Ibid., f
La remarque! est aussi exacte pour l'Université de Droit, où l'on voit passer les représentants des de Rocheinore de Lunel1, des d'Airebaudouze d'Anduze2, des Mazauric de Saint-André de Valborgne3, des lîudavel d'Uzès4, des Bonn al de Ganges5. On conçoit dès lors l'invasion des Gévennes, d'autant mieux que les pestes de 1533 et de 1543 6, la fuite devant les Impériaux en 1536 7 ont concouru au résultat.
Malgré ces exemples. l'Université de Droit était moins entamée par les nouvelles doctrines que celle de Médecine ainsi qu'en témoignent les noms des régents et du recteur, c'est-à-dire du corps enseignant et du chef du corps enseigné. Car les deux tendances confessionnelles semblent s'y être départagé l'avantage avec des alternatives presque constantes. Sur les treize recteurs de cette période 8, de ceux qui furent chanoines, quatre sont ensuite passés à la Réforme, cinq sont demeurés fidèles à leur vocation ; quant aux autres, je ne saurais me prononcer. Pour les professeurs, siRanchin et Philippi furent des recrues du protestantisme, le très catholique Pierre de La Goste et Antoine Uzillis pouvaient rétablir l'équilibre. Et l'on sait par le formel témoignage d'Etienne Ranchin que les querelles religieuses sévissaient à cette Université1', d'où la ruine des auditoires, consommée avec celle des églises dans les faubourgs en 1562.
Des régents qui, à l'Ecole-Mage, avaient succédé à Baduel, quelques noms plus caractérisques sont à signaler ici.
' Arch. de l'Hérault, G, IV, 70, 14 janvier 1536 (a. st.).
2 Ibid., 21 novembre 1536.
'■' Ibid., 19 octobre 1536 et 13 avril 1538.
'• Ibid., 31 janvier 1539 (a. st.).
5 Ibid., 26 mars 1541.
6 Pour celle de 1533, voir p. 73 et note 3. Pour celle de 1543, on voit le 10 juillet un Jean de Gaillac, d'Aniane, passer à Grabels son baccalauréat, « vigente peste apud Montempessulanum » (Arch. de l'Hérault, G, IV, 70, Cf. Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 512).
I Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 510. s Voir pp. 25 et 26.
II Préface des Miscellanea decisionum juris d'Etienne Ranchin, ouvrage qu'il publia en 1580 (A. Germain, L'Ecole de Droit de Montpellier, p. 40).
Nicolas de La Marlière (1547-1548) était originaire du diocèse de Noyon ', et ce compatriote de Calvin se trouve l'homonyme d'un certain Antoine, en faveur duquel le réformateur avait jadis résigné sa chapellenie de N.-D. de la Gésine. Il ne fut pas accepté unanimement-.
Christophe Simon (1548-1549) était né à Paris. Ne serait il ce « quidam Symon», non identifié, que, le 20 novembre 1525, Capiton nommait à Zwingli parmi les Français réfugiés à Strashourg avec Lefèvre d'Etaples3? A peine entré en exercice 4, il se fit immatriculer en médecine sous Rondelet5. Aussi, lorsque Baduel, ayant appris qu'il cherchait une situation en vue de l'année suivante, voulut le retenir pour Nimes, c'est le célèbre médecin qu'il indiqua à Christophe pour leur intermédiaire0, après s'être enquis du pédagogue à Montpellier". Mais le témoignage qu'il rend ensuite lui-même de Christophe Simon, ne peut laisser aucun doute sur les opinions religieuses de ce dernier8.
I Immatriculé comme tel à l'Université de Médecine le 4 octobre 1547 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 230 v°). — Mandement pour ses gages de régent des écoles, le 15 février 1547 a. st. (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1547, f° 21 v°).
'- Certains des consuls de 1546 avaient arrêté Quintin Ligeotte [Ibid., f° 28 v°), lequel était étudiant en droit (Arch. de l'Hérault, G, IV, 70, 15 novembre 1546 et 25 janvier 1547).
3 Herminjard, Correspondance etc., t. Ie'', p. 411, note 8.
* Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1540, fos 17 et 21.
■'• Le 15 novembre 1548 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 10, f° 241 v°).
II « Intellexeram autem ex Carolo (sans doute Charles Rozel, beau-frère de Baduel) te conditionem professionemque anni insequentis appeterc. Quod s* itaest, poteris cum I). Rondelèto, viro optimo nostrique amantissimo, de tua voluntate aliquid comniunicare ad nosque scribere. Ego ad Rondeletum hac de re literas mittam, ex quibus tu facile intelliges quemadmodum ad ha ne conditionem venire possis » (liibl. du Musée Calvcl à Avignon, ins. 1200, f° 104 v°).
7 Baduel avait écrit à un certain Reynaud : « Chiïstophorum Monspess. non novi. Exquiram tamen ab illis qui eum cognoverunt » (Ibid., f° 31).
* « Christophorum, Parisiensem, qui superiore anno scholam Monspessuli liabuit, hominem non solum probum ac modestum, qui iam diu in hac çivitate nostra, in qua odia dissidiaque viguerunt, ita est semper versatus,
LES ORIGINES DU PROTESTANTISME i i
Le nom de Claude Mermet, autre gradué ', qui enseigna les années 1549. 1550. 1551, 1552-, rappelle celui d'une famille fixée à Genève dès le XVe siècle :!.
Antoine Sanravy, de Saint-Urcize au diocèse de Saint- Plou-pf, se rattachait comme famille à Nicolas, professeur de droit, et à Guillaume, médecin formé à l'Ecole de Montpellier et réfugié à Genève, ainsi qu'à une branche de magistrats fixée à Montpellier, tous suspects ou convaincus de calvinisme5. Maître ès-arts de Paris, il semble avoir été un sujet remarquable6, en même temps qu'un adepte non douteux. En effet, quand Baduel, ministre et professeur, mourut à Genève, Calvin, lui cherchant un successeur, acceptera Sanravy des mains de Mercier et de Théodore de Bèze. Mais le pédagogue portait déjà le germe de la maladie qui le terrassa dès son arrivée, et à laquelle il succomba quelques mois après ".
Si le nom des autres régents ne m'a pas autrement frappé, peut-être par défaut d'information8, combien n'est-il point de pédagogues dans ce dernier cas qu'il faut, par certains documents, compter parmi les novateurs : tels le « me Jean », régent d'école au lieu de Poussan, ou cet autre « m" Jean »
ut nullis unquam partibus implicatus fuerit » (Bibl. du Musée Calvet à Avignon, nis. 1290, f° 105).
1 Jl est qualifié bachelier (Voir noie suivante).
- Areh. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1549, f° 44; de 1550, f« 14 v° ; de 1551, f° 46; de 1552, f°s 49, 51 v°, 53. 54 v°, 55 v° et 50.
3 E. Doumergue, Jean Calvin, 1. III, p. 225.
* Immatriculé le 27 juillet 1549 (Areh. de la Fae. de Méd., S, 19, f" 243). — Areh. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1550, f° 24 v° ; command. de 1551, fos 3 v°, 18 et 25 v° ; comptes de 1551, fos 33, 35 v° et 36.
r' Voir chap. IV Ji u.
,; Ayant, le 23 juillet 1550, donné congé à Nicolas Caron, les Consuls confièrent à Sanravy l'Ecole-Mage, le 13 octobre, pour y enseigner la grammaire et les arts, aux gages de 100 florins (Areh. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Pierre Martin, reg. de 1550, n° 37, fos 100 et 136 v°).
7 Corpus Reformatorum, t. XIX, pp. 90, 177, 224, 269 ; t. XX, p. 170.
8 Je répète ce qui a été dit (p. 28, note 4) au sujet de l'utilité, à ce point de vue, de la liste dressée.
78 la ni':Fon\ir: a Montpellier
qui le fut à Villeneuve, puis s'établit à Mirerai ' ; or, dans tous ces villages, avec eux seront poursuivis pour cas d'hérésie nombre d'habitants. Et l'on saisit par là l'un des modes de propagande les plus répandus et les plus efficaces.
A côté du magister, le seigneur du lieu. A la ville il a puisé les idées qu'il répand dans son fief, les servant de son prestige, de son autorité souvent, car on rencontre dans les listes de poursuivis des baillis ou bayles, ainsi qu'on s'exprimait alors dans le Midi : celui dePoussan, celui deMireval-. Deux exemples particulariseront cette constatation générale.
Poussan, riche bourg de la plaine, avait pour seigneur Dominique de iSarbonne, d'une maison alliée à celle de Faugères 3: Lui-même avait épousé Françoise Barrière4, dont la famille avait naguère fourni un évêque à Maguelone. Or on voit, le 26 février 1554, ce Dominique de Narbonne. son magister, son bayle et trois habitants, parmi lesquels un transfuge de l'ordre des Carmes, assignés à comparaître pour hérésie5. Arrive le carême. Un religieux de la Merci, fr. Roger du Tilh6, est appelé à le prêcher. Le lundi de Pâques, dans le cloître de l'église, il se voit interpellé véhémentement par le bayle André Suard, qui profère à son adresse des paroles indiscrètes et malsonnantes. Un « tumulte » est déchainé". Et voilà qui élargit le cercle des inculpés : vingt Poussanais de plus sont ajournés8. Justement à ce moment-là le prieur, ce moine de La Chaise-Dieu dont j'ai parlé ailleurs, prend
1 Décret de comparution du 2G février 1554 n. st. (Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 48).
- Ibidem.
3 Marguerite de Faugères était sa grand'mère maternelle (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 242, entre fos 37 et 38, cahier spécial contenant une transaction de mai 1562).
4 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Dominique du Puy, reg. 74, f° 79, 13 janvier 1560 (a. st.).
5 Voir note 1.
,; Sur ce religieux voir plus loin.
7 Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 50. * Décret du 16 juillet 1554 (Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 49\
LES ORIGINES DU PROTESTANTISME i9
possession par procureur, délaisse son église, puis la troque ilcux ans après'. Au contraire, Dominique de Narbonne, sans héritier direct, s'en choisit un. simple allié de sa femme, mais qui a ou épouse ses convictions et continuera son rôle. puisqu'il s'apprête lui-même à en jouer un fort important à Montpellier. Il s'agit, en effet, de Guillaume de Chaume2, sous le consulat duquel l'Eglise calviniste se constituera dans la ville.
Bernard de Mandagout possédait la place de Fons et, à ce titre, avait des premiers fait venir un ministre au lieu de Saint-Geniès. Il entretenait avec ce pasteur. — qui n'étàitautre que Lévesque ou Episcopus, l'ancien régent de l'Ecole-Mage y ayant cédé la place à Baduel, — les plus cordiales relations. A son regret fort grand, un partage de famille donna Fons au neveu de Mandagout; lui. il eut Gallargues pour son lot. Là il travailla si bien que, les trois quarts de la population étant devenus calvinistes, il dut réclamer à Genève un ministre :f.
Fons et Gallargues n'étaient pas du diocèse de Montpellier, mais de celui de Nimes : on pardonnera cette incursion, car Saint-Geniès des Mourgues nous appartenait, et aussi parce que cette région cévenole avait été gagnée à la Réforme certainement par Montpellier. Non seulement y retournaient ses étudiants, comme je l'ai montré, mais nombre de magistrats de la Cour des Aides y possédaient seigneuries ou biens, et ceux-là professaient le calvinisme. La plainte du syndic des Consuls et habitants de Nimes sur les agissements du général Ricard, un inculpé de Poussan, nous renseigne par le détail sur ce fait que «la plus part des presidans et conseillers de lad. Court [des Aydes] ont des biens scituez et assiz au diocèse de Nismes » : François d'Airebaudouze, troisième président, seigneur d'Anduze ; Antoine de Trémolet, baron de Montpezat lez Sommières; François de Montfaucon, qua-
- D'Aubais, Pièces fugitives, t. II, pp. 88 et 35. — Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 241, f° 200 v°.
3 Lettre de B. de Mandagout à d'Anduze du 29 août 1501 (Corpus Reformatorum, t. XXI, p. 758).
trième président, seigneur do Vissée; de Grille et de Clerc, gendres respectivement du çapitaine-viguier de Sommières, et d'une propriétaire à Fourques L Aussi, quand Nimes et Montpellier n'ont pas encore de ministres, toute la région montagneuse est déjà parcourue en 1557 par « aucuns prescheurs, seminateurs d'erreurs et faulse doctrine contre nostre religion » -, la catholique. Et ainsi des plaines du littoral, avec Villeneuve etMireval, Gigean et Poussan, Montbazin, Montagnac, Pézenas et Saint-Pargoire, jusqu'à l'extrême montagne, tout est envahi, par un moyen ou par l'autre.
Car, au nombre des facteurs capables de contribuer aux progrès de la Réforme, il convient de mettre encore le commerce. Par la coutume observée entre marchands d'échanger leurs lils, afin de les familiariser avec la langue, les besoins et les ressources d'un pays, par la fréquentation des foires régionales, nationales, cosmopolites, des relations se nouaient, où l'on communiquait idées, opinions, nouvelles. Volontiers, par exemple, la population cévenole descendait se pourvoir à Pézenas et à Montagnac, tandis que les marchands montpelliérains allaient à Beaucaire, à Lyon, en Champagne, s'approvisionner. Lyon surtout, propice à la réunion des commerçants du nord et du midi, de France, de Savoie et de Suisse, avait leurs préférences 3. Or, non seulement comme un des premiers foyers luthériens et un centre d'imprimerie, il exerça son influence propre ; mais, placé sur la route de Genève, il servait d'intermédiaire naturel : plus d'une fois on constate dans des minutes de notaires des actes se référant à certaines commandes et transmissions de marchandises, d'argent, de livres, ainsi réalisées entre les deux villes dans une rencontre à Lyon. On peut donc penser que plus d'un paquet de volumes suspects est certainement passé clandestinement au milieu de balles de produits. Et tout ceci
1 Arch. de l'Hérault, B, Cour des Aides, reg. de renvois, évocations, etc. de 1554-1558.
- Lettres-patentes du 3 juillet 1557 (Arch. du Parlement de Toulouse, Edits, reg. 1095, f° 148).
3 Félix rt Thomas Platter à Montpellier, p. 81.
LES OttlGlNES DU PROTESTANTISME Si
explique la proportion si forte de marchands qu'on remarquera dans les conseils religieux ou civils au temps de la prépondérance calviniste, et parmi lesquels je signalerai la famille Maigret, certainement apparentée à Laurent Maigret le Magnifique.
Les livres ! quel moyen de diffusion ! Au moins à demeure et publique. Montpellier n'eut point d'imprimerie jusqu'à la fin du XVIe siècle. Mais dès son milieu on voit s'y multiplier des libraires, qui n'étaient [dus alors de simples fournisseurs de papier. Le plus important, c'est ce Jean Le Coing dont Scuron épousa la fille Marguerite, et qui était, quelques années après, en rapports à Lyon avec Richard Neudin, un confrère genevois '. Thibaud Payen est originaire de Lyon -. Que je nomme encore Etienne de Blea:î, et surtout les frères Bernard, établis à Nimes, à Montpellier et à Uzès*. Rondelet, qui se livrait ardemment à l'étude de la théologie, brûla, au moment de l'arrestation de l'évêque Pellicier les volumes qu'il possédait sur la matière5. Peu de mois après, un autodafé de bibles et livres genevois eut lieu à Montpellier1'', et Guillaume Dalençon, c< libraire de Genève », ce qui représente un colporteur, payera de sa vie une telle propagande7.
Avec la Bible, ce sont les pamphlets qui sont ainsi répandus. Où n'a pu encore librement s'exprimer le prédicateur, le livre pénètre, circule; surtout comme il porte, sous sa forme violente ou ironique ! Diatribes grossières contre les mœurs relâchées du clergé, dont la démonstration souvent facile suggère des applications personnelles ; à ce genre les magistrats notamment applaudissaient, témoigne un réfor-
1 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 243, f° 437.
2 Ibid., f° 229.
* Ibidem.
4 A. Puech, Les Ximois à la Renaissance, p. cix. — Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Torrenc. reg. 36, f° 26 v°.
5 Laurent. Joubert., Gulielmi Rondeletii vita, p. 154. fi Félix et Thomas Platter à Montpellier, p. 27.
7 Voir chap. IV £ n.
Soc^ Arch. de Montpellier. q
mateur1. Habiles attaques contre l'avidité des gens d'église, par lesquelles, avec plus de chances de succès en une ville riehe de sanctuaires, de reliques, de quotidiennes dévotions, on l'ait entrevoir à un peuple que les temps ont appauvri la perspective d'un culte simplifié quant aux sacrements, allégé des t'êtes chômées, voire des dîmes et redevances.
Mais quel devait être l'effet de ces représentations, quand tombaient de la chaire même des enseignements contraires à la doctrine catholique ! Montpellier reçut et entendit de tels prédicateurs, le fait est certain. Cependant, comme pour ses régents d'écoles ou ses étudiants, il faudrait, afin de saisir toute l'action de ces propagateurs, une connaissance très approfondie des cadres protestants. Voici, du moins, une liste et certains détails susceptibles d'y aider. Cette nomenclature est celle des prédicateurs payés par la Ville à Notre- Dame des Tables ou par le Chapitre à la Cathédrale.
ANNEES
PREDICATEURS
Thibaud Joly, observantin. ...
Bernard Cahot ,
Nicolas Marin, observantin. . . .
Benoit Chappuis, augustin
Michel Augier, augustin
Jean Banderet, augustin
Pierre Caroli 8
Arnaud de Badeto, dominicain.
Mathias Flament, augustin. ..