‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 104 sur 110 · III. — La réforme monastique · texte numérisé non relu

III. — La réforme monastique

Chez les FF. Prêcheurs : dès longtemps projetée, elle est désirée, imposée par les catholiques. — Nouvelle, commission pour l'opérer donnée au P. Michaelis, lequel délègue le P. Brun. — Opposition des consuls et émeutes populaires. — Intervention de Ventadour.

— La question portée devant l'opinion et Injustice. — Transaction.

Chez les Trinitaires : elle est spontanée et paisible

Si tant de sympathies étaient allées aux Capucins, c'est qu'on reconnaissait en eux l'esprit premier de leur Ordre. Les catholiques souhaitaient retrouver de même l'observance primitive chez les Dominicains, et le souvenir qu'ils avaient gardé du réformateur français, le P. Sébastien Michaelis, les y encourageait. Mais les événements rendirent longtemps

18 avril 1619; reg. et pièces de compt. du Chapitre en 1615, 1616, 1618, 1619, 1620 et 1621. — Délib. dos Pénitents-Blancs, passim. — P. Apollinaire, Op. cit.

1 Voir p. 629.

- Voir chap. VI § n.

3 Lorscpie, découragés par les vexations, les Capucins voulurent renoncer à leurs prédications à Montpellier (Délib. du Chap. cathédral du 12 mars 1613).

4 En 1619 on voit le P. Gilles évangéliser Celleneuve et Pérols (Pièces de compt. du Chap. cathédral).

leurs vœux stériles. Quand, enfin, on s'occupa sérieusement de les réaliser, on n'y parvint qu'au prix d'incroyables difficultés et d'incidents même tragiques 1.

Le P. Michaelis en personne avait été chargé d'opérer la réforme du couvent de Montpellierpar commission du maîtregénéral, le 13 juillet 1601. Les conjonctures politiques, la mort de l'évèque Guitard de Rate firent tomber ce projet. Ue même, en 1604, le maître-général Xavierre vint à Montpellier - et en causa certainement avec Jean deGranier, qui, pour favoriser les religieux, leur concéda l'église Saint-Matthieu3. Mais jusqu'en 1612 il ne fut plus question de rien. L'introduction des. Capucins une fois réalisée, Fenouillet y songea. C'est sa théorie qu'on reconnaît en cette remarque des catholiques, le 9 mai 1615 : « Dans une ville occupée par ceulx de la relligion prétendue reformée, la bonne vie et doctrine des relligieux aportera un fruict merveilleux a fadvancement de la gloire de Dieu». Or actuellement il n'en allait pas ainsi, et les laïques s'étonnaient, s'indignaient qu'en dépit de maint changement du personnel, les Dominicains ne leur fussent point davantage un exemple de piété. Au contraire, dans les villes voisines, Clermont et Béziers par exemple, fleurissaient toutes les vertus des moines réformés, et l'érection de leurs couvents en province, sous le nom de Congrégation occitaine

1 Sauf quelques documents d'autre origine, indiqués respectivement, le récit de la réforme dominicaine à Montpellier est tiré :

1° Des pièces nombreuses conservées aux Archives de l'Hérault (H, FF. Prêcheurs de Montpellier) et consistant soit en délibérations des catholiques des 20 mai 1612, 20 avril, 9 mai, 23 août, 15 novembre 1615 et 13 août 1616 ; soit, en actes émanés de l'Ordre dominicain : 13 juillet 1601 ; 30 août et 5 novembre 1614, 13 et 27 octobre 1615, 27 juin 1616 ; soit en documents divers : arrêt du Parlement de Toulouse du 27 juillet 1616, procès-verbal de Jean du Suc du 13 août 1616, lettre de Ventadour du 12 octobre 1616, lettres-patentes exécutoires de l'arrêt du Conseil d'Etat du 15 février 1618, transaction du 9 avril 1618, supplique de Planque de 1648.

2° Des délibérations du Conseil de Ville ou général des 15 août et 23 octobre 1616, 15 août 1617, 20 mars et 8 avril 1618.

- Communication pour laquelle on doit voir p. 498, note 3.

3 Voir pp. 676 et 677.

réformée, venait en 1008 de manifester à tous les progrès du mouvement. Le 20 mai 1012, les catholiques montpelliéraius, réunis par leurs intendants en assemblée plénière, décidèrent donc que, d'abord, les religieux actuels seraient exhortés cà adhérer à la réforme, puis, en cas de refus, qu'on s'adresserait aux autorités supérieures. C'est ce qu'il fallut faire, car on voit bientôt les hostilités ouvertes 1.

La lutte ne pouvait être que longue et âpre. Au fond, les non réformés avaient rendu des services en restaurant Saint- Matthieu. Ils arguaient également d'une possession quatre fois séculaire. Leur substituer des nouveaux venus ne pouvait se faire que de leur gré ou par violence. Toutes les voies furent tentées pour éviter le dernier parti. A la requête de l'évêque et des catholiques, et par décision du P. Séraphin Secchi, vicaire de l'Ordre en France, le couvent de Montpellier fut distrait de la province de Provence et incorporé à la Congrégation occitaine réformée. Deux factions se formèrent alors dans la communauté : les PP. Guillaume Millau, Jean-Baptiste Payan, Raymond Rosset et Michel-Ange Masséna se déclarèrent prêts a adhérer à la réforme; les autres, qui avaient obtenu de quelques catholiques des certificats favorables, firent appel devant le maître-général. Celui-ci confirma la mesure en donnant lui-même commission, le 13 octobre 1015, au P. Michaelis de réformer le couvent de Montpellier, dont il destituait en même temps le prieur actuel, le P. Vincent Bonnet. En vertu de ce pouvoir, le P. Michaelis nomma pour son substitut le P. Dominique Brun, un homme remarquable, prédicateur général du couvent de Toulouse2. Le P. Brun, escorté de son sociits, le P. Gaubert, vint à Montpellier, se présenta au couvent et s'en vit refuser l'entrée. Canoniquement les religieux de Saint-Matthieu étaient désormais des rebelles. Les quelques catholiques, leurs partisans, les désavouèrent en pleine assemblée.

1 Les Dominicains réclament leur tableau de N.-D. du Rosaire et un petit orgue transporté à N.-D. des Tables (Délib. du Chap. cathédral du 2 juillet 1612.)

5 Chapitre général de la Congrégation occitaine réformée du 28 aoùl 1616 aux Archives il*' Sainl-Maximin (Voir p. 498, note 3).

Il ne faut donc pas s'étonner qu'ils aient alors réalisé leur menace de se faire défendre par les protestants, mais plutôt que ceux-ci aient assumé le rôle, assez piquant, de protéger des moines. Tout de préférence, semblaient-ils estimer, h laisser s'établir ces « frères de Michaelis »*, contre lequel Gigord, maintenant à la fin de ses jours, gardait au moins une vieille rancune, si l'on n'admet pas un effroi instinctif. Son fils précisément était assesseur des consuls. Il dut inspirer leur résistance, s'étant fait ensuite nommer pour suivre l'affaire. Car celle-ci prit une importance extraordinaire. Non seulement elle passionnait les esprits dans la ville, mais elle eut sa répercussion dans toute la France.

Malgré les promesses faites h Montmorency à son passage, le Conseil de Ville délibéra, le 14 novembre 1615, d'obliger les deux dominicains réformés à sortir de Montpellier. Mais les consuls reçurent à ce sujet de vertes remontrances des catholiques assemblés le lendemain : «Ce n'est pas a eux de se mesler des affaires desdits ecclésiastiques non plus qu'aux catholiques de toucher ny pénétrer aux leurs ». Le P. Brun était engagé comme prédicateur, et de fait il avait parlé ce même jour. Si l'on n'obtenait satisfaction des religieux ni de la ville, on aurait recours aux deux justices ecclésiastique et séculière, ce qui fut fait, après une nouvelle et inutile tentative de conciliation auprès des non-réformés. C'est pourquoi le maître-général, saisi des deux côtés de réclamations, envoya pour enquêter sur place un étranger, le P. Séraphin Borra, de Brescia, lequel rendit, le 27 juin 1616, une ordonnance pour faire vider les lieux par les non-réformés; et concurremment le Parlement de Toulouse, sur lettres-patentes du 17 juin, donnait, le 23 juillet2, un arrêt exécutoire portant commission à Barthélémy Planque, juge au Petit-Scel. Comme une lettre de cachet du 22 juin avait immobilisé les consuls, la situation se dessinait favorable aux partisans de la réforme.

1 Voir p. 511.

2 Bien que les sources citées (p. 703, note 1) indiquent le 27 juillet, cet arrêt est du 23 (Arch. du Parlement de Toulouse, reg. 354, f° 455).

Soc. Arch. de Montpellier. 45

Pourtant les dominicains envoyés pour la réaliser n'osaient pénétrer en ville, à rencontre de la prohibition municipale. Ils profitèrent de la venue de Ventadour et, avec sa permission, se glissèrent parmi sa suite. Le lieutenant du roi en Languedoc avait son projet personnel. Il ne goûtait point le dessein de l'évêque et des catholiques d'exécuter l'arrêt du Parlement, et il estimait imprudent de laisser le couvent vide. Or il y avait procédure introduite à Castres. En attendant l'arrêt de cette Chambre, il voulait tenter un accommodement. Ayant donc fait entrer les réformés avec lui, il les aboucha avec les non-réformés, exhorta ces derniers et, avant de repartir, finit par en obtenir la promesse éventuelle de se soumettre à une ordonnance du maître-général lui-même.

Là vraisemblablement se trouvait la solution pacifique. Les catholiques du lieu crurent devoir en choisir une autre, qui amena des troubles. Le 13 août 1610, Planque, à titre de commissaire, alla requérir le deuxième consul de lui prêter mainforte pour expulser les dominicains non-réformés. Le consul refusa, en alléguant que l'affaire était d'ordre général, qu'au surplus, le Parlement était incompétent, et de fait il se fit avouer le surlendemain par tout le Conseil de Ville et autoriser à déférer le cas à l'assemblée générale de Nimes, pour le confier aux députés-généraux. Déjà Planque avait agi et échoué. Escorté des PP. Brun et Gaubert, il s'était présenté au couvent de Saint-Matthieu, et avait été introduit dans le couloir d'entrée. Mais là, sa commission exhibée, il n'avait pu obtenir satisfaction. En l'absence du prieur, déposé, chaque religieux déclinait la responsabilité de répondre. C'était au plus ancien, disaient-ils, de le faire. Gomme le doyen de la communauté, le P. Millau, confiné dans sa chambre, peutêtre prisonnier, se trouvait partisan de la réforme, lorsque Planque voulut monter chez lui, la porte de l'escalier se ferma soudain devant lui. D'où plainte à Ventadour, qui renvoya l'affaire au roi, fit sortir de la ville les réformateurs i et

1 Ils logèrent au Griffon d'Or, hôtellerie du faubourg de la Saunerie (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1G1G, f0' 660 et suiv., 680, 689 v°). Pendant ce temps les non-réformés recevaient et gardaient à

défendit de rien faire de plus. Mais il ne fut point écouté, et Planque prétendit exécuter sa commission.

A ce moment bien des causes contribuaient à surexciter les esprits. A part la nouvelle, d'ordre général, de l'arrestation des princes, il est certain que la coïncidence d'une assemblée régionale dite du Cercle tenue à Montpellier, le siège de la tour de Lattes, l'introduction par l'évèque d'un jésuite, le P. Jacques George, tous incidents sur lesquels je reviendrai, aggravaient l'irritation due à l'échec des protestants dans l'affaire des dominicains. Les chefs intéressés qui exploitaient les passions populaires, répandirent le bruit qu'on voulait, avecles dominicains, établirl'inquisitiond'Espagne ' Pour mettre la foule en défiance, au besoin en fureur, le moyen était bon, car Montpellier semble toujours avoir été plutôt hostile à l'Inquisition. Malgré leur orthodoxie, on avait vu en 1408 les consuls témoigner à cet égard d'une indépendance assez frappante2. Neuf ans après, beaucoup, dans la population, murmurèrent de la condamnation au bûcher de Catherine Sauve 3. Faits connus, auxquels j'en joindrai d'inédits. En 1429, un marchand florentin, établi à Montpellier, Battista Catani, se vit poursuivi et condamné parle dominicain Raymond Julien, lui-même vicaire de l'inquisiteur général Raymond du Tilh ; mais il entama, de son coté, une procédure contre Julien en Cour de Rome, et en sortit indemne et réhabilité4. Il convient aussi de rappeler les procès d'hérésie contre les marrans h la fin du XVe siècle 5 et ceux de Pouzaire contre les luthériens6 : souvenirs restés

Saint-Matthieu le courrier de leurs adversaires (Arch. de l'Hérault, H, FF. Prêcheurs de Montpellier, déclaration de Jean Baptiste, d'Avignon, du 27 août 1616).

1 Mémoire des consuls (Arch. m un. de Montpellier, FF, procès pour le rétablissement des Dominicains).

2 Le Petit Thalamus de Montpellier, éd. de 1840, pp. 442 et suivantes.

3 Voir p. 36.

* Réquisition du 28 novembre 1429 (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Arnaud Vitalis, reg. 152, f° 49 v°).

certainement vifs et cuisants, propres à monter les esprits contre les dominicains. On crut donc aux bruits répandus et une émeute fut organisée.

Le parti exalté, qu'on appelait Gatherinots, du lieu de ses réunions dans les ruines du couvent de Sainte-Catherine, mobilisa ses forces, et c'est quatre ou cinq cents hommes armés qu'eurent pour gardes du corps les religieux rebelles, lorsque Planque revint exécuter sa commission. Debout à l'entrée du couvent, il aurait été atteint parle coup de mousquet que lui tira à bout portant un énergumène, si un autre huguenot n'eût détourné l'arme. Le meurtrier, un cordonnier du nom de Jean Nouaillac l, dont la conduite était aussi odieuse qu'intéressée, fut déféré à la Chambre de l'Edit, condamné et supplicié 2. Mais Planque avait dû encore se retirer. Quelques jours après il put enfin obtenir, moyennant un viatique à chaque religieux non -réformé 3, l'évacuation paisible des locaux et y installer la nouvelle communauté.

Le premier Chapitre général de la Congrégation occitaine réformée, tenu h Saint-Maximin en Provence, le 28 août 1616, l'avait ainsi composée : le P. Dominique Brun, commissaire en attendant l'élection du prieur; le P. Raymond Ginieys, du couvent de Béziers, sous-prieur; le P. Albert Roussel, du couvent d'Albi, lecteur; le P. Jean Gaubert, du couvent d'Albi. syndic; le P. Jacques Agar, maître des novices et catéchiste; les PP. Jacques Ferrier, Michel Marot, Antonin Morenville, celui-ci du couvent de Saint-Maximin ; le P. J.-B. Payan, du couvent de Montpellier, rappelé ; enfin le frère lai Biaise Travers, de Saint-Maximin. Mais il avait, en attendant, assigné les religieux à Béziers et Clermont 4. Quatre seulement paraissent être venus à Saint-Matthieu ou du moins s'ytrou-

1 Le 10 janvier 1619, sa veuve donnait la boutique à tenir à un compagnon cordonnier (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1619, f° 26).

'2 J'aurai occasion de revenir sur cet incident très suggestif.

8 Son affirmation est corroborée par l'auteur de la Response a la harangue de Gaspard Dinet, evesque de Mascon, prononcée devant le Roy contre les habitans de la ville de Montpellier et ceux du pais de Bearn ; a Orthez par Guliaume du Bois, 1617, p. 21.

4 Voir p. 704, note 2.

valent encore, quand les Gatherinots y retournèrent pour les en chasser.

C'était le 10 octobre 1616. un lundi. Des assemblées tumultueuses de mille à douze cents hommes, lorsque les consuls voulurent les disperser, sommèrent ceux-ci d'exécuter les délibérations prises auparavant de ne pas laisser pénétrer ou de faire sortir les dominicains réformés. Or, ces derniers résidaient à Saint-Matthieu, ajoutaient les émeutiers, qui étaient venus, à la grande frayeur des religieux, s'en assurer. Le 12, les conciliabules recommencèrent. En vain les consuls et aussi deux délégués du Présidial, qu'avaient requis les consuls, essayaient de les disperser. A la nuit tombante, vers cinq heures, ni les uns ni les autres n'y étaient parvenus. Par bonheur Ventadour arriva précisément à ce moment.

Il ignorait tout, mais un ordre du roi, relatif à l'assemblée du Cercle tenue à Montpellier, l'y appelait. A la porte de la ville il apprit les événements par les excuses des consuls, retenus à Saint-Matthieu. Bientôt, d'ailleurs, il en connut les détails. Tout las d'une traite de sept lieues, le lieutenant du roi, auquel je laisse la parole, dut, en effet, les subir, ayant a pour tout rafraîchissement le rompement de teste de ces personnes d'une et d'autre religion et de toutes professions et qualités. Car, oultre que les magistratz et officiers depputerent vers moy, la maison de la ville en fist le semblable, ce quy feust suivy de ceux du Concistoire. Et, de l'autre costé, les intendantz des catholiques, assistés de six des principaux magistratz des compagnies souveraines quy sont en ceste ville, ensemble les dignités et chanoines de l'église cathedralle me vindrent faire leurs grandes plainctes, avec supplication de part et d'autre d'apporter le remède au mal quy menassoit ceste ville. Ceux la feurent encores suyvis de tous les depputés des cinq provinces » etc.

Malade, excédé, en colère de s'être vu désobéi par les catholiques, Ventadour distribua partout les reproches. Aux protestants il montra le péril, pour les riches même d'entre eux, d'une sédition populaire. Mais il dépêcha en hâte tous ensemble les consuls, les délégués du Présidial : de Bernis,

catholique, et de Vallongue, protestant, trois chanoines et le lieutenant de ses propres gardes, pour aller prendre à Saint- Matthieu les PP. Brun et Gaubert l et les mettre au couvent de l'Observance, en attendant l'arrêt de la Chambre del'Edit. Celui-ci fut rendu le 11 octobre 1616. Il enjoignait aux consuls d*autoriser l'entrée de la ville aux Jacobins réformés, à peine de 4.000 livres d'amende, et ceci permit au P. Ginieys de prêcher2. Néanmoins le Conseil de Ville, par les démarches de Jean Gigord fds, obtint de la Chambre de l'Edit un arrêt de partage le 28 novembre 1616 : grosse inconséquence, car les protestants avaient dit auparavant vouloir éviter le dédoublement de la communauté, qui eût fait un établissement monastique de plus dans la ville. Cet arrêt, d'ailleurs, avait été rendu à égalité de suffrages.

Par le concours que demandèrent le colloque et la municipalité à l'assemblée de Nimes de 1616, puis aux députésgénéraux, par l'appel que les Dominicains réformés interjetèrent au Conseil privé, par la harangue que Gaspard Dinet, évèque de Mâcon, prononça devant le roi contre les Montpelliérains et les Béarnais, et à laquelle répondit un opuscule protestant 3, l'affaire prenait une ampleur extraordinaire. Elle fut jugée par le Conseil privé le 15 février 1618, et l'arrêt obligea les consuls à rétablir à Saint-Matthieu les religieux réformés, sous peine d'être déclarés perturbateurs du repos public. Avant de capituler, la municipalité montpelliéraine prit soin de se mettre à couvert sous l'autorité d'un Conseil général. Puis elle posa ses conditions, qui furent acceptées : la communauté dominicaine ne dépasserait jamais douze membres ; ni à Saint-Matthieu ni à un autre endroit de la ville, elle ne pourrait relever les anciens ni ajouter aux bâtiments actuels. L'accord signé le 0 avril 1618, les religieux

1 Ils ne sont point nommés dans la lettre de Ventadour, mais le lieutenant du roi, en disant : « le prieur avec un autre », les désigne clairement. C'étaient les seuls visés par les délibérations consulaires.

1 Contrat du 30 janvier 1017 (Min. d'An). Comte, étude Cornier, reg. de

3 Cité p. 708, note 3.

réformés firent aussitôt leur entrée, et ce fut une fête1. La nouvelle d'un succès acheté de tant d'épreuves réjouit les derniers jours du P. Michaelis, qui mourait à Paris le 5 mai suivant.

Apres celle, si mouvementée, des Dominicains, la réforme volontaire et sur place des Trinitaires n'offrait aucune difficulté. Mais elle est aussi édifiante que simple. Nul ne pourrait mieux exprimer leur état d'âme que ces quatre religieux : les PP. Jean Taillant, vicaire provincial, Jean Bouix, sacristain, Pierre Aureillan. syndic, et Jean Gaubert, procureur et dépensier, qui, le 8 janvier 1619, « recognoissans que le vray chemin du Ciel estoict de vivre et observer la première règle et premier institut quy feust bailhé aux Pères premiers de leur ordre, estans tous quatre resolleus de vivre le reste de leurs jours, en observant et gardant laditte première règle et premier institut de leurs premiers pères, mesmes de la façon que les pères discalciatis de leur Ordre de la Très Saincte Trinitté en Espaigne gardent et observent, maintenant et pour donner ung bon commancement a telle façon de vivre en ceste ville de Montpellier, ont prié et prient encores avec toutes sortes de prières et supplications le Père Innocent Lougier, relligieux refformé, estant a presant en Provence, de voulloir venir en ceste ville leur fere ceste charitté, pour estre leur père ministre et pour les conduire a une telle perffection de vie, promettant et jurant lesdits Pères relligieux Thalliant. Bouix, Aurelhan et Gaubert de recognoistre led. Père Innocant Lougier, refformé, pour leur supérieur et ministre, et de luy obéir sur l'observation de la règle première et institut de leurs premiers Pères, a la façon des Pères discalciatis d'Espaigne de leur Ordre » 2.

Vingt jours après cette déclaration, qui était une garantie pour leur futur supérieur, les quatre Trinitaires, auxquels s'étaient joints deux autres sujets, prenaient l'habit de la primitive observance et des noms de religion, Jean Taillant, par

1 Reg. de compt. du Chap. cathedra! de 1618, au 12 avril. 5 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1619, f° 19.

exemple, devenant frère Jean de Sainte-Catherine *. La communauté fit des recrues et, quand arriva le P. Lougier, elle semblait déjà prospère. Aussitôt elle députa à Rome pour son affiliation, et toutes les formalités y furent remplies. Les religieux propagèrent la réforme, se recrutèrent au dehors et accueillirent même trop aisément des sujets de la commune observance. Egalement pleins de ferveur, ils voulaient toujours s'en tenir strictement au chaperon, sans raair teau ni souliers, et avaient organisé dans leurs caves une prison. Le visiteur-général dut modérer.ce zèle. Il les dirigea surtout vers l'oraison mentale et l'étude. Et c'était là ce que semble avoir surtout attendu d'eux l'évêque, préoccupé d'établir les jésuites.

Mais ce désir-ci, en dépit de plusieurs tentatives, ne se réalisa point alors. J'y reviendrai, en dépeignant la vive réaction protestante que devaient produire les succès remportés par l'action, disons mieux : en quelque sorte l'assaut catholique.

1 Registre original des délibérations, professions et visites des Trinitaires de Montpellier (Ms. de la Bibliothèque de la Ville et du Musée Fabre à Montpellier, auquel sont empruntés aussi les détails qui suivent.)

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