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III. — Les Ecoles

Les écoles, gloire de Montpellier. — Leur évolution à la fin du XV siècle. — Université de Médecine : régents royaux et autres; bon ordre, prospérité, recrutement cosmopolite ; fonctionnement; le corps enseignant émancipé de plus en plus de la tutelle ecclésiastique ; mœurs joyeuses des étudiants à la Renaissance ; goût de la nouveauté. — Université de Droit et son annexe, la Faculté de Théologie : elles reçoivent de l'Eglise leur population, leurs chefs, leurs ressources; leur mouvement de 1536 à 1562 ; gravité de mœurs, esprit de conservatisme. — Faculté de Théologie : son déclin. — Faculté des Arts : l'Ecole-Mage qui tombe sous la tutelle des Consuls; personnel étranger, très mobile, qui favorise l'introduction des nouveautés ; elle est donc plus laïcisée qu1 aucune autre; déclin des écoles monastiques; précepteurs particuliers.

Les écoles ont toujours été la gloire de Montpellier1. Antérieures à la concession en 1289 du privilège de Studium générale, elles en avaient néanmoins reçu un lustre nouveau. Mais le déclin était venu par la disette des disciples et des maîtres, dont furent causes les ravages des routiers et la terreur qui en résulta aussi bien que des épidémies meurtrières. Vers la tin du XVe siècle, on sentit donc la nécessite de suppléer, par la création d'un corps professoral fixe et permanent, à l'instabilité, à l'inexistence même parfoisdes écoles particulières. Cette rénovation commença, en 1462, par les arts libéraux, qui étaient pour les uns la base, pour d'autres le terme de tout l'enseignement; elle continua par le droit en 1485, et s'acheva en 1492 par la médecine. Dans les deux piv-

1 Pour la bibliographie sur les Ecoles montpelliéraines, voir Catalogne de la ville de Montpellier, Fonds de Languedoc, pp. 271-289.

miers ordres d'études, ce fut la Ville de Montpellier qui intervint, car il y allait de sa prospérité, liée à celle de ses écoles; dans le dernier, les souverains eux-mêmes, intéressés au maintien d'une institution qui était la pépinière de leurs médecins.

Or c'était là une évolution très importante. Sans toucher en apparence aux statuts antiques qui régissaient chacune de ces facultés : médecine, droit et arts, et qui, dans une organisation assez démocratique, les avaient placées sous la direction ou la tutelle de l'Eglise, — elle ouvrait pour toutes la voie à un régime différent, régime de monopole et de laïcisation qui favorisera le conflit religieux. La Réforme, appelée à bénéficier le plus de ces tendances, accélérera le mouvement. Et, parce que dans les écoles se produisirent ses premières manifestations, et que la majorité de ses adhérents s'y recruta, parce qu'enfin son influence propre, des aspirations spéciales, toutes professionnelles, et aussi des rivalités de personnes et d'intérêts s'y entremêlent, se confondent, il importe de faire connaître ce milieu scolaire en ses diverses branches vers le premier quart du XVIe siècle.

Lorsque, à Y Université de Médecine, Charles VIII et Louis XII créèrent le Collège royal avec ses quatre régences stipendiées, l'Ecole subissait une éclipse presque totale, à laquelle répond la pénurie des documents. Le Collège du Pape ou de Mende, fondé par Urbain V au siècle précédent, repré sentait à peu près seul cette Université ; encore la diminution des revenus avait-elle entraîné celle de ses membres : on n'en voyait plus douze, mais quelque trois ou quatre seulement, auxquels on doit joindre les deux boursiers du Collège de Girone. Le geste royal fut un puissant facteur de résurrection. Pour apprécier combien étaient enviés les avantages pécuniaires attachés aux régences, il faudrait, au moyen des actes notariés, dépeindre au vif les compétitions à chaque vacance, les procès qui suspendaient l'effet des élections, les transactions tacites ou avouées qui intervenaient. J'aurai l'occasion de raconter quelques-uns de ces incidents. Ici je note que l'institution devint aussitôt un stimulant à l'étude,

au progrès. Elle l'ut aussi le point de déparl d'une organisation régulière. Entre les quatre chaires, se répartit désormais le cycle de l'enseignement médical : le rôle des cours ou lectures est arrêté chaque année. On tient également registre des matricules, et tout aussitôt leur chiffre s'élève. Il devient possible de se montrer plus difficile, de refuser pour étudiants ceux qui ont exercé un art mécanique ou qui ne seraient pas gradués de Paris, enfin des sujets qui sont encore enfants ' : avec l'indépendance du salaire croit la dignité du professeur.

Aussi le hr»u renom de l'école montpelliéraine se répand, et de nouveau lui arrivent de partout les recrues. Les provinces du royaume, les contrées de l'Europe y sont représentées. De cette (Mite d'étudiants sortent des docteurs en abondance :

Fecundus votnitat medicorum Pvssulus undam,

dira bientôt .Iules Scaliger.

Il est vrai, la plupart se dispersent, mais il reste un noyau de madrés qui enseignent librement, concoureut avec les régents royauxà présenter aux écoliers tout le cycle médical, et s'apprêtent ainsi à recueillir la succession de ces professeurs favorisés. En 1514 on en comptait au moins neuf, en plus des régents royaux. Tous ensemble, ceux-ci et ceux-là, formaient le collège des docteurs, pour examiner et recevoir aux grades, élire le chancelier.

Mais ce chancelier maintenant est un régent royal. L'est aussi le doyen, de droit le plus ancien docteur. Deux autres, sans titre, complètent ce corps privilégié, qui se renouvelle lui-même, à la majorité, quand se produit une vacance dans ses rangs.

Pour valider tous ces actes, il faut la convocation, l'appro-

1 Tel fui le cas de François Vallériole et de six autres « adolescentes pueri ". immatriculés clandestinement, « quod verget in dedecus dicte liniversitatis propter eorum incapacitatem et insufficentiani » (Délib. du (') décembre 1 r> 1 7 , au reg. S, 19, f° 52 des Arch. de la Fac. de Méd.). Il avait alors treize ans Pontier, Notice biographique sur François Vallériole).

bation, la collation par l'évêque de Maguelone. qui est le conservateur des privilèges de l'Université de Médecine. Mais ce rôle, pour lequel il délègue son vicaire, est purement passif. Et ainsi par la force même des choses — , en l'espèce, c'était grâce à une compétence professionnelle, — on en est déjà, en partant du statut de 1220 promulgué par le cardinal-légat Conrad, arrivé à la réelle laïcisation et à l'indépendance effective du corps enseignant. De même les mœurs et les coutumes ont agi sur les enseignés. Sans doute, les futurs docteurs reçoivent leurs points d'examen et leurs grades dans les églises, mais ils ont appris à fêter ailleurs leurs succès scolaires. Comme ils ont fait «le saut» pour inaugurer leurs études, ils arrosent le terme de celles-ci par des libations larges et joyeuses. Pour l'Epiphanie ils associent la population à leur folle gaîté en lui servant d'hilarantes exhibitions scéniques. Leur abbé ou chef de jeunesse, leur roi de comédie sont des personnages aussi officiels que leur procureur. Rabelais, qui va venir au milieu d'eux, ne leur apprendra pas le rire ni la satire contemporaine ; il les aurait plutôt empruntés d'eux.

Aucune science plus que la médecine n'était alors susceptible d'une évolution constante, d'un progrès continu. L'anatomie humaine, la botanique médicale, ces annexes précieuses, attiraient l'attention. L'humanisme favorisait l'étude de la médecine grecque. Enfin toute cette jeunesse accourue d'Ecosse et d'Espagne, des Flandres et d'Allemagne, de Suisse et d'Italie échangeait ses connaissances, comparait les systèmes et les procédés, faisait assaut d'émulation. La vie, le mouvement, la nouveauté, avec leurs bienfaits et aussi leurs excès, c'est à l'Université de Médecine qu'il faut les chercher.

Au contraire, la gravité, l'esprit de conservatisme s'abriteront longtemps à Y Université de Droit avec son annexe la Faculté de Théologie, demeurées sous la dépendance du clergé. Que ne lui doit-elle, point, à ce clergé ?. D'abord la la majeure partie de sa population scolaire, soit parles collèges : — Saint-Benoît, seize étudiants; Saint-Ruf, huit; le

collège du Vergier, deux et souvent quatre boursiers; le collège Sainte-Anne, quatre; — soit par l'appoint considérable que lui fournissent le Chapitre cathédral, les collégiales, tout le haut clergé enfin, ou les nombreux monastères montpelliérains et régionaux. Elle lui doit le chef annuel électif de cette population, le recteur, qui en représente le mieux l'esprit. Je reproduis ici l un tableau qui permettra de saisir ce fait et d'observer le mouvement de cette Université pendant les vingt-sept années qui précèdent les guerres de religion.

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