I.K'l Aitl issinii M Di MlOTËSTANTlSME l
procès à tous coupables de rébellion. Avec cela et les ['enseignements précédemment recueillis par Joyeuse, le souverain entendait que Villars se portât d'abord dans les villes les plus compromises, et y mît sur les seuls coupables la charge des troupes levées. D'ailleurs, il lui accordai! tout le temps nécessaire à cette mission, et lui recommandait de ne point partir « que vous n'ayez purgé et nettoyé mon pays de ceste canaille le plus que vous pourrez, car, si a ceste heure et avecques ces forces il ne se faict, il ne le fanlt jamays espérer»1. Le 9 il précisait ses ordres de répression: tailler en pièces, pendre, envoyer aux galères -. Informant ensuite Montmorency de ces instructions à Villars « tant envers ceulx qu'il trouvera en armes que les aultres qui feront des assemblées secrètes pour oyr prescher », il ajoutait: « Il ne luy manquera riens pour exécuter sa bonne volunté de bien chastier ceulx qui ont faict les folz, a quoy je masseur»' qu'il ne s'espargnera pas, vous asseuranl bien que, si ceulx des villes dont il m'escript viennent devers moy, comme il me mande qu'ilz doivent fere, je leur tiendray tel langaige qu'ilz y penseront plus de trois fois, car ilz sont si obstinez en leur follye qu'ilz ont grand besoin de correction » 3.
Mais, quand Villars lit son entrée à Montpellier, le samedi 1(5 novembre*, résolu à tout pourfendre, il vit tout plier. céder, s'évanouir. Reçu au son des violons3, parmi les protestations de soumission, de fidélité6, il fut entouré de tout le monde à la cérémonie religieuse qu'il ordonna trois jours après, et entendit à l'Hùtel de Ville le peuple renouveler ses acclamations au roi ". Dès lors un flottement se produisit dans son esprit. Il parlait toujours de châtiment, mais vou-
1 Chroniques et Documents, p. 342.
- Négociations, etc., p. 673.
3 Bibl. Nat;, fr. 3.157, f° 106.
* Chroniques- et Documents, p. 34.
5 Arch. iaiin. de Montpellier, GG, Réformés, reg. «le la contribution, comptes.
e Délib. du Conseil de Ville du 17 octobre 1560. 7 Chroniques et Documents, pp. 34 et 219.
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lait, sur les moyens et le degré, mettre a. couvert sa responsabilité et réclamait <lt>s ordres plus explicites, qui n'arrivaient point 1.
(Test pourquoi il résulta fort peu de tout cet éclat. Contre liftée d'exécutions capitales9, conséquence de la nomination d'une commission du Parlement 3, se dresse, non suspect, ce témoignage de Philippi que seuls les chefs du mouvement furent cités à comparaître, et n'eurent à supporter que des frais de gendarmerie 4. Le logement dura huit à dix jours5.
L'exécution de cette mesure de punition fut, d'ailleurs, bénigne. Tout en allégeait le montant. Dès son arrivée, Villars supprima deux compagnies0. Puis il chargea, le •21 novembre, les Consuls de Montpellier de répartir le plus équitablement possible entre les réformés, soit ceux dont les magistrats avaient fourni la liste, soit les autres à découvrir. les dépenses de toute nature faites ou à faire pour la garnison". Deux répartiteurs furent donc choisis parles Consuls, et au moins l'un d'eux. Manni, appartenait au culte calviniste. Il en était de même du receveur municipal Tuffauy. Aussi voisinent sur le compte et les dépenses de bouche du gouverneur Saint-André, et les frais pour s'opposer a la recherche des délinquants, ce qui témoigne d'une singulière largeur d'interprétation. De même il y eut des redressements opérés, telle la suppression au rôle des violons destinés à réjouir Villars.
Le total de cette imposition * monta a la somme de 11.341 livres 11 sols 6 deniers, lesquels se répartirent entre S1T contribuables, soit individus soit familles. Sur ces 817
1 Négociations, etc., p. 679.
- Histoire de Languedoc, l. XI, p. 343 et note A. '■' Ménard, Histoire de Nismes, t.. IV, preuves, p. 2. 4 Chroniques et Documents, p. 35.
•'• Voir note :>.
''• Négociations, etc., p. G79.
* Dont, je publie le rôle [Chron. et Doc, pp. 34G et suivantes). — Tous les détails sur cette contribution sont tirés du registre qui contient ce document.
l'ÉTABLISSËMENï ni PROTESTANTISME 159
articles, 128 seulement portent mention de versements faits, lesquels s'élevèrent à 3.155 livres 6 sols 11 deniers. Il rie fut doue perçu qu'environ les 5/18 de l'imposition. En général', ceux qui ont payé sont des gens de métier, des petites gens, plus aisés à intimider. Cependant on y trouve quelques gros marchands et jusqu'au notaire Talard, qui allait organiser la résistance légale. On voit aussi que les payements s'échelonnent du MO novembre au 6 février, même l'un d'eux est fait le 18 juin; mais leur fréquence diminue toujours. Ces remarques de statistique n'ont rien d'oiseux. Jointes à d'autres documents, elles permettent de savoir exactement la manière dont les ehoses s»1 sont passées el surtout leur conclusion inattendue.
Si certains imposés s'exécutèrent, ce fui partiellement et eu restant généralement au-dessous du chiffre fixé. D'autres réclamèrent un délai. La plupart — 689 sur 817 n'ont pas payé — refusèrent. Parmi eux il y avait des femmes mariées et des enfants ou jeunes gens en puissance paternelle : maris et itères furent rendus responsables. Mais les principaux reformés ne figuraient point au rôle primitif et les Consuls n'osaient les y inscrire sans l'autorisation de Villars, qui là donna. Très probablement ce furent ceux-là qui réclamèrent auprès du Présidial. que pour juste suspicion Villars dessaisit de l'affaire. Pendani que Talard, syndic des taxés, portait |e débat au Conseil privé-, il avait fallu, pour se débarrasser de la gendarmerie, que quelqu'un la payât. Si ce n'était les réformés ou si peu. qui donc serait-ce ? Le roi. pour envoyer des troupes à Villars, avait d'abord fait un emprunt et taxé, en ce qui regardait Montpellier, l'évêque à 1.000 livres, le Chapitre cathédral à 500. Celui-ci avança le tout, sauf à se procurer des ressources par l'aliénation de quelques pièces du trésor1. Six mois après on en était encore là, et Pellicier suppliait la régente de décharger le clergé d'un fardeau trop onéreux -.
1 Délib. du Ghap. cathédral du 5 novembre 1560.
- Al. Tausserat-Radél, Correspondance politique de Guillaume Pellicier, p. xliv, note 1.
|l)0 LA RÉFOtlMË A MoMI'KI l.ll'H
De délai un délai pour les uns ou pour les autres, on était arrivé ainsi au 22 juin 1561. Le Conseil de Ville décida ce jour-là de contraindre au payement les seuls coupables. Mais Ta lard demanda une quinzaine encore, qui fut accordée le ?> juillet.
A cette époque tout à point, les événements se précipitaient. Leur gravité se fit telle de jour en jour que nul moyen suffisant de coercition ne pouvait plus être employé. S'appuyant sur une résolution des derniers Etats de Languedoc, le Conseil général de la Ville décida finalement, le 22 décembre 1561, en plein triomphe protestant, que la contribution serait supportée par tout le diocèse sans distinction de culte.
Quant aux personnes, les réformés ne se montrèrent pas moins habiles à glisser entre les mains de Villars, lorsqu'il alla « se pourmener par les montagnes. . . pour achever d'en chasser ce qui se y estoit retiré et fou y » ', c'est-à-dire les chefs des religionnaires du Bas-Languedoc. En ce qui concerne Montpellier, il y avait là le capitaine Toiras, ce seigneur de Saint-Jean de Gardonnenque qui avait occupé l'église Saint-Matthieu ; Barthélémy de Mandagout, baron de Pons, puis Galargues, cet ami d'Episcopus qui, l'année d'après, arrêtera les Augustins fugitifs ; Guillaume Sandre, seigneur de Saint-Georges, et quelques autres non désignés. A l'approche des troupes royales, ce fut une fuite éperdue et une poursuite dans les bois. Mais là encore les personnes s'échappèrent, il n'y eut que les biens d'atteints. Le châtiment le plus sévère tomba sur le seigneur de Saint-Jean de Gardonnenque, dont la garnison d'Anduze prit et détruisit le château -.
Si peu excusables que soient jamais les actes de violence, il importe, pour les apprécier au juste degré, de rechercher
• Bibl. Nat., i'r. 3.197, f° 50.
- Histoire de Languedoc, t. XI, p. 342, d'après le chroniqueur Jacques de Montaigne. Mais les Bénédictins ont lu : Sandic pour Sandre. — Sur l'unique expédition de Villars aux Cévennes, voir Chroniques et Documents, p. 35.
l'établissement nr protestantisme 161
leurs mobiles et de tenir compte des idées du temps. Jean Philippi, un contemporain et un témoin, protestant et magistrat, ne constate-t-il pas que ces poursuites, cette répression furent exercées contre ses coreligionnaires non pour avoir accompli des actes cultuels, mais pour s'être assemblés en armes, au mépris des ordonnances, pour avoir, sous le nom de Consistoire, créé un Conseil, pour avoir enfin fait levée de troupes et d'argent1, tous agissements contraires à l'autorité royale. De là les épithètes de « fols » et de « séditieux », qui reviennent constamment sous la plume du souverain et de ses représentants 2. De là aussi la belle assurance de Villars. écrivant dès le 4 décembre : « Les afaires des séditions avenues par decza sont, Dieu mercy, apaisez»3. D'autres catholiques jugeaient avec plus de pessimisme, il faut dire : de clairvoyance, car ils avaient sur place de meilleurs éléments d'appréciation.
En se réduisant à une soumission si complète, les réformés ne voulaient, en effet, qu'endormir toute défiance chez les représentants du pouvoir central. Leur temporisation fut aidée par les événements : nomination à Aiguës-Mortes de Saint-André, qui laissa la ville au débile Pierre de Bourdic 4 ; suppression de la garnison, malgré la défiance, les remontrances des catholiques, même l'épuration du Conseil de Ville par le comte de Villars 5. Sans doute, tous étaient d'accord pour solliciter le renvoi des troupes ; mais l'Evêque appréhendait qu'on acceptât la condition mise par Villars de s'engager en corps quant à la cessation des assemblées6.
1 Chroniques et Documents, p. 36.
2 Dans toutes les correspondances précédemment citées.
3 Bibl. Nat., fr. 3.197, f8 50.
5 « Lesd. s,s Consulz ont expausé que, pour tracter, conclurre et arrester sur certains afferes concernans lad. ville el habitans, avoir faict appeller les xxim consf,'*s esleuz dernièrement par commission de monseigneur le conte de Vilars, lieutenant pour le roy au présent paiz de Languedoc » (Délib. du Conseil de Ville du 19 décembre 1560).
ti Délib. du Conseil de Ville des 28 novembre, 15 et 19 décembre 1560.
Soc. Arch. de Montpellier. H
Avis très sage, eu égard au nombre des adhérents au culte nouveau, d'après le rôle de la contribution l.
Evidemment le chiffre de 1145 individus au minimum qu'on y énumère, est loin des 3000 à 4000 qu'annonçait le premier consul au mois de septembre, et il y faut comprendre un certain nombre de gens plutôt venus en curieux que fermement convaincus : ne point en convenir serait méconnaître la nature humaine, spéeialement la mentalité populaire, — si largement représentée ici, — et les mœurs méridionales. Le Qidd novi ? romain a flotté sur tant de lèvres, dirigé tant de pas ! Néanmoins il convient, en sens inverse, de tenir compte de tous ceux qui ne figurent point sur ces listes, mais devraient y être. Ainsi qu'il arrive toujours, les petits ont été pris, de gros ont échappé. Les uns avaient renié leurs convictions au moment utile, afin de garder leurs places, où ils travaillaient, d'ailleurs, sous main au triomphe île leurs idées : tels le premier consul, Guillaume de Chaume. l' avocat-général Montaigne, le lieutenant-criminel de Barges. D'autres ne sont pas au rôle, parce qu'on n'a point « osé » les y mettre. S'il y a le nombre, il y a aussi la qualité. A côté de la masse des artisans, tous les ordres de la société y sont représentés, on l'a vu.
Aussi les esprits se montaient. La séance du Conseil de Ville du 10 décembre fut orageuse. Les protestants avaient envahi la salle. On n'admit que leur syndic, l'avocat Sallèles, à présenter leurs doléances ; on le força cà s'engager h l'obéissance. Les catholiques, évêque et juge-mage en tête qui exhortaient à l'union, consentirent enfin - aux démarches pour le retrait des troupes et Villars acquiesça. Les réformés ne tarderont point à en faire leur profit.
Le clergé catholique, auquel l'arrivée des troupes royales avait rendu la liberté des rues et celle du culte, ne songeait
1 Chroniques et Documents, pp. 3-40 et suivantes.
2 Par l'organe de cinq mandai aires qu'ils déléguèrent au Conseil de Ville, les catholiques entendaient ne confier la garde qu'à gens « non suspectz », payés aux frais des seuls « coulpables », c'est-à-dire des assistants aux assemblées (Délib. du Conseil de Ville du 19 décembre 1560).
pourtant qu'à réorganiser celui-ci soit à Saint-Matthieu soit à Notre-Dame4. Partout des prédications, ordinaires et extraordinaires, furent données2. L'évéque fit renouveler le baptême aux enfants qui l'avaient reçu des mains du ministre3. Ainsi le zèle déployé des deux cotés rendait plus imminent le conflit à prévoir.
1 Délib. du Chap. cathédral des 24 et 26 octobre 1360.
2 Délib. du Chap. cathédral d'octobre 1560 à mai 1561, et Arch. mun. de Montpellier, Command. de 1560 et 1561. — On y voit que le dominicain Claude Bourdon prêcha à Notre-Dame, le cordelier Antoine Brunel à Saint-Firmin, Pierre du Menin, vicaire d'Aniane, à la Cathédrale, d'autre-; « scavantz personnaiges » dans tout le diocèse.
3 Ij'Hisloirr ecclésiastique (t. Ier, p. 383) lui a reproché une telle mesure comme contraire aux prescriptions du Concile de Trente. En tout cas, elle a précédé celles-ci.