‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 23 sur 110 · RÉGENTS · texte numérisé non relu

RÉGENTS

Antoine Sanravy *, de Saint-Urcize, au diocèse Saint-Flour '.

de

Pierre des Croix -, puis François Canins, du cèse de Beauvais 3, puis ledit Menuet.

lio-

Hugues Breton 4.

Ledit Camus 5.

Louis du Puy, d'Aubenas ';.

Jacques Villa* ".

A l'Eoole-Mage aucun contrôle ëpiscopal n'était exercé. Sans doute, en droit toujours, en fait très probablement, si toutefois il y eut à cette époque promotion aux grades, c'était l'évêque de Maguelone-Montpellier qui les conférait. Mais les régents arrivaient déjà maîtres ès-arts. Plus que dans aucune autre école, il y avait donc ici complète laïcité. En augurer que l'idée religieuse était exclue serait totalement méconnaître la mentalité de l'époque. Jamais la Réforme n'eût fait de tels progrès au moyen de l'école de grammaire, silemagister n'y avait, par l'enseignement de la « doctrine » et la prési-

1 Sur ce personnage voir : chap. III £ n.

2 Arch. mun. de Montpellier, CC, command. de 1551, f° 28 ; comptes de 1551, f° 36 v°. — Il fut immatriculé à l'Université de Médecine le 27 janvier 1550 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 304).

:; Arch. mun. de Montpellier, CC, comptes de 1552, foa 48 v°, 54 v° et 50. — Il fut immatriculé à l'Université de Médecine le 10 octobre 1552 Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 273).

'■ Arch. mun. de Montpellier, CC, comptes de 1552, f° 59; command. de 1553, fos6, 19 et 24.

5 Arch. mun. de Montpellier, CC, command.de 1553, f" :!S v ; command. de 1555, f°s 9, 22 v° et 37 ; comptes de 1555, fos 29 et 33.

0 Arch. mun. de Montpellier, CC, command. de 1555, f ° 48 v° ; command. de 1556, f0! 15 et 22.— Il fut immatriculé à l'Université de Médecine le 6 février 1556 (Arch. de la Fac de Méd., S, 19, f» 305 v°).

7 Arch. mun. de Montpellier, CC, command. de 1561, f° 51.

les origines ni* protestantisme 31

dence des exercices religieux en classe, participe au rôle du prêtre-catéchiste ', el Claude Baduel reconnaîtra s'en être servi au Collège de Nimes dans le sens de ses convictions-. L'Ecole-Mage ne recevait pas absolument toute la jeunesse. 11 y avait, en outre, les écoles monastiques, dont j'ai parlé tout à l'heure et qui déclineront devant elle. Celle de Saint-Benoît en est un exemple : sujette d'abord à des intermittences, elle emprunte ensuite l'enseignement d'un régent de l'Ecole- Mage, puis elle est obligée d'envoyer ses boursiers à cette Ecole, enfin elle est supprimée en 1515 3. Il y avait aussi pour les familles riches, qui fuyaient peut-être le contact des autres ou voulaient un homme de leur choix, des pédagogues : Pierre de Gaudete, futur gouverneur de Montpellier 4, et lt! père du célèbre Rondelet 5 en agirent ainsi ; enfin Baduel recommande un sujet pour cette fonction0. On peut croire néanmoins que ces pédagogues se recrutaient, à l'instar des régents, parmi les étudiants peu fortunés : le précepteur des Gaudete est en 1528 surpris par une indisposition dans un repas de corps à l'Université de Médecine 7, et c'est à un professeur de celle-ci que s'adresse Baduel pour recommander son protégé.

1 Sur le rôle qu'avaient ainsi joué Marc Romain à Orbe, où il recruta Vire), Claude Farel à Aigle, Antoine Froment à Genève, voir : K. Doumergue, Jean Calvin, t. Il, p|>. 183, 150, 115.

2 Voir chap. III § i.

3 L. Guiraud, Les Fondations du pape Urbain V, etc., t. II, pp. 109 et suivantes.

4 Voir note 7.

■' Laurent. Joubert., Gulielmi Rondeletii vita (Opp., t. Il, p. 150).

,; Bibl. du Musée Calvet à Avignon, ms. 1290, f° 72, lettre à Bocaud.

7 A. Germain, La Renaissance, etc., p. 153. — Mais cet auteur a, par erreur, daté de 1527 ce banquet (Voir : Arcb. de la Fac. de Méd., S, 2, fos 45 v° et suivants).

[V. — La Population

Impossibilité d'une statistique. — Noblesse. — Bourgeoisie. — Commerce. — Artisans. — Zèle pour la religion affaibli. — Changement des goûts : les réjouissances. — Cessation des fondations pieuses. — Mésestime et désaffection envers le clergé.

Après ce qui a été dit des catégories sociales les plus marquantes, il reste peu qui puisse être ajouté sur l'ensemble de la population. Une donnée intéressante eût été sa statistique à l'époque. Même approximativement elle ne saurait être établie '. Quant à la composition de la population, à parties éléments déjà indiqués, elle suggère quelques remarques.

La noblesse de chevalerie, rare dans la région, n'est pas même représentée dans la ville. La première de toutes les familles comme notoriété et rang, celle qu'on appelle « la grande race»2, les de la Croix3, appartient à cette noblesse toute récente conférée par l'acquisition de seigneuries au moyen de la richesse gagnée dans le commerce. Passablement nombreux sont ces gentilshommes-là, dont les pères se livraient «au faict de merchandise » * et auxquels les magistrats souvent font concurrence5. Il y a aussi la noblesse de

1 11 n'existe pas ou il ne subsiste plus, en effet, de registres paroissiaux de l'époque. Les guidons ou rôles de contribution personnelle, qui commencent déjà tard et sont incomplets, ne répondent qu'à une catégorie d'individus ; les compoix ou rôles d'impositions foncières à une autre, plus restreinte encore.

"2 Arch. de l'Hérault, H, fonds des Capucins de Montpellier, cahier de sépultures : Marie de Bandinel,

s Voir p. 16.

'' Dans cette catégorie, sonl à citer : les de Bucelli, seigneurs de la Mosson ; les Teinturier, seigneurs de Montraaur et Boutonel ; les Manni, seigneurs de la Tour lez Juvignac ; les de Bouques, seigneurs du Poux et de Viols.

5 Par exemple : les de Lauzelergues, seigneurs de Candi llargu.es ; les Tremolet, seigneurs de Montpezat; Ortolan, seigneur de Pouzols ; "les de

Libel, seigneurs de Carescauses.

LES ORIGINES Dl" PROTESTANTISME 33

robe qui, pour s'en parer, n'attend point toujours trois générations '.

La bourgeoisie n'était qu'une étape intermédiaire, où parfois ne stationnait pas toute sa vie un même individu.

Le commerce au XVIe siècle a décliné sensiblement. Marseille ayant accaparé les grands débouchés : Levant, Egypte, Italie, il ne lui reste guère pour champ d'action que la région. Aussi le trafic s'émiette entre des marchands nombreux, mais de médiocre envergure. On ne trouve plus en leurs mains ces fortunes même immobilières vraiment frappantes au siècle précédent. A Montpellier on vit de la richesse acquise, ce qui est décroître.

De même, la classe des artisans s'est réduite. Diminution des ouvriers d'art, — et ceci est une indication particulièrement à relever, car, on le sait, ils travaillent surtout pour l'Eglise, — réduction des métiers jadis si variés, décadence des corporations, des confréries : telle est la caractéristique au XVIe siècle.

De cette population, prise dans son ensemble, quelle est la mentalité au point de vue de la religion, du culte, du clergé? Je ne crois pas téméraire de dénoncer un fléchissement. Sans doute, pratiques et observances essentielles persistent : il y a des messes célébrées grand matin dans la semaine pour que les gens de métier, de travail puissent y assister, donc ils y vont-; on ne se risquerait point à se dispenser du carême 3. Mais la dévotion naïve, la robuste confiance d'antan4 persistent-elles dans tous les cœurs 5?

1 Do Lasset, de Saint-Ravy, de la Coste, de Clerc, de Ranchin, etc.

3 Félix et Thomas Flatter à Montpellier, pp. 38 et 83, note.

4 En temps de sécheresse, on allait baigner dans la rivière du Lez la statue vénérée de Notre-Dame îles Tables [Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 458).

■"■ Par exemple, les Cannes faisaienl vénérer un crucifix suant le sanetous les vendredis et une relique de la vraie croix, apportée nuitamment parles airs, assuraient-ils. Or, après [dus d'un demi-siècle, ils durent, pour lever les doutes surgis, faire procéder ;i une empiète par témoins,

Soc. Arch. de Montpellier. 3

3'f LA RÉFORME A MONTPELLIER

Ce qui, au XIV", au XV siècle, au début du XVIe, remplissait la chronique municipale du Petit Thalamus, c'étaient les cérémonies religieuses. Fréquentes et interminables processions de pénitence, de supplication, d'actions de grâce, en ces temps de guerre, de peste, de fléaux de toute sorte ; beaux sermons en plein vent sur quelque place ou bien dans une église ou l'autre, selon le saint fêté; vénération de reliques, publications d'indulgences : tout cela formait, d'après les calendriers combinés des Consuls1, des écoles2, des monastères, comme une chaîne ininterrompue de prière et de manifestations extérieures. Désormais le spectacle change. Avec la

dont le résultat, d'ailleurs, est loin d'être probant pour leur thèse (Arch. inun. de Montpellier, gr. chart., ami. F, cas*, vu, n° 3078).

1 Pour ces derniers seulement, ,)<• cite :

25 mars : inauguration des fonctions consulaires à N.-D. des Tables.

Fête des Rameaux à la paroisse Saint-Firmin.

Fêle de Pâques: vêpres aux FF. Mineurs, procession de Saint-Firmin à Saint-Barthélémy pour porter les reliques de saint Cléophas.

Lundi de Pâques : le matin, procession à Saint-Barthélémy pour honorer les reliques de saint Cléophas ; vêpres aux FF. Prêcheurs et procession il.' Saint-Barthélémy à Saint-Firmin pour ramener les reliques de saint Cléophas.

Fête de saint Pierre de Vérone, martyr, le 29 avril : cérémonies aux FF. Prêcheurs.

Dimanche de Quasimodo : procession de la Vraie Croix à Saint-Benoît.

1er mai ou, depuis 1539, 20 janvier (fête de saint Sébastien) : procession de la Sainte-Epine à la chapelle du Palais.

3 mai : fête dé la Sainte-Croix aux Carmes.

19 mai : fête de saint Yves aux Augustins.

Rogations : processions à Saint-Denis, à Saint-Côme, à Saint-Barthélémy.

Ascension : fête de la Charité des métiers.

Pentecôte : véjolade ou veille au Saint-Esprit, journée aux Augustins, véjolade aux Trinitaires, à cause du doigt de saint Barnabe qu'on y conserve.

Lundi de Pentecôte : procession de saint Arnaud (à Saint. '-Anne.

(Arch. mun. de Montpellier, BB, cérémoniaux consulaires, l"1' reg., du XVe siècle, coté par e-rreur n° 7).

2 Pour l'Université de Droit, il sera aisé de consulter son calendriercérémonial, qui est publié (Cartulaire de l'Université de Montpellier, 1. [er, pp. 087 et suivantes).

Renaissance, ce sont les entrées de princes, fêtées par <lrs inscriptions savantes et recherchées, d'ingénieuses allégories, voire de gracieuses figurantes1. Ce sont aussi les représentations scéniques dos étudiants, à la mode de France: farces, soties, moralités, quelque chose de la « revue » moderne par leurs allusions locales ou personnelles2. Ce sont les joyeuses associations des béjaunes, l'abbé, le roi des étudiants. Ce sont les réjouissances des gentilshommes et celles des étudiants, au nouvel an. au carnaval, même, qui le croirait? au jour des Morts : ballets, mascarades, distributions de fruits ou sucreries3. De rude, tourmentée, mais grave et pieuse, la vie, pendant cette longue période de paix dans le pays, est devenue aisée, joyeuse, élégante, légère. Les jeunes gens organisent aubades ou sérénades pour les dames, et celles-ci, éprises de parure autant que leurs aïeules4, ont utilisé une industrie domestique5 pour y pourvoir.

L'argent donc afflue moins aux églises, aux hôpitaux. Par rapport à ce qu'elles avaient été au XIVe, au XVe siècle, les fondations de chapellenies diminuent considérablement, si même on peut en citer0. La « charité des métiers » ou distri-

1 Entrées de Philippe le Beau, archiduc d'Autriche en 1502 (Le Petit Thalamus de Montpellier, pp. 481 et suivantes) ; de François Ier en 1533 (Ibid., p. 509).

2 Voir L. Guiraud, Les Fondations du pape Urbain V à Montpellier, t. Ier, pp. 30 et suiv. ; A. Germain, La Renaissance, etc. ; Ch. Revillout, Les Promoteurs, etc. — A l'entrée de Philippe le Beau, les étudiants jouèrent ainsi (Voir note précédente).

3 Félix et Thomas Platter à Montpellier, pp. 24, 32, 37, 75 et 215.

4 Voir : Etablissements somptuaires dans Le Petit Thalamus de Montpellier, pp. 145 et suivantes, 101 et suivantes, 173 et suivantes.

5 Celle du verdet ou acétate de cuivre, fabriqué par les femmes dans les caves des maisons (Félix et Thomas Platter à Montpellier, p. 198). — Mais l'usage est antérieur à l'époque du séjour de Thomas Platter, comme en témoigne le texte suivant du 25 octobre 1564 : « celier bas, la ou la femme dud. Focard faict son verdet » (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 244, f° 230).

6 La collégiale du Petit-Saint-Jean est due à un régulier (Voir p. 11).

bution en nature du jour de l'Ascension, autrefois très abondante ', est tombée a peu près en désuétude-.

Tout ceci provient en majeure part du peu d'estime pour le" clergé. C'est chez les laïques qu'on désire et qu'on demande, qu'on seconde ou qu'on impose sa réforme. La haute et juste conception de l'idéal de perfection proposé à ses ministres par l'Eglise catholique conduit les fidèles à l'indignation ou au mépris s'ils ne les voient pas y répondre. A Montpellier nombre de gens ont de longtemps pensé ainsi. Par sa soif de pauvreté et de renoncement, la secte des Béguins y a, dans le premier quart du XIVe siècle, séduit des laïcs, hommes et femmes, même le prêtre Pierre de Tournemire, jusqu'à les conduire .en Sicile :î. Dès 1417, Catherine Sauve, venue des confins de la Lorraine et qui, depuis dix mois, est installée recluse au chemin de Lattes, répand avec un tel sucées ses opinions sur l'indignité d'une portion du clergé et son inhabilité h dispenser les sacrements que l'Inquisiteur la condamne au bûcher; mais, huit jours après l'exécution, il est contraint, tandis que l'Evêque se dérobe, de plaider en public le bien-fondé de la sentence, car certains murmuraient à l'injustice *.

Aujourd'hui, ce sont les pouvoirs civils, c'est l'action des ((gens de bien», c'est l'opinion qui pressent ou qui suppléent l'autorité ecclésiastique. «Pouvez penser le bon exemple que c'est a nous autres laiz», écrivent les Consuls au maîtregénéral des FF. Prêcheurs, en lui dénonçant la conduite de ses religieux de Montpellier5. «Pour ce que nous vismes la chouse si vulgaire par expérience, plainctes et renommée, néanmoins icelles religieuses obstinées en leurs vices et

1 Voir chapitre VII § 2.

2 Chroniques et Documents, p. 38.

3 A. Germain, Une consultation inquisitoriale an XIVe siècle ei Inventaire inédit concernant, les archives de l'Inquisition de Carcassonne

[Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 1"' série, 1. IV).

* Le Petit Thalamus de Montpellier, pp. 404-4(3(3. -— A. Germain, Catherine Sauve.

5 Lettre du 12 novembre 1512 (Voir p. 12, note 2 .

incorrigibles, quelques remonstrances que leur aient esté par cy devant faictes par plusieurs gens de bien », invoque pour une action contre les Prouillanes un lieutenant du gouverneur de Languedoc '. Et c'est le peuple qui appuie la répression ordonnée : tandis que les Cordeliers réfractaires à la réforme de leur établissement en défendent l'entrée au gouverneur lui-même, voilà « une formy de gens » qui réussit à traverser l'enclos, et qui donne à la porte du couvent une poussée furieuse -. 11 convient de rappeler la déclaration d'un rural touchant son curé 3. Sur les magistrats requis pour punir ou expulser des religieux rebelles, des prêtres incontinents4, sur les témoins de scènes de résistance violente à tout essai de réforme, quel effet! Précisément parmi eux on relève des noms de protestants de demain.

Ainsi, dans toutes les classes de la société, le terrain est comme préparé à l'introduction des idées nouvelles, justement surtout parce qu'elles se réclament du retour aux conceptions primitives obscurcies, qu'elles font entrevoir, espérer des mœurs régénérées. Le mot d'ordre auquel tous voudront se rallier, c'est a la parole de Dieu» et «le saint évangile ». Leurs « anunciateurs » 5 peuvent arriver.

1 Commission de Jean de La Roche-Aymon (Voir p. 13, note 1). - Voir p. 13, note 2.

:i Voir p. 12, note 1.

4 L. Guiraud, Le Procès, etc., p. 66.

5 Chroniques el Documents, p. 28.

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