôtre Jean et des saintes femmes. Au sommet, un grand Crucifix portait. le côté ouvert, sur son cœur un ostensoir. Une station processionnelle à l'église de la Ganourgue, une autre à celle des Dominicains clôturèrent la journée au chant des hymnes sacrées 2. La chose était fort aisée, la communication intérieure étant assurée 3, et il est curieux de se figurer la cérémonie. D'ailleurs, on savait retenir l'intérêt par la variété. En 1610. le monument du Jeudi-Saint des Pénitents représenta. smis forme d'immense tableau peint, auquel on accédait par une vingtaine de marches, un Erre homo tenant l'ostensoir, entre six anachorètes. Le prieur lava, en outre, les pieds a douze pauvres, « suivant le stil de l'église romaine » '*.

Désormais il ne sera plus insisté sur les cérémonies des Pénitents-Blancs ; mais il était indispensable de rappeler leurs manifestations afin de définir le caractère et indiquer le but spécial de la Confrérie. C'était de rendre au culte catholique sa splendeur extérieure, et spécialement d'assurer un hommage public à la divine Eucharistie , d'apporter aussi un vaillant concours à l'action civile des catholiques, aux assemblées et syndicats desquels les Pénitents fournirent toujours un contingent des plus appréciables 5.

1 Délib. des Penitents-Blancs des 1" mai 160ô, 12 avril 1606, 3 avril 1608, 18 et 25 janvier 1609, notes sans quantième (fos 15 v° et 16). — Délib. du Chap. cathédral des 5 septembre et 6 décembre 1605.

- Note insérée au registre des délib. des Pénitents-Blancs.

3 Une porte de communication avait été ouverte entre les deux églises de la Canourgue et Sainte-Croix (Délib. du Chap. cathédral du 4 août 1608), et l'ancienne chapelle des Pénitents donnait accès à la Vestiairie (Délib. des Pénitents-Blancs du 3 avril 1608).

* Note du 8 avril 1610, au reg. des délib. des Pénitents-Blancs, f° 20 v".

* Comme je l'ai constaté en comparant les rôles des confrères et les procès-verbaux de ces assemblées.

LA RÉFOTtME CATHOLIQUE 0X5

Mais il n'y avait pas chez eux simple affaire d'extérieur ou d'apparat. Les statuts, assez vraisemblablement plus anciens *., qu'approuva, le 1er juillet 1602, Pierre Fiolon, vicaire-général de Guitard de Rate 2, témoignent, en effet, d'un ferme dessein de réformer les mœurs. A côté des prescriptions concernant l'office liturgique, récité le dimanche, matin et soir, la confession et la communion générale des cinq grandes fêtes: Noël, Pâques, Pentecôte-, Assomption et Toussaint, le jeûne hebdomadaire du vendredi, la procession du Jeudi-Saint, les mortifications extérieures, on trouve, bien spécifiée et sévèrement sanctionnée, l'interdiction du blasphème, des querelles, du duel, de l'usure, du larcin, des procès, de la débauche, de la fréquentation des tavernes et mauvais lieux. En opposition, les statuts recommandent la charité envers les confrères malades, non-seulement au moyen du secours attribué sur le budget de la Compagnie, mais par l'assistance personnelle, les frères étant tenus de se relayer pour les soigner et les veiller. Un maintien réservé, modeste, non provocateur est rigoureusement exigé dans les processions.

Et ceci est à retenir. Plus ou moins on a les défauts de ses qualités : c'est humain. Les transformer en vertus est essentiellement chrétien. A la louange des Pénitents-Blancs, il est possible d'en citer, saisis sur le vif. quelques curieux exemples. Le mardi de la Pentecôte 1603, une altercation scandaleuse s'éleva entre le sous-prieur Tondut et le frère Carbonnier. Le premier, convaincu de s'être trop laisse emporter à la colère, fut frappe d'un mois de suspension de sa charge et un d'exclusion de la chapelle. Navré de cette décision, qui le disqualifiait aux yeux de « ceste Gompaignie ou il a voue les meilleurs et la fin de ses jours », il alla humblement confesser ses torts chez chaque confrère en particulier, et devant tous réunis il en fit amende honorable à voix haute. Ainsi niérita-

1 Puisque, à la première réunion, le 1-4 avril 1002, on invoque l'article relatif à l'élection des officiers.

2 Ces statuts, couchés en tête du premier registre des délibérations, méritent d'être publiés dans l'intéressant Bulletin des Pénitents-Blancs de Montpellier.

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. t-il sa réintégration 1. Néanmoins l'exemple de la faute et du pardon fut dangereux. Un mois après, c'était Paul de Clair, qui, pour le même délit, aggravé du jurement du nom de Dieu, fut condamné à payer demi-livre de cire. Sa colère s'en accrut au point qu'il déclara vouloir se retirer de la Compagnie, et, de fait, prenant son habit, son livre d'heures et son coffre, il chargea le bedeau de les porter chez lui. On décida alors de le rayer pour toujours. Mais voici qu'à l'issue des vêpres, — sol no)i occidat super iracundiam vestram ~, — de Clair se représente , demande à être entendu. On l'écouta ; mais , comme il ne parlait pas de repentir, la décision fut maintenue. Le dimanche suivant, il revient; son langage s'est fait humble, il sollicite sa réintégration. Le cas est assez grave pour qu'on soumette le coupable aux mêmes épreuves que Tondut. De Clair se prête à tout. Il est réintégré. Néanmoins on rendra désormais la réhabilitation plus lente3. Une telle action moralisatrice dépassait les limites de la chapelle. Elle atteignit des confrères qui, dans un cabaret, avaient violé l'abstinence du samedi 4, un autre qui, une fête chômée d'apôtre, avait laissé faire la lessive chez lui 5. Quelle discipline d'une part, quelle victoire sur soi-même de l'autre! Et il s'agit, parmi des laïques, d'hommes haut placés ou essentiellement militants, qu'on ne l'oublie pas.

A côté de cette phalange, où l'on enregistra jusqu'au terme assigné à cette Etude, c'est-à-dire la révolte de 1621, quelque cent vingt adhésions, il faut énumérer, sans compter celles qui ont pu échapper à mes investigations :

1° La confrérie du Rosaire, érigée à la Canourgue par le P. Michaelis 6, et qui suivit les Dominicains à Saint-Matthieu 7.

2° La confrérie, toute lucale, de Saint-Claude du Charnier, futur embryon des Pénitents-Bleus, que, dès le 20 septembre

1 Délib. des Pénitents-Blancs du 18 mai 1603. * Ad Ephes., IV, 26.

3 Délib. des Pénitents-Blancs des 15 et 22 juin, et 6 juillet 1603.

4 Délib. des Pénitents-Blancs des 22 juin et 5 octobre 1603.

5 Délib. des Pénitents-Blancs du 11 septembre 1611. ,; Voir p. 5U7.

7 Arch. de l'Hérault, H, FF. Prêcheurs : inventaire de 1616.

1601, Guitard de Rate rétablit à la Canourgue et qui é migra en 1612 chez les Trinitaires à Saint-Paul 1.

3° Le tiers-ordre franciscain, dont le siège fut à l'église des Gordeliers 2.

11 y avait donc là, environ dix ou douze ans après l'Edit de Nantes, par l'action du clergé séculier et régulier, même des simples laïques, une reprise étonnante de la vie catholique, reprise qui s'accentua sous la vive impulsion de Pierre de Fenouillet, arrivé à la fin de l'année 1608 et que nous allons voir plus directement à l'œuvre.

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