‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 31 sur 110 · II. — Les autres propagateurs · texte numérisé non relu

II. — Les autres propagateurs

L'Université de Médecine, agent de diffusion : Imbert Pécotet, Christophe Fourre (Libertet), Rabelais, Blandrata, Béat Comte.

— V Université de Droit remplit un rôle analogue dans la région, mais les partis s'y équilibrent. — Parmi les régents de l Ecole- Mage : Nicolas de La Murlière, Christophe Simon, Antoine Sanravg. — Magisters de villages. — Seigneurs : éi Poussan, à Fous et Gallargues. aux Cévennes. — Marchands. — Libraires.

— Colporteurs de bibles et de pamphlets. — Prédicateurs ; liste : Michel Augier, Pierre Caroli, Arnaud de Dadet.

Tel qu'il a élé décrit de 1526 à 1535, puis de 1540 à 1554, le milieu scolaire médical fut un agent important de diffusion à l'extérieur quant aux idées de la Réforme. Quelques exemples permettront d'en juger.

Imbert Pécolet, du diocèse de Lyon, immatriculé sous le patronat de Scuron le 15 août 1527 {, s'était rencontré à l'Université avec les inculpés d'hérésie Carvel, Florimond et du Temple. A Nimes, où le 12 juillet 1534 il se présenta pour régir les écoles de la Mlle, il se comporta l'année suivante de telle sorte, que, désiré de nouveau par les Consuls de 1537, il se vit refusé par le précenteur du Chapitre sur ce motif : « A longtemps que a esté intitulé in materia heresis » -. Alors il alla professer l'hébreu à l'Académie de Lausanne '-i.

Le célèbre Libertet, de son véritable; nom probablement Christophe Fourre alias Fabri, a pu fort bien puiser à Montpellier ses convictions protestantes. Il est admis que c'est à Lyon qu'il apprit à connaître Farel et résolut d'aller rejoindre le premier groupe français en Suisse, car on mettait dès 1531 l'interruption de ses études médicales à Montpellier, causée par la peste*. Or, sa réception retrouvée change ou

1 Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 90 v°.

2 Ménard, Histoire de Nismes, t. IV, pp. 131, 133, 138; Pr., p. 134.

3 J. Barnaud, Pierre Viret, p. 177.

4 Herminjard, Correspondance des réformateurs, etc., t. II, p. 395, note 1. Cf. Corpus Reformatorum, t. XXI, p. 19(5.

LES OttiGINES DU PROTESTANTISME /•>

rétablit de telles données. Elle montre ce Dauphinois ' inscrit seulement le 27 août 1533-, à l'époque où déjà, au contraire, on commençait de rentrer dans la ville après l'épidémie3, mais où Fourre pouvait y rencontrer Paul Le Comte*. Dès lors n'y aurait-il point lieu de croire à des influences jusqu'ici insoupçonnées, Libertet gardant, après vingt-huit ans, le souvenir fidèle de ses amitiés d'étudiant montpelliérain5 i

Rabelais ne saurait être revendiqué complètement par la Réforme. Néanmoins cet esprit si libre se rencontre avec ses adeptes au moins sur le point des attaques contre le clergé, surtout le régulier. Comment oublier qu'immatriculé le 17 septembre 1530 et séjournant à Montpellier jusque vers le printemps de 1532°, il y taisait avec Carvel des anatomies ". et encore que, s'il y joua la farce inoffensive de la Femme mute, le souvenir de celle du Chapeau ihi prince divin y était encore frais8? Jean-George de Blandrata aussi prit son baccalauréat en même temps que Rabelais11.

Béat Comte, né à Donzères en Dauphiné, était diocésain de ce Michel d'Arande, évèque de Saint-Paul-Trois-Chàteaux, dont il sera bientôt parlé. On ne savait rien de ses antécédents jusqu'en août 1537, où Farel l'adressa à Viret, resté seul à Lausanne après le départ de Caroli, que Comte rem-

1 Ambianensis est mis sans Joute pour Vienuensis, par ignorance (Voir note suivante).

- « Anno predicto J1533J die 27 augusli receptus fuit in grernium nostrurii ac matricule inscriptus mgr. XPoforus Fourre, dioc. Ambianensis; suivit jura 40 s. t. » (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, i'° 133).

:i Dos lo 7 mai congrégations et immatriculations avaient été interrompues ^Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 132 v°. Cf. A. Germain, La licjiaissaace, etc., p. 79, note 1). — «Anno Domini millésime quingentesimo tricesimo tertio die lune undecima augusti major pars incolarum Montispessulani reversa est in urbem » (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 133)"

s Lettre à Viret du 12 septembre 1501 (Corpus Reformatorum, l.XVIll, p. 711).

G Ch. Revillout, Les Promoteurs, etc., p. 288.

' Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 94 v".

8 Voir p. 40, note 1 .

'•' Arch. de la Fac de Méd., S, 2, f° 9,').

il LA REFORME A MONTPELLIER

plaça en janvier 1538 '. Or, c'est à Montpellier que cet autre Dauphinois lit ses études médicales : son immatriculation, qui est du 28 octobre 1536-, semble bien démontrer qu'il aura été dirigé de cette ville en Suisse. En outre, comme son séjour a Montpellier coïncide avec celui de Paul Le Comte:i ; «pie, d'autre part, on sait qu'à Lausanne il s'occupa du ministère etde l'Ecole, mais avec plus de zèle encore de médecine, au point de déserter le pastorat pour cette carrière; qu'enfin il appuya désormais ce parti antigenevois et anticalvinien où s'était rangé Jean Le Comte \ il y a lieu, en rapprochant tous ces indices, de se demander, une fois de plus \ si Paul Le Comte n'aurait pas été un initiateur, ici celui de son quasi-homonyme.

Le Pons Codur, originaire du diocèse d'Embrun, qui se faisait immatriculer le Ie1' mars 1529 e, ayant en Provence des homonymes ministres7, a bien pu être un des propagateurs delà foi nouvelle, comme un certain François La Hoche, inscrit le 9 mars 1531 8, la porter aux Cévennes. Les exemples de ce genre seraient aisés à multiplier : un Elie d'Aisse" remplissant ce rôle à Aiguesmortes, des Tremolet d0, un Philibert de la Mare, de Beaune11, le ruthénois Grefeuille '-, un Ëspérandieu Vi devenus tiges d'autant de familles calvinistes.

1 France protestante, 2e éd., t. IV, p. 568.

2 Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f« 154. :! Voir pp. 47 et 73.

4 Voir note 1.

•' Voir p. 47.

(i Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f« 102.

7 Voir La Réforme catholique, chap. Ie1" § u.

s Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 123 v°. — Le diocèse d'origine est en blanc, mais je pense qu'il faut assimiler le personnage avec un François La Roche, viguier d'Uzès, que nous retrouverons militant des guerres de religion.

!' 11 est qualifié en 15-17 étudiant en médecine (Voir p. 68, noie 3).

10 Immatriculation de Jean Tremolet le 27 octobre 1521 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 67 v°).

11 Ibid., S, 19, f° 93. Cf. S, 2, f" 52. « Ibid., S, 19, f" 159 v.

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