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CHAPITRE VII LA DERNIÈRE CRISE

Synode provincial de Mauguio : création d'une église calviniste dans la vallée du Lez. — Préparatifs de guerre des protestants ; les catholiques en alarme. — Efforts conciliants de la Cour. — Spoliation des revenus ecclésiastiques. — Exode de catholiques.

— Excès protestants dans les villages : Cclleneuve, Clapiers, Grabels, etc. — Domination exclusive du Cercle; rôle de Suffren et d'Aimeric. — Destruction du couvent de l'Observance. — Conduite courageuse du Chapitre caihédral, qui continue le service divin. — Interdiction du culte catholique. — Le harlan ou pillage des églises. — Continuation des excès. — Démolition des églises. — Dictature de Rohan. — Guerre aux villages. — Assassinat du président Ducros. — Siège de Montpellier par Louis XIII. — Etat d'esprit dans l'armée royale ; — dans la ville : répugnance et désirs des modérés ; obstination des violents.

— Louis XIII veut et donne la paix religieuse dans la liberté des cultes et le partage du pouvoir.

La réunion du Bëarn cà la couronne de France et le rétablissement dans cette province du culte catholique furent la cause déterminante dans la reprise des guerres de religion sous Louis XIII. Il convient néanmoins d'attribuer au Languedoc et surtout k Montpellier un des rôles principaux. Non seulement la lutte confessionnelle y avait été, en temps de paix, le plus ardemment et constamment poursuivie, mais la préparation et l'acharnement de la révolte d'une part, de l'autre sa répression, son issue et la portée que prit pour la ville son échec final, l'indiquent amplement. Sans donc entrer dans le récit des événements généraux, je m'efforcerai de dépeindre ceux qui se passèrent à Montpellier, et l'on verra qu'ils sont susceptibles de caractériser le mouvement tout entier.

"Oi LA RÉFORME A MONTPELLIER

A ce point de vue, le synode provincial du Bas-Languedoc qui se tint en 1619 àMauguio près Montpellier, eut une importance considérable. Aussi sa durée fut-elle tout à fait inusitée du Jer au 11 mai, et le chiffre des églises représentées s'éleva à soixante.

Il décida une action locale et qui décèle surtout le désir d'atteindre l'évéque, le Chapitre ou des catholiques en vue 1, car, réuni sur une terre épiscopale , ce synode décida la création d'une nouvelle église calviniste qui comprendrait les villages de Castelnau, Le Grès, Montferrier avec sa val et autres voisins, c'est-à-dire les localités de la vallée du Lez. A sa tète fut placé le ministre Second2. En quelle mesure cette création répondait au vœu des populations, c'est ce qui n'a pu être déterminé. On saisit, du moins, l'influence d'un rentier du bénéfice de Clapiers en même temps seigneur de Candillargues. Jean de Lauzelergues3, requis de fournir du linge par le curé, nommé Cainozy, se contenta de le battre ■'*. Mais établir le culte protestant en ces lieux où il n'était point à l'époque de l'Edit, c'était enfreindre celui-ci. Il y eut donc résistance. « Pour le prêche de Clapiers », les députés du

1 L'église de Montferrier était à la nomination de l'évéque et sa seigneurie entre les mains de Pierre David (Voir p. 639). De Castelnau, Le Crès, Clapiers, Grabels le Chapitre cathédral était prieur, et la plupart de ces lieux relevaient de la baronnie de Castries.

- Chronique inédite de Mauyuio, p. 17.

:! Ce nom, associé à une telle attitude, serait, fait pour surprendre, la famille de Lauzelergues étant toujours restée catholique. En voici l'explication. Jean de Lauzelergues, général des Aides, sans héritier direct, avait institué son petit-neveu et filleul Jean II de Combes pour relever le nom ot les armes de sa famille (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1610, f° 925 : remise du 6 décembre 1610 ; min. de Jean Roussel, étude Blain, reg. de 1610, f° 884 v° : testament du 9 décembre 1610). Or les de Comités dits de Montagu étaient zélés protestants (Voir à ce nom), et ce Jean Ie1' de Combes, qui prenait son oncle de Lauzelergues pour parrain de son fils, comme il vient d'être dit, et de sa fille Antoinette (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 1, f° 21 v°), avait vraisemblablement abjuré par intérêt. D'ailleurs, le personnage semble sans moralité (Chron. et Doc, p. 478).

4 Délib. du Chap. cathédral du 30 juin 1620,

Chapitre s'abouchèrent avec les intendants catholiques1; à Castelnau, lorsque Second commença de parler, les habitants catholiques s'y opposèrent2. Peut-être pour des faits connexes, on voit à Montpellier, cette année-là, l'inquisiteur de la foi cà Toulouse, le P. Girardel 3. De leur côté, les calvinistes persistaient4. C'était la guerre intestine dans les villages, et la ville y participait, administration municipale5 et administration ecclésiastique6 prenant fait et cause respectivement pour chaque parti.

Quanta ses conséquences générales, du synode de Mauguio sortit l'assemblée politique de Loudun, que continuera celle de La Rochelle. Le 8 décembre 1619, elle associa, grâce au serment d'union, toutes les églises calvinistes de France aux revendications du Béarn et du Languedoc. Spécialement, elle inscrivit dans ses articles que l'entrée serait refusée aux jésuites dans les villes de sûreté, décision contre laquelle le Parlement de Toulouse rendait de son côté un arrêt, le 22 novembre 1619 7, confirmé par celui du Conseil d'Etat, le 6 février 1620, ouvrant toutes les villes aux prédicateurs quelconques choisis par les évèques8. Judiciairement, ce long débat était clos. Jamais pourtant il ne fut moins possible d'exécuter la sentence.

Au commencement de l'année 1620, en effet, tandis que les négociations se poursuivaient encore entre la Cour et l'assemblée politique, les calvinistes de Languedoc, ceux de Montpellier en particulier, s'armaient déjà avec le concours de

1 Délib. du Chap. cathédral du 8 juin 1619. - Délib. du Conseil de Ville du 15 juin 1619. :| Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1619, f° 759.

4 Le 20 décembre 1619, ils firent acquisition d'un cimetière à Castelnau (Min. de Samuel Vidal, étude Blain, reg-. de 1619, f° 670).

5 Sur la plainte des protestants de Castelnau, il y eut conférence entre les chefs : le catholique de Beauxhostes ; le protestant de Bornier (Délib. du Conseil de Ville du 15 juin 1619.)

0 Voir note 1 et p. 764, note 4.

7 Paul Dudon, Etablissement des Jésuites à Montpellier, p. 225.

8 Ibid., pp. 224, note 4, et 225.

l'étranger, et les catholiques à même d'être renseignés songeaient à fuir. Bien avant les exemples cités parles historiens quand les hostilités furent ouvertes l, j'en ai relevé une preuve, qui fournit également une indication probable sur les intelligences entretenues avec les Hollandais. Le 20 février 1620, en vertu d'une autorisation datée du 17, signée parla duchesse de Montmorency en l'absence de son mari et apportée par un contrôleur de l'Amirauté, Jean de Ratte, seigneur de Cambous, achetait un navire venant de Rotterdam et échoué sur la plage près de Maguelone, à la maniguière dite Lescot. Ce vaisseau, qui portait le nom de Saint- Jacques, appartenait à un certain Gerrethen Blency, c'est-à-dire Girard Blanc, traduisit au notaire l'étudiant en médecine Girard Adrian, compatriote du capitaine et interprète pour la circonstance. Mais la vente ne portait que sur le corps du vaisseau et ses agrès, existants ou à recouvrer, lepatron se réservant expressément « toutes les armes, comme mousquetz, artillerie et atalages d'icelle, guidons et les evituages et autres chozes qui ne sont du corps dud. vaisseau »'z.

Le dessein de quitter Montpellier que formaient dès lors certains ecclésiastiques et catholiques, fut l'objet d'un Conseil de Ville spécial, le second tenu dans une même journée. Mais on voulait leur concours pécuniaire pour la garde et la fortification de la ville. On les endormit sur des assurances de sécurité 3. D'ailleurs, on ne renonçait pas à les vexer, par exemple, en projetant la construction d'une boucherie devant l'église N.-D. des Tables'4. Puis, comme on les invitait vainement à participer à ces préparatifs dirigés contre eux, une lettre de Montmorency fut sollicitée5. Tandis que certains partaient0, quelques-uns s'exécutèrent, d'autres persistant

1 D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 361. — Gariel, Discours etc., pp. 380 et 383. * Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1620, f° 148.

3 Délib, du Conseil de Ville du 28 avril 1620.

4 Délib. du Cliap. cathédral du 14 juin 1620.

5 Délib. du Conseil de Ville du 13 août 1620.

6 Gariel, Discours etc., p. 379.

dans leur refus L En tous cas, nul ne voulait aller ou faire travailler aux ouvrages2. On contraignit les métiers3. Alors, le 21 avril l(V2i 4, les portes se fermèrent sur les catholiques, prisonniers à. l'intérieur. Pas même pour la sépulture du général de Ranchin, un converti, ils ne purent la lui donner à l'Observance ; il fallut l'enterrer à Notre-Dame 5.

C'est à ce moment que le roi, en réponse à l'attitude de l'assemblée, ordonna que seraient considérés comme participant à la rébellion tous ceux qui devant ses officiers ne déclareraient pas vouloir y rester étrangers. Le Consistoire essaya, mais vainement, d'empêcher la publication île cet acte par le Présidial6. La situation légalement devenait très nette, mais, en réalité, terrible aussi par l'anarchie qui se déclarait7. La Cour fît néanmoins une tentative de conciliation. Une assemblée se tenait dans Montpellier. Le roi envoya pour conférer avec elle un gentilhomme, M. de la

1 Délib. du Conseil de Ville des 12 et 10 mars 1621.

! Ibidem.

3 Prix-faits de cavage des fossés (Min. de Samuel Vidal, étude Blain, reg. de 1621-1622, f° 268 v et passim).

* Gariel, Discours etc., p. 379. — Cette date est confirmée : 1° par une sommation, le 10 mai, des Trésoriers de France de Béziers à leurs collègues restés à Montpellier, « ores que les eminentz perilz, que leur ont esté représentés, de la perte des finances de Sa Majesté, advenant guerre ouverte, soyent a la veilhe d'arriver, estant despuis deux moys touttes les villes de ce bas pays de Languedoc tant d'une que d'aultre relligion en armes, a cause de la rébellion du lieu de Privas et du despuis de la saizie que ceulx de la relligion prethendeue refformée ont faicte de la ville de Ginhac, mesmes que, dans la ville de Montpellier, les catholieques y sont tenus comme prisonniers, leur ayant esté despuys quinze jours la sortye d'icelle interdicte, ce qui a causé un tel desordre que touttes les Cours en ont esté fermées, ne s'y exerceant plus de justice, ayant esté nosd. confrères catholiques constraintz de quitter leur dit exercice et en faire déclaration par acte, oultre des lettres qu'ilz ont escriptes sur leurrmiserable condition » (Arch. de l'Hérault, C, Trésoriers de France, reg. de 1620-1021, f° 78 v°).

■' Gariel, Discours etc., p. 379.

8 Ibidem.

7 Voir note 4. Aussi la ville fourmillait de voleurs (Gariel, Epitome rerum, p. 39).

Tour. Ou refusa même de l'écouter et, comme il était descendu chez Philippe d'Izard, seigneur de Salagosse, le mari de la très pieuse Isabelle de la Croix, des émeutiers vinrent crier sous les fenêtres qu'il fallait tuer « ce Philistin ». Ghâtillon. accouru en hâte, eut grand' peine à disperser la foule et à faire sortir de la ville l'envoyé royal. Quelques membres du Consistoire, ennemis personnels du gouverneur, exploitèrent l'incident contre lui L

Alors, ainsi qu'il arrive généralement, par crainte du pire ce modéré se soumit aux ordres de l'assemblée 2. Elle venait de partager la France en huit cercles ; il présida au septième, comprenant le Haut et le Bas-Languedoc, les Cévennes, le Vivarais et le Dauphiné3, et la situation pour les catholiques empira de beaucoup tout cet été. Car, tout d'abord, et en même temps que Ghâtillon se saisissait des deniers royaux4, les biens ecclésiastiques, déjà usurpés en nombre de lieux5, furent, comme en 1562 et en 1567, arrentés par voie de justice, le 22 juin 1621 6. Ensuite la défense de sortir fut réitérée à la fin de ce mois \ et encore le 26 août8. Tous ceux qui, essayant

1 Gariel, Discours etc., p. 381.

2 Ibid. — Gariel prétend que c'était de sa part simulation pour mieux servir le roi. Les tristes incidents qui vont être relatés, semblent contraires à pareille indulgence de jugement.

3 Chronique inédite de Mauguio, p. 19.

4 Arcli. de l'Hérault, C, Trésoriers de France, reg. de 1620-1621, f°91. 4 Délib. du Chap. cathédral du 19 juin 1021 (Citron, et Doc, p. 449].

6 La pièce, un cahier papier original, qui n'a pu se retrouver, est mentionnée dans l'Inventaire du Chapitre cathédral par François Jotfre, p. 875, comme formant le n" 9 du paquet 12 de l'armoire 9. — Cf. Gariel, Discours etc., p. 381 .

7 Gariel, Discours etc., p. 381. — Le notaire Viala écrit à la suite d'un acte du 11 juin 1021 : « Le présent cayer a esté discontinué a cauze de la rébellion de Montpellier, aiant esté moy notaire susd. constraint sortir de la ville le doutzieme de jung mil VIe vingt un, pour esviter d'estre arresté, comme les aultres habitantz catholicques » (Arch. mun. de Montpellier, BB, not. de la Ville : Viala, reg. de 1621-1622, f° 496).

8 Annexes de Samuel Vidal, étude Blain, vol. de 1021, fJ 175, pièce du 4 septembre 1021.

de l'enfreindre, étaient reconnus, furent dépouilles, volés-, battus et ramenés1. C'étaient surtout des hommes2, qui allaient s'enfermer dans leurs châteaux ou domaines pour les défendre3, ou plus tard se rallièrent à l'armée royale 4. Ils laissaient la garde et le soin des maisons de ville à leurs femmes, espérant pour elles plus de ménagements5. Il n'en fut rien. Gariel a conté l'histoire de cette dame de qualité imaginant de recourir à un peintre pour se faire maquiller le visage, prenant ensuite des habits de campagnarde et un panier au bras, et qui néanmoins fut reconnue, dévêtue jusqu'à la chemise, qu'on faillit même lui ôter, et reconduite en ville dans la honte et les larmes 6. Une autre, Georgette de Bandinel, eut recours aux consuls et à la caution personnelle de l'apothicaire protestant Abraham Beuves, pour aller rejoindre son mari, Etienne Azemar, seigneur du Triadou7. Enfin, le chroniqueur Delort a consigné, d'après les récits de sa mère, les vexations et souffrances qu'endurèrent avec celle-ci les dames Mariotte, Deydé, Planque, de Clair, etc. Elles ne pouvaient ni se réunir entre elles ni marcher même deux ensemble par les rues et il fallut une grosse somme et un prisonnier de guerre pour tirer Mme Delort de cette servitude8.

Dans les villages on était encore moins en sécurité. Au début d'août 1621, Ghâtillon, en effet, s'était mis aux champs. Il y commit des atrocités, qui donnent bien son caractère fanatique à cette guerre. Déjà les huguenots de la ville s'étaient an jour portés à Gelleneuve, dans l'église duquel les catho-

1 Gariel, Discours, p. 381.

2 Mémoires inédits d'André Delort, t. Ier, p. 6.

3 On en va voir quelques exemples.

4 Même remarque.

5 Mémoires inédits d'André Delort, t. Ier, p. 6.

6 Gariel, Discours, p. 381.

7 Reconnaissance du 14 juin 1623 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1623, f» 209).

8 Mémoires inédit* d'Audré Delort, t. Ier, pp. 6,7 et 8.

Soc. Arcu. de Montpellier. 49

liques avaient réfugié, sous la garde de quelques hommes, leurs biens les plus précieux et leurs denrées. L'incendie, le pillage, le massacre livrèrent l'édifice aux protestants. Mais on remarqua la chute devenue mortelle du voleur des vases sacrés, laquelle parut une punition d'en-haut1. A Clapiers sans défense, une capitulation à vies et biens saufs n'empêcha ni le pillage du lieu ni le meurtre de plusieurs habitants, entre autres du curé Camozy, précipité du clocher. Gomme il était visé de façon particulière 2, son corps fut odieusement et honteusement mutilé et certaines parties promenées dans le camp, puis portées en trophée à Montpellier 3. Grabels fut énergiquement défendu, et sa petite garnison, mi-partie de mercenaires et d'indigènes, obtint les honneurs de la guerre ; pourtant ce fut au prix de l'exil dans la val de Montferrand 4. Tous les villages catholiques de la vallée du Lez furent mis à sac et même les lieux dominés par les calvinistes souffrirent 5.

Pour revenir à Montpellier, on ne devait plus y revoir Ghâtillon. Effrayé des excès auxquels il était entraîné, il résolut, du moins, de donner au roi Aiguesmortes, dont il était aussi gouverneur, et il s'y retira. L'assemblée du Cercle, composée de ministres, de gentilshommes, d'avocats et de délégués des consistoires, le démit de son autorité. Elle en fit autant pour le premier consul de Montpellier, Jean Allard, seigneur de Garescauses6. Désormais, elle concentrait tout le pouvoir en ses mains et, Suffren et d'Aimeric s'en étant fait nommer commissaires, c'est sous leur proconsulat que fut placée la ville, où étaient gardés comme otages deux fils et la belle-mère de Ghâtillon "'.

1 Gariel, Discours, p. 382. — Mémoires inédits d'André TJelort, t. Ier, p. 2.

2 Voir p. 764.

3 Gariel, Discours, p. 382 ; Epitome, p. 40. — Chronique inédite de Mauguio, p. 18.

* Gariel, Discours, p. 383. — Chronique inédite de Mauguio, p. 18.

5 Gariel, Discours, p. 383.

6 Gariel, Discours, pp. 383 et 384. — Chronique inédite de Mauguio, p. 19.

7 Gariel, Discours, p. 384.

On vit aussitôt les effets néfastes du pouvoir des deux dictateurs. D'Aimeric, menaçant les Dominicains de les chasser, en obtint la jouissance de leurs prés de Lattes l. A l'égard des Cordeliers, le plus assuré moyen pour lui de garder à jamais leur Petite-Observance, qu'ils n'avaient pas osé se faire restituer2, c'était de les chasser et détruire leur couvent. Ils eurent donc les honneurs de la première persécution. Le 2i octobre 1621, par une ordonnance du Cercle, qu'on basa sur l'utilité de la ville, leur établissement faubourien fut démoli après pillage et des excès inhumains, comme le fait de traîner les ossements des religieux et de déployer leurs suaires en guise d'étendards sur les ruines3.

Durant ces vexations, qui l'atteignaient encore plus que les laïques, le Chapitre cathédral, tel que l'avait fait désormais la réforme du clergé, se montra admirable de sang-froid, de courage et de zèle 4. Certes, il avait vu l'orage s'amasser et venir ; mais, quand on fuyait déjà, les moyens en étant possibles, il prit une résolution contraire. « L'incertitude » causée à tous par « les grands et extraordinaires remuements qui se font en diverses parts », n'en fut pas une à l'égard de son devoir. Celui-ci était « que, par la crainte d'iceulx, le service divin ne soit affoibly et que le corps du Chapitre demeure en son entier ». Il décida, par conséquent, le 10 février 1621, que nul des chanoines présents ne s'en irait sans autorisation et que les absents seraient même rappelés. Ensuite, comme l'usurpation et la saisie de ses revenus le laissaient depuis la mi-mars sans ressources, il vota un emprunt, afin de « maintenir le service divin pour la gloire de Dieu, consolation et ediffication de tout le peuple catholique », « tantez esglises

1 Attestation pour les FF. Prêcheurs réformés, du 24 août 1623 (Areh. de l'Hérault, H, FF. Prêcheurs de Montpellier, pièce pap. original).

2 Voir pp. 728 et 747.

3 Déposition du gardien des Cordeliers et de ceux-ci, du 20 août 1623 (Arch. de l'Hérault, H, Cordeliers de l'Observance, pièce pap. original). — Gariel, Discours, p. 385.

4 Chroniques et Documents, pp. 449 el suivantes.

i i'Z LA REFORME A MONTPELLIER

de Notre-Dame, la Canourgue qu'en celles de tout le dioceze » où il serait encore possible. L'archidiacre de Castries, syndic, et deux autres furent donc chargés de trouver prêteur, car on ne songea pas un instant à réduire même la prédication ni l'éclat extérieur du culte. L'archidiacre, en campagne, parvint à rassembler quelques fermages, tandis que l'aumônier et autre syndic, de Solas, surpris à Toulouse par les événements, était revenu et ralliait ta Frontignan les quelques chanoines absents et plus effrayés. Au début d'octobre, ce groupe-ci, touché des souffrances de celui de Montpellier, l'engagea à venir le rejoindre. Mais les chanoines restés en ville, — et c'était la majorité, — repoussèrent cette idée. Jusque-là par leur attitude ils avaient réussi à maintenir le service dans son intégrité; il fallait continuer « pour l'ediffication et consolation de toutz les catholiques quy sont aud. Montpellier ». Ils se choisirent donc, pour achever l'année jusqu'à la Saint-Luc, un syndic spécial, le (diantre Honoré Hugues. Celui-ci pourtant dut bientôt avertir ses collègues que les ressources étaient épuisées ; il était indispensable d'y pourvoir, afin que le service ne reçoive c< du deschut, au préjudice des aines et escandalle des catholiques de ceste ville ». Il fut alors décidé de réaliser l'emprunt vote en juin. Le put-on1? En tout cas, la dernière décision notée du Chapitre est virile et religieuse: « Veu le misérable estât du temps, a cause de la guerre quy est a présent, ayant esté ordonné que le service divin se continuera en la forme ordinaire, toutz les messieurs ayant esté exortés par led. sieur chantre se comporter avec toute la dessance requise a un ecclésiastique ». Ceci se passait le 25 octobre 1621, alors que déjà on pillait et détruisait le couvent de la Grande-Observance.

A une telle constance devant le péril répondit un acte de tyrannie confessionnelle. L'ordonnance rendue par le Cercle le 20 novembre 1021, un samedi, portait « que l'exercice de la messe sera interdit et défendu en toutes les villes et lieux de notre département et notamment a Montpelier, et qu'a ces tins, au premier commandement qui sera fait aux ecclesias-

tiques, tous actes papistiques cesseront », les catholiques demeurant prisonniers l. On rapporte que d'Aimeric, en sortant de la séance, rencontra Mmes de Gonvers et Tondut, qui revenaient de la messe. Il leur demanda si elles en avaient fait ample provision, et leur annonça la décision prise2. Honoré 3 Sauvecane, huissier a la Cour des Aides, signifia aux prêtres de Notre-Dame l'exécution'1. Bientôt elle fut assurée par une bande d'énergumènes qui, s'emparant des portes, empêchèrent les fidèles de pénétrer et les prêtres, à l'intérieur, de célébrer. Quand, à leur tour, les chanoines, répondant à l'appel de la cloche pour les matines, se présentèrent, ils se virent menacés d'être assommés, s'ils persistaient cà dire là messe ou office 5. Chez les Dominicains néanmoins les fidèles purent encore quelques jours assister à la messe 6. Désormais ce ne fut qu'à la dérobée, souvent dans des caves, qu'ils se groupèrent autour d'un prêtre courageux7. Car il

1 Le texte de cette ordonnance a été donné par Gariel (Discours, p. 388).

- D'Aigrefeuille, sans doute d'après un manuscrit de Vignes (t. Ier, p. 302;/

a Contrat du 14 décembre 1607 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1007, f° 1090).

4 Gariel, Discours, p. 388.

5 Pour ce l'ait, on se t ruine en présence de trois dates :

1" — Celle du 21 novembre (Gariel, Idée de la ville de Montpelier, part. II, p. 40). Elle esl en contradiction avec ce que le même auteur, dont cet ouvrage-ci trahit pas mal de défaillances, en dit ailleurs, comme on le verra.

2" — Celle du 3 décembre, fournie par D'Aigrefeuille (t. Ier, p. 302), d'après, dit-il, la signification « I * - Sauvecane. Elle est peu croyable, quelques jours s'étant écoulés déjà entre la cessation du culte aux églises et chez les Dominicains Voir ci-après el note suivante1, et le harlan ou pillage, qui eut lieu le soir du 3 décembre.

3° — Une date vague, intermédiaire, laquelle suppose quelques jours d'intervalle entre elle et la décision du Cercle, puisqu'on commença l'exécution par Nimes (Gariel, Discours, p. 387), et qui esl cependanl postérieure au dimanche 28 novembre, jour où l'Aumône générale des catholiques recueillit encore les offrandes dans ses bassins de quête aux églises (Arch. des Hospices de Montpellier, H'', E, 1, p. 364 .

6 Essai sur l'histoire etc. (Voir p. 781, note 1 .

7 Gariel, Epitome, p. 08. — Mémoires inédits d'André Déport, t. Ier, p. 0.

fallait l'être. « Le peuple zélé » veillait, conduit par des chefs de bandes qui s'appelaient chasse-messes 1, excité par un pamphlet genevois intitulé Le Tombeau de la Messe2. Se souve" nant cruellement d'une invention des ancêtres, les persécuteurs de 1561, il avait ressuscité les époussettes consistoriales, gros bâtons triangulaires, et il en frappait les catholiques3. Le chanoine-chantre, Honoré Hugues, était allé un jour célébrer dans une maison particulière. Ils l'y surprirent et le traînèrent à l'Hôtel-de-Ville, tout revêtu de ses habits sacerdotaux. Il ne fut sauvé que par son énergie, ses menaces de punition aux forcenés, surtout le payement d'une rançon4.

Interdire le culte catholique, pour tant que les calvinistes se crussent alors les maîtres, pouvait n'avoir qu'un temps ; saccager et détruire ses édifices, c'était, selon l'expression de d'Aimeric, « ensevelir la messe sous les ruines de Babilone ;>5; et pour cela, ajoutait Suffren, il convenait de ren" chérir sur les excès du passé : « Nos pères n'abattaient jadis que la superficie des églises. Il faut que Babylone soit détruite jusqu'aux fondements »6. Ce dessein, d'ailleurs, ils le nour-

1 D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 362.

! Mémoires inédits d'André Delort, t. Ier, p. 7. — Le Tombeau de la messe; Genève, P. Aubert, 1622, in-8° de 139 pp. Cet opuscule était du à un diois, David Derodon [Mémoires inédits d'André Delort, t. Ier, p. 7, note).

3 On en conservait un au Collège des Jésuites de Montpellier, fondé quelques années après. Delort (Mémoires inédits, t. Ipr, p. 7) l'y vit, et le P. Bonnefoy également (Historia hseresis etc., t. Ier, p. 162). Celui-ci le décrit ainsi : « Eà forma bacillus apparetque ex eius attritu non semperin lugubri hoc ludo feriatam immissorum satellitum manum ». L'objet avait, dit Delort, été donné aux jésuites par les héritiers de M1' de Grammont Ce dernier titre désigne le chanoine-chantre Honoré Hugues, prieur commendataire dudit monastère (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Pierre Gallet, reg. 97, f° 18).

4 Gariel, Epilome, p. 68 ; Discours, pp. 388 et 392. — Mémoires inédits d'André Delort, t. 1er, p. 6.

5 D'Aigrefeuille, t. 1", p. 362.

6 En languedocien : « Nostres paires non abalien au passât que la superficie de las gleizes. Cau que Babilonne sié destruicte jusqu'as fondamentz » (Déposition dos Cordeliers du 20 août 1023 aux Arch. de l'Hérault, H, à leur fonds).

LA REFORME CATHOLIQUE i tb

rissaient depuis au moins vingt-cinq ans L On commença par le pillage et ce fut affaire à la populace 2, « ministello duce » pourtant, assure Gariel 3. L'ensemble de ces scènes est connu sous le nom de Harlem1*, et il a été raconté en vers, sinon avec talent, du moins avec une fidélité très grande, par un témoin oculaire, le maître de musique du Chapitre cathédral, nommé Joseph Petit5. En le prenant pour guide et d'autres pour informateurs complémentaires, je vais en retracer les détails.

1 En parlant de la création imaginaire d'un antéchrist, Guillaume de Reboul prêtait ces paroles à Jean de Falgueyrolles : « Nous n'avons encores abbattu que les murailles des églises des catholiques, mais par ce moyen nous en arracherions les fondemens » [La Cabale des Reformez, p. 23). 11 y avait donc là une sorte de dicton populaire.

2 Elle forme, en effet, la forte majorité des individus inculpés, après informations du 5 février 1622 par le Parlement de Toulouse, pour le pillage du couvent de l'Observance. Une liste de ces inculpés a été publiée par M. de La Pijardière (D'Aigrefeuille, Histoire de Montpellier, nouv. éd., t. IV, p. 680) ; mais elle contient des erreurs nombreuses quant aux noms, dont certaine a donné lieu à un gros contresens, sur lequel voir : Jos. Berthelé, Anciens textes campanaires de l'Hérault, p. 88. On doit préférer à ce texte celui que fournit une expédition sur parchemin du décret de prise de corps (Arch. de l'Hérault, H, Cordeliers de l'Observance de Montpellier) et surtout la minute de ce décret, en date du 21 juin 1622 (Arch. du Parlement de Toulouse, arrêts criminels, reg. 231) ; néanmoins l'état de pourriture sèche dudit registre laisse quelques lacunes à la liste.

3 Epitome, p. 57.

* L'étymologie de ce mot a été discutée (Voir avant-propos de Mr. A. Atger). Généralement on le fait venir du hollandais et on lui donne la signification de : pille ! Ce serait le cri par lequel les émeutiers se seraient excités les uns les autres. Le débarquement sur le littoral voisin de divers navires hollandais, et la présence à Montpellier d'au moins un étudiant de cette nation (Voir p. 766) expliqueraient bien l'adoption du cri. Quant à Mr A. Atger, il le fait plutôt venir d'un terme judiciaire : harella (Voir note suivante), opinion beaucoup moins justifiée à mon sens.

5 Le Harlan ou Pillage et Desmolissement des Eglises de la ville de Montpellier faicts par quelques Rebelles ; Béziers,Jean Pech, 1622, in-8°. On ne connaît de l'édition originale qu'un seul exemplaire, conservé à la Bibliothèque de la Ville de Montpellier, fonds de Languedoc, n° 1303. —

C'est sur une requête du « peuple zélé », et la réponse favorable du Cercle1, que la troupe se mit en marche le vendredi 3 décembre 1021, quand la retraite eut sonné. Il était alors de sept cà huit heures. Notre-Dame des Tables, cathédrale, eut les prémices de cette fureur. La bande y arriva, armée de marteaux, de tenailles, de scies, et tout de suite elle attaqua la porte. Mais la serrure résistait. Au bruit, les sacristains accourent. Croyant apaiser ces énergumèneset en peine pour eux-mêmes, ils apportaient les clefs. On éteint leur flambeau et c'est dans les ténèbres que l'un se sent arracher son manteau

Une réimpression en a été faite en 1874 par la Société des Bibliophiles de Montpellier, avec introduction et notes par A. Atger. — L'attribution à Petit est due à M. Léon Gaudin (Mémoires inédits d'André Delort, t. Ier, p. 4, note). — J'ajouterai, enfin , qu'il s'agissait de Joseph Petit, maître de musique à la Cathédrale depuis plusieurs années (Reg. de compt. du Chapitre, passim).

Il faut également voir sur ces scènes et leurs préliminaires déjà exposés :

1° Discours dressé par M. Gariel , chanoine de Montpelier, de la guerre faite contre ceux de la relig ion prétendue reformée, depuis l'an 1619 jusques a la réduction de la ville de Montpelier et la paix faite alors, édité par A. Germain (Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, lie série, t. VI, pp. 375-410). A remarquer que la date 1022, à la p. 378, y est mise par erreur pour 1021, et surtout que le Harlan est placé au 10 décembre 1021 (p. 389), au lieu du 3, sa date réelle.

2° Epitome rerum in inferiore Occitania pro religione gestarum , ah excessu Henrici quarti régis, sive ab anno 1610 ail annum 1657 (du même auteur) ; Monspelii, Dan. Pech, 1657, in-4n. Cet ouvrage est moins détaillé c)ue le précédent.

3° Mémoires inédits d'André Delort, d'après Gariel et les récits de sa propre mère.

4° llisloria prostratse a Ludovico XIII Sectariorum in Gallia Rebellionis, autore Gabr. Bartholomseo Gramoundo ; Tolosa?, P. Bosc, 1023, in-4" ; pp. 183 et suivantes.

5° Historia hseresis in Gallia ortas cl oppugnatse ; l'olosae, Joan. Boude, 1002-1004. — L'auteur, le P. Bonnefoy, jésuite, dit lui-même [Préface) que son livre fut conçu et composé à Montpellier, et ce fut certainement d'après Gariel. Aussi n'apporte-t-il aucun détail nouveau.

0° Les requêtes et dépositions qui seront visées spécialement pour certains couvents, et «pie je compte publier in-extenso en groupe.

1 Discours, p. 388.

et tous deux leurs chapeaux. Alors ils s'éehappenl et, au courant des aitres, gagnent le toit, qui leur sert de chemin vers le salut. Pendant ce temps, les forcenés de se bousculer à la porte, de se fouler à qui entrera le premier. Parmi leurs cris de rage, sous leurs instruments tout est détruit : boiseries et décoration du choeur, chaire épiscopale, fouis baptismaux, dont on emporta la pyramide en métal. De même les tuyaux d'orgues furent arrachés, la sacristie mise à sac. En attendant la fonte, les vases sacrés furent employés à la parodie des cérémonies catholiques. Des vieux bancs on lit un feu de joie. Il y avait bien alors dans l'édifice cinq cents personnes, la plupart des artisans, parmi lesquelles des femmes, et celles-ci ne se montraient ni les moins exaltées ni les moins avides de butin. Aussi, quand survint le président du Cercle faisant quelques représentations, elles le menacèrent, tandis que les hommes lui conseillaient de se retirer dans l'intérêt de sa sécurité. Ce qui prouve, d'ailleurs, la faiblesse ou la complicité de ce chef d'administration illégale, c'est que l'opération se poursuivit et avec des instruments plus efficaces. D'honnêtes gens protestants la réprouvèrent dès lors, et le propos de l'un d'eux, nommé Vernet, a été conservé : << Voicy une mauvoise journée pour nous ; viendra un jour que nous payerons bien chèrement les desordres de celuy cy, mais il faut que nos Messieurs du clergé (c'est-à-dire le Consistoire) repaissent leurs yeux de ces ruines » *.

Maintenant la tourbe, qui s'est munie d'un bélier, se dirige vers le couvent des Capucins. Son arrivée avait été signalée. Les voisins s'en émeuvent, tant protestants que catholiques. C'est par un des premiers, Fonbon, greffier à la Chambre des Comptes, que les religieux sont avertis. On les presse de fuir ; ils n'osent, d'abord. Puis ils se ravisent, prêts au martyre. Tandis que quelques gentilshommes contiennent la populace par leur ascendant, on peut mener ces moines en des maisons

1 Mémoires inédits d'André Delort, t. I'1'. p. .'!. Sur 1.' pillage <!<• Notre-Dame, voir aussi : LeHarlan, pp. 4 à 8 : Discours, p. 389 ; Epitome,

pp. 56 et 57.

voisines. Le correcteur à la Chambre des Comptes Pierre de Serres , avec sa femme Suzanne de Massane *, et Antoine Andrieu, lieutenant à la Cour du Petit-Scel, se disputent ce soin. Le premier est par sa mère petit-fils du ministre Claude Formy 2; le second, excellent catholique 3. Les religieux restèrent là quelques semaines, toujours à la merci, même y exposant malgré eux leurs hôtes, d'une invasion d'énergumènes meurtriers. Plus tard ils auraient été délivrés par échange. Leur église, cependant, leur pauvre couvent et leur bibliothèque furent pillés 4. Cette dernière était déjà considérable 5.

Chez les Dominicains il n'y avait plus alors que deux religieux : les PP. Jacques Archimbaud , prieur, et Antonin Morenville, tous les autres ayant dû être renvoyés ailleurs,

1 Si le rôle de de Serres en cette circonstance n'était mentionné également par le P. Apollinaire, on pourrait, devant l'affirmation d'Andrieu, mettre en suspicion, à cause de sa date si opportune en 1688, l'attestation donnée, soixante six ans après, sur un seul témoignage, par les Capucins en faveur de Serres (Voir note 4). Il faut donc penser à un double asile, ce qui est vraisemblable pour plus de dix personnes.

2 Par testament du 28 octobre 1608, François Serres, marchand, qui avait épousé Eve Formy, faisait héritier leur fils puîné Pierre. Entre autres ses biens se composaient de la maison paternelle rue des Orangers et de celle, à la même rue, acquise de Laurent Andrieu (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1608, f° 824 v°).

3 Son parent Pierre Andrieu est qualifié fabricien îles Capucins dans uue vente du 12 septembre 1617, reçue Planque, notaire (Arch. de l'Hérault, H, Capucins de Montpellier).

4 Le Harlan, pp. 10 et 11. — Attestation, le 22 août 1623, d'Antoine Andrieu, lieutenant à la Cour du Petit-Scel, pour les religieux Capucins (Arch. de l'Hérault, H, Capucins de Montpellier). — Discours, p. 389. — Attestation en 1688 du provincial et des quatre définiteurs de la province de Toulouse en faveur de Serres, sur récit du P. Elisée, témoin oculaire en 1622 (sic) (Ibid., pièce orig.). — P. Apollinaire, Capucins et Huguenots à Montpellier, 1609-1622, pp. 335 et 336. Ce récit renferme des inexactitudes.

5 Ainsi qu'il appert de l'inventaire fait au mois d'août 1621 par le jugemage André <1«' Trinquaire, à la requête du P. Egide de Rieux, gardien, « en considération des 1 roubles que sont en ce pais et en cas de desordre et pillage de lad. ville » (Arch. de l'Hérault, H, Capucins de Montpellier).

faute de ressources après la saisie des revenus Néanmoins ils avaient jusqu'au 21 novembre continué le service public. C'est vers neuf ou dix heures du soir que « le peuple zélé » ou une partie des sectaires arriva à Saint-Matthieu. Sur le refus réitéré du P. Archimbaud d*en ouvrir la porte, on commençait à l'enfoncer; il dut se résigner. Pendant que les scènes de pillage se renouvelaient, les religieux cherchèrent un refuge chez un oncle du prieur, Jacques Benoist, marchand. Dans leur fuite un cordonnier du nom de Mazot leur arracha un sac contenant quelques hardes, qu'ils durent le lendemain racheter à prix d'argent. Les deux moines et leur serviteur, après être restés là six semaines, reçurent l'hospitalité de M. de Grille, général aux Aides. Le P. Morenville parvint, déguisé, à quitter la ville; le P. Archimbaud en sortit ouvertement, échangé contre un prisonnier de guerre que lui procura l'évêque. Comme c'était le 13 mai 1622, on peut penser que ce prisonnier avait été saisi au siège inutile de Montferrand. L'acharnement des vandales huguenots fut particulier chez les Dominicains 1.

Ce fut au tour des Trinitaires réformés et de leur église Saint-Paul de recevoir la visite des destructeurs. Là aussi les religieux purent gagner les toits, où une fenêtre ouverte à propos par un voisin et ami leur ménagea la voie de la retraite 2.

Même scène de dévastation à l'église Sainte-Croix, rebâtie et ornée par les Pénitents-Blancs 3. D'elle à la-Canourgue il n'y avait que quelques pas et une maison sur le passage. Le chanoine Daussargues l'occupait. Il vit venir le danger et put se réfugier chez un ami 4.

« Le réveille-matin des curés », telle est la cruelle facétie

1 Le Harlan, p. 11. — Enquête pour les FF. Prêcheurs réformés, du 13 août 1622, et attestation de Barthélémy de Planque, juge du Petit-Scel, du 24 août 1623 (Arch. de l'Hérault, H, FF. Prêcheurs de Montpellier).

* Le Harlan, pp. 12 et 13.

s Ibid., p. 13. — Délib. des Pénitents-Blancs du 21 février 1623.

4 Le Harlan, p. 14.

dont ses auteurs baptiseront la chaude alerte donnée aux desservants de l'église de la Ganourgue. Ceux-ci se trouvaient au nombre de trois. Etaient-ce des curés, comme il était normal, et comme les qualifient Petit l et Gariel 2, bien au courant l Auraient-ils été chanoines, le seraient-ils devenus depuis, puisque l'éditeur du Harlan assure :! qu'ils portent ce titre dans une déposition du 4 septembre 1624, qui paraît aujourd'hui égarée'1? Ils se nommaient François Sallendres, François Bolaq, ou plus exactement sans doute de Bolhaco ouBouillac, nom du trésorier du Chapitre \ et Antoine Girard, lequel en était bedeau en 1018 ,;. Je crois que le terme de curés demeure le plus exact. Les infortunés eurent grand'peine à se sauver par les toits, tandis qu'on joignait au saccagement de l'église la destruction de la plus grande partie des archives et de la bibliothèque du Chapitre "', formée avec tant de soin \

Le Petit-Saint-Jean, la Sainte-Trinité. Saint-Sauveur, telles sont les dernières '•• des «neuf dévotes églises » 10 dont l'auteur du Hm'lan déplore le sac en celte nuit fatale du 3 au 4 décembre 1621. Il faudrait en conclure, sans que d'autres détails soient connus u, que les chapitres Saint-Sauveur et de la Tri-

1 Le Harlan, p. 15.

"2 « Curiones » (Epitome, p. 58 .

3 Le Harlan, note >n (p. 38).

'< Elle esl mentionnée par Joffre Inventaire du Chapitre cathédral de Montpellier, t. II, p. 873 sous le n° 6 du paquet 12 de l'armoire 9. A proprement parler, d'après les explications de L'éditeur du Harlan, on voit qu'elle avait pour but de suppléer, dans un intérêt particulier, à la disparition des registres de baptêmes, sépultures, etc., non de fournir une relation des événements.

5 Chroniques et Documents, pp. 450 et 452.

« Voir p. 740, note 1.

7 Le Harlan, p. 15. — Enquête précitée. — Gariel, Epitome, p. 58; Idée de la ville de Montpelier, part. II, p. 40.

8 Voir pp. 607 et 629.

9 Le Harlan, p. 15.

io Ibid., p. 10.

11 A signaler pourtant un projet de rétablissement «lu collège et de l'hôpital Saint-Sauveur soumis au Conseil de Ville, et sur lequel celui-ci vota un rapport à faire (Délib. du Conseil de Ville du Ier septembre 1617). Le

nité de Maguelone avaient réussi à relever quelque lieu de culte, car il ne peut s'agir des Trinitaires, établis à Saint-Paul déjà mentionné. On peut ajouter à la liste l'église monastique Saint-Guillem, au faubourg du Courreau, réparée par Blanche de Castillon l.

On pense bien que, mise en goût, la populace revint à la charge. Tous les documents cités s'accordent à dire que le sac, le sacrilège, la dévastation, la ruine des édifices durèrent plusieurs jours et qu'ils s'accompagnèrent de scènes inhumaines, telles que la nature y répugne et la pudeur doit les taire: cadavres de moines, de religieuses, de nobles catholiques tirés de leurs cercueils, mutilés, profanés à la vue de leurs parents ; crucifix traînés par les rues ou brisés à coups de mousquet 2 Avec le temps et l'approche de la répression, la rage de ces sectaires, de ces impies associait le roi aux objets de leur haine. « Voici Louis le Bègue », criait-on, en promenant avec mépris le portrait de Louis XIII :i ; et le cadavre, navré d'outrages, de l'angélique dominicaine Louise de Villeneuve sera exposé sur le bastion Saint-Guillem, proche de son ancien couvent, avec ces cris : « Louise, fais bonne garde, afin que Louis n'entre pas » 4.

Excès populaires, cela peut être. Mais ce qui était réfléchi, méthodique et d'une certaine apparence légale, ce fut la destruction totale des édifices cultuels et des couvents. Elle fut décidée par une ordonnance du Cercle, en date du 15 décembre 1621 5, préparée par un jeûne solennel, accomplie au chant

31 octobre 1619, le dessein n'était pas réalisé, mais toujours caressé, lorsque, dans le bail à emphytéose de l'enclos, on réservait l'église et la faculté de faire évacuer l'enclos (Arch. de l'Hérault, H, Saint-Sauveur: Inventaire, p. 95).

1 Voir p. 676.

5 Voir enquêtes et ouvrages cités ci-dessus (p. 775, note 5).

3 Mémoires inédits d'André Delort, t. Ier, p. 5.

4 Essai de l'histoire du couvent de Montpellier de l'ordre des FF. Prêcheurs (Arch. de l'Hérault, H, FF. Prêcheurs de Montpellier). — Ganel, Ejjitome, p. 59.

5 Voir le texte dans Gariel, Discours, p. 388.

du psaume lxxix, Deus venerunt génies, ainsi traduit et qui est d'un à propos très singulier, mais plutôt inattendu dans la bouche des destructeurs :

Les gens entrés sont dans ton lier Haye, Et ont poilu, Seigneur, par leur outrage Ton temple saint, Jérusalem détruit, Si qu'en monceaux de pierres l'ont réduit '.

Elle fut régularisée au moyen de prix-faits donnés à des hommes de métier -. Les catholiques se plurent à remarquer quels accidents l'accompagnèrent et ils les considérèrent comme des châtiments célestes 3. Ce fut surtout le cas d'un certain cardeur appelé Petit-Jean de Saint-Roman 4, fds d'un sergent demeurant à la porte du Peyrou. Il se chargea d'abattre la croix qui surmontait le clocher de l'église Sainte-Croix ou des Pénitents. Et de fait il exécuta cette destruction. Mais sa propre chute fut simultanée et mortelle5. On l'emporta furtivement, « affin de le fere enroller au nombre des martirs quy s'invantorient a Genève », affirment les Pénitents-Blancs, en plaçant le fait le 23 ou le 24 décembre 1621 6. Cette mesure de la démolition totale atteignit non-seulement les églises relevées depuis l'Edit de Nantes, mais celles qui étaient restées

1 Gariel, Discours, p. 389.

* « Cella [l'accident arrivé à Roman] abatit en quelque façon la rage de ses compagnons aud. ouvrage. Toutesfois, leur cappitaine ayant fermé leurs yeux, il leur fist achever le prix-faict a eulx bailhé » (Délib. des Pénitents-Blancs du 24 février 1623).

3 L'auteur du Harlan relève (p. 21) qn'un des assassins du président Ducros, livrés au supplice de la roue, était celui même qui avait donné le premier coup à la porte de N.-D. des Tables. — Il sera question bientôt des démolisseurs de Saint-Ruf. — Il l'a été d'un déprédateur de l'église de Celleneuve (Voir p. 769), — Il faut noter aussi que, dès le 1er août 1622, on mentionne la mort de l'huissier Sauvecane (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 323, f° 62).

4 Décret de prise de corps du 21 juin 1622 (Voir p. 775, note 2).

5 Le Harlan, pp. 17 et 18. — Délib. des Pénitents-Blancs du 24 février

0 Délib. des Pénitents-Blancs du 24 février 1623. — Le texte marque : le vendredi 23; or le vendredi était le 24.

à l'état de ruines plus ou moins hautes depuis les destructions du XVIe siècle : telles Saint-Ruf, où quelques ouvriers firent a le grand saut perilleus » l, et Sainte-Foy, « comblée de la haulteur de unze ou doutze pans de terre partout » a.

De tels actes, qu'il essayait vainement de justifier par la sécurité de la ville en vue des fortifications à y faire, discréditaient le Cercle, et « il y avoit de grands murmures contre cette assemblée, n'étant leur administration agréée» et le peuple désirant sa suppression, avoue un protestant non suspect, puisqu'il a tu toutes ces horreurs. Aussi la nomination qu'elle fit de Rohan comme général, et l'arrivée de ce seigneur, le 1er janvier 1622, furent-elles saluées d'une grande joie 3. Les catholiques même espérèrent un adoucissement à leurs maux, le rétablissement de leur culte. A cet effet, ils lui députèrent. Mais ils furent bien déçus, car le duc de Rohan approuva tout ce qui avait été commis contre eux k. De fait, le Cercle était supprimé, quand le général fit activer la fortification de la ville, laquelle fut onéreuse pécuniairement pour les catholiques 5, et il les pourchassa vivement et cruellement dans les villages, où certains s'étaient réfugiés 6. Il laissa

1 Le Harlan, p. 18.

2 Lettres de Pierre de Fenouillet du 26 septembre 1623, portant nouvelle concession de l'église aux Pénitents-Blancs (Premier registre des délibérations de la Compagnie).

3 Chronique inédite de Mauguio, p. 20.

4 Gariel, Discours, p. 391.

5 Mémoires inédits d'André Delort, pp. 7 et 8. — Aux assertions des chroniqueurs je joins, entre une foule d'autres, un exemple inédit.

Un auditeur aux Comptes, Alexandre Rivière, catholique, était locataire du protestant Jean du Suc, pour 60 livres par an. Jean du Suc avait été taxé à 122 livres 4 sols 7 deniers. Douze hommes armés vinrent réclamer les 60 livres à Rivière, lequel n'en devait plus que 30. Il les leur offrit et leur montra les meubles de M. du Suc. C'étaient les siens qu'on voulait ou bien les 60 livres. Il dut s'exécuter (Annexes de David Cibert, étude Blain, vol. de 1617-1630, f° 98, au 19 février 1622).

e Siège, prise et destruction du château de Montlaur du 24 au 29 mars, où périrent beaucoup de catholiques ; d'autres, parmi lesquels des ecclésiastiques, furent tués de sang-froid (Gariel, Discours, pp. 393 et 394. — Chronique inédite de Mauyuio, pp. 21 et 22 .

?<Si T. A RÉFORME A MONTPELLIER

également s'accomplir, le soir du 22 février 1022, l'assassinat, machiné par Suffren, d'un messager de conciliation, le calviniste Durros, président au Parlement de Grenoble1, etquelques jours après, grâce à la terreur causée chez les modérés par cet événement, mettre à la tête de la municipalité de 1622 le conseiller d'Aimeric 2. Les événements allaient donc se précipiter désormais.

Il ne saurait entrer dans le sujet de ces Études de retracer les péripéties, au point de vue stratégique, du siège de Montpellier 3, décidé enfin par Louis XIII et qui termina cette guère de religion. Il dura du 31, même du 30 août au 20 octobre ; mais, en réalité, les hostilités avaient cessé depuis le 12 au plus tard, ce qui n'empêcha nullement, après la trêve de ce jour, de continuer la démolition des églises 4. Indiquer l'état

Pillage et incendie du château de Beaulieu, à la famille du Robin, dont les trois fils avaient été massacrés à Montlaur (Gariel, Discours, p. 39-4).

Violences et dévastation du château el du lieu de Castries (Gariel, Discours, p. 391).

Démolition d'églises e1 de fortifications à Saint-Georges, dans la val de Montferrand et la vallée du Lez (Gariel, Discours, pp. 395-397). Quant au château de l'Evêque, il tint bon (Ibid., p. 39G).

1 Sur cet assassinat voir Gariel, Discours, pp. 391 et 392; Epi tome, pp. 06, 07 et 68. — Chronique inédite de Mauguio, p. 21. — Le Harlan, pp. 19-20 i't 44, note t de l'éditeur. — Mémoires inédits d'André Delort, t. Ier, pp. 9 et 10. — À titre de curiosité, voici la mention de l'événement couchée sur le registre protestant des décès : « Du xxijc février xvje xxij. — Messire Ducros, chevalier, conseiller du Roy, président en sa Cour de Parlement de Daulphiné, est decedé. Et a esté enterré le xxve dud. mois » (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 323, f° 56 v°).

2 Chroniques et Documents, p. 414.

3 Sur la fortification de la ville par Couty d'Argencourt, voir, comme résumant, complétant et éclaircissant définitivement la question, l'ouvrage de M. Albert Vigie : Des enceintes successives de, Montpellier et de ses fortifications ; Montpellier, Delord, Bœhm et Martial, 1899, in-8°.

Sur les opérations du siège voir, à part les mémoires du temps, le Journal du siège de Montpellier en 1622, copie prise par l'érudit et regretté M. Léon (iaudin, conservateur de la Bibliothèque de la Ville de Montpellier, auquel on doit l'entière création du fonds de Languedoc dans ce dépôt.

4 Attestation du 24 août 1623 pour les FF. Prêcheurs réformés (Voir p. 779, note 1).

d'esprit des belligérants importe, au contraire, grandement au résultat de cette enquête historique.

Du côté de l'armée royale, c'est à une croisade qu'on marchait, et le but en était la délivrance des catholiques montpelliérains opprimés : ainsi pensait Charles deTurquan, seigneur en partie d'Aubeterre et « cy devant cytoien de la ville de Paris », qui s'engagea comme volontaire dans l'armée du roi et mourut à Montpellier les premiers jours de novembre1. Mais on n'arrivait pas en ennemis des protestants, et ceux-ci s'en aperçurent bien aux premiers mots de paix : « Il y avoit plaisir a voir tous ces grands qui parloient avecq tant de douceur et de familiarité a ceux qui estoient sortis de la ville » 2. Et ce fut encore mieux, lorsque, toujours pendant la trêve, les dames de Montpellier se mirent à faire comme leurs pères, maris ou frères : « Ces entretiens n'estoient pas inutiles, ains servoient de milieu pour porter les esprits de la hayne a l'amitié et de la guerre a la paix », avoue un assiégé, pourtant non suspect de modérantisme 3. La parole de Louis XIII couronna tout : que les Montpelliérains lui fussent bons sujets et il leur serait très bon roi 4.

Chez les assiégés, — et parla il ne saurait, on le comprend, s'agir des catholiques, — la scission était nette.

Les modérés, ceux qui si souvent avaient protégé, sauvé ecclésiastiques ou laïques 5, appelaient la paix de leurs vœux ou la préparaient de leurs démarches. Il faut citer particulièrement le greffier Fonbon, dont les missions répétées furent punies d'emprisonnement par d'Aimeric 6, et tous ces « gens

1 Testament du 1er novembre 1622 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1022, f° 184. Cf. f°s 186 v°, 188, 188 v° et 189 v°). '2 Journal du siège de Montpellier en 1622, au 13 octobre.

3 Ibid., au 15 octobre.

4 Citée par d'Aigrefeuille (T. Ie1', p. 380).

s> A part les exemples rapportés au cours de ce chapitre, il faut mentionner le grand nombre des cautions fournies aux catholiques par des protestants, qu'on relève dans les minutes des notaires.

« D'Aigrefeuille, t. I"'', p. 370.

Soc. Arch. de Montpellier. 50

de bien » qui s'employèrent « avec un contentement extrême » aux dernières décisions 1. De plus, par une réaction qui s'explique devant de tels excès, en ce temps même où on le traquait si fort, le catholicisme fit parmi eux de nouvelles conquêtes. Avant la paix 2, le ministre Le Faucheur le dit très formellement, le déplore en chaire: plusieurs ont depuis la guerre abandonné l'Eglise calviniste 3.

Quant aux exaltés, aux violents, il faut le reconnaître, leurs chefs allèrent jusqu'au bout de leur programme. Confiants qu'ils étaient dans la parole de Rohan, qui leur avait promis du renfort et ne revint que pour apporter les articles d'une paix où il avait bien su stipuler, mais à part, des avantages tout personnels, ils attendaient. Même alors, déçus, ils discutèrent longuement le traité, le soumirent aux trois diocèses confédérés. Puis, dès que Rohan, ayant obtenu le consentement de la majorité, partit pour le camp royal, une sédition éclata encore, que le gouverneur, de Galonges, dut réprimer par la force 4. Mais, outre les progrès de l'armée royale, — lents il est vrai, pourtant assez sensibles pour ne plus faire douter de l'issue, — il existait, dans l'opinion montpelliéraine, chez les violents même, un de ces courants populaires qui deviennent irrésistibles. C'était la lassitude 5, et aussi le besoin de voir cesser une guerre vraiment fratricide 6. D'Aimeric

1 Journal du siège de Montpellier en 1622, au 18 octobre.

2 II n'est pas douteux, en effet, que le premier imprimé des Huict sermons de Le Faucheur (pp. 1-47), prononcé à l'occasion d'un jeûne, ne l'ait été pendant la guerre. Il y dit que plusieurs églises sont déjà ruinées au premier choc de la tempête, tandis que « nous sommes encor' en nostre entier » (p. 23).

3 Huict sermons, part. I, p. 27.

4 Journal du siège de Montpellier en 1622, au 18 octobre.

5 « Ceste longue attente commencoit d'estre ennuyeuse et, sans rien feindre, les soldats et les habitants estoient déjà fort fatiguez et avoient besoin de soulagement » (Ibid., au 9 octobre). — De son côté, l'auteur du Harlan constate (p. 23) :

Il ne s'en treuve aucun qui desia ne conteste D'avoir trop entreprins.

6 Voir le testament des frères Maffre (p. 057 et sa note 5).

LA RÉFORME CATHOLIQUE i8t

peut bien faire dresser deux potences en ville pour y pendre ceux qui parleront de la paix 1 ; dès qu'il sera permis de seulement espérer celle-ci, on aura peine à arrêter les amis qui, se reconnaissant d'un parti à l'autre, ne peuvent se tenir de s'embrasser même dans les tranchées -.

La vraie gloire de Louis XIII est donc d'avoir, par le traité du 19 octobre 1622 3, voulu donner sincèrement la paix religieuse, d'abord en assurant à jamais la liberté du culte catholique, tout en respectant celle du culte calviniste ; ensuite, grâce à la suppression d'un otage qui alla toujours à rencontre des traditions et de la mentalité des Montpelliérains de race, en rendant la ville à ses véritables destinées. Rien ne se ferma alors aux prolestants, mais tout s'ouvrit aux catholiques. Et ceci suffisait à leur assurer le triomphe.

1 Gariel, Discours, p. 399.

5 Journal du siège de Montpellier en 1622, au 16 octobre. 3 Le texte de ce traité, bien connu, a été couché à la fin de Y Histoire de l'Edil de Nantes jusqu'en 1622, souvent citée.

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