‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 18 sur 110 · II. — Les Magistratures · texte numérisé non relu

II. — Les Magistratures

Gouverneurs de Languedoc. — Gouverneurs de Montpellier : Nicolas de Mazis, Pierre de Gaudete, Pierre de Bourdic. — Consuls. — Conseil de Ville ou des Vingt-Quatre. — Bagle et Recteur de la Part-Antique. — Viguerie ; elle est unie au Consulat. — Cour Ordinaire. — Cour du Gouverneur, ensuite Prêsidial. — Cour des Aides. — Chambre des Comptes. — Bureau des Finances.

Autant le tableau précédent avait d'importance pour situer la préparation de la Réforme, autant il y aura lieu de passer

1 Commission du 30 avril 1481 (Mss. Germain, à la Bibl. de la Ville de Montpellier : Dominicains, f° 314) ; lettres de Charles VIII du 20 mars 1496 (a. st.) et commission de Jean de La Roche-Aymon du 3 avril 1597 (Arch. mun. de Montpellier, BB, pièces extr. des reg. dedélib.).

2 Derrière l'église actuelle de Saint-Denis.

3 Le Petit Thalamus de Montpellier , p. 507.

4 Attestation du monastère d'Aix (Arch. de l'Hérault, H, fonds des Cordeliers de l'Observance).

5 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Pierre de Ganges, reg. 85> fo 123.

rapidement sur celui-ci, plutôt destiné à établir et expliquer le vocabulaire, parfois variable, dont il faudra user au cours de ces Études.

Le pouvoir royal, — représenté pour l'ensemble de la province par le gouverneur ou lieutenant du roi en Languedoc, c'est-à-dire dans cette période par trois Montmorency successifs : le connétable Anne; Henri deDamville, maréchal, duc, connétable ; enfin Henri II, — l'était spécialement à Montpellier par un gouverneur. Celui-ci portait le titre de gouverneur de la ville et des baronies de Montpellier et d'Homelas, à cause d'un fief des Guillems, anciens seigneurs de Montpellier. Son rôle politique était, d'ailleurs, assez effacé : pour les choses générales, du fait de ce gouverneur de Languedoc ; pour celles de la cité, de par l'autorité des Consuls. C'était un officier de justice, assimilé aux baillis et sénéchaux, et non point un commandant pour les armes ; aussi, en temps de troubles, le roi ou son représentant en Languedoc nommeront un personnage avec ce dernier titre. L'office de gouverneur s'acquérait donc, comme les autres, à suite de résignation. A Montpellier le hasard des circonstances en fit presque une dot de femme pendant trois quarts de siècle.

Guillaume de la Croix, ce fils de changeur montpelliérain dont la famille acquerra une si grande notoriété sous le titre de seigneurs, barons, marquis, enfin ducs de Castries, avait été le premier gouverneur de la lignée, à la fin du XVe siècle. Parce qu'il était marié à Louise de la Croix 1, Nicolas de Mazis le devint ensuite. Celui-ci appartenait à une famille italienne bien posée, dont un membre, Catherine, épousa Galéas Visconti de Milan2. N'ayant que des filles, Nicolas de Mazis assura de son vivant sa succession à l'époux d'Isabeau, Pierre de Gaudete. C'était en 1529 K La famille de Gaudete n'était pas méridionale. Celui qui en

1 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. de 1542-1544, f°60.

2 Ibid., reg. de 1545, f° 3.

3 Provisions du 26 juin 1529 (Arch. du Pari, de Toulouse, Edits et ordonnances, reg. 3, f° 213).

î.fiS ORIGINES m PROTESTANTISME 17

fui la tige à Montpellier, Jean est bien qualifié en 1511 noble, bourgeois et habitant de Montpellier1, mais ses petits-fils prouveront qu'ils tiraient leur origine du « pays de France et d'ancestres qui se nomment des Urcieres ditz de Gaudety, gentilzhomines noblement vivans et joyssans de tous droictz, privilleges et immunitez de noblesse ». Leur blason fut reconnu : d'argent à trois boutons de sinople au bout de gueules. Enfin, sur information du prévôt de Paris, ils obtinrent, au mois de septembre 1555, des lettres-patentes leur permettant de reprendre le nom des Urcieres. qui était « leur vray surnom et du lieu dont ils sont issus d'ancienneté»-. Désormais ils le portèrent, en y joignant parfois celui de Gaudete. Ces détails étaient nécessaires pour justifier des formes différentes, qui reviendront à chaque instant dans les documents locaux, le gouverneur n'ayant pas laissé moins de cinq fils et des filles, qui firent souche. Par les de Mazis, les des Urcieres eurent la seigneurie deLa Vaulsière3, et ils possédèrent celle de Castelnau près Montpellier 4. Enfin une fille de cette maison épousa le successeur de Pierre de Gaudete5.

Ce nouveau gouverneur était Pierre de Bourdic, originaire de la ville de Beaucaire. Son père se nommait Henry. Leur sépulture de famille est marquée à la chapelle Saint-Jean dans l'église Notre-Dame des Pommiers6. Depuis le '28 novembre 1530, il était capitaine de la Tour de Villeneuve lez Avignon et maître des ponts de la sénéchaussée de Beaucaire, le tout en vertu de résignation faite par Jacques de Villeneuve7.

1 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Pierre Fulcrand, reg. de 1511-1553, f° 49.

2 Arch. du Pari, de Toulouse, Edits et ordonnances, reg. 9, fos 29 v° et 30 v°.

3 Arch. mun. de Montpellier, EE, passage de troupes de 1528 à 1542, ordonnance du 29 décembre 1528.

4 Arch. Nat., TT, 256 b is, IV, 13 février 1534 (a. st.).

5 Testament du 7 avril 1579 (Min. de Th. Degan, étude Grollier, reg. de 1578-1580, f« 234).

i; Ibid.

1 Provisions de ce jour (Arch. du Pari, de Toulouse, Edits e1 ordonnances, reg. 3, f° 226).

Soc. Arch. de Montpellier. 2

Même il se qualifiait seigneur dudit lieu de Villeneuve et valet de chambre du roi, quand il fut pourvu, le 21 décembre 1536, du gouvernement de Montpellier, vacant par le trépas de Pierre de Gaudete4. Il devait le garder trente-six ans, et il ne faut point le confondre, comme l'ont fait les nouveaux éditeurs de Y Histoire de Languedoc, avec le seigneur d'un autre Villeneuve, lieutenant de Joyeuse, et qui se nommait Jean-Georges d'Antiquamarete, mort en 1573 -.

Tout autrement que le gouverneur, les Consuls, au nombre de six, étaient les maîtres de la ville, le premier surtout auquel revenait toute initiative. Tirés annuellement et par une élection au second degré des diverses classes de la population, ils n'étaient guère que pour la forme assistés d'un Conseil de Ville, dit des Vingt-Quatre : ce qu'y proposait le premier consul était toujours accepté ; et le gouverneur, par ses représentants, qui présidaient l'assemblée, n'avait qu'à le confirmer de son autorité. Depuis 1551, comme je le dirai plus loin, les prérogatives des Consuls s'accrurent par la création et l'union au Consulat de la Viguerie : le premier Consul devint le chef de la police urbaine et de la justice tant criminelle que civile. Enfin, tandis que jusqu'alors, dans la paix ininterrompue dont avait joui la commune de Montpellier, l'entretien, la responsabilité des murs et portes concernait exclusivement un corps spécial et électif, les sept Ouvriers de la Commune-Clôture, ce corps sera peu à peu évincé pratiquement île sa fonction par les Consuls, en raison de l'importance que les événements donnaient à celle-ci. On conçoit donc que la conquête, le partage, la possession exclusive du Consulat aient été le constant objectif des partis dans le grand conflit religieux des XVP-XVIP siècles.

Aux deux pouvoirs administratifs correspondaient deux degrés de juridiction, et de tous les deux les rouages furent transformésà eetteépoque précisément. De là l'utilité de bien spécifier les noms et attributions de ces cinq tribunaux.

1 Provisions de ce jjour (Arch. du Pari, de Toulouse, Edits et ordonnances, reg. 4, f° 76).

2 Dont il sera question plus tard.

LES ORIGINES DU PROTESTANTISME il)

Parce que la ville de Montpellier avait été formée par la réunion de deux bourgs féodalement séparés, elle avait conservé leurs justices respectives : la baylie pour Montpellier ; pour Montpelliéret , la Rectorie, dite aussi Part-Antique, quand les rois de France eurent également acquis l'autre en 1349.

Le bayle1 était élu annuellement. Il tendit peu à peu à déléguer ses fonctions à un juge, aidé d'un lieutenant de juge. Deux greffiers : un pour le civil, un pour le criminel, un capitaine du guet, un sergent et un exécuteur de la haute justice complétaient le personnel de la Cour du Bayle. Elle connaissait en première instance de la justice et de la police dans la plus grande partie de la ville. Son siège était sur l'emplacement actuel de l'ancienne Préfecture,

Analogue était la Rectorie, mais le recteur, un juge et un greffier suffisaient à assurer la justice dans un ressort plus restreint quant à la partie urbaine, par conséquent moins dense d'habitants.

Pourtant, après deux siècles de totale réunion à la France, ce système constituait une anomalie qu'Henri II fit disparaître en 1551 par la suppression de la Baylie et de la Rectorie et la création de la Viguerie. Mais, comme précisément alors la Ville achetait du Roi la seigneurie de Montpellier, la Viguerie fut unie au Consulat 2. Le premier Consul ajouta a son titre celui de Viguier, et put en exercer les fonctions, h condition d'être gradué. Quand il ne l'était point, il lui fallait un juge, et l'usage s'établit de garder à poste fixe ce magistrat. C'était la Cour Ordinaire, qui comprenait encore un lieutenant de juge et un procureur du roi, et qui siégeait dans une maison contiguë au Consulat, où étaient ses prisons.

La Cour du Gouverneur , qui se tenait au Palais, était une juridiction intermédiaire, car elle connaissait des appels quant au Bayle et au Recteur, et elle ressortissait au Parle-

1 Expression qui répond au mot bailli en France.

2 Le chroniqueur Philippi a exposé fort bien la chose [Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 516).

ment de Toulouse. Elle se composait du juge-mage, personnage Tort important, de l'avocat et du procureur du roi, enfin du greffier. Elle dura jusqu'à la création du Présidial ou plutôt se fondit en 1552 avec lui. A ses débuts le Présidial comprit donc un juge-mage, un lieutenant-principal suppléant le juge-mage, un lieutenant-particulier suppléant le lieutenant-principal, le tout pour assurer le service simultané du civil et du criminel. Successivement un lieutenant-criminel ou 'juge-criminel et un président-présidial leur furent adjoints. En 1557 tel était le personnel du Présidial. Ses attributions sont connues et lui étaient communes avec les tribunaux similaires du royaume. Je ferai seulement remarquer son importance au point de vue du protestantisme : la connaissance des cas d'édits lui étant attribuée en dernier ressort, et la question de savoir si les assemblées et prêches allaient contre les édits étant sans cesse agitée, l'attitude du Présidial pouvait singulièrement soit favoriser, soit enrayer le nouveau culte.

Des trois autres juridictions existant à Montpellier et qui, très spéciales, semblent n'avoir en rien à intervenir dans le mouvement de la Réforme, il n'y aurait pas même lieu de parler ici sans l'ingérence de certaines en ces questions. La Cour des Aides était la plus ancienne. Or les termes delà déclaration royale de 1500, qui en règle les attributions, étaient par leur élasticité susceptibles de mener très loin, et cette Gourle prouva, ainsi que je l'ai indiqué ailleurs, en agissant contre l'évêque Guillaume Pellicier, injustement prévenu du crime de lèse-majesté1. En outre, elle se posait volontiers en ('■mule du Parlement de Toulouse pour les pays de langue d'oc et, de même que lui, s'immisça plus d'une fois dans la politique, soit en corps, soit individuellement par ses membres. Ceux-ci étaient qualifiés généraux sur le fait de la justice des aides en Languedoc, ou plus simplement généraux. Il ne faudra donc jamais attachera ce terme son sens moderne. L'équivalent en serait aujourd'hui conseiller.

1 L. Guiraud, Le Procès de Guillaume Pellicier, pp. 71 et suiv. et 95.

La Chambre des Comptes, créée en 1522, avec ses maîtres et ses auditeurs, et le Bureau des Finances, d'abord embryonnaire, avec ses trésoriers de France, n'eurent quelque importance qu'à l'égard des écoles, au point de vue du contrôle des gages des professeurs et, par voie de conséquence, de leur aptitude confessionnelle.

Page 1