‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 109 sur 110 · CHAPITRE VHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHI

L'ESSOR CATHOLIQUE de 1622 à 1685

La réduction de Montpellier terme de ces Études. — Caractère nouveau de l'effort catholique. — L'inanité des assauts du calvinisme ressort de leur résultat final. — Le mouvement des abjurations : nombre, portée, généralisation sociale et régionale. — Accusations réciproques. — La Compagnie du Saint-Sacrement : première tentative, lutte contre Fenouillet , établissement, difficultés avec Bosquet, action contre les protestants, survivance par la Propagation de la Foi. — La révocation de VÉdit de Nantes : abjurations en masse, quelques chiffres. — Sentiments des nouveaux convertis , de leurs descendants, mais apport au jansénisme. — Les leçons de l'histoire doivent porter leur fruit.

Avec la réduction de Montpellier à l'obéissance royale et, grâce à la paix qui s'ensuivit, sa rentrée dans le droit commun du royaume, le terme de ces Études est atteint. La lutte acharnée, à péripéties multiples, qu'elles ont retracée et qui, un siècle durant, constitue toute l'histoire de la ville, vient d'aboutir à la victoire du parti catholique, qui ne lui échappera plus. Sous des pouvoirs publics constamment soucieux de le favoriser : — consuls mi-partis, ensuite exclusivement catholiques ! ; gouverneurs militaires énergiques, choisis par la royauté; bientôt intendants dociles, qui renchériront sur eux, — ce parti, accru de jour en jour et fortement encadré, sûr de ses méthodes, conscient de ses ressources, marche à des succès toujours multipliés. Et ceci ne serait que naturel devant l'amoindrissement d'adversaires réduits à l'effacement, à la sujétion, à l'impuissance enfin. Mais principalement il sait gagner son triomphe, parce qu'il le conçoit dans l'esprit véri-

1 A la suite de la tentative de Rohan pour surprendre Montpellier en 1028.

table de l'Eglise catholique et non pas celui d'un pouvoir civil arrivé jusqu'à l'omnipotence.

Sans doute, avec de tels atouts dans la main, semble disparaître pour lui le haut mérite du plus grand effort. Pourtant, à y regarder de près, l'effort persiste, il dure; il s'est seulement transformé. Les forces vives qui vainquirent et, qu'on ne l'oublie point, vainquirent surtout au prix de la souffrance rédemptrice, s'appliquent désormais autrement. La réorganisation intérieure opérée par les évêques, c'est-à-dire la vertu cléricale, monastique, laïque, maintenue fermement à l'église, dans les cloîtres, dans la société; l'apostolat par l'étude, la parole, le livre, dans l'enseignement dogmatique ou scolaire ; enfin une charité inépuisable et ingénieuse, qui se manifeste sous toutes les formes, pare ou remédie à toutes les misères : tels en sont les objets essentiels.

Pour retracer en détail ce renouveau, les éléments ne manqueront point ! à qui s'en fera l'historien. Ici un simple aspect général et quelques données plus spécialement appropriées à l'enquête menée sur la Réforme à Montpellier, doivent suffire à en tirer les conclusions.

Le protestantisme dans la ville et, par elle, la région avait dû sa faveur première et sa rapide propagation, des classes cultivées, d'abord, à'perception plus vive, jusqu'aux masses populaires, surtout à l'affaiblissement de l'autorité morale du clergé. Mais c'est dans la violence puis l'intolérance qu'il avait cru trouver plusieurs fois son succès définitif. Qu'il ait remporté par là simplement une victoire précaire et momentanée, c'est ce que montre bien la comparaison des résultats constatés déjà avant la révolte de 1621 et encore mieux à la veille de la révocation de l'Édit de Nantes avec l'ancien état de choses décrit au début de la Réforme.

Il n'est pas seulement question de tant d'églises détruites, certaines à trois reprises, et qui toutes étaient relevées on en

1 On s'en fera déjà une idée générale en consultant les notices de d Aigrefeuille à la fin du tome II de son Histoire de Montpellier <■< les Mémoires inédits d'André Delort. Mais nos archives offrent h ce sujet de grandes ressources, non utilisées encore.

construction. Ce fait est, néanmoins, significatif de la mentalité montpelliéraine, surtout quand il révèle le dévouement d'anciens calvinistes ou qu'il revêt le caractère d'enthousiasme universel, comme à N.-D. des Tables 1. Des édifices remontons plutôt aux institutions. Lesquelles n'avaient pas été battues en brèche? Lesquelles ne se retrouvent point, rétablies, même développées?

Le calvinisme avait chassé, proscrit, spolié les évèques Pellicier, Subjet, Fenouillet, encore peu installés dans leur nouvelle résidence; il avait, par la persécution ou l'apostasie, décimé leurs chanoines et leurs prêtres. Et voici que Fenouillet lui-même et ses successeurs: Bosquet le savant, l'organisateur, Pradel, l'ange delà charité, trônent, dans leur cathédrale restaurée, à la tête d'un Chapitre qui reste le premier corps de la cité, ou en leur Palais nouveau, entourés, dans les synodes annuels, d'un clergé qui se forme désormais au Séminaire à toutes les vertus de son état, aux devoirs de ses fonctions.

De même il avait supprimé les paroisses et prieurés, urbains ou ruraux, renversé leurs édifices, dispersé leurs desservants, confisqué leur dotation. Et non-seulement paroisses, églises, presbytères sont relevés ; mais à Montpellier on en augmente le nombre, on stabilise les curés, provoquant ainsi leur zèle personnel et fécond.

Il s'était acharné de façon particulière contre les communautés religieuses, leur détruisant chapelles et cloîtres, usurpant leur domaine, massacrant même ou bannissant moines et moniales. Or, tandis que, de toutes parts, les grands ordres sont revenus, parfois multipliés dans leurs rameaux2, des congrégations nouvelles ont fait leur apparition, les unes de

1 Pour la reconstruction de laquelle Delort nous dépeint toutes les clas ses de la société catholique rivalisant de zèle dans le travail manuel du déblaiement (T. Ie1', pp. 141 et suivantes).

2 Ainsi pour les Carmes, on compta : les anciens, dits Carmes du Palais, à cause de la situation de leur couvent ; et les Carmes-Déchaussés, de la réforme de sainte Thérèse. L'ordre franciscain oui trois couvents : celui des Cordeliers ou Observantins, celui des Cnpucins el celui des Récollets

longtemps redoutées des protestants, comme les Jésuites 1, les autres plus fécondes ou plus ferventes que celles d'antan : Oratoriens, Visitandines, Ursulines ; et tous, par leur but ou leur réforme, s'avèrent mieux appropriés aux besoins présents. Devant sa haine, vraiment aveugle, n'avaient pas trouvé grâce ces fondations admirables de la science ou de la charité, dues quelquefois à leur double esprit combiné, qu'étaient les écoles, les collèges, les hôpitaux, les maladreries, les hospices. Afin d'atteindre ceux qui, sous le froc monastique, s'étaient faits des siècles les serviteurs de tout ce qui était petit, faible, pauvre, déchu, il avait rejeté dans leur misère sans appui enfants, écoliers, vieillards, malades, captifs, femmes tombées. Mais, répondant à l'impulsion des évêques ouïes entraînant, les catholiques, prêtres, moines et fidèles, y sont allés, en moins de trois quarts de siècle, de tant de zèle, de libéralités, de cœur qu'ils ontrelevé, étendu, amélioré ou créé de toutes pièces nombre d'établissements, asiles des infortunes les plus diverses. Comment ne pas saluer celles-ci : malades de l'hôpital Saint-Eloi, reconstruit vaste et salubre, lépreux de Saint-Lazare, orphelins ou vieillards de la Charité et de l' Hôpital-Général, filles repentantes du Refuge et du Bon-Pasteur, captifs délivrés par les Trinitaires ou les religieux de la Merci, nécessiteux secourus par les Dames de la Miséricorde ou les Messieurs du Prêt-Gratuit ? Jamais le protestantisme, quand il régnait en maître, connut-il semblable floraison?

1 Précédant l'établissement définitif de 1629, raconté par le P. Paul Dudon (Etablissement des Jésuites à Montpellier dans Mélanges de littérature et d'histoire etc., t. II, pp. 211-271), deux essais furent tentés :

En 1622-1623, avec les PP. Jean Durand, prédicateur, et Jean-François Martinecourt, ayant pour coadjuteur Jacques Michel ; mais la petite résidence se dispersa après la mort du P. Durand en janvier 1623 (Communication du P. Ernest-M. Rivière. — Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 7, f° 2).

En 1626-1627, avec les PP. Alexandre Regourd et Balthasar Carrel, ayant pour coadjuteur Jaccpies Sardret ; mais le P. Regourd quitta Montpellier, afin de prêcher l'avent de 1627 à Toulouse, le carême suivant à Paris, et le P. Carrel se retira à Béziers. Il devait être le premier recteur tlf Montpellier en 1629 (Communication du même).

Toutes ces marques d'une vitalité plus intense, surtout si on les rapproche des destructions réitérées accomplies, sont faites pour appeler encore aujourd'hui en tout esprit non prévenu de très sérieuses réflexions.

Dès lors s'étonnera-t-on de l'ébranlement croissant qui jeta nombre d'àrnes dans le giron catholique librement et spontanément, de 1622 à 1685, avant la triste contrainte due à la révocation de l'Edit de Nantes, avant même les vexations qui en furent le prélude vingt-cinq ans environ? Ce mouvement ne saurait, répétons-le, faute de documents complets *, être saisi dans son intégralité. Tel qu'il se présente pourtant, quand on se reporte aux cas relatés 2, lesquels se multiplient dès que les investigations s'étendent3, il convient d'en dégager les caractéristiques.

C'est d'abord le nombre imposant des abjurations qui conduisent du calvinisme au catholicisme. 11 est prouvé nonseulement par les exemples nommément cités 4, mais au moyen de statistiques échelonnées, dont les éléments sont fournis par les registres paroissiaux. Tout ce qui est dit ou indiqué ailleurs 5 permettrait d'en dresser d'impressionnantes déjà, bien qu'au-dessous de la réalité. Il ne faut donc pas s'étonner du chiffre de deux milliers environ, mais pour l'ensemble du diocèse, auquel sont évaluées les conversions opérées sous l'épiscopat (J 655-1676) de François Bosquet °.

Au contraire, huit réceptions de catholiques au plus sont enregistrées par les ministres en 1676 et autant en 1677 7, et ici le hasard a favorisé l'information: elle porte sur une date

1 Voir pp. 634 et 635. — Chroniques et Documents, p. 468, note 2. - Chroniques et Documents, pp. 453 et suivantes.

3 Ibid., pp. 495 et suivantes.

4 Chroniques et Documents, pp. 463, 464, 465. — Encore manque-t-il souvent la ressource, qui existe pour quelques années seulement, des listes tenues par les Dominicains et les Capucins (Chron. et Doc, pp. 45-1, note 7 et 455, note 1).

5 Voir notes 2 et 3.

r' A. Germain, Une vie inédite de François Bosquet ; Montpellier, Boehm, 1859, p. 8.

7 Chroniques et Documents, pp. 472 ri ■!/.'!.

où les protestants de la localité affirmaient à Locke, de passage à Montpellier, que leur nombre s'est manifestement accru et continue d'augmenter quotidiennement1. Cet accroissement est dû, par conséquent, à l'immigration, et cela est explicable, la période de progrès numérique visée par eux étant celle où la suppression du culte calviniste en divers lieux put logiquement attirer vers une ville privilégiée encore et prospère dans la paix. Au surplus, le chiffre des participants aux quatre cènes dans les deux temples a été noté par les ministres, au moins approximativement2, pour six années et demie3, correspondantes au milieu de la période des vexations. En voici les moyennes :

En 1666 4.552

En 1667 4.589

En 1668 (pour les deux cènes

du 1er semestre) 2.350

En 1662 4.643

En 1663 4.567

En 1664 4.675

En 1665 4.465

Gomme il ne s'agit là que d'adultes, cette proportion parait concorder avec les statistiques suivantes, portant sur le nombre en général des protestants montpelliérains.

Ces témoignages-ci sont de valeur critique assez inégale En 1643, une requête des calvinistes à Schomberg, gouverneur du Languedoc, afin d'être autorisés à placer une cloche sur leur temple, estime leur nombre de 10.000 à 12.000 k : écart plutôt large et, vu son but, dire suspect. Un document de provenance catholique et de nature officielle, non daté, mais que Mr le professeur Gachon rapporterait, sans l'affirmer, à l'année 1665, donne les chiffres de 7.000 protestants et 20.000 catholiques 5. En 1676, Locke recueille sur place de ses coreligionnaires ceux de 8.000 calvinistes sur 30.000 habitants 6. Il est

1 Lettre du 13 février 1676 (Bulletin S.P.F., t. LVIII, p. 419).

2 On peut, en effet, remarquer, dans la plupart des cas, que ces chiffres sont tout ronds, souvent donnés par centaines, quelquefois par milliers.

3 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 370, pp. 97-100, 79, œ, 70, 71.

4 Bulletin S. P. F., t. LX, p. 235.

5 P. Gachon, Quelques préliminaires de la révocation de l'Edil de Nantes en Languedoc (1661-168.")), p. xxix, n° 19.

0 Voir note 1.

vrai, Etienne Gambolive avance qu'en 1682 il y avait à Montpellier de 14.000 à 15.000 protestants *. Mais de cet auteur, de ce pamphlétaire, faudrait-il dire, — un montpelliérain très réel, quoique fort peu semblable moralement et combien inférieur ! au personnage pour lequel il se donne 2, — le témoignage est trop récusable sur d'autres points pour être accepté sans preuve administrée d'ailleurs. Or, en l'espèce, son assertion se trouve démentie par un document certain, de provenance officielle et locale : la visite générale ou recensement des familles religionnaires qu'en mai 1685 firent par sixains et îles les consuls montpelliérains. Il fournit un total de 5.780 individus, hommes, femmes et enfants, adhérents du protestantisme 3.

La conclusion à tirer de telles données, c'est une diminution graduelle et marquée du nombre des protestants à Montpellier par conversions individuelles depuis la prise de la ville jusqu'à la révocation de l'Édit de Nantes.

Cette diminution est, d'ailleurs, sensible à tous ceux qui, ayant dépouillé les registres de baptêmes, mariages et décès des deux cultes, y constatent le passage successif de beaucoup de familles au catholicisme. A citer, comme plus notoires, celles des de Grefeuille ou d'Aigrefeuille, de Baudan, de Bossuges, de Pluviers, de Rat, de Saporta, Ranc, Patris, Janvier,

1 Etienne Cambolive, Histoire de divers evenemeas etc. ; Amsterdam, Is. du Main, 1698, p. 42.

- Ceci explique l'insuccès des recherches tentées par M. Gaston Mercier pour vérifier certains des dires de Cambolive (Bulletin S. P. F., t. LXIII, pp. 34 et suivantes).

3 En effet, du total primitif, lequel serait de 5.801, il faut déduire 21, représentant : 14 personnes qui font double emploi, 6 reconnues catholiques au moment du contrôle, et 1 qui n'était pas habitant (Arch. mun. de Montpellier, GG, Réformés : « Contorolle gênerai des familhes de la R. P. R. de la ville de Montpellier, pris sur les vizittes générales faittes par les Consuls de lad. ville l'année 1685 », en mai, ajoute une note. — Mr de La Pijardière avance le nombre, inférieur, de 5.434 personnes, dont 1.005 hommes, 1.437 femmes et 2.992 enfants (D'Aigrefeuille, Histoire deMontprllirr, nouv. ('dit., t. IV, p. 694).

Audiffret, Gambacérés, de Massilian, d'Atgier, Clauzel, Fontanon, Fonbon, Sengla, Nissole, Roudil *.

Le nom d'autres convertis est plus caractéristique encore, à cause des précédents ou de l'ascendance : ministres 2, parents de ministres 3, fils ou petits-fils de protagonistes de la Réforme 4 ; et parfois ces retours entraînent à de très curieux rapprochements 5. Mais, à côté de ceux-là, personnalités, en quelque sorte, du protestantisme local, on ne peut négliger toutes cespetites gens : marchands, artisans ou femmes, qui, originaires de diocèses voisins, sont venus s'établir a la ville, puis y abjurent devant les prêtres ou les religieux dont l'action les a conquis 6. A ce point de vue Y Index des noms propres permettra de multiples constatations. Trois autres faits : — la portée de certaines abjurations, la généralisation des cas dans toutes les classes, leur diffusion régionale, — soulignent donc le fait premier du nombre.

Du côté protestant, les exemples sont trop rares pour suggérer des déductions 7.

L'action purement religieuse, celle qui réussit en portant la

1 Chroniques et Documents, pp. 495 et suivantes. ! Antoine Rudavel, Philippe Codur.

3 Marie Formy (Chron. et Doc, p. 458) ; Marie Tourtoulon (Ibid., p. 461).

4 Un Trémolet (Chron. et Doc, p. 468, note 2) ; un du Pleix (Ibid., p. 496); le président Philippe de Bocaud (Ibid.), petit-fils du régent de 1560 ; Charles de Combes de Montagu (Ibid., p. 496), petit-fils du Pierre dont le nom est mêlé à tous les événements d'alors ; le propre fils et l'homonyme (Ibid., p. 497) du Jacques de Manse qui fut un des chefs des Catherinots.

5 Outre ceux qui ont été fournis, il est curieux de voir, par exemple, le jardin qui avait été la Petite-Observance, jadis objet de litige entre les Cordeliers et le fameux Aimeric d'Estienne d'Aimeric, étant passé à celui-ci par héritage de sa première femme, Gervaise Hermet, ensuite de lui .;i sa seconde femme et veuve, Marguerite de Chaumont, restitué enfin aux Cordeliers par cette dernière, devenue Mme de La Cassagne (Arch. de l'Hérault, G, cass. 44 du Chap. cathédral : contrat du 27 décembre 1645 ; et H, Cordeliers de Montpellier : factum contre Saporta et autres).

0 Chroniques et Documents, pp. 453 et suivantes.

7 Ainsi que le montrent les indications recueillies (Chron. ri Doc, pp. -172 et suivantes).

conviction dans les esprits, en inclinant les cœurs par l'exemple, fut-elle, dans cette période, le moyen uniquement employé? Grave question, dont la solution est grosse de conséquences. En présence d'accusations qui, d'ailleurs, sont réciproques et de vexations prouvées des deux côtés, elle demeure malaisée à trancher avec une absolue certitude ou à délimiter sans injustice. D'une part, il est très certain que, dans les trente à trente-cinq années précédant la Révocation, des entraves grandissantes furent apportées à l'action, à l'influence, au prosélytisme, finalement au culte calvinistes. Outre ce qui va en être spécialement signalé, c'est, — faits déjà connus, — l'élimination des protestants soit des fonctions municipales soit des dignités universitaires, la suppression de temples dans les environs, puis la démolition du Petit-Temple de Montpellier (1670), qui était le plus fréquenté, et, enfin, avec celle du Grand-Temple (1682), l'interdiction du culte public dans la ville. Mais, d'autre part, on doit tenir compte de ces tentatives antérieures et répétées des calvinistes pour ressaisira Montpellier le pouvoir, se produisant sous forme de complots, de surprises et d'élections illégales, des obstacles apportés par eux à la réédification des églises catholiques dans certains villages, et encore des moyens de propagande qu'ils employaient aussi '. En outre, faire état contre l'Eglise catholique (représentée légitimement, on le sait, par sa seule hiérarchie conductrice des fidèles) tant de racontars suspects que des actes de certain groupement occulte et non approuvé, disons même dans ce groupement des agissements d'un membre brouillon et tare, — ce serait là commettre une grave confusion historique et aboutir ainsi à une injustice. Et ceci réclame quelques éclaircissements.

1 Voir là-dessus : 1° l'arrêt du Conseil d'Etat du 3 novembre 1GG4, rendu à la requête du syndic du clergé de Nimes, mais valable pour les autres Lieux et, a ce titre, signifié le 20 novembre 1GGG aux ministres de Montpellier (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 370, fos 80 à 84) ; la délibération des Etats de Languedoc du 30 décembre 16G5 (P. Gachon, Quelques préliminaires de lu révocation de l'Edil de Nantes en Languedoc, 1661- 1685, p. xi.v, h" 20 .

Dans cette vue d'ensemble et comme à vol d'oiseau d'une période de soixante-trois années, des faits aussi multiples que variés doivent être simplement esquissés. Mais leur plein développement, quand je le retracerai un jour l, vérifiera la justesse de cette remarque de M. Raoul Allier à propos de Grenoble et du Dauphiné : « Vue de la coulisse,... l'histoire locale.... prend un aspect particulier2 », et l'on peut ajouter : combien inattendu parfois !

Les vexations de diverses sortes qui ont été k bon droit appelées les « préliminaires de la révocation de l'Edit de Nantes en Languedoc » doivent, à Montpellier tout au moins, être attribuées à cette Compagnie du Saint-Sacrement sur laquelle, depuis quelques années, l'attention est si vivement attirée de tous côtés. Mais, au sein du groupe local qu'elle formait, le rôle essentiel, l'unique, pourrait-on dire, dans la première période de son existence , même de sa longue préparation 3, fut tenu par Guillaume de Guillermin, archi-

1 Je me contenterai donc ici de donner comme références générales des quelques faits qui vont suivre : les délibérations et la comptabilité du Chapitre cathédral de Montpellier ; les minutes des notaires de l'époque ; les ouvrages suivants : Alfred Rebelliau, La Compagnie secrète du Saint- Sacrement. Lettres du groupe parisien au groupe marseillais (1639-1662), duc XXII, p. 44, et doc. XXVII, pp. 50 et 51. — Raoul Allier, l',w société secrète au XVIIe siècle, doc. XXXVIII, pp. 200-202, etdoc. XXXIX, pp. 202-206. — A. Germain, Pierre Gariel, sa vie et ses travaux e1 /.'■ temporel des èvêques de Maguelone et de Montpellier. — Abbé Henry, François Bosquet. — Gallia Christiania, t. XIII, ce. 113 et 115.

Pour certains faits, néanmoins, les références seront précisées d'ores et déjà.

C'est à tort que M1' Allier a reconnu « l'archidiacre » en « Mr Brignon ». Celui-ci se nommait. Charles de Raymond, seigneur de Brignon. Par sa mère, Marguerite de Saint-Bonnet Toiras, il était neveu de Jacques, de Simon et de Claude de Saint-Bonnet Toiras, les deux premiers sénéchaux successifs de Montpellier, le troisième prévôt du Chapitre cathédral. Par la résignation de son oncle Claude, puis la mort de celui-ci le 4 mai 1642, il obtint de lui succéder. Brignon était alors simple clerc tonsuré du diocèse d'Uzès. Il mourut à l'âge d'environ 41 ans.

2 Raoul Allier, La Cabale des déçois, p. 250.

n « On avait souvent proposé d'établir un.' Compagnie à Montpellier ■>,

diacre de Gastries à Montpellier et abbé du Mas-Granier 1.

Dernier fils d'Honoré Guillermin, un trésorier du Chapitre cathédral de Montpellier dont le règlement de comptes forcé laissa bien à désirer, Guillaume entra dans ce corps au lendemain de la reddition de la ville, c'est-à-dire au milieu du trouble de la réinstallation. Il eut de plus cette chance d'obtenir par une résignation achetée le canonicat de Gérard Denyot, ensuite par la mort de son propre frère, Timothée, l'archidiaconat de Gastries, ce qui lui permit de repasser à Denyot le canonicat: chassé-croisé bizarre, accompli en cinq jours, du 18 au 23 novembre 1622. Le Chapitre, esclave de son règlement, dut le subir, mais non sans exhorter le récipiendaire, simple clerc tonsuré, à se faire bientôt promouvoir aux ordres sacrés et à vivre en bon ecclésiastique.

Guillermin semble avoir d'abord songé à ses grades de droit, pris à Toulouse, et aussi à l'obtention d'autres bénéfices, Il y réussit : prieur de Montarnaud au diocèse de Montpellier, il devint en 1627 abbé du Mas-Granier à celui de Toulouse. Assez vraisemblablement c'est dans cette même période de sa vie qu'il faut placer certaine liaison scandaleuse avec une sienne cousine-germaine, Charlotte Nicolaï, qui fut ensuite épousée par un de Grefeuille resté calviniste. Son évêque en viendra à faire informer là-dessus par l'officialité avec audition de témoins. Et tout ceci, on le comprend, ne rendait Guillermin ni toujours assidu ni très influent jusque-là au Chapitre cathédral de Montpellier.

Mais il parait avoir changé de conduite aux environs de 1640. C'est l'époque où il traite pour la réforme de ses religieux, laquelle ne s'accomplit point sans lutte, puisqu'il dut la consacrer par un arrêt du Parlement de Toulouse le 11 février 1643. Vers le même temps la Compagnie de Marseille faisait à Guillermin des ouvertures en vue d'une fondation. Pour que,

dit l'annaliste d'Argenson (D. Beauchet-Filleau, Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, p. 144). En effet, la Compagnie de Marseille avait écrit dans ce but déjà le 2 novembre 1644 (Rebelliau, Op. cit., p. 56).

1 Cette forme est celle qu'emploie toujours Guillermin ; le Gallia adopte celle de Mas-Garnier ; aujourd'hui prévaul celle de Mas-Grenier.

à ce moment, on ait jugé l'archidiacre apte à recevoir l'entière confidence des statuts de l'association, il fallait qu'on l'eût pressenti ou recommandé d'ailleurs. Et ce pouvait être de Toulouse, au diocèse duquel appartenait son abbaye, où il comptait, dans cette capitale du Languedoc, un frère conseiller au Parlement et des relations. De fait, à l'automne de 1643, on voit Guillaume de Guillermin s'y rendre « pour une sienne affaire », et dès lors recruter à Montpellier des adhésions. Une grosse difficulté se présentait, néanmoins : l'approbation de l'évêque ou de son grand-vicaire était jugée indispensable. Or on peut penser que, d'une part, le secret jalousement imposé sur l'action, l'existence même de la Compagnie cadrait mal avec la manière ouverte dont Fenouillet avait toujours mené les catholiques au combat; de l'autre, que la personnalité du promoteur de l'entreprise ne recommandait guère celle-ci. Quant au vicaire-général, c'était Etienne Gras, chantre de la Cathédrale et officiai, à ce dernier titre fort renseigné sur Guillermin et ce qu'on lui reprochait à Montpellier. A ce moment se produisit un fait sur l'exacte portée duquel on ne peut encore se prononcer : les premiers jours d'avril 1G44, l'« Archiconfrérie du Saint-Sacrement de l'autel » est solennellement érigée à la paroisse. Le vicaire-général l'inaugure, le secrétaire de l'évêque, Carbonnier, en devient le second dignitaire à titre de sous-prieur 1. Était-ce pour la Compagnie feinte habile avec le but d'abriter son action sous l'enseigne d'une confrérie ? Etait-ce, de la part de l'évêque, motif à faire prévaloir sa manière sur l'autre? Ou, enfin, simple coïncidence, née de propos et mesures touchant le culte eucharistique 2? J'adopterais plutôt, à certains indices, la première hypothèse. Toujours est-il que les dirigeants de la Compagnie crurent devoir se procurer une approbation spéciale et explicite. Voici comment on s'y prit d'abord.

1 Voir Arch. mun. de Montpellier, BB, Cérémoniaux consulaires, n° 1, fos 25 v° et 26 ; Mémoires inédits d'André Delort, t. Ie'', p. 116.

2 Par exemple la mise en état, réclamée et exécutée à cette époque, d'une chapelle de la Cathédrale afin d'y tenir la réserve eucharistique.

Il existe à la bibliothèque de l'Arsenal une lettre écrite, le 28 novembre 1644, au chancelier Séguier par André de Trinquaire, juge-mage de Montpellier. Ce document, autour duquel un certain bruit a été fait l, n'est autre chose qu'une dénonciation contre les mœurs de Pierre de Fenouillet, et conclut à la nécessité de son incarcération pour le bien même de l'État. Mais, à l'acrimonie, à la perfidie et tout ensemble à l'imprécision qui y régnent, il semble bien qu'on reconnaisse une inspiration étrangère : un magistrat qui requiert pareille sanction caractérise mieux, d'habitude, le délit imputé. Or non seulement j'ai surpris entre la parenté ou l'entourage de l'archidiacre et ctuix du juge-mage des rapports faisant naître déjà l'idée de collusion, mais il est certain que dès lors, — et du fait qu'on voulait fonder dans la ville une Compagnie du Saint-Sacrement à laquelle s'opposait le prélat, — existait une faction ultra-catholique hostile à Fenouillet. Qu'advint-il, au surplus, de la démarche de Trinquaire ? Un mois après, soit avant le 29 décembre 1644, il dut se démettre purement et simplement de son office 2. Sa carrière de magistrat était brisée 3.

1 Le texte do celte lettre a été publié dans le Bulletin S. P. F. (t. V, p. 40), et. par A. Germain (Le Temporel etc., p. 59, note 1. Cf. Pierre Gariel, p. 27, note 2). Les accusations qu'elle contient, furent rappelées par M1' Henri Bordier, de façon un peu acerbe, à propos d'une lettre de Mgr. de Cabrières, évêque de Montpellier, donnée à l'occasion du doctorat de saint François de Sales (Deux évêques de Montpellier dans Bulletin S. P. F., t. XXVII, pp. 322-325, et t. XXVIII, p. 383). Comme M'' Bordier convenait alors que les accusations contre Pierre de Fenouillet perdraient toute leur force si elles émanaient d'un adversaire du prélat, on peut espérer que ce premier rayon de lumière projeté sur le complot montrera déjà l'imprudence de jugements hâtifs ou de certains défis.

- Provisions d'Antoine Crouzet comme juge-mage, du 14 janvier 1645 (Arch. de l'Hérault, C, Trésoriers de France, reg. de 1645, f° 205 v°. Cf. surtout f° 205). André Delort (Mémoires inédits, t. Ier, p. 117) marque l'installation de Crouzet au 8 mars 1644 pour 1645; c'est là une erreur de date attribuable à sa manière de grouper ses souvenirs par consulats. Il en a commis d'analogues ailleurs.

;î Dix-sepl ans après, il se qualifie « ancien juge-mage en la sénéchaussée, gouvernement et siège présidial de Montpellier » (Arch. de l'Hérault, E, fonds Bizeray, min. de Marsal, reg. de 1661, f° 748). — Sa famille, cependant, éi ait nombreuse (A. Germain, Charles de Grefeuille et sa famille, p. 45).

La manière forte contre l'évêque ayant ainsi échoué, on recourut à la persuasion auprès de lui. Son confrère d'Agde, François Fouquet, frère du fameux surintendant, était un adhérent de la Compagnie. Circonvenu par les directeurs parisiens, il s'employa chaleureusement pour elle auprès de l'évêque de Montpellier, lequel lui « promit sainctement de l'y establir luy mesme en personne ». Il désirait, néanmoins, « que les plus qualifiez et zelez de ces Messieurs, qui souspirent si légitimement après cest establissement, viennent en conférer avec luy ». Vraiment n'y aurait-il pas eu ironie de la part du prélat ?

Tandis que ces incidents se déroulaient, Guillermin restait dans la coulisse et même au loin : trois mois à Toulouse, de fin mai à fin août 1644, presque deux ans à Paris, neuf autres mois à Toulouse. Et il plaidait contre ses religieux du Mas- Granier, contre le Chapitre, qui lui avait refusé ses présences, contre l'évêque joint k l'instance. Il s'initiait probablement aussi à ces œuvres, d'ailleurs admirables, de bienfaisance de la Compagnie que nous voyons apparaître depuis à Montpellier. Quand il eut, au Parlement de Toulouse, gagné son procès pour les présences, il rentra. C'était le 6 mars 1647. De ce moment datent les démêlés de Fenouillet avec le Chapitre, lesquels succèdent à une entente de près de quarante années.

Que d'incidents durant ces cinq dernières d'épiscopat : division des chanoines en deux partis hostiles, où se rangent aussi contre l'évêque le prévôt Brignon, dont Guillermin semble avoir exploité comme influence la situation sociale, l'archidiacre de Valence, qui se nommait Etienne de Bouillac, le chanoine Rey et plus d'une fois Gariel, l'historien ; — virulente polémique d'au moins sept factums judiciaires ; — mesures de rigueur de Fenouillet contre plusieurs chanoines ou desservants ; — procès acharnés et arrêts contradictoires au Parlement de Toulouse, à celui de Grenoble, au Grand- Conseil, et, parce que ce dernier donnait satisfaction à l'évêque, ferme défenseur de la discipline ecclésiastique, .léputation de Guillermin à. la Cour, où Brignon refuse de le suivre ; — fina-

Soc. Arch. de Montpellier. 51

lement mort de Fenouillet à Paris clans ce moment même, ce qui laisse le champ libre aux promoteurs de la Compagnie. Car le successeur du prélat fut le cardinal Renaud d'Esté, évêque de Reggio, lequel ne parut jamais à Montpellier, et, lorsque, le 10 juillet 1655, eut été désigné pour ce siège François Bosquet, qui occupait celui de Lodève, les travaux de l'assemblée générale du Clergé le retenant, son arrivée sera différée jusqu'au 24 juin 1657.

Durant ce temps toute l'autorité sur le diocèse résidait entre les mains du Chapitre cathédral. Or Brignon en était le chef naturel et, de plus, il avait réussi à faire nommer, le 5 juillet 1653, Guillermin vicaire-général sede vacante. Désormais tout marcherait à souhait pour la Compagnie. L'archidiacre de Castries se hâta, même trop, car, le 2 octobre, le groupe marseillais était réprimandé par les directeurs parisiens pour avoir communiqué les statuts à Montpellier. Cependant, le 9 avril 1654, ces directeurs consentirent à y envoyer les statuts et le cachet « pour en consommer l'établissement » i. Guillermin gâta sa victoire par une vengeance : l'official Gras faillit être dépouillé de la chantrerie, même de son canonicat au profit de Charles Girard, parent d'un membre de la Compagnie. Mais il se défendit en justice, et la chose se révélait d'autant plus dangereuse que Bosquet venait alors d'être nommé évêque, et se rencontrait à Paris avec Gras y prêchant l'avent 1656 et le carême 1657. Brignon partit donc également pour la capitale, et c'est lui que le nouveau chef du diocèse, fortement prévenu contre l'official en titre, Gras, créa son vicaire-général le 3 septembre 1657, quand il fut arrivé à Montpellier. Brignon pourtant passa bientôt la main à l'archidiacre: le 28 octobre 1658, Guillermin reçut le titre de vicaire-général et officiai.

Comment ce nouveau triomphe a-t-il tourné, un an après, en échec définitif? Il se peut que l'affaire du Séminaire y ait été pour quelque chose et aussi la résistance énergique de

1 D. Beauchet-Filleau, Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, pp. 140 et 144.

Gras. Gomme précédemment, celui-ci se défendit par les voies judiciaires et sut conserver l'officialité. D'autre part, l'essai d'un séminaire, confié àM'Get, lazariste et supérieur à Marseille, se résolut en insuccès. Là encore Guillermin avait agi avec le zèle précipité d'un homme téméraire ou peu sûr du lendemain. Rien n'avait été préparé, et saint Vincent de Paul déplorait cette hâte, ce manque de sécurité matérielle si contraires à ses propres habitudes. Dès l'automne de 1659 éclata au sein du Chapitre cathédral une petite révolution dont les incidents nous échappent : du 3 novembre au 6 décembre, plus de délibération couchée, mais vingt pages restées blanches témoignent de l'irrésolution où l'on fut de transmettre ou non à la postérité les détails de l'événement. Quant à sa portée, elle sera donnée par ce qui suit.

Avec l'année nouvelle (1660) et un hasard peu commun, il est vrai, de lugubres circonstances, s'opère un changement de décor. Gras succède à Gariel comme syndic, en attendant de remplacer Guillermin comme vicaire-général, le 18 octobre. Au premier titre, c'est lui qui annonce la mort du prévôt Brignon, survenue le 4 avril, et aussi une démarche de Guillermin pour succéder au défunt, puis, quelques jours après, l'élection à la prévôté, faite à l'unanimité moins la voix de l'archidiacre de Castries, de François de Beauxhostes de Roanel, adversaire constant de Guillermin, et celle pour chanoine d'un neveu de l'évêque *, le tout à la suite d'une «belle et très docte exhortation » à la paix, prononcée par Bosquet éclairé et désabusé maintenant -.

Le règne de Guillermin était passé. Il le comprit et peut-être en est-il mort. Mais sa fin rachète les quelques torts de sa vie ecclésiastique. Le 26 avril, déjà alité, il résigna purement et simplement son archidiaconat et sa prébende, vraisemblable-

1 11 s'agissait non de Charles, mais de Jean-François de Pradel, lequel mourut et fut remplacé par son frère.

2 Voir à ce sujet ses deux lettres au chancelier Séguier des 4 octobre 1659 et 16 septembre 1664, publiées par l'abbé Henry (Op. cit., pp. 611 et suivantes, 644 ot suivantes).

ment son abbaye l. Il régla aussi toutes ses affaires : testament, codicilles, déclarations révèlent ses affections, ses sollicitudes de famille et d'œuvres, mais aussi ses retours sur soi-même, l'humilité, la soumission, le désir de réparer qui en résultent, sa confiance finale en la miséricorde de Dieu. Il traîna encore dans l'obscurité jusqu'au 26 octobre 1661 une existence que la perte d'êtres chers et la persécution dirigée contre la Compagnie devaient rendre plus pénible.

Or, — et c'est la raison d'être dans le présent ouvrage d'une pareille digression, — il y a non-seulement coïncidence, mais relation de cause à effet entre la reprise de la lutte contre le protestantisme à Montpellier et l'apparition, en projet ou en fait, de la Compagnie du Saint-Sacrement. A ceci rien de surprenant. En essayant de fonder la section de Montpellier, celle de Marseille avertissait que chacune pouvait se donner des règlements spéciaux, évidemment appropriés aux buts locaux à poursuivre. Comment, dans la capitale du Bas-Languedoc, le péril protestant n'eût-il pas été considéré comme le plus proche, surtout à une date où, le souvenir des anciennes luttes s'atténuant, des alliances de famille, des relations de société, des rapports d'affaires s'établissaient entre catholiques et calvinistes ?

Tout de suite on saisit, à ce point de vue, les dispositions de l'archidiacre Guillermin. Parti pour Paris dans la seconde quinzaine de novembre 1652, afin d'y agir contre Fenouillet par esprit de corps, tradition de famille et rancune personnelle, il y arrive pour apprendre la mort du prélat. Sa mission est donc terminée. Mais il prolonge son séjour et ne donne plus signe de vie à ses collègues. Puis, quand ceux-ci s'en plaignent, il s'excuse sur ce que les députés des catholiques pour l'affaire du consulat (en vue de continuer l'exclusion des protestants) l'ont prié de rester, afin d'en parler tous ensemble à la reine-régente. Et, quoique, ne tenant du Chapitre aucun mandat pour cet objet, il en reçoive l'ordre de regagner aussi-

1 « Extinctus est apud Montempcssulanum mense maio 1660 », avance le Gallia christiana (t. XIIT, c. 121) se trompant à la fin, alors, de son abbatiat.

tôt la ville, il s'obstine jusqu'au 7 avril 1653. Depuis lors leur influence, leur pouvoir croissant, Guillermin, Brignon et leurs « amis1» ne'cessent de proposer ou d'imposer des mesures, tantôt défensives tantôt offensives, au Chapitre, qui ne les subit pas toujours, d'ailleurs. Indiquons ici les suivantes :

Sur le terrain dogmatique: la vive reprise des controverses entre les jésuites Mercier 2, Bouin ,3 Meynier 4 et les ministres David Eustache, de Montpellier, et Jean de Croï, d'Uzès ; celle de conférences contradictoires en 1649 et 1657; la sévérité des sanctions spirituelles prises tant contre les archers catholiques, dont le délit consista à marcher sous une bannière de leur corporation où le simple tourteau remplaçait l'effigie de la Vierge Marie, que contre les habitants de Montarnaud, lesquels avaient suivi le convoi calviniste de la dame du lieu.

1 C'était la qualification que se donnaient par prudence les adhérents de la Compagnie.

- Voir: Emile Bonnet, Bibliographie du diocèse de Montpellier, pp. 67 et 68.

3 A la séance du 17 août 1654 du Chapitre cathédral, le syndic Trial exposa que le P. Bouin, jésuite, lui avait dit avoir composé un petit livre intitulé La sainte liberté, que la plupart des évêques de France ont fait imprimer et répandre. Il supplia le Chapitre d'en faire autant, ce qu'il fut décidé de faire, mais aux frais du Clergé. L'œuvre anonyme attribuée par Backer et Sommervogel [Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, v° Meynier) au P. Bernard Meynier, et qui atteignait à Lyon en 1658 sa quatorzième édition, serait donc celle du P. Bouin. L'auteur y avait adopté le langage d'un ministre protestant, d'où les titres de ses contradicteurs : Drelincourt, Le faux pasteur convaincu, et Jean de Croï, Les Semeis convaincus. Peut-être le P. Bouin, ainsi attaqué, appela-t-il à son aide le P. Meynier pour les éditions suivantes, enrichies d'autres développements, d'où l'attribution. Quoi qu'on en doive un jour conclure, il a paru intéressant de poser ici ce problème bibliographique.

4 Le 23 décembre 1656, le Chapitre cathédral décidait de faire imprimer et répandre en ville cinq cents exemplaires du livre du P. Meynier. Il s'agit ici de l'ouvrage intitulé Le frontispice du palais du sieur Eustache, connu par la réfutation dès 1657 du ministre attaqué (Emile Bonnet, Bibliographie du diocèse de Montpellier, p. 106). Sur les controverses locales du P. Meynier, voir la même Bibliographie, pp. 105 et 106 ; et sur les abjurations montpelliéraines qu'obtint cet auteur, voir Chroniques et Documents, pp. 468 ot. 469.

806 f.A RÉFORME A MONTPELLIER

Sur le terrain administratif: le maintien exclusif des catho liques au consulat à Montpellier, à Mauguio, à Gournonterral ; la garde rigoureuse de la ville contre les attroupements des protestants ; l'interdiction à eux faite de former cortège à part et armé à l'arrivée du gouverneur.

Sur le terrain scolaire, le renvoi d'un instituteur à Vie, l'imposition d'un catholique à Mauguio, l'interdiction de former une Académie protestante à Montpellier.

Et ce n'est pas tout, car, mieux perceptible de 1644 à 1660 à cause de la notoriété et du pouvoir de certains de ses membres, l'action de la Compagnie du Saint-Sacrement se reconnaît dans la période de reviviscence inaugurée en 1679 sous un autre nom. D'ailleurs, si la Propagation de la Foi n'a été érigée qu'au début de cette année-là. on en trouve une première trace dès le carême de 1660, date à remarquer. En effet, la semaine sainte y fut marquée par un incident significatif. Au sortir d'un prêche assez ardent, certains protestants agressèrent un clerc de la Propagande venu de Toulouse, et là-dessus des catholiques s'échauffèrent si fort que, sans l'évêque Bosquet, ils se fussent livrés à des violences collectives contre les huguenots *. Maintenant, sous Charles de Pradel, — un prélat bienfaisant, dont les sympathies ne pouvaient qu'être gagnées à tant d'œuvres de charité dues incontestablement à Montpellier à la Compagnie du Saint-Sacrement, — la situation semblait plus propice pour renouer ses traditions. Anciens confrères eux-mêmes ou parents des premiers , quelques hommes se groupèrent, mais cette fois de façon ouverte, en proclamant la direction de l'évêque sur la confrérie et obtenant des lettres-patentes d'approbation 2. Il ne faudrait pas croire, néanmoins, que cette direction épiscopale ait été effective ou,

1 Lettre de Bosquet à Marca (Abbé Henry, François Bosquet, p. 699, note 1).

- Arch. de l'Hérault, H, Confréries: reg. de la Propagation de la Foi à Montpellier. Le document a été signalé et des fragments publiés par Ph. Corbière (Bulletin S. P. F., t. XXVI, pp. 113, 121, 158, 165 ; t. XXVII, pp. 213, 220).— Cf. Mémoires inédits d'André Delort, t. II, p. 11.

tout au moi ns, personnelle. En réalité, les grands-vicaires, l'un surtout, l'exerçaient. Sollicité, assailli et parfois presque sommé d'accomplir des démarches, le prélat, de même que l'intendant ou le procureur du roi, était considéré par ce groupe remuant plutôt comme un instrument. Plus d'une fois il résista1 et. chose curieuse, la confrérie disparut encore. Car Pradel avait connu, à son tour, l'amertume de désaccords avec une fraction de son Chapitre. Mais il leur suffit ensuite de s'expliquer afin de rétablir l'harmonie.

Pour revenir aux protestants, aucun de leurs subterfuges variés pour éluder les lois restrictives édictées contre eux n'échappait à la vigilance de ces trente-trois paires d'yeux des membres de la Propagation, dont l'une appartenait au président Philippe de Moulceau, ami et correspondant de Mme de Sévigné : relaps à vérifier, ramener ou poursuivre ; parents négligents à admonester; tendances des instituteurs à surveiller; majorité catholique légale à conserver dans les corps de métiers"2. L'action de cette association a pu, par son intolérance, paraître odieuse, il faut constater qu'elle savait rester légale, strictement. Et, de plus, en appelant l'ingérence déplacée du pouvoir civil dans les choses du gouvernement

1 Un certain Favas, relaps, était prisonnier, et se déclarait prêl à revenir au catholicisme. Il voulait même répondre comme tel à. ses juges. Contre l'avis des confrères, l'évêque trouva à propos de le laisser en prison quelque temps et de ne le recevoir catholique qu'après s'être assuré de la sincérité de ses intentions. On voit, d'ailleurs, que, même sans abjuration, Favas eût obtenu de lui l'élargissement. Mais les confrères en faisaient la condition nécessaire.

Le 25 juin 1680, Charles de Pradel, présidant la séance, modère le zèle des confrères au sujet des relaps, tous ceux qui s'étaient mis dans cette situation entre le mois d'avril 1663 et celui d'octobre 1679 demeurant à l'abri des poursuites.

3 Dans les jurandes et maîtrises, un arrêt du Conseil en 1667 exigeait qu'il y eût 2/3 de catholiques. Or non seulement les calvinistes excédaient presque toujours le tiers à eux réservé, mais ils se dissimulaient sous le nom de veuves ou de confrères catholiques, s'associaient avec des catholiques, suscitaient même des confrères catholiques afin d'accroître, avec le nombre de ceux-ci, le leur propre.

ecclésiastique, elle a aussi bien créé des difficultés à l'évèque *. Avec des intentions bonnes mais par des moyens à blâmer, ce groupement, comme celui dont il avait hérité l'esprit, a donc fait à la fois et du bien et du mal à la cause catholique.

Ceci conduit à l'époque de la révocation de l'Édit de Nantes. En ce travail, qui vise à rester une enquête locale, menée minutieusement et sans parti-pris, on ne saurait s'attendre à rencontrer des appréciations sur cette grave mesure, due à l'omnipotence civile parvenue à son apogée. Il sera indiqué seulement les effets de son application ou plus exactement de son appréhension, l'édit nouveau datant du 17 octobre 1685.

On a vu déjà qu'un recensement fait en mai de cette annéelà donnait le chiffre de 5.780 religionnaires dans la ville 2. Tant que les mesures de coercition ne parurent pas imminentes, il n'y eut que peu d'abjurations 3 et peu de départs 4. L'arrivée de l'intendant Lamoignon de Basville le 26 septembre 1685, paraissant significative, déclancha le mouvement, qui atteignit des proportions extraordinaires. Pour le seul jour du 29 septembre, Delort évalue les abjurations à plus de 4.500 5, en quoi il y a bien quelque exagération, mais seulement relative, puisqu'un document officiel montre ce «29 septembre 1685, jour et feste de S* Michel, mémorable pour s'estre led. jour fait plus de 4.000 personnes catholiques romains » <;. Et le nombre augmente graduellement, ainsi qu'on peut s'en

1 Témoin l'exil par lettres de cachet de cinq chanoines en 1686 et la douleur indignée du prélat à ce sujet (Mémoires inédits d'André Delort, t. II, pp. 197 et 198).

3 Voir p. 794.

3 Mémoires inédits d'André Delort, t. II, p. 170. — Sa phrase est peu claire, d'ailleurs ; mais, comme on ne saurait, vu ce qui sera dit, rapporter l'expression « pour lors » à la fin octobre, il faut l'entendre de l'époque précédant l'arrivée de Basville.

'' Vingt-deux, au 3 août 1685 (P. Gachon, Quelques préliminaires, etc., p. cxxui, n° 60).

5 T. II, p. 171.

6 Note contemporaine en tête de l'état du sixain Saint-Firniin dans Le (i Contorolle gênerai » (Arch. mun de Montpellier, GG, Réformés).

convaincre au moyen des états échelonnés et de leurs annotations successives, du genre de celles-ci : « Un garçon est converty. Et du depuis tout s'est converty » ; « a promis de se convertir. N. G. » * ; « surcis pendant la semaine du premier 8bre » ; « Mgr. de Montpellier demande 8 jours pour le mary, absent. Du depuis N. G. » 2. Le samedi 6 octobre, où l'on attendait seize compagnies, beaucoup des réfractaires, à la suite d'une réunion chez Philippe de Bornier, se présentèrent au cardinal de Bonzi, archevêque de Narbonne, lequel les adressa à l'évêque de Montpellier. Lorsque ce dernier les eut reçus, ils allèrent au greffe de l'Hôtel-de-Ville se faire inscrire.

Quand donc les compagnies arrivèrent, on dut les loger indifféremment chez les habitants des deux cultes, et elles ne séjournèrent pas en ville 3. Telles furent à Montpellier « les dragonnades » de 1685 !

A la suite de ces événements, un rôle des « nouveaux convertis », qui partait du mois de septembre, fut dressé. Il atteint alors le chiffre de 5.510 individus. Mais il n'est pas définitif: dans quatre autres, postérieurs, on voit celui des réfractaires se réduire graduellement et même devenir très infime 4. Pourtant jamais le nombre des abjurations n'a pu atteindre celui de 7.600 à 7.700, avancé le 20 octobre par les Pénitents-Blancs 5, celui des religionnaires n'étant dans l'été 1685 que de 5.780, répétons-le encore. La question, connexe, des fugitifs se pose également avec des données diverses. Là aussi on doit se garder de ces supputations précises, partant téméraires, qu'infirment, à l'occasion, de nouvelles découvertes. Voici pourtant ce que permet de dire sur le tout un examen approfondi. Tant

1 Ce qui signifie : nouveau converti.

- Arch. mun. de Montpellier, GG, Réformés. C'est la cote de tous ces états ou rôles.

3 Mémoires inédits d'André Delort, t. II, pp. 171 et 172.

4 Arch. mun. de Montpellier, GG, Réformés, états divers.

5 Délib. de ce jour citée par le P. Eug. Griselle (Le Carême de Bonrdaloue à Montpellier en 1686, pp. 7 et 8, dans Rente des Pyrénées, t. XIII).

les listes de fugitifs l que les mentions y relatives sur les états de recensement 2 visent bien les départs, et cela depuis l'été de 1685 jusqu'à 1698 au moins. Mais ces départs furent suivis, dans une proportion élevée, de retours et d'abjurations. Delort le relate de façon générale 3 et les rôles le disent ou le décèlent par annotations ou par comparaison. Si bien que la plus récente connue de ces listes de réfractaires qu'on établissait de temps à autre, fait le décompte suivant: 6 non convertis, 1 détenu à Aix, 12 absents, 26 qui ont « déserté », selon l'expression consacrée. Et cet état fut-il le dernier dressé? Rien ne saurait le prouver. Dans de telles conditions, Ton concevra qu'un haut et constant souci d'exactitude complète interdise de préciser davantage.

Des résultats statistiques positivement acquis se dégage, néanmoins, cette conclusion indiscutable qu'à Montpellier peu, très peu de protestants surent faire alors à leurs convictions le sacrifice de leurs intérêts. Ceci y aura probablement tenu à une disposition générale des esprits précédemment signalée par de fréquentes conversions 4, autrement dit à la pénétration progressive du catholicisme. Sans doute, il fallait aussi bien la persécution pour déterminer tant d'abjurations à la fois qu'une véritable abnégation à ceux qui préférèrent l'exil. Encore, dans la minorité infime que forment ces der-

1 Une liste de religionnaires et nouveaux convertis sortis du royaume, publiée par M. de La Pijardière (D'Aigrefeuille, Histoire de Montpellier, nouv. édit. , t. IV, p. 694), en compte 235. — M. l'abbé Rouquette (Etudes sur la révocation de l'Édit de Nantes, t. III, Les Fugitifs, 1685-1715, pp. 140, 142, 143) fournit une liste et en signale plusieurs à diverses époques. Dans celle qu'il donne on voit, d'ailleurs, figurer la demoiselle Courtaud, laquelle mourut à Montpellier (Voir ci-après, p. 811).

- Voir p. 809, note 4.

3 Mémoires inédits d'André Delort, t. II, p. 172.

4 Non-seulement celles qui ont été visées plus haut, mais celles que produisit la mission du P. Honoré de Cannes, capucin, et ses compagnons, du 28 novembre 1683 au 4 février 1684, sur laquelle il faut voir : Mémoires i, ledits d'André Delort, 1. II, pp. 140 et suivantes, et Eug. Griselle, Op.

Cit., pp. S ri [).

niers, en était-il «peu qui ayent quelque chose à perdre »d. De là le calme constaté dans la ville au début de novembre 2.

Aussi les agents de Louis XIV traduisaient-ils aux plus notables de ces néophytes « la satisfaction de Sa Majesté de leur conduite en leur conversion, ce qui avoit servi d'exemple à tout le royaume ». Mais « cela ne suffisoit pas », ajoutaientils 3. Personne, parmi les catholiques, ne pouvait s'y tromper 4, et Delort exprime fort bien, à propos des abjurants, cette opinion de la société montpelliéraine sur « leur zèle feint ou véritable » et sur la nécessité d'«une réunion sincère et de cœur » 3. Combien, en effet, qui s'étaient soumis à la formalité, partageaient les sentiments de cette demoiselle Courtaud , femme de Samuel Carquet, répondant, un an après, aux prêtres qui l'exhortaient que, « quoyqu'elle eust faict abjuration de l'heresie en apparence, dans son cœur elle n'avoit esté jamais que calviniste et qu'elle vouloit mourir dans ceste religion ». L'évêque, appelé auprès d'elle, eut même insuccès. En la quittant il fondait en larmes 6. Et ceci ne dit-il pas beaucoup 1

Entre tous les titulaires du siège, Charles de Pradel est encore celui qui se présente auréolé de la plus douce charité : ses fondations en témoignent. De même qu'aux objurgations des membres de la Propagation de la Foi il a su opposer personnellement des décisions de tolérance, il recourt, parmi les

1 P. Gachon, Quelques préliminaires de la révocation de l'Êdit de Nantes en Languedoc, p. cxlv.

"2 « Jusqu'au novembre 2, jour des Morts, que je suis arrivé à Montpellier. Tout y était tranquille déjà pour la conversion des protestants, quoiqu'elle vient de commencer que le jour ou le lendemain de la S.Michel précédente » (A. Marignan, Quelques notes sur le Midi de la France patun voyageur de Vic-le-Comte en 1683 dans Mémoires de l'Académie de Nimes, t. XXV, année 1902, p. 40).

3 Mémoires inédits d'André Delort, t. II, pp. 173 et 171.

4 Le P. Eug. Griselle (Op. cit., pp. 11 et suivantes) en a cité des témoignages.

5 Mémoires inédits d'André Delort, t. Il, pp. 172 M 173. fi Ibid., pp. 190 et 191.

Slt2 LA RÉFORME A MONTPELLIER

rigueurs de la Révocation, aux sollicitations d'indulgence i. Largement il commence par abriter sous le manteau catholique toutes les ouailles que lui envoie inopinément et en masse l'appréhension des garnisaires 2. Mais il prétend surtout les gagner par la parole des missionnaires 3, par renseignement'1, par la prière 5. Surtout il s'adresse aux enfants des « nouveaux convertis » 6, et c'était de sa part une vue exacte de l'avenir. On saisit, en effet, comment la révocation de l'Edit de Nantes a pu profiter au catholicisme, en voyant plus tard à l'œuvre les recrues qu'elle lui prépara. En cette fin du XVIIe siècle, il y avait, à Montpellier comme partout, des anciens et des nouveaux catholiques, et, parmi ces derniers, les agents du roi savaient, à leur attitude, discerner les bons, les médiocres et les « méchants » catholiques 7. Mais qu'une

1 A l'égard de Bordarier, ancien procureur au Présidial, et de sa femme, il est dit : « S. E. [le cardinal de BonziJ et Mr de Montpellier ont promis aud. s1' Bordarier de ne luy fere donner aucun logement qu'ils ne l'ordonnent » ( Contorolle gênerai du sixain Saint-Firmin ). — Pour Jacques Valescure, assortisseur de laine : « Monseigneur de Montpellier demande 8 jours pour le mary absent (du depuis n. c.)» (Ibid., sixain Saint-Paul). — En ceci le prélat suivait les leçons de son oncle et prédécesseur Bosquet disant « qu'il falloit gaignier ceux de la R. P. R. par la douceur et par le bon exemple. Aussi ils l'aimoint et avoint de la vénération pour luy, quoy qu'il ne les expargnat pas aux choses quy regardoint la religion » (A. Germain, Une vie inédite de François Bosquet, p. 9).

- Delort (T. II, p. 172) les montre admis par cinquante à la fois sur de simples cartes, au lieu de certificats, lesquelles portaient seulement leurs noms et le cachet épiscopal.

3 Remarquons, en effet, que la mission du P. Honoré de Cannes (Voir p. 810, note 4) est de novembre 1683. — Sur celle de Bourdaloue, décidée par l'administration royale, voir Eug. Griselle, Le carême de Bourdaloue à Montpellier en 1686 dans Revue des Pyrénées, t. XIII.

4 Fondation d'établissements d'instruction spéciaux aux nouvelles converties ; soins pris par le clergé en 1687 [Mémoires inédits d'André Delort, t. II, p. 203).

5 Institution d'un triduum spécial ou oraison des 40 heures les dimanche, lundi et mardi qui précèdent la Saint-Michel (D'Aigrefeuille, Histoire de Montpellier, nouv. édit., t. IV, pp. 694 et 695).

6 Mémoires inédits d'André Delort, t. II, pp. 204 et 205.

7 Bulletin S. 1>. F., t. XXIX, p. 211.

ou deux générations passent, leurs descendants à tous vont rivaliser de zèle et de dévouement. De même qu'on l'avait vu avant le siège par bien des exemples, les de Bornier, les Magnol ouïes de Cadolle se sont placés, dans l'action catholique, aux côtés de leurs aînés, les de Massilian, les de Saporta, pour s'en tenir, entre beaucoup, seulement à ceux chez qui le nom se perpétue avec la tradition.

Par d'autres côtés, néanmoins, la révocation de l'Edit de Nantes n'a-t-elle pas fourni ou préparé certaines recrues toutes désignées au jansénisme, dont l'apparition s'annonce, mais qui sévira dans le diocèse avec une particulière intensité ? Là encore d'instructifs rapprochements seront à faire, tant au point de vue de la Compagnie du Saint-Sacrement que des protestants, pour montrer sur quel terrain propice l'évêque Golbert a pu travailler.

Ainsi, d'où qu'elles viennent et quels précédents qui les influencent, la violence matérielle, la contrainte morale n'ont qu'un temps et appellent toujours une réaction. Cette série à' Études l'aura montré pour une des périodes du passé de Montpellier. D'autres, plus près de nous, ont ramené encore des excès analogues et d'imprévues réparations. L'histoire, a-t-ondit, est une grande recommenceuse : n'est-elle point faite des actions humaines ? Mais, parla même, on doit la prendre pour une maîtresse d'expérience. En ce temps d'épreuves sans pareilles traversées par le monde, acceptons d'elle la leçon suprême : celle de reconstruire demain la cité, la patrie sur les bases immuables de la justice et de la liberté, afin d'assurer, non plus dans les luttes civiles mais par l'émulation dans le bien, le respect de chacun pour autrui et celui de tous pour la Religion.

TABLE DES CHAPITRES

Les origines et l'Établissement du Protestantisme

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